ACTE V , SCENE UNIQUE
devoirs, je rae sens la force de les remplir, et je ne permettrai pas qu'un autre s'en acquitte à ma place.
CELLINI
Ton langage , Edmond, me pénètre d'admiration et de confiance; il est digne d'un carbonaro : tiens, prends mon poignard ; touche ; la pointe en est acérée et la trempe parfaite : vise bien , frappe
avec force, et le coup portera. ( II, échangent leurs poignards.)
Il est près de minuit ; il faut agir sur-le-champ
FRUGOJNl (arrivant d'un air pressé, à Cellini).
Charles a voulu tuer Siniscalchi ; nous l'avons
désarmé , nous ne savons ce qu'il est devenu,
et je crains
CELLINI
Où est Siniscalchi à présent?
FRUGONI ( eu indiijuaul la gauche du spectateur).
Il est ici près, avec nos bons-cousins.
CELLINI (à Edmond).
Je m'en vais le voir : Edmond, je reviens à l'instant.
( Il va, suivi de Frugoni , se grouper dans le fond à gauche avec les carbonari , dont quelques-uns, de temps à autre et pendant la durée du monologue qui va suivre, en se détachant du groupe , courent d.ins différentes directions, comme pour suivre les instructions données par Cellini. ) EDftIOND.
Etrange, épouvantable destinée ! moi, l'amant de Julie ! moi qui ne vivais que de l'espoir de la rendre heureuse, c'est moi que tu choisis pour être l'assassin du père de celle que j'adore !.. Et sa mère! celle que j'appelais aussi ma bonne mère! je les lue du même coup ! je leur perce le cœur ! moi! avec cette main!... non, ce ne sera pas.
8o LES CARBONARI,
( Long silence, j Eh quoì ! je fìtì saurais m'élever à la hauteur des sentimens de Cellini! les saints noms de liberté, de patrie, auraient-ils moins d'écho dans mon cœur que dans le sien!...
UN DEUXIÈME PASSANT ( qui, comme l'autre, se voit accosté et oI)serve').
Dieu! quelles figures sinistres ! (iisort. )
EDMOND
Je me tuerai , et alors tout est dit , ( ii tire à demi son poignard.) Et les sermcus que j'ai prêtés! et le refus que j'ai fait du bras de Cellini! (Eq rtmeuaaisonpoigudrd.) C'est bien le cas d'avoir le courage de supporter la vie.
UN TROISIÈME PASSANT (qui comme les autres , se voit accosle' et observe').
Qu'est-ce que tous ces hibous? rentrons vite au
logis. ( I' sort.)
EDMOND
Et, que va dire le monde ! et ces reptiles à calcul, toujours prêts à louer exclusivement les actions qui leur rapportent du profit, et à diviniser l'ignominie qui leur oflVe de l'or! ils me blâmeront, que je tue ou que je me tue ; ils m'appelleront assassin ou parjure... lâche peut- être ! (Avec le.'i-
pression de la plus amère ironie.) SublîmC éducalion qu'oU
nous donne ! avec Plutarque àia main, avec les livres qui nous parlent des Brulus et de Léonidas, pour vivre dans le ^o.y/^i/' dix-neuvième siècle!.... siècle de turpitude et d'infamie !(siience.) Eh quoi! l'amour d'une femme et les coassemens de ces êtres dégradés me feraient hésiter à maintenir mes sermens! il y a un moyen infaillible pour ne pas s'écarter du droit chemin ; c'est celui de suivre la