‹ Les caressesChapitre 20 sur 85 · LI-:S CAR KS SES · texte numérisé non relu

LI-:S CAR KS SES

Lilas de l'aube, blancs lilas semés de perles! Mettez à votre front ce nimbe gracieux. La diane déjà chante au gosier des merles. Les feuilles au réveil s'ouvrent comme des yeux.

Le ruisseau qui gazouille a pour vous des cascades De diamant ou bien des miroirs de cristal. Les cailloux du sentier roulent des noix muscades, Et l'écorce du bois est en bois de santal.

Le vent luxurieux sur vos lèvres dérobe L'arôme des baisers et le vol des chansons, Et le désir troublant qui dort sous votre robe Fait courir un frisson d'amour dans les buissons.

Et sous vos pieds, vos mains, vos regards, votre haleine, Tout va fleurir dans la forêt d'enchantement. De fleurs aux mille noms pour que l'herbe soit pleine, 0 fée, il vous suffit de m'aimer un moment.

L'héliotrope sombre embaumant la vanille, L'aspérule aux relents de musc, le romarin, La marjolaine en blanc qu'on nomme la gentille, La sauge qui dans l'air met un souffle marin,

L'encens du basilic, la myrrhe des glycines, L'œillet qui sent le poivre et l'anis plein de miel, La gueule ouverte rouge et or des capucines, Le bleu myosotis, gouttelette de ciel,

La mauve, le muguet, les lis, les violettes, Le chèvrefeuille avec ses coraux blancs-rosés, La lavande, l'iris, le thym, ces cassolettes, Tous les pois de senteur, ces papillons posés,

La jacinthe, l'arum, l'ache, les amarantes. Les clochetons ambrés des pAles liserons, Les roses, firmament d'aurores odorantes, Tout va s'épanouir quand nous nous baiserons .

Au printemps de nos cœurs tout se mêle et s'enivre. Etreintes de parfums, de formes, de couleurs! Notre baiser d'aveu, comme un clairon de cuivre, Sonne la charge en rut aux batailles des fleurs.

Mignonne, nous voici noyés dans cette foule. Tu n'y peux échapper, c'est en vain que tu cours. Les fleurs aiment encor sous ton pied qui les foule. Sous nos corps enlacés les fleurs aiment toujours.

Leur sang coule embaume du cœur de leurs calices. Bu par les vents, pareils à des chiens maraudeurs. Qui traînent dans l'air chaud saturé de délices Des lambeaux de couleurs, de formes et d'odeurs.

Elles meurent d'aimer. Elles meurent, qu'importe? Mort d'amour, ô le plus savoureux des trépas! Et leur dernier soupir est un souffle qui porte L'àpro besoin d'aimer à ceux qui n'aiment pas.

0 mignonne, mourons comme ces fleurs qui s'aiment. Donnons tout notre sang de désirs parfumé, Et que les vents, grisés par nos baisers qu'ils sèment,. Aillent dire partout que nous avons aimé.

Qu'ils le disent au bois, au champ, à la ravine, Le disent à la nuit et le disent au jour. Qu'ils disent par sanglots notre extase divine Au monde fatigué qui ne sait plus l'amour!

Qu'ils le disent au ciel, à la nature entière, Qu'ils racontent que nous nous sommes épousés Et que l'éternité de toute la matière A fleuri ce jour-là dans un de nos baisers!

L'ENSORCELE

A quoi bon la clef des champs?

d'est en vain que je la guette.

Une fée aux yeux méchants M'a touché de sa baguette

Comme esclave je lui plus.

Moi, j'eus soif de la connaître.

Or je ne m'appartiens plus, ■Car elle a changé mon être.

J'allais, fier, libre et hardi, 0 femme, moi que tu mènes.

J'écoutais ce que l'art dit A nous, ses catéchumènes.

J'espérais vivre au milieu

Des noms de gloire qu'on nomme.

Poète, on est demi-dieu.

Or je ne suis plus qu'un homme.

Mon esprit clair se voila Dans les plis de ton corsage.

Je vis, je t'aime, voilà!

Suis-jefou? Suis-je encor sage?

Je ne sais, et je ne veux Point le savoir. Qu'on me laisse!

Au bout d'un de ses cheveux, Gomme un chien je vais en laisse.

Je marche dans la forêt Où l'amour tend ses lianes, Où sa voix comme un foret Perce l'air de ses dianes,

Où le long des verts sentiers Ses menottes enfantines Sèment sur les églantiers Mon sang rouge en églantines.

Et je vais, je suis sa voix, Je suis sa main. Que m'importe, Du moment que je la vois, Où son caprice m'emporte !

Je me moque bien des cieux Et des vierges Amériques Où s'enfonçaient les essieux De mes grands chars chimériques.

Je me moque des rayons

Que nous, pauvres sans pelures,

Poètes, nous essayons

De mettre à nos chevelures.

Je me moque que le vent De me voir décoiffé rie.

Plus haut que lui m'enlevant Je vis en pleine féerie.

Il me semble que je suis Dans l'île de la Tempête.

La sorcière que je suis A changé mon âme en bête,

Crois-tu que mon cœur amer Pleure ses vieilles étoiles Et l'haleine de la mer Dont ma nef gonflait ses toiles,

Et qu'en voyant mes agrès Replier leurs ailes lentes, Je songe avec des regrets Aux grandes vagues hurlantes?

Non, je ne regrette point

Un seul de mes anciens rêves.

Je ne montre pas le poing

Au port dormant dans les grèves.

Dût sa vase m'engloutir, J'y reste, près de la berge.

Je veux bien mourir martyr, 3Iaisje ne mourrai pas vierge,

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