LE BATEAU ROSE
Je m'embarquerai, si lu le veux, Comme un gai marin quittant la grève, Sur les flots dorés de tes cheveux, Vers un paradis fleuri de rêve.
Ta jupe flottante au vent du soir
Gonflera ses plis comme des voiles,
Et quand sur la mer il fera noir,
Tes grands yeux seront mes deux étoiles.
Ton rire éclatant de vermillon Fera le fanal de la grand'hune.
J'aurai ton ruban pour pavillon Et ta blanche peau pour clair do lune.
Nos vivres sont faits et nos boissons Pour durer autant que le voyage.
Ce sont des baisers et des chansons Dont nous griserons tout l'équipage.
Nous aborderons je ne sais où, Là-bas, tout là-bas, sur une grève Du beau pays bleu, sous un ciel fou, Dans le paradis fleuri de rôve.
LE PENÛU JOYEUX
Je te l'ai dit, je suis à toi jusqu'au trépas.
Quoi qu'il puisse arriver, je ne me plaindrai pas.
Je sais bien que l'amour est une maladie
A laquelle il n'est rien de sûr qui remédie;
Je sais que d'écouter l'ensorcelante voix,
C'est boire à pleine gorge un poison, et j'en bois.
Jeconnais qu'onensoulîre, et je crains qu'on n'en meure.
Mais au diable demain! Je veux jouir de l'heure.
Le soir oii ton beau corps entre mes bras tombait.
Si quelqu'un m'avait dit : « Ce corps est ton gibet.
— Qu'on me pende, ça va, j'aurais dit, et qu'on m'aime! »
Et j'aurais à mon cou mis la corde moi-même.
Je suis comme ce gueux qui riait de la mort,
Et qui sans peur, sans pleurs, sans regret, sans remord,
Ohantait un air à boire en lâchant l'existence
Et dansait une gigue au bout de sa potence.