‹ Les caressesChapitre 26 sur 85 · RÉVEIL · texte numérisé non relu

RÉVEIL

Nous avons été des gens sages Cette nuit, je ne sais pourquoi.

Or, ce matin, je sens en moi Des éternités de nuages.

Toi-même sur ton front vermeil Tu gardes des reflets nocturnes, Et tes yeux sont comme des urnes Où fume un restant de sommeil.

Nous avons trop dormi, ma chère.

Notre vorace amour se plaint De n'avoir pas le ventre plein, Lui qui fait toujours bonne chère.

Allons, mignonne, allons, debout!

Chassez-moi nos pensers funèbres.

J'ai nourri mes yeux de ténèbres, J'ai fait des rêves de hibou.

Mais en vous voyant fraîche et rose.

J'en fais qui sont couleur de jour.

J'entends la voix de notre amour Qui pour fleurir veut qu'on l'arrose.

C'étaient nos vœux inapaisés Qui nous rendaient mélancoliques.

Donnons à nos cœurs faméliques Un large repas de baisers.

C'est le remède, c'est la vie !

Tu m'enlaces ; moi, je t'étreins ; Et mangeant le feu de nos reins, Se tait notre bête assouvie.

Les désespoirs les plus ardents.

Les tristesses les plus farouches, Quand nous unissons nos deux bouches, Sont égorgés entre nos dents.

Tu dors? Ce n'est pas vrai, folle, tu fais semblant.

ïu sais bien que ton corps est plus rose et plus blanc

Quand il se laisse aller à cette nonchalance

Dans le hamac de soie où ma main te balance ;

Tu sais que la langueur tranquille du sommeil

Te rend la peau plus fraîche et le sang plus vermeil,

Et que tes deux tétins, tandis que tu reposes,

Sont deux bouquets de lis et deux boutons de roses ;

Tu sais que des frissons amoureux et troublants

Viennent ensoleiller la neige de tes flancs ;

Tu sais que tous ces fruits dont ta chair me régale, Je ne puis les flairer sans avoir la fringale ; Tu sais' trop bien cela, friponne, et, doucement. Sûre de me tenter, tu souris en dormant ; Car tu sens mon dcsir dont le regard flamboie Planer sur ton sommeil comme un oiseau de proie.

Bien avant d'avoir pu contempler à mon gré

Ta statue en chair toute nue, J'avais vu tout ton corps, quoiqu'il me fût muré.

Et sa beauté m'était connue.

Des corsages jaloux traversant les rideaux,

Mes yeux touchaient ta gorge blanche ;

Et j'avais deviné la chute de ton dos,

Ta croupe, ton ventre, ta hanche,

Ton mollet rond, ta cuisse au contour terme et plein, Rien qu'à voir ta cheville preste.

Le bas de jambe est comme un espion malin Qui trahit les secrets du reste.

THERMIDOR lOH

Depuis lors je t'ai tenue

Entre mes doigts curieux.

J'ai vu ta chair toute nue

Sous mes yeux.

J'avais bien deviné juste Tes invisibles trésors, Tes flancs, tes reins et ton buste.

Tout ton corps.

Il faudrait un dithyrambe Pour célébrer tes appas.

Car, sang-dieu ! ton bas de jambe Ne ment pas.

Son corps est d'un blanc monotone Comme la neige sur les champs ; Mais sa toison semble un automne Doré par les soleils couchants.

Ses seins droits ont la pointe aiguë Ainsi que la ronce des murs Et sont froids comme la ciguë Pleine de poisons doux et sûrs.

THERMIDOR iOo

Dire l'odeur de sa peau fraîche, Aucun parfum ne le saurait, Ni le foin séché dans la crèche, Ni l'haleine d'une forêt,

Ni le thym, ni la marjolaine, Ni le muguet, ni le cresson Nourri des pleurs de la fontaine Et tout baigné de sa chanson,

Ni le repli des coquillages Qui garde un arôme énervant, Souvenance d'anciens sillages, D'algues, de marée et de vent.

xvn

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