‹ Les caressesChapitre 40 sur 85 · SES YEUX · texte numérisé non relu

SES YEUX

Les beaux yeux bleus de notre reine Hier par ma faute ont pleuré.

Je m'en accuse; et pour ma peine En les chantant je veillerai.

Beaux yeux bleus aux lueurs profondes, Comment mes vers oseront-ils Voguer sur les mouvantes ondes Que font vos changements subtils ?

Quelles nuances sont les vôtres?

Votre azur n'est pas un moment Gomme l'azur banal des autres.

Vous êtes bleus étrangement.

Quand votre surface reflète

Un coin du ciel au ton très doux.

Je ne sais quelle violette

Fleurit, sombre et triste, au-dessous;

Et vraiment on ne peut pas lire, Dans ce mélange qui se fond, Si l'espérance y va sourire Ou si le regret pleure au fond.

Sous les brouillards de la colère Vous devenez noirs et couverts; Et quand la gaîté vous éclaire.

Vous étincelez de feux verts.

Parfois c'est gris à fendre l'âme ; Parfois brûlant d'éclat moqueur ; Puis, soudain, froid comme une lame Qui plonge en sifflant dans un cœur.

Passe un rayon dans une larme, Rire du soleil sur la mer, Et vos tristesses ont un charme Délicieusement amer.

BRUMAIRE loi

Mais surtout, ô chère maîtresse.

J'aime tes regards de velours, Alors qu'à mon cœur en détresse Ils versent les opiums lourds,

Et qu'ils font taire les querelles De mon désespoir soucieux Qui s'endort en ouvrant les ailes Dans le firmament de tes yeux.

Ne sois donc pas méchante, ô ma petite fille! C'est si doux, c'est si bon, vois-tu, d'être gentille.

Ne me fais pas ta lippe, enfant! souris-moi donc! Qu'est-ce que je t'ai fait? J'en demande pardon.

Tu sais bien que c'est mal de t'obstiner quand même. Et qu'un tout petit rien fait souffrir lorsqu'on aime.

Ton geste de colère et ton dépit moqueur

Me font venir de gros sanglots au fond du cœur.

Ton regard qui me fuit, ta main qui me résiste. C'en est assez pour que tout le jour je sois triste.

Viens, je veux à deux mains te prendre par le cou. Donne-moi tes baisers. Un? Ce n'est pas beaucoup.

Mais j'ai beau la baiser, ta bouche reste close. J'aimerais mieux avoir mâché du laurier-rose.

loi LES CARESSES

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