LA FORGE
Dans la forge qui s'allume Tu chantonnes en forgeant Avec un marteau d'argent, Et mon cœur est sur l'enclume.
En veux-tu pour le bourreau Faire une tranchante épée?
Que la lame en soit trempée Avec mes larmes pour eau.
En veux-tu pour ta poitrine Faire un bijou délicat ?
Cherche au centre, où se piqua Ton image purpurine.
En veux-tu faire des clous?
Lors il faudrait que tu prisses Pour modèles tes caprices Ou bien mes soupçons jaloux.
Veux-tu l'arrondir en sphère?
C'est le mouler sur ton sein.
Mais ton désir assassin Le forge pour n'en rien faire.
Tu ne veux que t'amuser, Et tu frappes, forges, cognes, Pour voir mon cœur que tu rognes Sur ton enclume s'user;
Et tu ris comme une folle, Quand, sous ton marteau vainqueur. Du bloc rouge de mon cœur Le feu vivant qui s'envole,
Pétillant, éblouissant.
Semant d'étoiles la forge.
Vient éteindre sur ta gorge Ses étincelles de sang.
450 LES CARIÎSSES
Ses cheveux formant sa coiffure lumineuse, Elle se promenait, la belle matineuse, Dans le petit jardin planté de grands rosiers. Vous la trouviez si belle, oiseaux, que vous n'osiez, Voyant qu'elle rêvait, troubler sa rêverie Même de votre voix amoureuse et fleurie. Elle portait, la fée, une baguette en main. Nonchalante, parmi les herbes du chemin Traînant les plis brumeux de sa robe légère, On eût dit, sous le ciel très tendre, une bergère
Dans un pays tout bleu, tout rose, tout riant,
Où la brise rimait des vers de Florian.
Quoi! c'est bien elle? Où donc est son regard farouche
Et le rire qui mord les deux coins de sa bouche ?
Je ne reconnaissais rien d'elle en cet instant.
Mais tout à coup^ parmi les rosiers s'arrêtant.
Du bout de sa baguette ainsi que des rebelles
Elle décapita les roses les plus belles,
M'en offrit une, la plus rouge, en rougissant,
Et sourit de m'y voir mettre les doigts en sang;
Et, comme j'effeuillais la fleur dans, sa poitrine.
Ses yeux aigus m'entraient au cœur comme une épine.