LE CARNET
Ah! je suis une canaille !
Je ne sais rien garder pur.
J'avais un carnet d'azur Avec des coins en écaille;
Sur le papier japonais Plus fin qu'une peau de rousse.
Fleurissait toute une pousse De rondeaux et de sonnets ;
BRUMAIRE i9i
Comme une bande écolière Les vers peuplaient ces buissons ; Le carnet plein de chansons Avait l'air d'une volière;
Mais un matin, j'étais fou, Pour que son bec la saccage Je fais entrer dans la cage La jalousie, un hibou.
Et tous mes chanteurs d'aurore Ont été mangés par lui.
Les plus alertes ont fui Et je les attends encore.
Sur mon carnet, sur le sol Où s'effeuillaient lis et roses, Sur ces délicates choses J'ai versé du vitriol.