LE BOUQUET
Dans un verger d'avril tout peuplé de fleurs brèves J'ai dépouillé gaîment l'arbre où croissent les rêves.
Avec un beau ruban du bleu le plus coquet, Pour porter sur mon cœur j'en ai fait un bouquet.
Puis je l'ai mis dans l'or, au milieu de ma chambre Qu'il emplissait d'anis, de miel, de poivre et d'ambre.
J'ai humé les parfums capiteux et subtils Et j'ai mêlé ma bouche au pollen des pistils.
Je me suis endormi soûl d'un sommeil étrange, Pendant lequel j'ai cru que j'épousais un ange.
Tous ses désirs étaient pour les miens complaisants, Et le songe a duré des jours, des mois, des ans.
Mais lorsque je me suis réveillé de mon somme, L'ange était une femme et se moquait de l'homme;
Et mon bouquet splendide, avec son rêve fou, Etait noir et fané comme un bouquet d'un sou.
Sous son joug las de ployer, De gros pleurs sous la paupière, Je dis : « Je vais me noyer. »
Elle dit : « Prends une pierre. »
Je mis la pierre à mon cou; Mais le nœud fait, je l'accorde, Ne me serrait pas beaucoup.
Elle dit : « Tire la corde. »
Un ruisseau coulait tout près, Un gué, clair comme une glace, Très peu d'eau, fait tout exprès.
Elle dit : « Changeons de place. »
Plus loin, dans un entonnoir, Bouillonnant avec colère L'eau faisait un grand trou noir.
Elle dit : « Voici l'affaire. »
Je dis : « Quoi! dans un tel puits!
Mais c'est la mort sans ressource !
Elle dit : t Qui sait?... » Et puis Elle empoisonna la source.