ENVOI
Vous dont r esprit, inon cher Prosper, Hait la sottise et la flagelle, Savez-vous le plaisir sans pair Dans ces mois où le ruisseau gèle ?
Il est tard. Par le froid aigu Sous la voûte étoilée et bleue, Déjà, le long de l'Ambigu Se déroule une longue queue :
Et déjà, les roués songeant Aux privautés qu'ils ont conquises, Cherchent un gilet engageant Pour s'en aller chez les marquises.
Cependant que, sans savoir m Le vin sera pur et sans lie, On voit accourir chaque fou Au cabaret de sa folie;
Le sage plein d'un juste orgueil, Méprisant le flâneur ingambe.
Est assis dans un grand fauteuil Devant le feu de bois qui flambe.
Pour le charmer la flamme a lui Et, claire, en gerbe d'or s* élance.
Et doucement veillent sur lui Im lampe amie et le silence.
Les Rêves à ses pieds tapis Sous ses yeux vident leurs besaces Parmi les bouquets du tapis Et les ornements des rosaces.
En mille accords mélodieux Tandis que sa tête s'égare, Il sent quiî est régal des dieux En savourant son blond cigare.
Et sur la table à son côté
De temps en temps sa main se penche
Distraite, pour verser le thé Dans une fine tusse blanche.
Comme un enfant tue un moifieau, C'est en vain que lés demoiselles Traînent Schubert au piano Et lui cassent ses pauvres ailes ;
En vain, jouant les faux Diaz^ Dans les bals à cinq francs, que baignent Les lumières d'un lustré à gaz.
Dansent les filles qui se peignent ;
En vain aussi les histrions Pour des spectacles bénévoles Détaillent les brimborions De ces créatures frivoles ;
Dans la rue et sur le forum En vain décembre crie et souffle ; Lui boit du thé mêlé de rhum Et rôtit au feu sa pantoufle.
Heureux le sage! il suit de T œil La fumée éclose en spirales Qui tout autour de son fauteuil Lui fait des peintures murales
[l lit quelque livre d'ami Bon à lui servir de prétexte Pour s'assoupir plus qu'à demi En parcourant des yeux le texte,
Et sur terre il ne redescend Que pour voir, parmi les méandres De son foyer incandescent , Danser les rouges salamandres.
Ami, le froid vient de sévir, Nous sommes au mois de décembre Et mon bouquin peut vous servir Comme un autre à garder la chambre.
On peut le lire à peu de frais ^ C'est bien pourquoi je vous Venvoie, Donc, mangez chaud et buvez frais, Et que le ciel vous tienne en joie !
C'est un palais du dieu , tout rempli de sa gloire. ICariatides sœurs, des figures d'ivoire Portent le monument qui monte à Téther bleu, Fier comme le témoin d'une immortelle histoire.
Quoique l'archer Soleil avec ses traits de feu Morde leurs seins polis et vise à leurs prunelles , Elles ne baissent pas les regards pour si peu.
Même le lourd amas des pierres solennelles Sous lesquelles Atlas plierait comme un roseau Ne courbe pas non plus leurs tètes fraternelles.
Car elles savent bien que le mâle ciseau
Qui fouilla sur leurs fronts l'architrave et les frises
N'en chassera jamais le zéphyre et l'oiseau.
'Hirondelles du ciel , sans peur d'être surprises Vous pouvez faire un nid dans notre acanthe en fleur Vous n'y casserez pas votre aile , tièdes brises.
Lv»
filles de Paros , le sage ciseleur
Qui sur ces médaillons a mis les traits d'Hélène
Fuit le guerrier sanglant et le lâche oiseleur.
Bravez même Torage avec son âpre haleine Sans craindre le fardeau qui pèse à votre front, Car vous ne portez pas l'injustice et la haine.
Sous vos portiques fiers , dont jamais nul affront
Ne fera tressaillir les radieuses lignes ,
Les héros et les dieux de l'amour passeront.
Les voyez-vous , les uns avec des folles vignes Dans les cheveux, ceux-là tenant contre leur sein La lyre qui s'accorde au chant des hommes-cygnes ?
Voici l'aïeul Orphée, attirant un essaim D'abeilles, Lyœus qui nous donna livresse, Eros le bienfaiteur et le pâle assassin.
Et derrière Aphrodite, ange à la blonde tresse. Voici les grands vaincus dont les cœurs sont brisés Et dont l'âme saignante est pleine de tendresse ;
Tous ceux qui sans repos se tordent embrasés
Par la cruelle soif de l'amante idéale,
Et qui s'en vont au ciel , meurtris par les baisers ;
Depuis Phryné pareille à l'aube orientale, Depuis cette lionne en quête d'un chasseur Qui but sa perle au fond de la coupe fatale ,
Jusqu'à toi , Prométhée, auguste ravisseur !
Jusqu'à don Juan qui cherche un lys dans les tempêtes 1
Jusqu'à toi, jusqu'à toi, grande Sapho, ma sœur!
J'ai voulu pour le jour des éternelles fêtes
Réparer, fils pieux de leur gloire jaloux ,
Le myrte et les lauriers qui couronnent leurs têtes.
- «'.■'Il
J'ai lavé de mes mains leurs pieds poudreux. Et vous, Plus belles que le chœur des jeunes Atlantides, Alors qu'ils vous verront d*un œil terrible et doux ,
Saluez ces martyrs, ô mes Cariatides !
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