LOYS
MON Loys, j'ai, sous vos prunelles, Oublié, dans mon cœur troublé, Mon époux qui s'en est allé Pour combattre les infidèles.
Quand nous le croirons loin encor , 11 sera là. Dieu nous pardonne !
Mon beau page, quel bruit résonne?
Est-ce lui qui sonne du cor?
J'ai lu dans un ancien poème Qu'une autre Yolande autrefois Près de son page Hector de Foix Oublia son époux de même.
Elle gardait comme un trésor Ces extases que l'amour donne. — Mon beau page, quel bruit résonne?
Est-ce lui qui sonne du cor?
Or, Yolande était duchesse,
Mille vassaux étaient son bien,
Et son bel ami n'avait rien
Que ses cheveux blonds pour richesse.
Pour cet enfant aux cheveux d'or La dame eût vendu sa couronne. — Monbe&u page, quel bruit résonne"^ Est-ce lui qui sonne du cor?
€es amants qu'un doux rêve assemble, Ont souvent passé plus d'un jour A se dire des chants d'amour, Ou bien à regarder ensemble Les oiseaux prendre leur essor Du haut de la tour hexagone. — Mon beau page, quel bruit résonne? Est-ce lui qui sonne du cor ?
Ou bien ils passaient leurs journées  revoir d'auréoles ceints Les bonnes vierges et les saints Dans les Bibles enluminées.
L'Amour dit son confiteor Sans écouter l'heure qui sonne. — Mon beau page, quel bruit résonne ?
Est-ce lui qui sonne du cor ?
Un soir que dans un long délire Leurs lèvres roses s'assemblaient Et que leurs doux baisers semblaient Les frémissements d'une lyre, On. entendit au corridor Les pas de l'époux en personne. — Mon beau page, quel bruit résonne ?
Est-ce lui qui sonne du cor ?
Sais-tu quel sort on nous destine ?
Le malheureux page exi)é.
Plein d'un regret inconsolé, Alla mourir en Palestine.
Toujours pleurant son cher Hector, La dame au couvent mourut nonne.
Mon beau page, quel bruit résonne?
Esl-ce lui qui sonne du cor ?
DEVANT l'Océan vert, plein de biens et de maux, Qui gémit et qui pleure avec d'étranges mots, Les yeux épouvantés de ce spectacle grave, Où par des chocs géants le doigt de Dieu se grave. Je me suis dit souvent que nos haines nous font Sous le flot qui nous porte un abîme sans fond, Avec de forts lutteurs qui déchirent les vagues, Et des mâts fracassés dans les horizons vagues !
Pourtant l'heure menace et nous presse ; la Mort, Monstre farouche, est là sur nos pas, qui nous mord ; Elle est dans l'air qu'on boit, sous le pavé qu'on foule, Et pourtant tu le sais, peuple stupide, ô foule, Comme on voit, en quittant la source où chacun but Les coursiers du désert voler au même but.
Comme, aux larges forêts du Nouveau-Monde, on conte Que ruisseaux et torrents dont s'ignore le compte Tombent échevelés dans une même nuit.; De même le prophète et l'envieux qui nuit.
De même, nos espoirs et nos haines,, tout tombe Dans ce gouffre éperdu qui s'appelle la tombe !
LIVHE DEUXIÈME 151