U RENAISSANCE
ON a dit qu'une vierge à la parure d'or Sur l'épaule des flots vint de Cypre à Cythère, Et que ses pieds polis, en caressant la terre, ^A chacun de ses pas laissèrent un trésor.
L'oiseau vermeil, qui chante en prenant son essor. Mit de plus doux parfums à son chant solitaire, Et les ruisseaux glacés, où l'on se désaltère, Redirent aux oiseaux des chants plus doux encor.
La fleur s'ouvrit plus pure aux baisers de la brise, Et sous les myrtes verts , la vierge plus éprise Releva dans ses bras son amant à genoux.
De môme quand plus tard, autre Anadyomène, Ijà Renaissance vint , et rayonna sur nous , Toute chose fleurit au fond de l'âme humaine.
Tuois femmes à la tète blonde Pour une mission féconde Ont rayonné sur notre monde :
Eve , la Joie et la Beauté ; Maria, la Virginité ; Madeleine, la Charité.
Toutes trois, dans la même extase, Sur nos pieds tout souillés de vase Jettent les parfums de leur vase.
U DiESSË
QUAPïD les trois déités à la charmante voix Aux pieds du blond Paris mirent leur jalousie, Pallas dit à l'enfant : « Si ton cœur m'a choisie. Je te réserverai de terribles exploits. »
Junon leva la tête, et lui dit : « Sous tes lois Je mettrai, si tu veux , les trônes de l'Asie, Et tu dérouleras ta riche fantaisie Sur les fronts inclinés des peuples et des rois. »
Mais celle devant qui pâlissent les étoiles
Inexorablement détacha ses longs voiles
Et dans leur majesté laissa voir ses seins nus.
El toi, lèvre éloquente, ô raison précieuse, Beauté , dont s'éblouit le juge de Vénus , Tu le persuadas , grande silencieuse 1
SACHONS adorer ! Sachons lire !
La Coupe, -le Sein et la Lyre Nous donnent le triple délire.
Symbole dont le fier dessin Fut jadis moulé sur le sein, La Cx)upe inspire un grand dessein
La Lyre, voix de l'Ionie , Que le vulgaire admire et nie , Contient la céleste harmonie
IDOUTRIE
MÈTRE divin, mètre de bonne race, Qui nous rapporte un poète nouveau, Toi qui jadis combattais pour Horace , Rhythme de Sapho !
Fais-moi fléchir la nymphe diaphane Que je désire avec un doux émoi, Quoique son cœur méprise pour Diane Et Vénus et moi 1
Car, chaque nuit, les Grâces, sœurs fidèles,. Réglant leur pas dans un céleste accord, Baisent son sein lorsque, blanche comme elles^ Lydia s'endort.
Si, demi-nue et par un ciel de flammes, Elle poursuit Tombre sous vos roseaux.
Oh ! chantez-lui de doux épithalames.
Naïades des eaux !
Inspire-moi, toi qui portes la lyre.
Toi dont le char devance Taquilon, Des chants que brûle un amoureux délire, Phœbus Apollon!
Et toi, Cypris, veux tu la prendre au piège?
Je t'offre alors avec un myrte vert Des tourtereaux plus blancs que n'est la neige Ou le lys ouvert I
^rÊME en deuil pour cent trahisons, IVlA vos soleils nous embrasons Nos cœurs meurtris, jeunes saisons !
premières roses trémières I premières amours ! Premières Aurores , aux riches lumières !
Malgré Thiver et les autans ,
En soi Ton rappelle en tout temps
Vos étés aux cheveux flottants 1
AMOUR ANGEUQUE
L'ange aimé qu'ici-bas je révère et je prie Est une enfant voilée avec ses longs cheveux , A qui le ciel, pour qu'elle nous sourie, A donné le regard de la vierge Marie.
Ame que Tazur expatrie Pour qu'elle recueille nos vœux, Jeune âme limpide et fleurie Comme les fleurs de la prairie Aux calices roses ou bleus 1
Comme l'autre Eloa, c'est la sœur des archanges. Qui , pour nous faire vivre aux mystiques amours,
A quitté les blondes phalanges Et souille ses pieds blancs à parcourir nos fanges.
Aussi nos fervours sont étranges :
Ce sont des rêves sans détours, Ce sont des plaisirs sans mélanges.
Des extases et des échanges Qui dureront plus que les jours !
C'est un chemin frayé plein d'une douce joie. Un vase de parfums, une coupe de miel,
Un météore qui flamboie Comme un beau chérubin dans sa robe de soie.
Il ne craint pas que Dieu le voie :
C'est un amour pur et sans fiel Où toute notre âme se noie Et dont Taile ne se déploie Que pour s'élancer vers le ciel !