‹ Les cariatides (volume 2)Chapitre 14 sur 101 · VÉNUS COUCHÉE · texte numérisé non relu

VÉNUS COUCHÉE

L'ÉTÉ brille ; Phébus perce de mille traits, En haine de sa sœur, les vierges des forêts , Et dans leurs flancs brûlés de flammes vengeresses II allume le sang des jeunes chasseresses.

Dans les sillons rougis par les feux de Tété, Entouré d'un essaim , le bœuf ensanglanté Marche les pieds brûlants sous de folles morsures. Tout succombe : au lointain les nymphes sans ceintures Avec leurs grands cheveux par le soleil flétris Epongent leurs bras nus dans les fleuves taris ; Et, fuyant deux à deux le sable des rivages, Vont cacher leurs ardeurs sous les antres sauvages.

Dans le fond des forêts, sous un ciel morne et bleu , Vénus, les yeux mourants et les lèvres en feu , S'est couchée au milieu des grandes touffes d'herbe Ainsi qu'une panthère indolente et superbe.

Dénouant son cothurne et son manteau vermeil , Elle laisse agacer par les traits du soleil Les beaux reins d'un enfant qui dort sur sa poitrine , Et tandis que frémit sa. lèvre purpurine , Un ruisseau murmurant sur un lit de graviers. Amoureux de Cypris, vient lui baiser les pieds.

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Entre ces pieds ckarmants, Eros mailre du monde Repose ivre d'amour, et sa crinière blonde Se mêle frissonnante à la ceinture d'or Qui des charmes secrets cache l'ardent trésor, Et les zéphyrs épris mettent leurs'lèvres pures Dans les anneaux confus de ces deux chevelures.

POURQUOI, courtisane, Vendre ton amour, La fleur diaphane ,

La fleur diaphane Que fleurit le jour Et que la main fane.

Le lys blanc d'amour?

— ^Pourquoi, blond poète, Ouvrir au passant Ta douleur muette.

Ta douleur muette.

Fleur teinte de sang Que la foule jette

Et brise en passant?

— Ton parfum de femme Brûle pour chacun :

Tu souilles la flamme !

— Tu souilles la flamme!

Tout a son parfum :

La caresse et Tâme,

Dans tout, dans chacun !

— Mon hymne rapporte Gomme un souvenir

La croyance morte.

— La croyance morte Ne peut revenir

Par la même porte,

Comme un souvenir ;

Mais quand Tamour passe On vient l'allumer A mon sein de glace.

— Va ! nul sein de glace Ne peut ranimer

Un amour qui lasse,

Ni te rallumer !

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