L'AL'RÉOLE
t TÉTAIT ia fit! d'un bal ; nous étions presque à l'heure 40ù sous la volupté l'archet frissonne et pleure, Où sous les gants flétris les doigts serrent les doigts, Où les fleurs et les pas, les rayons et les voix Et la gaze aux longs plis collée à la mamelle Jettent au cœur troublé leur parfum qui se mêle ; A l'heure où l'on croit voir en ces enivrement^ Des maîtresses d'un jour caresser leurs amants, Et les fresques sourire, et l'extase physique Courir dans l'air, mêlée à des flots de musique !
Tantôt c'était la joie, et le quadrille ardent I>ont le chant tourbillonne et s'élance en grondant, Qui tantôt rit et chante en strophes inégales, Puis s'arrête et bondit en éclats de cymbales, Et penche sur les fronts plus d'un front endormi Que des mots bégayés font rougir à demi !
Puis la valse, qui met sur votre cœur, pensive Comme un myosotis incliné sur la rive, Une vierge aux yeux bleus, et dont l'accent vainqueur La met si près de nous qu'on sent battre son cœur, Et que, dans cette fièvre ardente et souveraine,. L'enfant, sans rien comprendre au charme qui l'entraîne, Parmi le chœur rapide, a l'air, en se penchant, I^'un ange fosciné par le démon du chant !
Oh ! comme ce soir-là les femmes étaient belles ! Les unes, au front grec et comme des Cybèles Levant avec fierté^ leurs bras polis et blancs ;
D'autres, les yeux voilés, comme des lys tremblants S'inclinant vers la terre, et sur leur gorge pâle Baissant leur cou soyeux veiné des tons d'opale ; Toutes ivres d'amour, et pour l'œil enchanté. Surpassant Thyperbole et l'idéalité !
Et je noyais mes yeux dans ces cheveux en tresses, Et je jetais mon âme à ces enchanteresses Si sveltes qu'on eût dit ces essaims de Willis Qui sortent en dansant des corolles de lys !
Mais tout changea bientôt et je n'en vis plus qu'une : De même, quand Phœbé sur le char de la lune Apparaît dans les cieux de saphir et d'azur , Tout se voile et s'efface, et son front seul est pur. Celle que j'entrevis en oubliant les autres, Madame, avait des yeux brillants comme les vôtres, Des cheveux d'or, des mains qui n'avaient rien d'humain, Et des pieds à tenir dans le creux de la main. Ajoutez un cou mat de cette blancheur rare Qui fait paraître jaune un marbre de Carrare, Et deux bras qui prouvaient, ineffable collier. Que Lysippe à Samos ne fut qu'un écolier !
Je cherchai donc en moi quelle rouerie exquise Subjuguerait d'un coup cette blonde marquise, Plus rapide en sa course avec son front riant Que n'était Lazzara, Camille d'Orient !
Mais qua^d je m'approchai, je vis sa tète ceinte D'un tel rayonnement de pudeur grave et sainte, Un parfum si divin s'exhalait de ses pas, Que, don Juan dérouté, je n'osai même pas Comme le docteur Faust, en me penchant vers elle, Lui dire à demi-voix : a Ma belle demoiselle ! »