‹ Les cariatides (volume 2)Chapitre 32 sur 101 · CHANSON A BOIRE · texte numérisé non relu

CHANSON A BOIRE

DE ce vieux vin que je révère Cherchez un 'flacon dans ce coin.

Çà , qu'on le débouche avec soin , Et qu'on emplisse mon grand verre.

Chantons lo Paean I

Le Léthé des soucis moroses Sous son beau cristal est enclos , Et dans son cœur je veux à flots Boire du soleil et des roses.

La treille a ployé tout le long des murs , Allez , vendangeurs , les raisins sont mdrs 1

Jusqu'en la moindre gouttelette , La fraîche haleine de ce vin.

Exhale un parfum plus divin Qu'une touffe de violette ,

Chantons lo Paean !

Et dessus la lèvre endormie Des pâles et tristes songeurs , Met de plus ardentes rougeurs Que n'en a le sein de ma mie.

La treille a ployé tout le long des murs , Allez, vendangeurs, les raisins sont mûrs 1

942 tIVRE QUATRIÈME

A mes yeux , en nappes fleuries Dansantes sous le ciel en feu , L'air se teint de rose et de bleu Comme au théâtre des féeries ;

Chantons lo Psean ! ,

Je vois un cortège fantasque , Suivi de cors et de hautbois / Tourbillonner, et joindre aux voix La flûte et les tambours de basque !

La treille a ployé tout le long dés murs , Allez, vendangeurs, les raisins sont mûrs î

C'est Galatée ou Vénus même Qui , dans l'éclat du flot profond , Se joue et me sourit au fond De mon grand verre de Bohême.

Chantons lo Paean !

Cette autre Cypris , plus galante , Naît du nectar si bien chanté , Et laisse voir sa nudité Sous une pourpre étincelante.

La treille a ployé tout le long des murs , Allez , vendangeurs, les raisins sont mûrs !

Plus d'amante froide ou traîtresse , Plus de poètes envieux !

Dans ce grand verre de vin vieux Pleure une immortelle maîtresse,

Chantons lo Psean l

Et , comme un ballet magnifique , Je vois, dans le flacon vermeil , Ck)uleur de lune et de soleil ,

Des rhythmes danser en musique !

La treille a ployé tout le long des murs , Allez, vendangeurs, les raisins sont mûrs 1

I j'iENs. Sur tes cheveux noirs jette un chapeau de paille. T Avant l'heure du bruit, l'heure où chacun travaille,

Allons voir le matin se lever sur les monts Et cueillir par les prés les fleurs que nous aimons. Sur les bords de la source aux moires assouplies , Les nénufars dorés penchant des fleurs pâlies ,

II reste dans les champs et dans les grands vergers Comme un écho lointain des chansons des bergers , Et , secouant pour nous leur» ailes odorantes ,

L«s brises du matin , comme des sœurs errantes , Jettent déjà vers toi , tandis que tu souris , L'odeur du pécher rose et des pommiers fleuris.

U CHANSÛN m MA MIE

L'eau , dans les grands lacs Weiis Endormie , Est le miroir des deux :

Mais j'aime mieux les yeux.

De ma mie.

Pour que l'ombre parfois

Nous sourie, Un oiseau chante au bois :

Mais j'aime mieux la voix

De ma mie.

La rosée , à la fleur

Défleurie Rend sa vive couleur :

Mais j'aime mieux un pleur

De ma mie.

Le temps vient tout briser.

On l'oublie :

Moi , pour le mépriser^ .le ne veux qu'un baiser

De ma mie.

La rose sur le lin

Meurt flétrie; J'aime mieux pour coussin Les lèvres et le sein

De ma mie.

On change toar à tanr

De folie :

Moi , jusqu'au dernier jour, Je m*en tiens à l'amour

De ma mie.

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