LES TOURTERELLES
CEPENDANT qu'étrangère à la nature en fête , Elle rêvait sans but sur sa couche défaite , Le soleil frissonnait sur l'or et les damas ; Le doux air de l'été, qui chasse les frimas, Chargé de la couleur et du parfum des roses, Entrait, et redonnait la vie à mille choses.
Le vin était de pourpre, et les cristaux de feu.
Alors, comme en jouant deux cygnes d'un lac bleu, Comme deux lys jumeaux que leur beauté protège , D'un vol silencieux , deux colombes de neige Franchirent l'azur vaste et vinr^t se poser Sur la fenêtre ouverte , et dans un long baiser Se becqueter sans fin en remuant les ailes.
Elle , les yeux fixés sur ces deux tourterelles , (Tandis que de la mousse et des feuillages verts S'exhalaient alentour mille parfums amers,] Laissait , l'âme enivrée à la brise fleurie , Dans le bleu de l'amour errer sa rêverie.
Dis-moi , que faisais-tu loin d'elle , ô bel enfant ! Tandis que sur son col et sur son dos charmant
Couraient à Tabandon ses tresses envolées , Que faisais-tu , perdu sous les longues saulées, Et que te disaient donc , ô timide rêveur !
Les brises de Tété si pleines de saveur ?