‹ Les cariatides (volume 2)Chapitre 40 sur 101 · A UNE PETITE CHANTEUSE DES RUES · texte numérisé non relu

A UNE PETITE CHANTEUSE DES RUES

ENFANT au hasard vêtu, D'où viens-tu Avec ta chanson bizarre?

D'où viennent à l'unisson

Ta chanson.

Ta chanson et ta guitare?

Tu livres au doigt vermeil

Du soleil.

Qui les dore et les caresse, Tes tongs cheveux emmêlés,

Crespelés Gomme ceux d'une déesse.

D'()ù vient ce front soucieux.

Ces grands yeux.

Ces chairs dont la transparence Fait voir parmi les couleurs

De cent fleurs Des tons dignes de Lawrence?

Viens-tu du pays serein

Où le Rhin Baise les coteaux de vignes Dont le feuillage mouvant

Tremble au vent Et serpente en longues lignes?

Viens-tu du pays riant

D'Orient, De Naple aux charmantes grèves^ Ou de Venise au ciel bleu

Tout en feu, Ou du blond pays des rêves?

Avec son hardi carmin,

Quelle main A pourpré pour les féeries Tes lèvres, ces fruits brûlants.

Plus sanglants Que des grenades fleuries?

Est-ce bien toi, cet enfant

Triomphant, Dont le père, ouvrant son aile Au fond d'un nid de roseau.

Fut oiseau , Dont la mère fut oiselle?

Belle fille aux cheveux d'or,

Est-ce encor Toi, qui, rieuse et fantasque, Ptinift voltiger en Tair

Un'éclair Avec ton tambour de basque?

Toi la Bohême à Toeil noir

Qui, le soir, D'une dorure fanée Serrais ton ample chignon,

Et Mignon Est-elle ta sœur aînée?

Ou, plutôt, courant au bois.

Et sans voix Pour un brin d'herbe qui bouge.

Interdite à chaque pas.

N'es-tu pas Le petit Chaperon-Rouge,

Qui fit même des jaloux

Chez les loups, Et qui, portant sa galette Chez la bonne mère-grand' ,

En entrant Faisait choir la bobinette?

Mais non, aux divins attraits

De tes traits Et de ta voix, je devine L'enfant comblé des faveurs

Des rêveurs, La folâtre Golombine.

Mais où sont tes beaux souliers,

Tes colliers Qui font rêver les filleUes?

Où sont le bd or changeant

Et l'argent De tes jupes à paillettes?

Et le souple casaquin

D'Arlequin ?

Et Cassandre et sa fortune ?

Où Pierrot, l'homme subtil,

Cache- t-il Sa face de clair de lune ?

lOLLAS

NÉÈRE

Le soir est tiède et pur, le vent pleure. Myrrha, Notre jeune lollas, qui souvent t'admira.

Va venir près de nous, sous l'arbre qui soupire, Dénouer nos cheveux et caresser la lyre.

MYRJIHA.

Néère, c'est pour toi qu'il anime, en songeant, La lyre qu'enseigna Phœbus à l'arc d'argent.

Comme toi, dans mes yeux, ô Néère ! que n'ai-je Le trait qui brûle un cœur endormi sous la neige !

NÉÈRE

Sa main silencieuse aime tes cheveux bruns

D'où ses doigts pour longtemps s'en vont pleins de parfums.

MTRRUA.

Les tiens, jouet charmant de la brise qui vole, Sont lisses et dorés comme un flot du Pactole.

NÉÈRE

Tes pieds charment la lèvre, et montrent au hasard Leurs ongles transparents arrondis avec art.

MYRRHA

Ta- gorge est comme un marbre, et la lumière arrose Sur ses fermes contours deux frais boutons de rose.

NÉÈRE

Que n'es- tu beau comme elle, ô bel enfant? Hélàs ! .rirais en suppliante adorer lollas 1

MYRRHA

loUas ! pour un jour sois semblable à Néère, Et je n'aurai pour toi nulle froideur amère.

NÉÈRE. X

La bouche des zéphyrs aux souffles embaumés S'enivre en s'égarant sous les bras parfumés.

MYRRHA

Quelle autre ivresse attend les^deux lèvres choisies Qui, goûtant de ton cou les blanches ambroisies, Et, buvant à longs traits les flammes que j'y sens, Y feront circuler des frissons rougissants !

NÉBRE.

Vois comme Tonde est calme,* et comme la naïade, Dont la molle fraîcheur invite et persuade, Semble tounier vers nous Tazur de ses yeux bleus.

MYRRHA

Dans ses bras palpitants descendons toutes deux. Confions notre tète à son bruit qui fascine, Et notre épaule blonde à sa douce poitrine.

« NÉÈRE

Goûtons auparavant ce nectar. Pour nos jeux Liber y mit la force en parcelles de feux.

MYRRHA

Oui, mais la coupe d'or est froide à qui la touche. Quel or vaut, ô ma sœur, le corail de ta bouche !

NÉÈRE

Tenons-nous par la main. Ah I ce flot est glacé ! Entoure bien mon cou de ton bras enlacé.

MYRRHA

Comme Teau, sœur du ciel, qui flottait indécise, Me presse avec amour! Je suis toute surprise.

NÉÈRE

Chacune bien serrée avec deux bras tremblants, Myrrha ! nous voguons comme deux cygnes blancs,. Et, sur nos fronts jumeaux aux poses familières, Se mêlent toutes deux nos guirlandes de lierres.

MTBRIIA.

Le flot rasséréné, qui court sans se lasser, M'enivre; et je ne sais, me sentant caresser Voluptueusement dans cette paix profonde.

Si c'est ta chair polie, ou le zéphyr, ou Tonde !

NEERE*

lollas va venir, de ses do'igts enjoués Tresser en folâtrant nos cheveux dénoués.

Page 1