A CHARLES ASSELINEAU
\/^AiNEHENT tu lui fais affrout , Votre brouille m'amuse , Car je reconnais sur ton front Le baiser de la Muse.
UYRE GINQUIBME 1271
Tout est fini , si tu le veux ;
Mais que le vent les bouge, Vite on le voit sous tes cheveux ,
La place est encor rouge.
Tu fuis le bois des lauriers verts
Et la troupe des cygnes , Et , pour mieux laisser Fart des vers
A des chanteurs plus dignes, Tu ne t'égares plus jamais
Sous la lune blafarde.
La modestie est bonne , mais
Cette fois , prends-y garde !
Par ces scrupules obligeants ,
Trop souvent on condamne I^ fée amoureuse , à des gens
Coiffés de tètes d'âne..
Firdusi ne vit plus à Thus !
* Toutes les nuits un ange Vient baiser les fleurs de lotus
Aux bords sacrés du Gange ; L'hyacinthe frissonne encor
Dans les clairières lisses ; Toujours , faisant du soleil d'or
Les plus chères délices , La rose à sa douce senteur
Enivre Polymnie , Mais je connais plus d'un auteur
Qui n'a pas de génie !
Vien^! ne laisse pas galamment
Notre gentille escrime ^ Aux sots, privés également
De raison et de rime.
i7i LIVRE GIiXQUIÈME
Au moins , reprends notre lien
Pour une année entière !
Et d'ailburs , ami , tu peux bien
Chez le vieux Furetièm Errer comme en un Sahara ;
Acheter et revendre Des bouquins; Erato saura
Toujours où te reprendre î Au mois ou s'ouvrent les boutons ,
Tous ceux qui l'ont aimée Reviennent comme des moutons -
Sur sa trace charmée.
Or, Justement, pris^-à Tattrait
De mes rimes prolixes, J'entends errer dans la forêt
Les elfes et les nixes; >Ët , dans le parc où nous songeons ,
La sève dont la force Croît, gonfle déjà les bourgeons
Prêts à rompre l'écorce.
A HENRY MURGEK
(loMME l'autre Opliélie , ><Dont la douce folie S'endort en murmurant Dans le torrent ,
Pâle , déchevelée , Et dans Tonde étoilée Eparpillant encor Ses tresses d'or.
Et comme Juliette , Qui craignait Taloùette Eveillée au matin * Parmi le thym ,
Elle est morte aussi jeune Au bel âge où l'on jeûne , Ta pensive Mimi Au front blêmi,
Et f dans la matinée De la vingtième année , Elle a fermé ses yeux Insoucieux.
Parmi les pâles ombres Qui > joyeuses ou sombres , A Tentour de ton front Voltigeront ,
Certe , il en est plus d'une Dont la tendre infortune Souvent nous consola :
Mais celle-là ,
C'est notre bien-aimée !
Sa trace parfumée Reste encor dans les champs Avec nos chants !
Î74 LIVRE GWQUIÈMK
Lorsque ,' dans la nuit brune , - Un frais rayon de lune Argenté les berceaux Et les ruisseaux ,
Comme une autre Giselle , Elle effleure de l'aile Les Ivs extasiés Et les rosiers,
Et , diaphane et blanche , Le soir vers nous se penche , En posant ses deux mains Sur les jasmins.
Sa plainte triste et pure Dans le ruisseau murmure , Et s'envole en rêvant Avec le vent.
Que le printemps renaisse, Ame de ta jeunesse , Elle tressaille aux sons De tes chansons,
Et parfois se soulève , Pour les entendre en rêve Dans 'la brise passer Et s'effacer.
Rendors-toi, dors heureuse, Pauvre fille amoureuse :
Notre amour te défend Comme un enfant !
LIVflE CINQUIÈME Vlh
Croise tes mains d'ivoire :
Car, du moins, ta mémoire Qui sait nous attendrir, Ne peut mourir 1
Que le zéphyr en fête Te berce ! Le poète Qui jadis te pleura , Se souviendra !
Dans l'herbe toujours verte Où , de roses couverte , Penche sous le tombeau Ton front si beau ,
La fleur de la prairie Brille, toujours fleurie, Et peut se marier A son laurier !