A ALPHONSE KARR
QUE de fois, sous les tilleuls, Tous deux seuls Avec ma maîtresse blonde , Ton livre m'a fait songer,
Etranger A tout le reste du monde ! ,
Je m'alanguissais , à voir
Son œil noir, Et , me répétant : a Je t'aime ! »
Sans songer au lendemain ,
Dans sa main Elle tenait le poème.
Oh î les charmahts écoliers !
Vous mêliez
Votre voix et votre haleine Et vos soupirs amoureux ,
Couple heureux , Stéphen , ô Magdeleine !
Tel , au mois couleur du jour
Où Famôur A la terre se marie, Au fond des vertes forêts
Je pleurais Sur les genoux de Marie î
Doux songe au temps des lilas !
Puis, hélas!
Tout s'enfuit de la mémoire , L'oubli vient , puis le remord ,
Puis la mort, C'est bien Téternelle histoire.
Il en est une autre aussi ,
Dieu merci !
Douce à mon âme inquiète :
Roméo tombe au printemps
A vingt ans , Auprès de sa Juliette !.
Il sort par un beau matin
Du festin , Plein de jeunesse et de sève , Et meurt les yeux embrasés
De baisers :
Mais celle-là , c'est le rêve !
UN COIN DE JARDIN À Madame Zélie de Friberg.
MA sœur, ma sœur, n'esUl pas de défense Contre Taffront du temps ?
Qui les a pris, ces jours de notre enfance
Où les cheveux flottants, Beaux, enviés par les mères jalouses,
Couple au regard vermeil , Tu me suivais ~à travers les pelouses,
Malgré le grand soleil ?
Te souvient^il de ce jardin sauvage
Tout au cœur de Moulins , Que troublaient seuls nos jeux du premier âge
Et nos rires malins?
n était triste et rempli de mystères.
Jamais ses beaux fruits mûrs N'étaient cueillis, et les pariétaires
Envahissaient les murs.
Sur leur sommet que la mousse inégale
Peignait de ses couleurs.
Montait superbe un rosier du Bengale
Ecrasé sous les fleurs.
Tout se mêlait ainsi qu'une famille :
Les soucis et les lys, La vigne folle avec la grenadille ;
Près des volubilis
Le glaïeul rose et ses feuilles en pointes;
Partout le vert lézard Venait courir sur les pierres disjointes ;
La liberté sans art Avait rendu leurs énergiques poses
AUX vieux arbres fruitiers, Et les rosiers portaient; au lieu de roses,
Des touffes d'églantiers.
Les nénufars, dans la mare déserte,
Fleurissaient sur les eaux , Où se formait une enveloppe verte
 l'abri des roseaux.
Dis, nous vois-tu dévastant les groseilles
Et les grains du cassis?
Autour de nous voltigeaient les abeilles,
L'éclatante chrysis, Et mille oiseaux, en bandes familières.
Se penchaient tout le jour Pour boire, au bord des urnes, que'des lierres
Tapissaient à Tentour.
La solitude avait pris sa revanche.
Dans ce recueillement Lortie, hélas ! coudoyait la pervenche :
C'était morne et charmant.
Nous jouions là , gais pour une chimèi-e,
Gourant, ou bien assis Dans le gazon. Parfois notre grand'mère,
La veuve aux chers soucis - Qui fut si belle et qui mourut si jeune,
Se montrait sur le seuil , Le front pâli comme par un long jeûne,
Triste et douce, en grand deuil.
A LÉON GATATES
AvBc ses sanglots, rinstrument rebelle.
Qui sent un pouvoir plus fort que le sien , Donne rharmonic enivrante et belle Au musicien.
Le cheval meurtri , qui saigne et qui pleure. Cède au cavalier, rare parmi nous , Dont aucun effort ne peut avant Theure Lasser les genoux.
De môme d'abord , le Rhythme farouche Devant la Pensée écume d'horreur, Et, pour se soustraire au dieu qui le touche , Se cabre en fureur.
Mais bientôt , léchant la main qui Topprime , Il marche en cadence , et, comme par jeu , Son vainqueur lui met le mors de la Rime Dans sa bouche en feu.
Tu le sais, ami, toi dont TÂrt s'honore , Homme à la main souple, au jarret d'acier, Qui fais obéir la harpe sonore Et Tardent coursier;
Lorsqu'aimé d'Isis aux triples ceintures, Un homme intrépide a baisé son sein , La création et les créatures Suivent son dessein.
Le Crénie en feu donne à l'âme altière Le Commandement , ce charme vanté , Et TEsprit captif dans Tâpre Matière Cède épouvanté.