‹ Les cariatides (volume 2)Chapitre 59 sur 101 · A ROGER DE BEAUVOIR · texte numérisé non relu

A ROGER DE BEAUVOIR

CE temps est si sévère Qu'on n'ose pas Remplir deux fois son verre Dans un repas,

Ni céder à l'ivresse

De son désir, Ni chanter sa maîtresse

Et le plaisir I

On croit que pour paraître

Rempli d'orgueil, Il est distingué d'être

Toujours en deuil !

Les topazes, la soie,

La pourpre et tout^ Ne font pas une joie

D'assez bon goût,

Et les bourgeois, que flatte

Un speech verbeux, Ont peur de l'écarlate

Comme les bœufs I

pauvres gens sans flamme^

Qui, par devoir.

Mettent, même à leur âme.

Un habit noir 1

Qu'ils ne puissent plus boire

Sans déroger, C'est bien fait pour leur gloire !

Mais, cher Roger,

Nous de qui le cœur aime

Un doux regard.

Admirons ce carême

Comme objet d'art,

Et restons à notre aise

Dans le soleil Qu'à fait Paul Véronèse

Aux dieux pareil 1

Sa lèvre nous embrase !

Que ces marchands Gardent pour eux l'emphase,

Et nous les chants !

Tant que des gens moroses

Le ciel épris Ne mettra pas aux roses

Un habit gris,

Tant qu'au dôme où scintillent

Les firmaments, Parmi les saphirs brillent

Des diamants,

Tant qu'aux bois, où m'accueille

Un vert sentier.

Naîtront le chèvrefeuille

Et l'églantier,

Tant que sous les dentelles

Daignent encor Nous sourire les belles

Aux cheveux d*or.

Tant que le vin de France Et les raisins

Porteront Tespérance A nos voisins,

Gardons la jeune Grâce

Pour échanson, Et chantons, comme Horace,

Notre chanson !

Et vous que j'accompagne

Jusqu'au mourir, Versez-nous le Champagne I

Laissons courir

Avec Tor et la lie

De sa liqueur, L'inconstante folie

Dans notre cœur.

Règne, Amour, sans entrave

Et sans rival.

Et nous prendrons Pair grave

Au carnaval I

WlÊrrrhÊnmirrm^maTmriÊÊmÊtmm^w I i" "V T^i'

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U YENDANGEUSE

TOI dont les cheveux doux et longs Se déroulent en onde iière, Comme les flots de ta rivière, O belle fille de Oiâlons !

Penche la tôte parfumée, Que je puisse, ô ma bien-aimée !

Voir baigné par ces cheveux blonds, Ton riant profil de camée.

O fille d*un climat divin !

Tu naquis plus blanche qu'un cygne, Et ton grand-père dans sa vigne Mouilla ta lèvre avec du vin !

Aussi, lorsque la primevère Triomphe du climat sévère.

Loin du monde vulgaire et vain, Vers les cieux tu lèves ton verre!

Toute à l'instant qu'il faut saisir, Tu mords, et d'une ardeur pareille.

Aux raisins gonflés de la treille Comme à la grappe du plaisir 1 Et sur ta poitrine, où se noie Une lumière ivre de joie.

Mûrissent les fruits du Désir Comme une vendange qui ploie.

En 168 veines, de toutes parts, Boui^ignonne aux tresses dorées^ Le sang des bacchantes sacrées Bouillonne dans ton sang épars^ Et tu tiens tes idolâtries De ces guerrières des féeries Qui conduisaient les léopards Avec des guirlandes fleuries I

Il fut ton aïeul, cet amant De la chanson ivre et sauvage, Menant sur son char de feuillage.

Par TAttique, uu troupeau charmant 1 G*est pourquoi, danseuse étourdie, Tu fais d'une main si hardie Carillonner joyeusement Les grelots de la Comédie !

vendangeuse I tu souris.

Embrassons-nous jusqu'à Tivresse !

Buvons encore, ô ma maîtresse I

Déroule tes cheveux chéris

Sur ces raisins ! car, ô merveilles 1

Tes tresses blondes sont pareilles

Au soleil qui les a mûris,

Et ta bouche aux grappes vermeilles.

jMÉÉÉftMâfi

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