A ODETTE
ODETTE, VOS cheveux vermeils Ont le jaune éclat des soleils Parmi les moissons enchantées, Et caressent en nappes d*or Vos tempes, plus blanches encor Que des étoiles ai^entées.
Quand TAurore rose à demi Se joue et frissonne parmi Les rayons de ce bel or pâle, De douces et tristes lueurs Éclairent de reflets rêveurs Votre joue aux teintes d'opale.
Sur votre jeune front penché
L'étincelle d'un feu caché
Brille dans vos yeux clairs et sombres.
Et comme de tendres pistils.
Les bandeaux soyeux de vos cils
Vous caressent de grandes ombres.
Vos lèvres, déjà tout en fleur, Ont l'harmonieuse pâleur
TT-WII
De la sensitive froissée, El ce lys que rien n'outragea, Votre front, se courbe déjà Sous l'orage de la pensé^
Vos regards sont si languissants Qu'à votre petit cœur je sens Saigner de secrètes blessures, Et parfois dans vos yeux pensifs Je crois voir s'amasser, captifs.
Tous les pleurs des amours futures.
Ah ! que ces pleurs silencieux Ne coulent jamais de vos yeux !
Et ne voyez jamais éclore Autour de vos cheveux flottants.
De nos saisons que le printemps Et de notre jour que l'aurore !
Que rien n'emplisse de sanglots
Votre àme pareille à ces flots
Où Dieu lui-même se reflète 1
Parlez aux cieux, aux champs, aux bois
Avec votre plus douce voix.
Soyez heureuse, chère Odette I
Dites aux bosquets de rosiers :
« Je veux que vous me le disiez Comment vos fleurs s'épanouissent.
Et parmi de calmes amours Je veux que ma vie et mes jours Ainsi que vos roses fleurissent? »
A la source dont le flot clair Boit le bleu transparent de Tair, Dites : a Je veux, ô flots sans nombre, Que mes jours coulent, comûe vous, Sur un chemin facile et doux, Â Tabri d'un feuillage sombre ( »
Au bel Ange qui suit vos pas :
« Je veux que ma route ici-bas Ne .soit qu*harmonie et sourires !
Tel dans Toasis du désert On entend parfois un concert De voix humaines et de lyres. »
Tous écouteront votre vœu !
Vous parliez encore au bon Dieu itier dans les célestes féeries.
Et vous devez encor savoir En quels mots se parlent au soir Un ange et des roses fl^euries.
A MICHEL CABUÉ
LA fille du gai Thespis Est tout endormie Et penche son front de lys
Sur sa main bléroie.
Ses bacchantes aux doux yeux Ne versent plus le vin vieux :
Assez dé pleurs I j*aime mieux L'amour de ma mie.
On dit que nous triomphons I
gaîté facile, Où sont tes joyeux bouffons
Venus de Sicile ?
Les grands mots ont effrayé Ce peuple au manteau rayé Dont Molière a défrayé
La verve docile I
Mais ta Muse lace encore
A son pied d'albâtre Le léger brodequin d'or
Qui sied au théâtre.
L^ Amour est votre écbanson, Il rit à votre moisson :
Qu'il nous rende la chanson
Rieuse et folâtre !
Que la Comédie au moins
Ait son chant du cygne 1 Ah ! sans prendre tant de soins
Pour paraître digne, Son beau rire était si prompt 1 Ami, sans lui faire affront, Rien ne sied mieux à son front
Qu'un rameau de vigne.
*A JULES DE PRÉMAMY
LECTEUR, prompt à nous consoler, Toi qui sais encore voler Comme Tabeille, au miel attiqué, Ton enthousiaste rumeur Encourage le doux rimeur, voix émue et sympathique !
mon ami, c'est déjà vieux I Depuis dix ans les envieux, Acharnés sur la même lime, Ensanglantent leurs yeux ardents, Et viennent se briser les dents Contre Tacier pur de ma rime.
Poésie ! ange fatal !
Des fous marchent d'un pied brutal A travers tes Edens splendides.
Comme, aux approches de la nuit.
Par les déserts de fleurs s'enfuit Le troupeau des buffles stupides.
Mais croissez, pervenches et thym !
Comme ces lueurs du matin Qu'enveloppent en vain des voiles, symboles de mes amours !
C'est vous seuls qui vivrez toujours.
Printemps, lauriers, chansons, étoiles!
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LE SANG DE U COUl'E
RIS sous la griffe des vauloui^, Apaise tes sanglots, mon âme 1 ' Vas-tu te plaindre d'une femme?
Non ! je veux boire à ses amours !
Je boirai le vin et la lie, furie aux cheveux flottants l Pour mieux pouvoir en même temps Trouver la haine et la folie.
Dans mon verre entouré de fleurs S'il tombe une larme brûlante, Rassurez ma main chancelante.
Et faites-moi boire mes pleurs.
Assez de plaintes sérieuses Quand le bourgogne a ruisselé, Sang vermeil du raisin foulé Par des bacchantes furieuses,
^sm
Pour former la chaude liqueur^ Elles n'ont pas, dans leurs victoires, Déchiré mieux les grappes noires Qu'elle n'a déchiré mon cœur.
Amis, vous qui buvez en foule Le poison de l'amour jaloux.
Mon cœur se brise, enivrez-vous, Puisque la poésie en coule i
C'est dans ce calice profond Que l'infidèle aimait à boire :
Puisqu'au fond reste sa mémoire, Noble vin, cache m'en le fond I J'y jetterai les rêveries Et l'amour que j'avais jadis.
Comme autrefois ses mains de lys Y jetaient des roses fleuries I
Et vous, mes yeux, que pour miroir Prenait cette ingrate maîtresse, Extasiez-vous dans l'ivresse Pour lui cacher mon désespoir.
Ces lèvres, qu'elle a tant baisées.
Me trahiraient par leur pâleur; Je vais leur rendre leur couleur Dans le sang des grappes brisées.
Je noierai dans ce flot divin Le feu vivant qui me dévore.
Mais nonl Elle apparaît encore Sous les douces pourpres du vin !
C'est elle que mon rêve enfante Dans ce vin qui me semble amer,
Et cette coupe est une mer D*où sort la Vénus triomphante.