‹ Les cariatides (volume 2)Chapitre 86 sur 101 · LES ROSES · texte numérisé non relu

LES ROSES

VIERGES de dix-huit ans, dénouez vos ceintures 1 Versez, versez à flots vos larmes encor pures. Penchez votre cœur plein et votre front si beau. Dépouillez les rosiers pour orner ifu tombeau. La plus belle de vous est maintenant une ombre. C'était pour ruisseler dans la demeure sombre Que ses doux cheveux d'or, pleins de zéphyrs tremblants, Etaient devenus longs à cacher ses pieds blancs. Quoi 1 c'était pour l'oubli , quoi ! c'était pour la tombe Qu'elle était fraîche et pure ainsi qu'une colombe ! Et c'était pour dormir, comme nous la voyons, Qu'elle avait ses yeux noirs étoiles de rayons ! Hélas ! Dieu seul est grand , et connaît toutes choses. Jeunes filles, pleurez ! vierges, cueillez les roses ! ^ Pauvre Lydie ! enfant qui souriais si bien. Tu n'es plus qu'un corps froid, un souvenir, plus rien !

Certes, nous le savions , ô tendre fleur fanée !

Il nous fallait te perdre, et tu n'étais pas née

Pour meurtrir comme nous la plante de tes pieds

Dans cet étroit cachot de crimes expiés.

Dieu qui, pour te créer, ange entre ses merveilles.

A pétri des parfums et des blancheurs vermeilles,

Ne pouvait pour longtemps , même dans ce beau cx)rps,,

T'exiler des rayons, te bannir des accords !

Mais si tôt ! mais si vite ! Et pourquoi, chère morte ,

Nous a-t-il donc laissés t'aimer, puisqu'il t'emporte !

coupe de parfums, rose nouvelle, bois Nos larmes ! Dépouillons les jardins et les bois ! Jeunes filles, cueillez les roses avant l'heure ; Mêlons nos pleurs amers à la brise qui pleure. Votre Lydie est morte ! elle est morte au printemps î Peulrêtre il lui restait encor beaucoup de temps Pour aller dans les champs, pleins de senteurs divines ,. Cueillir des liserons et d'humbles églantines. Pour s'agiter aux vents comme un jeune roseau, Pour mêler quelque rêve à ses chansons d'oiseau, Et pour sourire aux cieux de rubis et d'opales.

Morte sitôt 1 Pourtant la fièvre aux longs doigts pàles^ N'a pas mis le trésor de ses jeunes appas Sur un lit de douleur. Tout l'aimait. Ce n'est pas Le fer, dernier espoir des espérances vaines, Qui fit couler à flots la pourpre de ses veines. Non, tout l'aimait. La vague aux regards onduleux Ne l'a pas entraînée au fond des gouffres bleus. Rien n'a tranché le fil d'une aussi belle vie. Non. Seulement un jour cette sainte ravie Aima. Son âme avait, blanche comme sa main , Trop de fragilité pour un amour humain :

Elle a fui vers les deux ainsi qu'une nuée.

La flèche qui nous blesse, en jouant l'a tuée..

1J5 VIN DE L'AMOUK

VGGABLÉ de soil", l'Amour Se plaignait, pâle de rage, A tous les bois d'alentour.

Alors il vit, sous l'ombrage, Des enfants à l'œil d'azur Lui présenter un lait pur Et les noirs raisins des treilles.

Mais il leur dit : c< Laissez-moi, Vous qui jouez sans effroi, Enfants aux lèvres verm'eilles !

Petits enfants ingénus

Qui folâtrez demi-nus, Ne touchez pas à mes armes.

Le lait pur et le doux vin Pour moir ruissellent en vain :

Je bois du sang et des larmes. »

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LA Mi;sE Héroïque

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