‹ Les cariatides (volume 2)Chapitre 91 sur 101 · LE DRAME · texte numérisé non relu

LE DRAME

Pour moi, peuple, je suis le Drame.

C'est à moi, non pas à ma sœur.

De louer le hardi penseur Qui leva les voiles de l'âme.

LeB grands types qu'il nous fait voir Vivants, dans ses portraits magiques, Sont terribles sans le savoir, Et plus sûrs de nous émouvoir Que tous les demi-dieux tragiques.

Le vice, qu'il est parvenu A nous faire voir si risible, Nous frappe d'un trouble inconnu ; Tant le coeur humain mis à nu Devient un spectacle terrible.

Cœur divin, et supérieur A toute haine vengeresse, Souvent son visage rieur N'est que le masque extérieur D une inconsolable tristesse.

S'il m'a fait sourire, en souffrant, D'un amour qui, par ses alarmes, Est si ridicule et si grand, Ârnolphe, aux pieds d*Aghès pleurant, Me contraint de verser des larmes.

Quand l'Avare blessé grandit, Et s'en va battant les murailles , Méprisé d^un fils qu'il maudit, Harpagon me laisse interdit Et fait frissonner mes entrailles.

Enfin, par un lâche avéré ' Trompé sans pudeur ni scrupule, Quand je le vois désespéré,

Georges Dandin déshonoré Ne me parait plus ridicule.

Tartufe «t don Juan, tortueux Jusqu'à la basse apostasie, M'emplissent d*borreur tous les deux Avec le sourire hideux Du vice et de l'hypocrisie.

Et quand je vois le grand moqueur, Alceste à. l'âme surhumaine, Dont un froid sourire est vainqueur, î^ colère me monte au cœur Contre la froide Célimène.

Molière, privilégié, Plaisante d'une- âme attendrie, Et c'est au moins pour la moitié Que la terreur et la pitié Se mêlent à sa raillerie.

C'est. à moi, chantre des douleurs.

De m'agenouiller sur la pierre, Pour consacrer ces pâles fleurs Et ces lauriers baignés de pleurs Sur le front du divin Molière.

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