‹ Les cariatides (volume 2)Chapitre 95 sur 101 · LA COMÉDIENNE · texte numérisé non relu

LA COMÉDIENNE

cœurs toujours ouverts, dont la piété si tendre Va chercher le malheur pour mieux s'en souvenir, Ëeoutez-moi : c'est lui que vous allez entendre, Je suis la voix de ceux qui veulent vouç bénir.

Eux à qui le Seigneur donna pour seules armes ^ L'hamble foi du croyant qui le prie à genoux, Pour vous remercier ils n'avaient que leurs larmes, Ils m'ont dit en pleurant : « Vous parlerez pour nous. »

Aussi je viens vous dire au nom des pauvres mères Dont le c^lme sourire , aujourd'hui triomphant, Hier dissimulait des angoisses amères : ^ « Merci, car c'est à vous que je dois mon enfant ! »

Je viens vous dire, au nom de toutes les familles Pour lesquelles demain, grâce à vous, sera beau : M Merci pour les enfants et pour les jeunes filles, Merci pour les vieillards couii)é6 vers le tombeau ! »

Je viens vous dire au nom de celui qui déploie Au-dessus de nos fronts le ciel immense et bleu : « En plaisirs, en bonheur, en délires de joie On vous rendra cet or que vous prêtez à Dieu ! »

Car le pauvre, c'est lui. Sublime poésie Que lui-môme enseigna pour guide à la vertu ! Celui qui donne au pauvre un pain, le rassasie. Celui qui donne au pauvre un manteau, l'a vêtu !

Mais ce pauvre, la chair de sa chair, et qu'il aime Avant tous, l'indigent que le Christ appela A s'asseoir dans le ciel à côté de lui-même.

N'aura besoin de rien tant que vous êtes là !

C'est l'hiver. Tout gémit dans la pauvre demeure. Auprès de son vieux chien qu'il vient de rudoyer, Le père tout pensif se tait, et d'heure en heure 1^ pain manque à la huche et le bois au foyer!

Les petits, secouant leur chevelure blonde, Digent : « qui soutiendra nos pas, faibles roseaux, Si vous nous oubliez, mon Dieu, maître du monde, Qui donnez leur pâture aux petits des oiseaux ? »

La mère, elle, tressaille en faisant la toilette De sa fille, et jetant, de larmes arrosé.

Un œil de désespoir sur l'enfant qu'elle allaite, ^ Lo berce avec terreur sur son sein épuisé.

Mais vous venez, ainsi qu'une aurore vermeille Des rayons de vos yeux dorer ces pauvres murs, Et, comme une Cérès qui vide sa corbeille, Vous faites de vos mains tomber les épis mûrs !

Consolant tout ce monde avec mélancolie, Vous leur dites avec un sourire divin :

a Celui qui songe à tous jamais ne vous oublie ; Mangez, voici du pain ; buvez, voici du vin. »

Et tous ces malheurex, retrouvant Tespérance Rien qu'à vous voir ainsi, pensent avec raison Que, venus de là-haut pour calmer leur souffrance, Des anges de lumière entrent dans leur maison !

Car, lorsque pour six mois a fui la saison douce Où le contentement tombe du ciel vermeil.

On dit : « Que reste-t-il à ceux que tout repousse Et qui n'ont plus peur eux Tair pur et le soleil ?

A ceux-là qui le soir souffrent un long martyre En voyant s'allumer les vitres des palais ?

Au marin dont la mer a brisé le navire?

Au pécheur dont la vague a troué les filets? »

On dit : « Que reste-t-il à toutes les victimes

Qui, malgré cet espoir résigné du chrétien,

Sous leurs pieds frémissants ne voient que des abîmes V

Enfin, que reste-t-il à ceux qui n'ont plus rien ? »

bons cœurs, il leur reste encore un héritage Dont aucun d'eux ne peut être déshérité.

Et qu'ils possèdent tous entier et sans partage. Ce trésor infini, c'est votre Charité!

C'est elle, ange penché partout où crie un gouffre, Amour inépuisable entre tous les amours. Qui partage sa bourse avec tout ce qui souffre : Elle est le bien du pauvre, et ce soir et toujours !

Et maintenant, ô foule émue, ô jeunes femmes, Quel que soit devant vous mon invincible émoi, (Je ne tremblerai pas, car je parle à vos âmes,) Pour les pauvres encor merci, merci pour moi !

L'humble artiste après eux bénit votre indulgence, pQur avoir bien voulu qu'en ses nobles chemins Votre or sanctifié qui cherchait l'Indigence, Pour arriver ,au but ait passé par ses mains !

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