‹ Les cariatidesChapitre 3 sur 40 · FEUILLETS DETACHES · texte numérisé non relu

FEUILLETS DETACHES

Est-ce toy, chère Élife?

Racine, Esther.

v-^'est là qu'elle priait. Là, sur ces blanches dalles Où je foule à mes pieds des tombes féodales. Vaguement enivré de la pompe des soirs, D'orgues, de chants divins, d'étoffes, d'encensoirs Et de beaux corps de femme à genoux sur la pierre. Je ne regardais qu'elle et sa blonde paupière, Et lorsqu'elle partit, maîtresse de mon cœur, Il me sembla d'abord que du milieu du chœur Un ange de sculpture aux formes immortelles Se levait, pâle et triste, en déployant ses ailes!

lJ'où vient-il, ce lointain frisson d'épithalame? Quels cieux ont déroulé leurs nappes de saphir? Quel espoir inconnu m'anime? Quel zéphyr A jeté dans ma vie errante un nom de femme?

Quel oiseau près de moi chante sa folle gamme? Quel éblouissement s'enfuit, pour me ravir. Comme le corail rose ou la perle d'Ophir' Que poursuit le plongeur bercé par une lame?

En vain de ma pensée effarouchant l'essor,

Je veux loin de vos yeux pleins d'étincelles d'or

L'entraîner, sur vos pas la rêveuse s'envole,

Et, pour que mon tourment renaisse, ardent phénix, J'emporte dans mon cœur votre chère parole, Comme un parfum subtil dans un vase d'onyx.

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