‹ Les carnets de Georges LouisChapitre 1 sur 35 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

MCMXXVI

Buchanan. Angleterre-Russie. — 20 avril 19L2.

« Sazonoff m’a dit, il y a quelques jours :

« L’entente avec l’Angleterre est l’alpha et l’oméga « de ma politique. Mon seul regret est que ce ne « soit pas moi qui l’aie signée. J’envie Isvolsky « d’y avoir mis sa signature. »

Buchanan ajoute : « Mais que de difficultés néanmoins me donnent les affaires de Serbie 1 Ce sont continuellement des plaintes de Londres qu’il me faut formuler. Sazonoff a fini par me dire : « J’en ai assez d’être sermonné (lectured) « comme un petit enfant. Je ne vous ennuie pas « dans votre zone. Faites-y ce que vous voudrez, (( mais laissez-moi agir dans la mienne, puisque « finalement je resterai fidèle aux principes de « notre entente. Et j’ai cédé sur tant de points ! « Vous avez voulu que nous abandonnions l’ancien « Chah, je l’ai abandonné ; vous avez voulu que « nous prêtions de l’argent à la Perse avec vous, « nous y avons consenti, etc., etc. On me reproche « ici toutes ces concessions, que l’on taxe de « faiblesses. J’ai reçu — je ne dis cela qu’à vous « — trois lettres où l’on m’accuse de trahison et « où l’on me menace de mort. Et après tout cela,

« vous venez continuellement vous plaindre ?

« C’est vraiment inadmissible ! »

Au fond, Buchanan trouve que cette sortie est assez justifiée. Il ajoute toutefois que, si la bonne volonté de Sazonoff est certaine, ses agents de Perse se dérobent souvent à ses instructions, et c’est la cause des principales difficultés.

Sazonoff. Conversation.—22 ou 24 avril 1912.

Dîner le 7 mai ? — Non, je pars le 2.

Discours à la Douma. Précisions concernant la Mongolie.

L’Allemagne ne poussera pas l’Autriche dans le Sandjak. Elle n’y a pas intérêt.

L’Archiduc héritier a demandé à Giers : « Estil vrai que vous avez conclu un accord avec l’ïtalie ?— Non. » J’ai fait un démenti officiel.

L’empereur Guillaume viendra en juillet dans les eaux finlandaises ? — 11 n’annonce ses intentions que par lettre personnelle à Lempereur Nicolas.

Ne pas se préoccuper de ces entrevues. Personne ne sait éluder une question comme Nicolas II. Et, des deux empereurs, celui qui s’agite et s’inquiète c’est Guillaume. Nicolas II reste calme.

Rivet. Isvolsky et la presse. — a 3 avril 1912.

On a laissé comprendre à Rivet, ici, au ministère des Affaires étrangères, que, si l’on donnait

si peu de nouvelles aux correspondants des journaux étrangers, c’est parce qu’on veut laisser à l’ambassadeur de Rassie à Paris, « qui s’en acquitte fort bien », le soin d'inspirer la presse étrangère, par l’intermédiaire de la nôtre. Il est tout naturel, ajoute-t-on, qu’on agisse ainsi à l’égard d’un ambassadeur qui a été le ministre du ministre actuel et de tous les subordonnés de celui-ci.

Se rappeler l’intimité d’ïsvolsky avec Tittoni.

Goujon.

L'assassinat du Grand-Duc Serge à Moscou (mai 1905 ?) i er mai 1912.

C’était au Kremlin. Le Grand-Duc passait en voiture. L’assassin, un petit employé, a raconté qu’au moment où il allait jeter sa bombe il était tout près de la voiture, le Grand-Duc l’avait vu, et que ses yeuxavaientpris une expression effroyable. La bombe mit tout en pièces, le Grand-Duc et la voiture, et quand, quelques minutes après, la Grande-Duchesse, immédiatement avertie, arriva en traîneau, elle s’agenouilla sur le sol pour chercher ce qui restait, et ses mains ne trouvèrent qu’une épaule et du sang.

Le lendemain elle alla à la prison, se fit ouvrir la cellule de l’assassin et lui demanda : « Pourquoi l’as-tu tué P »

Degrakd. 6 mai 1912.

Le Ministre n’écoule que Paléologue et Berthelot. Il critique tous les ambassadeurs, y compris Paul Cambon, surtout Bompard, et ne fait guère exception que pour G. Louis.

Sazonoff a une mauvaise presse là-bas. Tout le monde lève les bras au ciel, et se plaint de ce qu’il agit toujours sans entente préalable.

10 mai 1912.

Poincaré a ruiné le système de relations établies par Barrère avec Saint-Siège, qui donnait d’excellents résultats. Avec l’assentiment du Conseil des Ministres, il y a substitué des communications par l’intermédiaire des Lazaristes : le procureur (P) des Lazaristes à Rome, Fontaine, et, le procureur général (?) à Paris, Villette, tous deux fort intelligents ; mais les résultats seraient beaucoup moins bons. Ce changement a eu pour principal but d’enlever la direction à Barrère. On a été très dur et très injuste pour ce dernier. On lui a reproché d’avoir rétabli de sa propre autorité les relations rompues par le Gouvernement de la République. Il a répondu par une lettre très digne, prouvant qu’il n’avait jamais agi que sur instructions.

Davidoff a Bénac. 11 mai 1912.

Kokovtzoff vous demandera, en échange de vos demandes, de prendre l’engagement de

LOUIS

n’admettre pendant deux ans aucun emprunt hongrois, autrichien, ou même japonais.

Bénac. 12 mai 1912.

Isvolsky. — En apprenant, il y a deux mois, que les Bulgares cherchaient à contracter un emprunt avec nous, il est venu nous dire à la Banque de Paris : « J’espère bien que vous n’allez pas donner d’argent à ces gens-là. Ce serait très imprudent en ce moment. » — Et, six semaines après, il est venu appuyer les demandes de Stancioff. Ce subit revirement a été cause que l’on a attribué à la Russie des desseins inquiétants.

Au Ministère. —Poincaré manque « de cordialité » à l’égard de ses collaborateurs.

Par jalousie contre Jonnart, a empêché le Conseil de nommer celui-ci à la Résidence générale au Maroc, bien que c’eût été certainement le meilleur choix. Lyautey a besoin d’être conseillé. Il eût fallu nommer l’un à la Résidence et l’autre au commandement des troupes.

N’est pas toujours heureux dans ses expressions. Se rappeler son mot : « Bucarest aux portes de l’Orient », devant les juges roumains qui ne lui ont pas pardonné de les avoir pris pour des juges turcs.

Paléologue mal vu non pas seulement de ses collègues, mais des personnes du dehors, surtout des hommes d’affaires qui ne trouvent plus à qui parler au Ministère.

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