‹ Les carnets de Georges LouisChapitre 25 sur 35 · GEORGES I.OVIS. — TI · texte numérisé non relu

GEORGES I.OVIS. — TI

tantinople. Il est vrai que d’autres nouvellistes ont dit que l’Italie allait envoyer un corps expéditionnaire en Syrie et non dans le contesté macédonien ; mais j’ai peine à croire que notre gouvernement ait donné son assentiment à une occupation italienne de la Syrie. »

Interview Latapie. — Nisard a été reçu en audience par le Pape il y a quelques mois. C’était avant l’interview Latapie, et il avait si bien vu le danger de telles interviews qu’il avait signalé au Pape les ennuis qui pourraient résulter pour lui d’audiences trop facilement accordées à des journalistes, et notamment à des journalistes parisiens. Mais le Pape n’a pas su se défendre contre les demandes indiscrètes. Nisard m’a dit en confidence qu’il avait su qui avait donné sa garantie à Latapie auprès du Pape. « C’était Denys Cochin ! — Je soupçonne que Latapie avait rédigé une interview moins éloignée de la vérité que celle qui a paru P — Vous ^îvez raison. J’ai su par Nisard qu’elle avait été portée aux Affaires étrangères, où elle a été gardée trois jours. Dans quel état est-elle revenue ! »

Le général ajoute que Barrère se défend d’avoir poussé à la rupture avec le S^Siège au moment de la visite de M. Loubet à Rome. « Je souhaitais seulement moderniser les rapports de la France avec le S-Siège. » On voudrait voir (ajoute le général, et c’est sans doute du Nisard) le projet Barrère de Concordat modernisé ! Rédaction difficile !

Gérard. 5 octobre 1915.

He lias seen Deschanel a montli ago, and Deschanel told him : « Oh ! l’élection de M. Poincaré, c’est du Shakespeare avec un bas fond de Balzac. »

Le véritable auteur de la guerre, dit Deschanel, c’est Poincaré. [L’Empereur 11e voulait pas la guerre, dit Deschanel ; car, en engageant l’affaire serbe, il était convaincu que la France et l’Angleterre, n’étant pas prêtes, conseilleraient à la Russie de céder b]

Gérard ajoute : « Avez-vous lu le Blue Book anglais qui montre que Paléologue a poussé à la guerre P »

A l’arrivée de Poincaré au ministère des Affaires étrangères en janvier 1912, Bourgeois, qui s’intéressait à moi et knew that 1 will not like to go back to Tokyo, advised Poincaré to appoint me Directeur politique, Bàpst having no successor yet. You had said most clearly that you did not feel inclined to resume-those fonctions. But Bourgeois idea did not agréé Poincaré, who had*resolved de prendre le contre-pied du projet que vous et moi avions rédigé avec Barrère. Non seulement il ne voulait pas confier à un ambassadeur la haute direction des services du ministère, mais il entendait ne nommer Directeur politique qu’un ministre qui n’aurait pas été

' '1. Entre crochets carrés dans le texte.

chef de poste à l’étranger. Il n’y avait guère que Panafieu et Legrand qui se trouvassent dans ces conditions. Legrand fut choisi, mais à peine sa nomination était-elle faite qu’il se rendait impossible par la faute qu’il commit dans la gérance de notre ambassade à Rome. Paléologue s’était déjà offert à Poincaré : celui-ci l’avait écarté en lui conseillant se viser à une ambassade, mais il revint à lui quand Legrand s’effondra.

Barrère reçut du Ministre des télégrammes rédigés sans le moindre égard pour ses services et sa longue expérience. On lui envoyait le texte des communications qu’il devait faire au gouvernement italien, et on lui prescrivait de n’y pas changer une virgule. Tous les ambassadeurs furent traités de la même manière par Poincaré. Gérard ajoute : Il en fut ainsi dès qu’il fut ministre. Je me souviens du mépris avec lequel il me parlait des Cambon et de Barrère, lorsque j’allai le voir à la fin de janvier 1912. Sous ce ministère, les Agents sentirent qu’ils n’avaient plus de bons procédés à attendre ni du Ministre ni du Directeur politique. Lorsque le Ministre m’invita à rejoindre mon poste, dit Gérard, je fis observer à Paléologue que je ne pouvais partir sans un certain délai, en raison de l’éloignement de mon poste et de mes conditions de famille. Il me répondit vivement : « Le Ministre a décidé, c’est fini ; il m’est impossible de lui en parler ! »

Freycinet vieillit rapidement. Il n’est pas encore revenu de Suisse, et l’on n’espère guère qu’il puisse, s’il revient, reprendre la présidence

de la Commission de l’Armée. Quand on arrive à ces grands âges, on est toujours menacé d’un affaiblissement soudain des forces physiques et intellectuelles.

C’est Clémenceau qui préside, en l'absence de Freycinet, la Commission de l’Armée, et, chose curieuse, il a maintenant les sympathies des autres vice-présidents, Bourgeois, Doumer. On vient à lui par antipathie pour Poincaré et ses ministres.

A la veille de la guerre, nos plus importantes ambassades se trouvaient être celles de Vienne et de Pétersbourg. C’est dans ces deux postes, en effet, qu’on eût pu et qu’il eût fallu agir avec la volonté d’empêcher la guerre, et malheureusement ces deux ambassades étaient aux mains des Agents qui réagissaient le moins contre la politique néfaste de l’Elysée. Notre ambassadeur à Pétersbourg était dépourvu de jugement, et l’Agent qui nous représentait à Vienne avait été si heureux d’être appelé à un grand poste, alors qu’il n’espérait plus y parvenir, qu’il suivait aveuglément les impulsions de Poincaré et de Paléologue. Tl ne cessa d’agir au rebours du bon sens. [Pour apprécier les conditions dans lesquelles s’exerçait son action, il suffît que l’on sache qu’il ignorait l’Archiduc héritier, voyait en lui une quantité négligeable, et que jusqu’à la dernière minute il crut que la guerre n’éclaterait pas j .]

i. Entre crochets carrés dans le texte.

Tréfeü. ii octobre 1915.

Depuis longtemps déjà le ministre de la Marine s’entendait reprocher par ses collègues de maintenir ramiràl Boue de Lapeyrère au poste d’amiralissime. On accusait l’amiral de rester inactif, de faire des difficultés pour tout, et de répondre à toutes les injonctions du gouvernement par l’offre de sa démission. Augagneur était décidé à le prendre au mot lorsque Boué de Lapeyrère jouerait de nouveau de sa démission, et il a provoqué l’incident cherché en donnant à l’amiral des instructions qu’il était certain que celui-ci n’accepterait pas. C’est en effet ce qui s’est produit, et Augagneur s’est empressé de faire àpprouver par le Conseil des Ministres le remplacement de Boué de Lapeyrère par Dartige du Fournet.

Gentilliez. 12 octobre 1915.

Ribot a dit au Conseil qu’il donnerait sa démission si le gouvernement ne modifiait pas son projet d’envoi à Salonique d’un corps expéditionnaire et autorisait une nouvelle offensive en Alsace dans les conditions actuelles. Il a fait avanthier une démarche personnelle auprès de Delcassé pour le dissuader de se retirer.

Gentilliez a eu l’impression, dans une conversation avec Jonnart, que Ribot en causant avec ce dernier a envisagé le cas où, le ministère Yiviani se retirant, Poincaré lui offrait (à lui, Ribot) la mis-

sion de former un nouveau cabinet. Gentilliez a dit à Jonnart : « Dans ce cas, Ribot vous appellerait sans doute au ministère des Affaires étrangères? » Jonnart n’a pas dit non. Il s’est borné à remarquer qu'il connaissait Ribot depuis bien des années, que quand il était enfant il sortait chez Ribot les jours de congé, mais que celui-ci n’avait d’ailleurs pas fait grand’chose pour sa carrière.

Qui pourrait être président du Conseil actuellement : Clémenceau, dit Herbette, ou Deschanel. — Ou bien Briand, say I. —Ou bien Bourgeois, dit Herbette. — Ou Freycinet.

On dit ce soir que Delcassé ne maintiendra pas sa démission, et qu’en tout cas Viviani ne la lui demandera pas, et que le cabinet se présentera tout entier à la Chambre. Si Delcassé s’en allait, son successeur pourrait être ou Briand, ou Bourgeois, ou Leygues, à moins que ce soit l’un des Cambon.

Ribot. — Et vous, M. G. Louis, si on vous offrait, que diriez-vous?

G. Louis. — Que, retiré des affaires depuis deux ans, je ne suis plus au courant de rien, et que cela suffît pour que je n’accepte pas, sans parler des autres motifs.

Lara. — Ce n’est pas une raison suffisante.

Ribot. — D’ailleurs Poincaré est là et ce n’est pas lui qui vous le proposera ! Mais si Poincaré partait ?

Gentilliez. — On a parlé de Paul Cambon.

Lara. — Même de Jules, mais nous avons vu en 19ii que, si l’on veut un esprit ferme, ce n’est pas à lui qu’il faut faire appel.

Pierre Louys. i 3 octobre 1915.

Il a vu hier Leboucq. Un fonctionnaire de la Guerre qui dînait non loin d’eux a dit à Leboucq : « Ce qu’il y a d’inquiétant, c’est qu’il se forme un parti dè la paix. »

Leboucq : « Le ministère tombera demain (i 3 octobre), ou au plus tard le jour suivant. Des trois représentants du parti socialiste, deux s’en iront, Sembat et Guesde ; quant à Thomas, il restera dans le nouveau cabinet. » Pour être si affirmatif, il faut que Leboucq sache qui prendra la présidence du Conseil, et, s’il le sait, c’est Briand. Pichon aurait les Affaires étrangères.

A la Commission des Affaires extérieures, Deicassé, interrogé par Leboucq, a dit, il y a environ six mois, qu’il espérait que la Bulgarie se rallierait à la Quadruple Entente, mais qu’il était certain qu’en aucun cas elle ne prendrait partie pour les Empires du centre. Leboucq a rappelé cette réponse à Delcassé dans la dernière réunion de la Commission des affaires extérieures. Delcassé a dit qu’il n’en avait gardé aucun souvenir.

Les collègues de Delcassé ont déploré très vivement l’insuccès de ses négociations balkaniques, et lui ont demandé de le réparer dans la mesure du possible en allant négocier à Londres, à Pétersbourg et à Rome une entente pour barrer à

l’Austro-Àllemagne le chemin de Constantinople. Delcassé a refusé, et a donné sa démission en prétextant l’état de sa santé. — Et Viviani a dit aujourd’hui à la Chambre « qu’aucun désaccord n’est survenu entre le ministre des Affaires étrangères et le gouvernement». — Il n’a été à Londres avec Augagneur que sur le refus de Delcassé d’y aller.

Gérard. 16 octobre 1915.

Arsène Henry m’a raconté qu’en mai igo 5 le dernier coup a été porté à Delcassé par une dépêche de Barrère racontant que Biilow aurait dit à l’ambassadeur d’Italie à Berlin que, tant que Delcassé serait laissé en fonctions, l’Allemagne ne cesserait pas de faire sentir à Paris que, si on la pousse, elle cherchera le règlement de l’affaire marocaine sur la frontière des Vosges. C’était là le sens, sinon les termes de la dépêche de Barrère. — Je ne me souviens pas de cette dépêche.

Gambetta avait choisi Pallain comme directeur de la Comptabilité (et lui avait, sur sa demande, donné en outre le Personnel et la direction du Cabinet) pour réformer la comptabilité du ministère et rechercher s’il ne conviendrait pas, comme il le pensait, de supprimer en totalité ou presque les perceptions de chancellerie.

11 m’avait désigné comme chef de son cabinet, et m’avait donné comme collaborateur Hanotaux, dont il connaissait la famille. Hanotaux fut ensuite

sous-chef du cabinet de Jules Ferry. Marcel était le chef.

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Delcassé n’a été nommé ambassadeur en 1913 que parce que Poincaré et trois ministres avaient intérêt à l’éloigner de la Chambre :

c’était un rival qu’on écartait. Il est donc vraisemblable que ce n’est pas volontiers que le Pré-* sident de la Republique l’a appelé en août 1914 à faire partie du ministère. Poincaré et Viviani ont sans doute pensé que, dans un moment aussi grave, sa grande notoriété augmenterait l’autorité du gouvernement en Europe, et que ses intrigues seraient moins dangereuses s’il faisait partie du ministère que s’il était laissé en dehors. — On peut croire que la nomination de Delcassé à Pétersbourg n’avait pas comblé ses vœux en 1913 : il aurait de beaucoup préféré être nommé à Londres. Mais on n’a pas osé toucher à Paul Cambon.

Suivant Gérard, il semble que Delcassé s’était entièrement inféodé à Isvolsky depuis qu’il était redevenu ministre. Il avait accepté les mêmes relations mondaines. — Lesquelles? — La Trémoille, et aussi Madame Jean de Montebello. [Je suppose qu’il a voulu dire : Jean de Castellane L] Est-ce dans son intimité avec Isvolsky qu’il laut chercher les causes de sa démission ? [Isvolsky se serait-il montré hostile à l’idée d’intervenir entre la Serbie et la Bulgarie ? Aurait-il déconseillé de

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