‹ Les carnets de Georges LouisChapitre 4 sur 35 · Idem · texte numérisé non relu

Idem

que sur les verts. Les rapports de nos ambassadeurs ne comptent pour rien. C’est bieii dangereux, car tout finit par se savoir, et on nous dupera par de faux renseignements lancés sous cette forme.

Sur moi-même. — 21 mai 1912.

De qui venaient les renseignements publiés dans Y Écho de Paris du Vendredi 17 mai qui ont déclanché l’affaire Louis-Isvolsky ?

Marcel Hutin aurait dit que ces renseignements lui venaient d’un ami de M. Louis et qu’il les avait publiés pour rendre service à ce dernier.

Plusieurs personnes ont dit que cet ami était Bourgeois ou Briand. G. Louis a pensé que c’était peut-être Ribot.

Hier, Poincaré a dit àPichon qu’il pensait que l’informateur de YÉcho était ïittoni, et que ce dernier avait lancé cette affaire pour brouiller la France et la Russie.

Sazonoff. La Presse. — 24 mai 1912.

Je n’ai aucune action sur la presse, et je suis complètement désarmé contre elle. Je n’ai pas un sou de fonds secrets. La seule feuille qui reçoive quelque chose de nous, c’est la Correspondance politique de Vienne ; on lui prenait cinquante abonnements quand je suis arrivé au ministère,

et nous les lui prenons encore. C’est tout. Je ne compte pas le Rosseyict.

Rivet. 26 mai 1912.

On dit que le Novoïe Vremia a complètement rompu avec le ministère des Affaires étrangères. Ce n’est pas tout à fait exact ; Iégoroff et Manouïloff continuent à voir NelidofT à titre personnel. Le dernier article de Iégoroff sur l’intérêt qu’ont la Russie et la France à s’entendre avec l’Italie a été inspiré par Nelidoff.

Nicolas II. 27 juin 1912.

L’Alliance. — C’est mon voyage en Extrême- Orient qui a été cause que je n’ai pu assister aux débuts de l’Alliance. Je rentrais par la Sibérie au moment où ont eu lieu les fêtes de Cronstadt. Mais mon père et ma mère m’ont écrit tous les deux pour me dire ce qui se passait, et je me souviens que c’est à Tobolsk que j’ai reçu leurs lettres.

La Presse. — Dans un article récent, les Hamburgen Naclirichten ont montré qu’il était tout naturel que la Russie renforçât sa flotte de la Baltique pour assurer la défense de sa capitale.

— Votre Majesté a le temps de lire les journaux P

— Les extraits ou les résumés que l’on m’en

donne. Mais je lis peu de journaux allemands ; je ne sais pas assez la langue , et cela me prend trop de temps.

Colonel Houdaille. L'artillerie. — 29 juin 1912.

Les Russes nous (S-Chamond) demandent de leur fournir pour la défense des approches de S-Pétersbourg sur le golfe de Finlande des canons pouvant jeter à 3 o kilomètres des obus de 700 kilos.

Il n’y a, je crois, que 29 kilomètres de Calais à Douvres.

Sazonoff. 7 juillet 1912.

Ce que Guillaume II lui a dit à Port-Baltique. —Sa jeunesse et ses premières années de son règne.

i° Ma mère a voulu faire de l’Allemagne un satellite de l’Angleterre. Si je l’avais écoutée, j’aurais perdu le trône au bout d’un an.

2 0 Mon père était rongé de l’idée qu’il mourrait sans avoir régné. C’était un désespoir.

3 ° Quand je suis devenu empereur, ma grand’ mère d'Angleterre m’a écrit : « C’est à moi que tu dois faire ta première visite. Je suis ta grand’ mère et la doyenne des Souverains. » J’ai répondu : « Non. Je dois aller d’abord en Russie. Mon grand-père m’a dit à son lit de mort, en présence de Bismarck : « Willi, je te lègue mes relations avec la Russie. Aie soin de les conserver. ».

4 ° Mon oncle Édouard YII ne m’a jamais par-

donné d’être devenu empereur à vingt-cinq ans, alors que lui à soixante n’était pas encore roi. Quand enfin il est monté sur le trône, il a voulu rattraper le temps perdu et marquer son passage comme roi. C’était un diplomate, dans le sens d’intrigant.

Une heure sur ce ton.

Kokovtzoff. 12 juillet 1912.

Isvolsky. — A Port Baltique, Guillaume II a dit à Sazonoff : « Vous et le Président du Conseil, vous êtes Russes, vous voyçz tout au point de vue russe. C’est parfait. Je sais qui j’ai devant moi. Si je n’aime pas Isvolsky, c’est parce qu’on ne sait jamais ce qu’il est. Tantôt il est anglais, tantôt il est japonais, tantôt italien, et l’on ne sait jamais ce qu’il sera demain. »

Bethmann. — IL connaît l’Empereur depuis l’Université. Ils ont été ensemble à Bonn. De là une grande facilité de rapports. Guillaume II a toute confiance en lui.

Port-Baltique» — L’empereur Guillaume a été d’une extraordinaire animation. À table, sa conversation a maintenu pendant tous les repas une allgemeine Heiterkeit (charme et non joie). Notre Impératrice, qui d’ordinaire sourit à peine et si rarement, riait aux éclats en disant a Àber Gott ! )> Dès le début du premier déjeuner, il avait

pris à partie les personnes de sa suite, surtout Dohna, et c’étaient des plaisanteries sans fin.

Et dans les conversations d’affaires il est merveilleux. Il m’a parlé de la condition des ouvriers en Russie comme aurait pu faire un Russe connaissant bien la question. En marine, il a les connaissances les plus précises. Et, quand la conversation est tombée sur le pétrole, il a esquissé un projet très intéressant d’accord international pour l’exploitation (la vente ?) de ce produit.

La paix. — « Réserve faite de ce qui peut se passer dans les Ralkans », où il y a toujours des points noirs, je crois à une détente générale en Europe. Mes inspecteurs d’agriculture me rapportent des nouvelles très favorables sur les prévisions des récoltes, et il semble qu’elles seront bonnes partout en Europe cette année. Elles ne s’annoncent comme médiocres qu’aux États- Unis.

P. Andronikoff. 12 juillet 1912.

Relations à Paris : Hanotaux, Delcassé. A eu beaucoup de peine à convaincre Delcassé, il y a dix-huit mois, que le nouveau plan de concentration russe ne nous était pas défavorable : Longue conversation avec lui à la Chambre. A la fin, Delcassé a semblé se rendre à ses arguments.

Relations à Pétersbourg : surtout le baron Freedericksz, « le seul des ministres qui puisse

parler de tout à l’Empereur ; les autres ne peuvent parler que des affaires de leur département. Il est très attaché à l'Alliance ». — C’est lui qui, d’après Kurcz, aurait dit à Andronikoff de venir me voir.

Soukhomlinoff très soutenu par le baron Freedericksz. L’Empereur le maintiendra.

Kokovtzoff est ébranlé. Son ministère est affaibli par des tiraillements de personnes : d’un côté : Krivochéine, Roukhloff et [an blanc], débris du ministère Stolypine ; de l’autre, Soukhomlinoff et Sabler, les deux ministres les mieux vus de l’Empereur; enfin Grigorovitch, Casso, Sazonoff, Timacheff, Makaroff. Entre Soukhomlinoff et Kokovtzoff, il y a eu l'année dernière pendant le voyage de Kieff un rapprochement ; mais les deux hommes se sont brouillés de nouveau (mésintelligence des deux femmes ??), et ils ont échangé de violents propos au Conseil de l’Empereur et jusque dans le train qui les a emmenés à Port-Baltique.

Kokovtzoff est très bien vu de l’empereur d’Allemagne, qui fait de lui le plus grand cas et vient de lui donner l’Aigle Noir qui est de deux degrés plus élevé que la première décoration qu’il lui avait conférée. Guillaume II a dit à l’Empereur, à une précédente entrevue : «. Tu es bien servi : du hast Kokovtzoff. »

Andronikoff voit surtout Freedericksz, Sabler et Makaroff. — Aussi Witte, plus qu’il ne le dit, et Mestchersky, moins qu’il ne le dit.

Mestchersky (renseignements de Kurcz), rédacteur du Grajdanine depuis douze ans environ. Il

était très bien vu d’Alexandre II, mais est tombé en disgrâce sous Alexandre III à la suite d’une affaire de mœurs dans laquelle il a été compromis. On dit qu’il est reçu très fréquemment par l’empereur Nicolas, mais c’est très douteux ; Dédouline dit qu’à sa connaissance l’empereur Nicolas ne l’a reçu que deux fois. Andronikoff passe pour avoir mêmes mœurs que Mcstchersky. Vit toujours à l’hôtel.

Baron Dümarais. 12 juillet 1912.

Witte. — Ses propos : aujourd’hui il a parlé à Dümarais de Kokovtzoff en termes modérés, mais précédemment il disait de lui : a Ce petit fonctionnaire. »

Il dénigre Sazonoff et du même coup Delcassé : « Ce sont de petits esprits, assez semblables. »

A Isvolsky, il ne pardonne pas d’avoir fait le rapprochement avec l’Angleterre. 11 est favorable à la fois à la France et à l’Allemagne, et sa politique consisterait à s’appuyer sur l’une et sur l’autre [mais ce serait l’impossible *].

DavidolF. — Il a dit à Dümarais : « Vous venez de prêter de l’argenta l’Autriche. M. Kokovtzoff en aura beaucoup de regrets. C’est pour écarter les emprunts autrichiens qu’il a donné aux banques françaises des obligations de chemins de fer afin que vous ayez l’emploi de vos fonds.

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