Entre crochets carrés dans le texte
« Ici, a ajouté DaviclofT, on est convaincu que la guerre avec T Autriche est inévitable. »
Chemin de fer du Donetz. — Les Poisses nous ont racheté les titres au pair. C’est Petrocochine qui a fait cette belle affaire, et maintenant elles sont à 3oo roubles.
Chemin de fer de Vladicaucase. — Les fonds ont été faits par les Mendelssohn. Il y a quelque temps on disait que la valeur était dangereuse parce que le Gouvernement avait le droit de racheter les titres à 5oo roubles. À cela on répondit : Jamais le Gouvernement ne fera le rachat dans ces conditions, les grands-ducs étant détenteurs d’un grand nombre de titres. Aujourd’hui, on affirme qu’en mars dernier la Compagnie a passé avec le Gouvernement un nouveau contrat aux termes duquel le rachat ne pourrait plus être fait qu a 3.ooo roubles.
Hedeman. 5 août 1912.
C’est Tardieu, dit Hedeman, qui a publié (dans le Temps du 2 août) la nouvelle de la convention navale franco-russe. Evidemment, il la tenait de Poincaré, car c’est ce dernier qui me l’avait communiquée à moi-même, ajoute Hedeman, mais le n’en avais pas parlé. Cependant Poincaré se défend d’en avoir rien dit à Tardieu, et l’on répand le bruit que c’est l’Allemagne qui aurait fait publier cette nouvelle, « par une princesse moitié russe, moitié allemande, qui est la maî -
tresse de Tardieu, après avoir été celle du prince Orioff (celui de Paris), qui prétendait qu ; il n’avait pu la garder parce qu’elle lui coûtait trop cher » II! Et ces histoires trouvent créance, alors que la vérité est toute différente et si simple 1
Hedeman. Sur Isvolslcy. — 6 août 1912.
On ne sait comment expliquer sa subordination à Tittoni pendant tout l’hiver. — On a dit qu’il avait de grands besoins d’argent, et ce doit être vrai, car il dépense plus que son traitement. Tittoni l’aurait aidé sur les fonds secrets que son Gouvernement met largement à sa disposition.
Est-il vrai que l’Empereur aurait deux fois payé les dettes d’isvolsky ?
En tous cas Isvolsky est bien peu sûr. L’année dernière, je lui raconte que je venais d’apprendre que nos troupes avaient perdu beaucoup de monde dans un combst au Maroc. A peine étaisje sorti de son cabinet que je l’ai entendu appeler au téléphone l’ambassadeur d’Espagne. Évidemment, il s’est empressé de répéter ce que je venais de lui raconter à Perez Cabellaro.
Quant à Tittoni, c’est un dangereux ambassadeur. Au printenips dernier, le Corriere délia Sera a publié un violent article contre Poincaré J’ai su par le correspondant du journal que c’était Tittoni qui le lui avait dicté. Poincaré a appelé Tittoni, et lui a dit qu’il savait d’ou venait l’article,
Quant à l’article qu’Hedeman a fait au mois dernier sur l’incident Georges Louis-Isvolsky, il l’a écrit à la demande instante de ce dernier. Isvolsky en a été enchanté. IL a demandé seulement « quelques adjectifs » de plus. Hedeman l’a porté ensuite à Poincaré, qui aurait préféré qu’il ne parût pas, mais l’a cependant laissé publier en y supprimant « quelques adjectifs ».
Rivet. 7 août 1912.
Avez-vous lu le récent entrefilet du Cri de Paris sur le chef des Isvolsky qui vient offrir ses services en disant qu’il sort de l’ambassade de Russie : « Mais ce n’est pas une recommandation ; on dîne mal à l’ambassade. — Oh 1 nous avons trois tarifs ! Le forfait à 20 francs pour les grands-ducs, à i5 pour les ambassadeurs, à 8 pour les membres du Gouvernement français et les parlementaires. »
Sur le Temps. — Je leur ai dit : « Commentavezvous pu publier le fait divers Madame Georges Louis ? — Parce qu’il était intéressant, et que, si nous ne l’avions pas fait paraître, d’autres journaux l’auraient publié. »
Roels m’a dit que peut-être Poincaré rencontrerait au retour l’empereur d’Allemagne en mer. Tardieu, qui était là, a dit qu’il n’en croyait rien, Poincaré ne lui ayant pas soufflé mot làdessus. — Ce n’est pas sûr, a répondu Roels, mais on y pense.
Marcel Hutin. 7 août 1912.
Prétendu engagement de la Russie de ne rien convenir avec l’Allemagne à Port-Baltique sans accord préalable avec la France et l’Angleterre. Valable pour trois mois.
Il n’existe pas de semblable convention. — Mais j’en suis sûr. C’est ce qu’on appelle à Paris la convention Paléologue, parce que c’est lui qui en a eu l’idée.
Zinovieff. Isvolsky. 26 août 1912.
J’ai eu connaissance de la note que votre Gouvernement a rerpise à M. Isvolsky en mars (?) 1909 pour le détourner de pousser jusqu’à la guerre la défense des intérêts serbes dans l’affaire bosniaque. La position prise par Isvolsky était indéfendable, et le Gouvernement français avait pleinement raison. Copie de votre note a été envoyée aux ambassades russes, lithographiée, et c’est comme ambassadeur à Constantinople que j’en ai eu connaissance. On m’a communiqué également les télégrammes adressés de Paris et de Londres par Isvolsky à Tcharykoff en octobre 1908, au moment où a éclaté l’affaire Bosnie-Herzégovine, correspondance vraiment extraordinaire. Enfin, Tcharykoff' m’a envoyé copie de la note remise par lui en octobre 1908 à Turkhan Pacha au sujet des Détroits. Je me suis félicité de n’avoir pas été chargé de remettre une pareille note au Gouvernement ottoman.
Quant à la correspondance adressée de Buchlau à Tcharykoff par Isvolsky en septembre 1908, elle a disparu du dossier. Isvolsky l’en a retirée en rentrant à S^Pétersbourg. Mais il n’a pu faire disparaître ses télégrammes, et il y en a un notamment, en date du 4 septembre 1908, qui contient tout l’important des conversations de Buchlau.
Kurcz. i cr septembre 1912.
La police en Russie. — Ratchkowsky m’a dit un jour qu’il avait plus de peine à surveiller ses policiers que les révolutionnaires.
Sur moi-même. — Soukhomlinoff m a dit hier qu’Episode (?) partait. — En congé ? lui ai-je répondu. — Non. O11 assure qu’il part pour ne plus revenir.
Sur le colonel Matton. — Même source. D’après Soukhomlinoff, les officiers de la Garde finissent par se lasser du colonel Matton. Il se considère toujours comme un invité ; dans les réunions d’officiers tout le monde paie sa part, mais lui jamais.
Le Général ajoute en parlant du Colonel : « Je ne comprends jamais ce qu’il veut dire ; ce n’est pas un vrai militaire, à la parole nette et franche. »
LOUIS
Général de Torgy. Maroc. — 3 septembre 1912.
Nelson a dit que Tanger ne pouvait être qu’anglais ou marocain. La politique anglaise n’a pas varié.
Ce n’est ni avec des troupes chérifiennes ni avec des troupes noires qu’on fera la conquête du Maroc. Je ne crois guère aux troupes noires ni pour le Maroc ni pour l’Algérie. D’abord, il faudrait dix ans pour organiser une petite armée noire ; puis les noirs ne peuvent vivre hors des Tropiques. Quant à les employer dans une guerre européenne, c’est impossible : ce sont des sauvages qui nous déshonoreraient. Ils sont tous attein ts de priapisme, et ils n’épargneraient'pas une femme. Au Maroc on ne les contient qu’en leur laissant amener des femmes de chez eux : ils en ont 120 pour 5 oo (?) hommes.
Bureau du Maroc. Marsilly est parti, mais l’esprit de Régnault y est resté. C’est Dupeyrat qui est le chef, mais c’est Beaumarchais qui dirige.
Kokovtzoff. L'Autriche .— 4 septembre 1912,
A Port-Baltique, Sazonoff a demandé en ma présence au Chancelier s’il répondait toujours de l’Autriche, et s’il pouvait encore affirmer comme à Potsdam que l’Allemagne n’était ni obligée par traité ni disposée à appuyer l'Autriche dans une politique d’extension dans les Balkans,
« Si je puis encore dire cela? a répondu le Chancelier. Plus que jamais, o
(?) Slolypine. — Septembre 1912.
Son frère Alexandre dit que c’est Kourloff qui l’a fait tuer. Il ajoute : « Déjà l’année dernière un okhranik a voulu le tuer. Mon frère n’a échappé que par hasard. »
Goutchkoff raconte que Stolypine avait dit au Tzar : « Gardez la Douma. »
Poincaré. 8 octobre 1912.
Spain. — « Sazonoff m’a dit au cours de nos conversations de ces jours derniers que le roi d’Espagne avait exprimé à l’empereur de Russie le désir d’entrer « dans la Triple Entente ». En envoyant cette communication à son ministre, l’Empereur y a écrit de sa main : « À prendre en considération. » Sazonoff n’a pas paru attacher beaucoup d’importance à cette ouverture, et il m’en a parlé comme si elle n’avait d’intérêt que, pour nous et si c’était à nous à y donner suite. Mais l’Allemagne en prendra ombrage, si c’est nous ou l’Angleterre qui faisons entrer l’Espagne dans la Triple Entente. Elle s’en accommodera plus aisément si c’est la Russie. Il faut donc que le Gouvernement russe garde cette affaire en mains. Vous le direz le moment venu à M. Sazonoff. Je vous enverrai des instructions
à ce sujet; mais, si le Ministre abordait cette question avant que mes instructions vous soient parvenues, vous lui parleriez dans ce sens.
Geoffray n’est pas favorable à rentrée de l’Espagne dans la Triple Entente, mais je crois au contraire que la demande du Roi doit être accueillie, et c’est aussi l’avis des deux Cambon, que j’ai consultés. Cependant il ne faudrait pas nous exposer à être entraînés dans une guerre avec l’Allemagne à propos de la Guinée espagnole, et l’accord à intervenir devra être rédigé de manière à prévenir ce danger.
« Sazonoff a fait observer que la Russie n’avait alliance qu’avec la France, et que par conséquent l’accord à intervenir ne pourrait en tous cas être conclu qu’entre la Russie, la France et l’Espagne, à l’exclusion de l’Angleterre. C’est exact. On ne publierait pas l’accord, mais on annoncerait qu’une entente a été conclue entre les trois pays « amis et alliés ».
« Moi. Mais est-ce bien une alliance que désire le roi d’Espagne P N’est-ce pas seulement une entente à quatre ? — 11 n’a parlé que d’entrer dans la Triple Entente, mais c’est bien une alliance qu’il recherche. »
Chemins de fer d’Anatolie. — « Sazonoff s’est mis d’accord avec Yitali pour laisser faire le chemin de fer au delà d’Erzingan, jusqu’à Pickeretch, et il est entendu que c’est à la Compagnie française que serait réservé le prolongement jusqu’à Erzeroum.
« Sazonoff m’a dit qu’il n’avait pas encore
F adhésion de la Guerre à cet accord, mais qu’il prenait sur lui le consentement à donner. Je suppose qu'en réalité il est déjà assuré du consentement de son collègue de la Guerre.
« C’est une bonne solution. »
Allemagne-Autriche. — « Oui, la Russie s’est alliée à nous pour contenir l’Autriche comme nous nous sommes alliés aux Russes pour contenir l’Allemagne.
(( La Russie est inquiète de nos bons rapports avec l’Autriche. Mais j’ai fait observer à Sazonoff que nos rapports avec Vienne n’ont jamais l’intimité qui caractérise les rapports dè la Russie avec l’Allemagne. A Pétersbourg, on parle sans cesse de l’amitié traditionnelle de l’Allemagne et de la Russie : c’est une expression que je n’ai jamais employée en parlant de nos rapports avec l’Autriche. Je l’ai fait observer à Sazonoff. On ne peut donc nous faire aucun reproche ; nous n’en faisons aucun à la Russie. C’est à elle à nous faire le cas échéant profiter de ses bons rapports avec l’Allemagne, comme nous sommes prêts à la faire profiter de nos bons rapports avec l’Autriche.
a Avant mon arrivée à Pétersbourg, Sazonoff avait donné à Hedeman une interview qui se terminait par une affirmation de l’amitié traditionnelle de la Russie à l’égard de l’Allemagne. C’était une fâcheuse préface à nos conversations, et qui indiquait une surprenante ignorance de nos sentiments à l’égard de l’Allemagne. Je le lui ai fait .observer. Cette partie de l’interview,
d’ailleurs, n’a heureusement pas été publiée.
« Sazonoff est léger, mobile, et son esprit n’est pas très pénétrant ; mais je le crois sincère.
« Nous avons proposé de prendre en mains la cause des réformes « en faveur des populations chrétiennes ». L’Autriche a demandé la suppression du mot « chrétiennes », parce qu’elle s’inté- X'esse aux Albanais musulmans. Pour nous, cette suppression ne pouvait soulever d’objections ; mais, chose curieuse, elle n’en a pas soulevé non plus de la part de Sazonoff. Cela prouve qu’il ne voit pas très clair. »
Manouïloff. Affaires d!Orient. — 17 octobre 1912.
La dernière fois que vous êtes venu,' lui ai-je dit, vous m’avez attribué dans votre journal plus que je n’avais dit. Donc, pas d’interview. — Je viens vous interroger sur la politique française ; mais je n’utiliserai ce que vous voudrez bien me dire que sous forme de lettre de Paris. —Nous verrons.
La politique française se résume en ceci :
maintenir la paix générale, et obtenir des réformes au profit des populations ottomanes des Balkans. Toutes les Puissances s’étaient mises d’accord sur ce programme, et, d’après la réponse qui a été faite par la Porte, les réformes auraient pu être obtenues sans guerre. La précipitation des petits Etats balkaniques a fait échouer toute cette affaire. C’est d’autant plus à regretter que pour la première fois depuis longtemps les Puissances
avaient toutes consenti à agir à Constantinople, l’Allemagne de même, en faveur des réformes.
— M. Poincaré a beaucoup fait pour amener cette entente ? — Certainement.
— On nous télégraphie de Berlin que M. de Kiderlen a dit à un homme politique important que l’Autriche ne ferait pas d’objection à une occupation provisoire du Sandjak par la Serbie, s’il est bien entendu que le Sandjak fera retour à la Turquie à la fin de la guerre. — C’est très intéressant.
Kurcz. Maiymïloff. — 17 octobre 1912.
C’est Manouïloff qui sort de chez vous ? — Oui. — Défiez-vous 1 II vous fera dire dans son journal des choses que vous n’avez pas dites. En outre, je sais par le général Kourloff qu’on a saisi des feuilles de renseignements qu’il envoyait à Berlin. Il renseigne aussi le comte Pourtalès, mais par intermédiaires. Ses articles au Novoïe Vremia ne lui rapportent qu’une centaine de roubles par mois, et il en dépense 5 à 600.
Buchanan. 3 o octobre 1912.
Il y a huit ans le roi Carol a dit au roi Ferdinand, alors prince : Nî Le jour où une armée bulgare passera le Rhodope, une armée roumaine entrera à Silistrie. »
Kurcz. 3 o octobre 1912.
Le ministère des Affaires étrangères ne dispose d’aucun fonds pour la presse. C’est le ministère des Finances qui distribue les subventions. La plus forte est celle que reçoit la Presse associée : ce fut d’abord 6.000francs, puis 9.000 francs, puis 12.000 (6 par Kurcz et 6 par J. Bernard).
D’autres subsides sont donnés à divers journaux sous forme d’abonnements : 5 oo abonnements au Gaulois , 3 oo au Figaro , 3 oo au ?
Les abonnements sont payés en totalité et fournis en partie : la liste que sert actuellement le Figaro comprend 120 noms (tous fonctionnaires).
Des abonnements sont payés également à certaines revues [« la revue de Chéradame » = Revue de Paris (?), — la Revue des Revues , etc. i J Journaux et revues anglais et allemands.
Sazonoff. Spain. — Novembre 1912.
Voirstzpra Poincaré, 8 octobre 2 .
Sazonoff me dit que c’est par une lettre particulière de Budberg qu’il a été saisi du désir du roi d’Espagne. 11 en a fait rapport à l’Empereur, qui a écrit en marge : « A suivre (à prendre en considération) ». Mais tout ce que nous pouvions faire, c’est vous transmettre la demande de l’Espagne, car c’est vous surtout qu’elle intéresse ;