il part avec toute la famille royale
Le 9. J'ai pris, che:: M. Pulcian, un paquet de papiers, que j'y avais déposé, et je l'ai confié à M. l'avocat Dctatti.
12. Conversation avec ^P le Baron de Chambrier. Le soir, je lui remets un petit mémoire.
Le 21 ma fille Adèle, née le 16 juin ij8j, a fait sa première communion.
J'ai pris congé de tous mes amis, et n'ayant plus rien à
1798 Décembre.
faire à Turin depuis l'arrivée des François, j'en suis parti, le 27 an matin, par un froid très aigu avec ma femme et mes enfans, et je me suis embarqué sur le Pô pour Venise, couché à Verdengue — le 28 à Casai, le 29, à Valence. Le 30, fai passé la nuit sur l'eaic dans ma chétive barque. La cabane était mal faite, mal réparée; l'air était froid et il est tombé toute la nuit une neige fondue qui se glissait à travers les nattes, mal assemblées, qui nous couvraient. Cette nuit a été bien longue. 31. fai couché à Som.
Voyage. 1799 janvier.
Je pars le inatin de Som à pié, j'entends la messe à Cavo, et j'arrive à Pavie avant diné. Je vois, dans la matinée, M. Obicini qui me fait avoir un bateau pour aller à Crémone joindre la grande barque du S. Gobbi. Le soir, je rejoins ma famille aux bouches du Tesin. Le 2, j'arrive à Plaisance, et voulant aller plus loin, le brouillard m'environne, les bateliers s'effraient et' je suis encore obligé de passer la nuit dans ma barque, espèce de bivac encore plus dur que celui de Girole. —
Le 3, je joins la barque du S^ Gobbi, à S^ Julien, sous Crémone. 5. Couché à Casal-Maggior. le 6, la barque s'arrête à Brozzolo. le 7, à S. Xiccolo. S à la Biolla. 9 à Zcrnidc. 10 au Pont de J^ago oscuro. le il entre Pavida et Francolini. 12. 13. 14. 15. les glaces nous arrêtent à Garofalo. Le 15, je z'iens coucher à Polisella, où je fais conduire mon équipage sur un chariot; dans la nuit du 15 au 16, les soldats frajiçois me volent, ainsi que mon frère, au dépôt de la Douane. Je m'embarque le 16, au matin, et j'arrive le soir aux Papozzes.
17. 18. 19. 20 Séjour, le 21, je me détermine à partir avec ma famille sur un simple chariot. J'arr'ive heu-
A'oyage-Venise. 1799 Février-Avril,
rcuscnioit le soir à Brontolo, et le lendemain 22, sur les 6 heures du soir, mie barque me porte à J^enise. Le 27, je me loge dans la maison du sieur Carlo Calaino, Calle del Theatro di San Cassano n" 22 a j?o - de Venise par mois ( i^ * tournois à peu prcsj . 16. Conversation avec M. le Cardinal Mauri. 23. Ma fille a commence à travailler chez 3/® Delors. Le même jour 23, le Card. Mauri a donné les Quatremoindres à àP Pacanari, qui veut rétablir l'ordre des Jésuites.
Mars
Je veux m' amuser à noter ici le prix de l'un des dîners que je faisais à Venise avec ma femme et mes deux cnfoiis :
Farine de nm'is (Polente) :?-
Beurre 4
Fromage 8
Œufs 12
Sel I
Pain 8
Vin 6
Charbon ?
Café et sucre, (car il en faut) 8
C'est dire cîiviron 26^ de France. Ce qu'il y a de plus remarquable c'est qu'en finissant, nous étions tous quatre fort gais et sans appétit.
Le 27 azril, je suis venu loger dans la paroisse de S^^ Maria Mater Domini, z'is à vis la maison Moncenigo. — San Staë Ji" 4 Chez ^P Bettina. Je paye ?5 * par mois.
2^. J'ai assisté à la messe des Grecs, qui font leur pâque ce jour là. Ce sont des Schismatiques tolérés. Leur liturgie est celle de S^ Jean Chrysostome. J'ai observé
\'enise. 1799 ;Mai.
que le Célébrant portant en cérémonie sur sa tête le pain qui doit être consacré, on lui rend les mêmes honneurs qu'après la Consécration. T.zjzv.rn-x7. J'ai remarqué aussi la formule de la consécration ciM i-\7Xr^zl•J, et qui est plus satisfaisante que la nôtre.
La face des affaires politiques a changé totalement en Italie, et peut être en Europe. Le 25 ^Llrs les François ont été battus, sur VAdige, devant Véronne. Le 27 avril ils Vont été à Cassano sur VAdda, et Milan est à l'Empereur. Ces événements sont bien plus admirables pour ceux qui ont vu que personne ne soupçonnait, seulement il y a un mois, la possibilité de la victoire; qu'on s'attendait à évacuer Venise; que rien n'était prêt; qu'on désespérait du succès à mesure qu'on était plus au fait des hommes et des affaires, et qu'un grand personnage de Vienne membre du Ministère écrivait ici en confidence, il y a moins de 2 mois (j'ai z'u la lettre) : Nulla salus bello. Les Gazettes diront ce qu'elles voudront, mais je sais que personne ne doit être plus surpris des succès des Impériaux, que le général Kray qui en est le principal instrument.
26 mai, à 2 h. après midi, entrée des Austro-Russes à Turin.
16. J'ai été diner au Lido avec MM. les abbés de Thiollas et de Mareschal et mon frère le Doyen de Tarentaise. Après diné nous sommes allés voir la digue de Palestrine; c'est un ouvrage digne du plus puissant Empire.
Le lendemain 17, l'abbé de Mareschal est parti pour Turin.
25. Xous avons reçu la nouvelle de la capitulation de Turin. Il paroit que le tems de mon départ approche.
Vendredi 28, je suis parti pour Padoue, à minuit, dans la barque courrier e avec M. de Montvallon fils, M. Vincent et M. Dubois fils, de L\on, et M. l'abbé
Padoiie. 1/99 Juin.
Devin ci-devant Joscphistc. Xoiis sommes arrhes le lendemain à ii h. du matin. Les bords de la Brenta sont extrêmement agréables. On voit à droite et à gauche de fort beaux palais. En général, jusques dans la façade d'une bicoque, on sent l'architecture.
J'ai vu l'Eglise S^ Antoine le jour même de la fête du Saint. Malgré tout ce que les Français ont enlevé, il y reste encore de très grandes richesses. L'Eglise de S^^ Justine m'a beaucoup moins frappé que je ne V attendais, peut-être parce que je m'en étais foriné une trop grande idée. Je n'aime point cette couleur blanche qui domine dans l'église, les chapiteaux des pilastres 0}ît quelque chose de lourd qui me déplait; mais -conime je ne juge de tout cela que par sentiment, je m'en rapporte aux experts. — Le jardin botanique est fort bien entretenu, mais petit. — J'y ai vu avec plaisir la canne à sucre et le papyrus que je ne connaissais pas. Je suis très profane sur la botanique, la plante la plus curieuse m'aurait fait moins de plaisir que cet arbre où trois espèces d'agrumes se trouvent réunis, non pas sur le même arbre, mais dans le même fruit; en sorte que le même fruit est demi-citron et demiorange.
La Bibliothèque de S^^ Justine est remarquable par le vaisseau qui est orné d'un Ordre d'architecture Corynthienne, en bois étrangers, avec de forts beaux reliefs en bois, dans la frise. Le pavé en marbre est aussi fort beau, de même que les quatre grandes colonnes cannelées qui soutiennent la voûte. Les Français ont enlevé à cette bibliothèque ses manuscrits et ses éditions les plus précieuses. — La salle de Justice est belle et d'un genre singulier, elle a 112 pas de long. — // yne reste beaucoup de choses à voir à Padoue; mais ce qui m'y a conduit principalement c'est le désir d'y voir les Russes et les Cosaques que l'Empereur Paul I
Padoiie. 1799 J^""'
fait inarcher en Italie contre les Français. Je les af rus. que de réflexions ils m'ont inspirés! J'ai parlé à un officier, qui est en chemin depuis une année précise; il était à Kerson; de là il est allé en Crimée piiis^ en Pologne, puis à Pétershourg, puis à Padoue. Les Cosaques me paraisseiit des Tueurs plutôt que des soldats; les Russes soiit des hommes robustes, quarrés et d'une taille médiocre; une chose m'a frappé : c'est que je ne leur ai point trouvé un type commun de physionomie.
Quelques uns pourraient passer pour des paysans français; d'autres ont (Quelque chose d'exotérique, maistous, d'une manière différente.
Russes et Cosaques, (niais ces derniers surtout) chantent en entrant dans les villes : une douzaine de soldats, ''éunis comme une bande de musiciens chantent des airs auxquels nos oreilles ne comprennent rien, ils s'accompagnent avec une manière de corne-muse et de tems en tems avec un sifflet extrêmement aigu qu'ils exécutent, tout simplement, avec la bouche. Ils ne faussent point; cependant, quand f aurais été un parfait nmsicien, je n'aurais pu noter ces airs, on m'avait dit' qu'Us chantaient des psaumes, mais des officiers nous ont dit que c'étaient des chants guerriers de leur composition, et que déjà, même, ils en ont composé un contre les Français — un Italien m'a conté qu'un Russe az'ait demandé s'il y avait encore loin jusqu'à Paris? et que, sur la réponse qu'il y avait encore 600 mille, à peu près, il avait répondu très sérieusement : ah ! Dieu soit béni ! à la fin nous y sommes. — La physionomie des Cosaques est encore curieuse: -les uns ont la mine Européenne; les autres sont des Tartares évidens. Tous ont les dens superbes.
l'oilà donc des Scythes et des Tartares qui viennent du pôle pour se couper la gorge avec des Français! Ainsi
Padoue. I799 Ji-^i"-
l'ojif voulu des avocats de Paris. — Je n'avais que deux pensées en les voyant défiler, que z'iennent-ils faire f et combien en reviendra-t-il?
Ils trainent toute leur artillerie et un bagage inunoise; le 29, à II h du soir, j'ai vu arriver 2.000 Russes et ^00 Cosaques, et le jo. à Mira où je m'arrêtai en revenant, j'ai vu défiler à-peu-prés 4.000 h. sur quoi il y avait très peu de Cosaques. Ceux-ci sont assez bien habillés, mais l'habit des Russes est dans un état pitoyable; cette circonstance et l'extrême fatigue de ces pauvres gens leur ôfe beaucoup d'apparence mais il est aisé de voir ce qu'ils seraient s'ils étaient dans leur état ordinaire.
Ils parlent de leur oitréc en France comme d'une partie de plaisir infaillible : cependant nous trouvâmes au café de la Mira où nous }wus étions arrêtés, un officier Russe qui nous dit en Allemand « Les Russes sont des hommes et les Français aussi; qu'arrivera-t-il de tout cecif )) Das weist Gott (Dieu le sait). Tout le monde doit dire ai)isi. — Aujourd'hui, les hommes le savent (12 mars 1801).
Je suis parti de Padoue le jo au matin, à 8 h. dans une grande barque que nous avons abandonnée à la Mira pour voir arriver les Russes; de là, une gondole nous a portés en 2 h. 1/2 à Venise.
Le voyage m'a coûté ^4 ^ de J^enise, c'est-à-dire ly ' de France.
Le 2, je m'éveille avec u)i mal-aise qui dégénère en fièvre dans la journée; du 3 au 4, 2^ accès; du j à 5 h. du soir jusqu'au 6 à ç h. du matin accès violent, avec mal de tête. Le 7 entre 4 et j h. du soir, accès plus doux: le mal de tête disparait. La fièvre m'abandonne vers les 6 h. du matin et ne revient plus. — Je n'ai point pris de kina; c'est un anniversaire de l'année dernière.
Dimanche 21, nio)i frère le Doyen de Tarentaise est
\'enise. 1/99 Juillet- Août.
parti pour Turin. — J'ai éprouvé aujourd'hui un malaise considérable qui semble ni annoncer un retour de fièzre.
Le même jour, j'ai été voir le pont de bateau établi depuis le quai de Santa-Maria Zobeniga jusqu'à la Giudecca, près de la belle église du Rédempteur. Jadis, le Sénat, en grande pompe, se rendait annuellement dans cette église pour V accomplissement d'un vœu; une foule de gens de tous les ordres se rendaient à la Gitidecca, remplissaient tous les jardins, y soupaient, y passaient une partie de la nuit; aujourd'hui, l'ancien gouvernement et son vœu ont passé; reste le pont, la foule et les soupes.
J'ai trouvé que le pont avait 120 pas de long.
Samedi 27. M. le Cheif de Chifflingne, revenant de Cagliari, a passé ici, et part aujourd'hui mente pour Turin; il m'a donné des nouvelles du Roi et de la Cour.
Août
Jeudi i^"" août, je vais au Lido. Je sue en allant et, pendant que les personnes que j'accompagnais se baignaient, je fais lecture en me promenant sur le bord. J'éprouve alors, ce que je soupçonnais déjà, que l'air de la nuit est fiévreux pour nos tempéramens; c'est ainsi que je l'avais prise à Turin : c'est ainsi que je la repris dernièrement dans la barque de Padoue.
Vendredi, à midi, nouvel accès qui dure jusqu'à 5 ou 6 11. du matin du lendemain.
Dimanche 4, second accès de midi à 2 ou j h, après minuit, du lendemain.
Mardi, f accès de ç h 1/2 du matin à 6 h. a. ni. — Jeudi, 4^ accès, de p Ji. 1/2 du m. à 5 /?. (7. m. — Samedi, petit ressentiment à la même heure, qui m'annonce que la fièvre est passée.
Le 5, lé 6 et le y j'ai pris le matin ïamer concentré du citron.
Venise-Turin. 1/99 Août- Septembre.
Il est remarquable que j'ai pris la fièvre le 2 juillet et le 2 août, et que chaque fois j'en ai eu 4 accès : l'ordre est partout.
Lundi 26 août, je suis parti de Venise vers les 7 h. du matin, dans la barque publique et je suis allé coucher à Padoue.
2.y. parti de Padoue après-dinc, couché à Vicence. 28. diné à Villanova, couché à Véronne. 29 diné à Castelnovo, couché à Xonoto. 30. diné à. . . . couché à Calcio. 31, di)ié à Cassajio, couché à^Milan.
Septembre
i" septembre Séjour. 2. diné à Buffalora, couché à Xovare. 3 diné à Verceil, couché à Siam. 4. arrivé à Turin à I h. après midi.
A mon arrivée à Turin, M. le C de S^ André, Lieutenant du Roi, en terre ferme, m'a dit, à une première entrevue, qu'il az'aif pensé à moi, et qu'il comptait me proposer au Roi pour être Régent en Sardaigne; il m'a fait envisager les avantages considérables de cette place, surtout dans le moment présent; j'ai observe qn' avant de me faire la proposition il me dit : « // y a un empêchement à mon projet, vous ne savez pas l'italien » d'où je jugeai qu'on avait eu la bonté de lui dire, affirmativement, que je ne savais pas cette langue, pour ni'écarter de quelque autre emploi (probablement celui de Procureur général).
ly à 4 h. I '2 du matin, ma sœur, }P de S' Real, après un travail douloureux mais très court, est accouchée heureusement d'im fils que j'ai tenu, le loidemain, sur les fonts baptisnmux avec ma sœur ^P de Buttet; il se nomme Joseph-Félix-Maurice — // devait être tenu par le Duc de M ont ferrât dont nous avons appris la mort, arrivée à Algheri en Sardaigne, le jour de la naissance de l'enfant.
L'épouvantable accouchoncnt de l'année dernière
Tnrin-A'oyage. 1799 Septembre-8'''"''.
(p. 144) nous donnait de trop justes craintes sur M' de S' Real
Toute la famille est heureuse de ce petit enfant d'une grosse maman si chérie.
Jeudi, 19 /^""^ à ç h du soir, M. le Baron de la Tour m'a fait part que fêtais nommé à la place de Régent en Sardaigne, et que la lettre, qui m'en donne az'is, est à J^eiiise où l'on me croit encore; il me reste à savoir comment il a su cela et comment il l'a su avant M. le C*^ de S^ André de qui je devais le tenir : c'est ce que m'apprendra peut-être la i^^ conversation. — J'ai donc, au moins. 12.000 lÀv. de rente; et ce matin je n'avais rien.
Je vois, au reste, par les dates, que ma nomination a suizi ma lettre du 28 Juillet, écrite de Venise à M. de Chalembc't, et qu'elle a nécessairement précédé la proposition faite par M. de S^ André par le courrier du mercredi 11, à ce qu'il m'a dit — Peut-être aussi tout était arrangé d'avance.
Le 2T,, j'ai reçu la nouvelle officielle de ma destination à l'emploi de Régent; il parait, par la lettre du ministre, que cette nomination n'a eu d'autre cause que ma lettre du 28 juillet, par laquelle je demandais simplement d'être employé.