‹ Les cascades du Niagara et leur marche rétrograde [microforme]Chapitre 1 sur 6 · IMPRIMERIE DE HENRI WOLFRATH · texte numérisé non relu

IMPRIMERIE DE HENRI WOLFRATH

LEUR MARCHE RÉCROGRADE.

Entre les cascades des montagnes et celles des pays de plaine il y a plus d’un genre de contraste. Les premières sont une conséquence naturelle du relief du sol ; elles sont à la fois une nécessité et un bienfait. Aussi nous attendons-nous à les rencontrer toutes les fois que nous pénétrons dans nos vallées alpines aux flancs abrupts et couronnés de sommets neigeux. Leur charme réside avant tout dans leur encadrement, la manière dont elles se combinent avec le paysage environnant, les contrastes d'ombre et de lumiére qu'elles font naître, en un mot, dans leur caractère pittoresque. Elles sont essentiellement belles, et c’est pourquoi nous les admirons le plus souvent sans beaucoup nous inquiéter d’où leur vient leur beauté. Ce qui ajoute encore à leur mérite, c'est que chaque cascade des Alpes a son caractère individuel bien prononcé ; aussi suffit-1l d'avoir vu une fois la Handeck, la Pissevache, le Reichenbach, le Staub-

bach ou la Tosa pour ne jamais les oublier.

nen est pas de même des cascades dans les pays de plaine, Leur raison d'être est moins évidente, et par cela même elles stimulent davantage notre curiosité C'est un problème à résoudre plus encore qu'un tableau à admirer. Et comme les cascades des pays de plaine se précipitent le plus souvent dans un gouffre qu'elles se sont creusé elles-mêmes, tout le monde de se demander combien de temps elles ont mis à cette hesogne. Cette question est surtout intéressante lorsqu'il s'agit de eascades comme celle du Niagara. Aussi se présente-elle sur les lèvres de chaque touriste, après que le premier mouvement d'étonnement et d'admiration est passé.

Sans doute, si une chute pareille se trouvait sur Île cours de l'un de nos grands fleuves d'Europe, il y à longtemps que l'on connaîtrait au moins approximativement la quantité dont le gouffre se creuse et dont les chutes reculent dans un temps donné. En Amérique cela est plus difficile. À l'exception de quelques voyageurs qui ont visité de loin en loin le Niagara, on peut dire que le régime de ce fleuve était à peu près inconnu avant le commencement de ce siècle. Les indigènes ne nous ont transmis aucune donnée ni même aucune légende qui soit de nature à faire apprécier même d’une manière approximative la quantité dont les chutes ont rétrograde.

Quand, plus tard, la civilisation vint s'établir sur les bords du Niagara, que des villages et même des villes populeuses s'élevérent dans son voisinage, et que l'on eut l'occasion d'observer les changements qui survenaient dans la forme et l'aspect des cascades, et d’enregistrer les éboulements qui avaient lieu, on concoit que

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