‹ Les cascades du Niagara et leur marche rétrograde [microforme]Chapitre 4 sur 6 · AU MAS Y · texte numérisé non relu

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et que de cette ligne, que, pour plus de facilité, je suppose parfaitement droite, nous Uirions des perpendiculaires Sur tous les points en retrait, nous obtiendrons pour chaque point la somme totale de la rétrogradation.

Or, il se trouve que d'après le relevé de la carte, lentaille la plus profonde, qui représente par conséquent le point le plus distant de la ligne AB, n'est qu'i quarante mêtres de cette Hone (voir la ligne e-d)

Examinons maintenant les conséquences qui découlent de ce fait.

Les bancs de rochers par dessus lesquels se précipite la cascade américaine, sont exactement les mêmes que ceux de la cascade canadienne, Hs doivent par conséquent se miner et se décomposer de Ta même manière. Nous savons que les deux cascades existaient du temps du jésuite Henaepin, par conséquent, y à cent soixanle-quatorze ans. Supposons pour un instant que la cascade américaine eût pris naissance la veille de Ta vi site du célébre missionnaire, el qu'antérieurement elle se soit confondue avec la grande cascade, ce serait une somime de retrait de quarante méêtres, soit cent vingtcinq pieds à répartir sur une période de cent septantequatre ans, ce qui, au lieu de trois pieds par an, ne nous donnerait encore que vingttreis centimètres (environ neuf pouces). Que si, au contraire, la cascade américaine, commet nv a aucune raison d'en douter, est infiniment plus ancienne, si elle existait de longue date, lorsque Hennepin en fit le croquis, si pendant des siècles, peut-être des centaines de sieeles, ses eaux ont roulé dans le même chenal pour se précipiter au même endroit dans le gouftre, l'est évident que les chiffres que

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l'on s'était plu à appliquer à cette opération de la nature, devront disparaître complétement.

On objectera peut-être que c'est la cascade canadienne que l'on avait surtout en vue dans ces essais de calcul, et que, comme elle charrie des masses d'eau bien plus considérables, son action sur les rochers doit par là même être plus énergique. Mais l'inspection des lieux et un coup-d'œil jeté sur la carte, nous fournissent encore 1ci les moyens de répondre à cette objection. Si la cascade canadienne rétrogradait réellement aussi rapidement qu'on le suppose, elle aurait dû s'éloigner en proportion de la cascade américaine qui, comme nous venons de le voir, recule très lentement, La distance qui la sépare de celle dernière, devrait par conséquent être beaucoup plus grande qu'elle n'est maintenant, en d’autres termes, les escarpements de l'Ile-aux-chêvres qui sépare les deux cascades devraient présenter un développement bien plus considérable. Or, comme la largeur de lie n'est guère que de trois cents mètres, il s'en suivrait que dans l'hypothèse de M. Bakewell (de trois pieds de rétrogradation par an), la cascade canadienne aurait à peu près touché la cascade américaine , il y a deux siécles et demi. Celle-ci ne pourrait en aucun cas avoir plus de trois cents ans, puisqu'avant cette époque les deux cascades auraient été confondues en une seule et par conséquent l'île n'aurail pas existé. Or il ny a rien, ni dans les documents ni dans la nature, qui puisse justifier une pareille conclusion.

En résumé, la rétrogradation des chutes du Niagara, quelque saisissante qu'elle nous apparaisse, n'en est pas moins l'effet d'une action lente, comme toutes les grandes opérations de la nature. Je crots dés-lors rester dans

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les linutes de la vraisemblance, en restreignant provisoirement à des périodes séculaires les chiffres que l'on Sest plû jusqu'ici à appliquer aux périodes annuelles. On est certainement plus près de la vérité en évaluant la rétrogradation des chutes à trois pieds par siècle, au lieu de trois pieds par an.

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