LE NIAGARA DANS L'AVENIR
Une autre question a dû se présenter à l'esprit de ceux qui s'intéressent au Niagara, c’est celle des changements que les cascades auront à subir à mesure qu’elles continucront à reculer. L'on s'est demandé ce qu'il adviendrait si les cascades, dans leur marche rétrograde , finissaient par gagner le lac Erié. Quelques personnes ont même éprouvé des appréhensions à l'idée qu’un jour le lac Erié pourrait se vider et inonder les fertiles et rian- Les plaines de l'Ontario. Disons d’abord que si jamais les cascades sont destinées à rétrograder jusqu'au lac Erié, ce ne pourra être, d'aprés les données que nous avons fournies plus haut, que dans un avenir tellement lointain, qu'il semble oiseux de s’en préoccuper.
En revanche, si l’on considère la disposition des rochers et la structure particulière des différentes assises, il est évident que la hauteur et la forme de la cascade devront en quelque sorte varier à chaque pas qu’elle fera en arriére, tout comme elle a dû varier dans le passé. C'est ce que lon comprendra au moyen de la coupe de
PI. Il que j'ai ajoutée à la carte topographique ('). Iue ] ] tu
(*) Cette coupe est empruntée, ainsi que la carte, à l'ouvrage de mon ani M. 3. Hall. Seulement, pour en rendre les détails plus intelligibles,
j'en ai augmenté la longueur du double, ensorte que la hauteur et lin-
Le sb
Le gouffre du Niagara est creusé tout entier dans la formation dite silurienne supérieure. À l'entrée des falaises, la coupure du fleuve à mis à découvert une série considérable de dépôts représentant trois groupes ou étaces de la formation silurienne supérieure, qui sort de bas en haut :
1° Le groupe du grès de Médina auquel appartiennent les trois divisions marquées {, 2, 3 sur la coupe, représentant ensemble une épaisseur de près de deux cents pieds ;
20 Le groupe de Clinton (#) composé de deux couches assez minces, lune d'un schiste vert, lautre d'un calcaire compacte, formant ensemble une épaisseur de six pieds ;
3" Le groupe dit de Niagara, composé de deux assises, le schiste de Niagara (5) et le calcaire de Niagara (6), représentant ensemble une épaisseur de deux cents pieds.
Si ces différentes assises élaient parfaitement horizonlales, on conçoit que la rétrogradation pourrait s'opérer sans modilier notablement la forme et l'aspect des cascades. Mais il ne faut pas oublier que bien qu'en apparence horizontaux, les bancs ci-dessus sont inclinés en sens inverse du cours de la rivière. Hs plongent au sud sous un angle très-faible, à la vérité, mais cependant sensible , de 0° 17, soit de 25 pieds par mille anglais. I en résulte que les assises qui forment les parois du souffre à l'entrée de la gorge doivent forcément s’enfonelinaison des strates sont de moitié moins exagérés, Malgré cela, le plon-
sement des couches est encore beancoup trop fort, comparé à ce qu'il est
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cer sous terre et disparaître à mesure qu'on remonte Je gouffre, et cette disparition aura lieu d'autant plus promplement, que d'un autre côté le lit du fleuve aura une pente plus forte. C'est ainsi que la couche de grès quartzeux (2) qui, à l'entrée du gouffre, est à une certaine hauteur, disparait au tourbillon. Le grès rouge (3) de son côté, qui est encore en vue au grand pont de fil de fer, disparaît au pied de la cascade actuelle (en b), si bien que lon n'aperçoit plus sous le schiste du Niagara que le grès et le calcaire de Clinton (#).
A parür de la cascade, jusqu’à sa sortie du gouffre, le Niagara a une pente remarquablement uniforme (de 0° 10! soit 13 pieds par mille), ee qui est très-considérable pour un fleuve de cette puissance, el lui permet de débiter la masse énorme de ses eaux par un dégorgeoir relativement étroit.
Quand on essaie de représenter sur une coupe cette pente si uniforme de la riviére , telle qu'elle est indiquée par la ligne a b, on est naturellement porté à la proloner vers x, dans l'hypothèse que la cascade continue à retrograder comme par le passé. Cest en effet ce que M. Hall et, après lui, M Lyell ont fait. Or comme cette ligne dans son prolongement au sud aiteindrait le lac Erié, ils en ont conclu que la chute devra aller en di minuant de hauteur à mesure qu'elle retrogradera. C'est ainsi qu'après avoir retrogradé d'un mille, la cascade, arrivée en g, n'aurait plus, selon eux , qu'une centaine de pieds de hauteur: après un second mille de retrogradation, elle n'aurait plus guère que 60 pieds de hauteur en r; et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'elle disparaisse
complétement pour faire place à une pente uniforme ,