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occasionnant une série de rapides semblables à ceux qui sont limités présentement au couloir qui entoure lleaux-chèvres.
Je ne saurais pour ma part partager cette opinion. Après avoir examiné et analysé sur les lieux les éléments de cette question, je crois n'être convaincu que la théorie de mon confrère, M. Hall, est erronnée, en ce sens qu'elle ne tient pas compte d'un facteur important, la dureté inégale du rocher.
Personne ne conteste que la rétrogradation du Niawara ne soit, sinon causée, du moins siguliérement facilitée par l'inégale dureté des différentes assises. Si les falaises qui dominent la plaine de Lewiston et du lac Ontario étaient composées d'assises loutes aussi dures que le calcaire du Niagara qui en forme le sommet (6), il est douteux que le fleuve les eût jamais entamées d'une manière bien sensible, pas plus que le Staubbach et la Tosa ne ereusent un couloir dans la paroi de rocher dont ils descendent. Mais nous savons que la couche n° 5, qui supporte immédiatement la précédente, et que nous avons désignée sous le nom de schiste du Niagara, est très-friable. C'est en rongeant et minant cette couche de 80 pieds d'épaisseur, que le fleuve enlève peu à peu à l’assise supérieure, qui est d'égale puissance, son support et occasionne ainsi ces éboulements formidables qui excitent toujours à un degré éminent l'intérêt du publie, et le portent à s’exagérer les dimensions des masses tombées. Actuellement la cascade ronge la couche de schiste jusqu'en b, c'est-à-dire jusqu'au banc du cal- ‘aire compacte (#), qui lui sert de plancher, et que peutêtre elle entame même sur quelques points. Or si la ré-
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trogradation devait continuer suivant la ligne 4-b dans la direction de æ, comme le supposent MM, Hall et Lvell, il sea suivrait qu'après avoir rétrogradé un mille, soit 9000 pieds, la base ov le plancher de la cascade se trouverail juste au milieu de la couche de schiste friable (en g).
Or, je ne saurais admettre que la cascade, du moment qu'elle a prise sur la roche friable, s'arrête à moitié chemin. Elle la minera au contraire jusqu'à la base. Si donc la cascade doit continuer à rétrograder, ce ne saurait être suivant la ligne a, b, g, r; ce sera au contraire suivant la ligne a, b, f, t. Et dans cette hypothèse, la cascade ne diminuera pas en rétrogradant, puisqu'elle embrassera dans sa chute les deux mêmes assises ; elle pourrait même gagner en hauteur, si la couche 6’, au lieu de former des rapides, allait présenter sa tranche verticale comme les couches 5 et 6.
On peut cependant prévoir le moment où, par suite de l'inclinaison naturelle (plongement) des couches au sud, le banc de calcaire dur (4) descendrait à un niveau qui ne permettrait plus l'écoulement des eaux. Dans ce Cas, on concevrait qu'il se formât au pied de la cascade (en € ou plus haut) un lac qui, en brisant la chute, tempérerail son action sur la roche friable. Mais ce sera surtout lorsque, par suite de la rétrogradation, le banc de cal- ‘aire compacte (6) sera à son tour descendu sous le niveau requis pour la pente, que la rétrogradation sera ralentie; l’eau ne rencontrant de haut en bas que des rochers durs, sans couche friable intermédiaire, n'aura en proportion pas plus de prise sur eux que les torrents
de nos montagnes n'en ont sur les précipices qu'ils fran-
chissent. Les moindres chiffres qu'on pourrait assigner à la rétrogradation dans des conditions pareilles seraient une exagération, Vouloir essayer de les apprécier, nous paraîtrait à-peu-près aussi oiseux que de vouloir soumettre au calcul le temps nécessaire au globe pour que sa masse intérieure se relroidisse, de manière à devenir solide.
Nous en concluons done avec M. Hall, et avec plus de raison que lui, non-seulement qu'il n'y à rien à craindre pour le lac Érié, mais en outre que pour être soumis au contrôle et au caleul de l'homme blanc, le Niagara n'en perdra ni de sa hauteur, ni de sa majestueuse beauté, mais continuera à être encore pendant longtemps, ce qu'il fut de tout temps pour l'homme rouge qui errait Jadis sur ses bords, la plus magnifique des cascades, «le tonnerre des eaux. »
Le volume de ses eaux, en revanche, pourrait bien subir dans le cours des siècles quelque diminution, ce dont on ne pourrait que s'applaudir, du moment qu'elle serait occasionnée par l'extension de la culture et de la eivilisation dans le bassin des grands lacs, et que les vastes marais qui alimentent les affluents du lac supérieur, feraient en partie place à des champs et à des terres pro-
ductives.
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