AVANT-PROPOS XVII
Thindouisme brahmanique. C'est de ce courant qu'auraient émergé, avec une puissance qui força l'adhésion et le concours des brahmanes, les idées et les dieux, les légendes et les cultes qui font l'originalité du système.
Mais, supposons cette thèse acquise ; que d'obscurités encore !
Comment? à quelle époque ? par quel mécanisme s'est opérée cette fusion ?
Et ce courant, est-il de source purement aryenne ou dans quelle mesure mélangé d'apports aborigènes ? Est-il sorti d'une fraction du peuple védique, ou est-il à l'origine le patrimoine d'un flot différent de l'immigration ?
Ce qui me paraît certain, c'est que ni l'Epopée ni surtout la Smriti ne doivent passer pour des témoins intègres et fidèles des données contemporaines. Le tableau qu'elle nous offre est un tableau composite et très arrangé ; ses auteurs, sans parve-
nir à dissimuler tout-à-fait la marqueterie des assemblages, y ont fondu en une ordonnance théologique et sociale des éléments très variés ; ils en ont sûrement éliminé beaucoup de traits qui n'étaient pas à leur convenance ; ils y ont surtout masqué un morcellement infini et des discordances innombrables d'un vernis assez mince d'unité et d'harmonie.
La lumière se fera-t-elle jamais sur ces mystérieuses transactions? Il serait prématuré de l'espérer tant que les données chronologiques les plus fondamentales demeureront aussi vacillantes.
Nous assistons en ce moment même à un spectacle curieux. Après l'éblouissementdes premières découvertes, on avait incliné de plus en plus à rabaisser l'âge de la littérature indienne dans toutes ses branches ; cette tendance est aujourd'hui énergiquement battue en brèche.
Est-ce un simple mouvement de bascule ?
AVÀNT-PKOPOS XIX
Réaction de l'esprit traditionnaliste ? A quel point, dans ces oscillations si amples, s'arrêtera le pendule, quand le champ de l'incertitude aura été mieux circonscrit?
A coup sûr les problèmes se présenteront sous un aspect fort différent, suivant que l'on placera la composition des hymnes védiques 3500 ans ou 1200, la composition du Çatapatha brâhmana 800 ou 2500 ans avant notre ère, suivant que Ton admettra, entre la collection du Rigvéda et la rédaction du Mahâbhârata, un intervalle de cinq cents ans ou de deux ou trois mille. Je doute, à dire vrai, que nos points d'attache soient finalement rejetés d'un bond si énorme dans une antiquité si haute. Mais les impressions personnelles n'ont ici que faire.
Quoi qu'il advienne, le problème de la tradition s'imposera toujours. Il se recommandera toujours avec la même urgence
XX US CASTKS OÀNS L'INDE
aux esprits qui poursuivent une vue nette des voies qu'ont suivies, des enchevêtrements où se sont prolongées les croyances, les spéculations, les institutions, qui font l'originalité de l'Inde.
La caste y occupe une place éminente.
Les vues qu'en ouvre l'étude sont, à mon avis, très instructives. Ce sera l'excuse de ces remarques. Je serais fâché de paraître outrer la portée de ce petit livre.
Mais il remet en cause un ordre de préoccupations que dès longtemps je me suis efforcé de mettre en lumière, dont l'oubli trop habituel risque de fausser, sous une apparence commode mais décevante de simplicité, la vue et l'enchaînement de l'évolution religieuse. L'occasion s'offrait pour moi d'y ramener l'attention. On me pardonnera d'en avoir profité.
Je m'arrête. Je ne dois pas oublier trop longtemps que je m'adresse ici, moins à