Revue de» Deux Mondes, mai
tèmes, pour prêter aux plus artificiels un prestige très immérité. Ce qui est vrai pour la littérature ne Test pas moins pour la religion et pour les lois. Et nous ne devons pas nous scandaliser dans Tlnde d'une vue qui pourrait ailleurs passer pour téméraire. L'Hindou n'hésite jamais à généralise^ sans s'inquiéter des limitations même les plus indispensables à nos yeux.
Un exemple entre cent.
Il y a quatre situations pour le brahmane fidèle aux devoirs de sa caste. Il faut qu'il étudie, comme novice, les écritures et les régies du sacrifice ; plus tard il se marie et fait souche de fils qui continueront la tradition des cérémonies familiales. Il en est qui se retirent dans la solitude pour s'y livrer à une vie d'austérités. Il en est qui, plus détachés encore de la terre, se font ascètes mendians. Sous la main des théoriciens, ces quatre conditions deviennent les étapes régulières et, s'il se fallait fier aux apparences, obligatoires, de la carrière d'un brahmane. Prendrons-nous cette exigence au sérieux? Nous serions loin de compte si, d'après les textes, nous nous figurions tous les brahmanes uniquement adonnés à l'étude et à la pénitence, partageant leur carrière en quatre périodes et consacrant les deux dernières à la vie d'ermite et à la profession de fakir errant ! Les
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rédacteurs des livres ont simplement soudé en un système des faits isolés, plus ou moins exceptionnels, prêté un aspect impératif à ce qui n'était qu'un idéal de perfection rarement réalisé. Ne voit-on pas tel théoricien littéraire créer une catégorie dramatique pour une seule pièce *, et généraliser un cas si particulier en un précepte universel ?
Ces législateurs religieux et moralistes obéissaient donc à un penchant naturel très puissant sur l'esprit hindou. Ils obéissaient aussi, plus ou moins sciemment, il n'importe, à une tendance personnelle, intéressée, dont l'action partout apparente achève d'enlever à leur œuvre l'autorité d'un document sincère. Avant tout, ils se proposent de consacrer lasuprématie absolue des brahmanes. Tout chez eux est rapporté à cette glorification, tendu vers cet intérêt. Sortis de leurs écoles, les livres sont calculés pour exalter leur pouvoir, fortifier leur prééminence. Maîtres exclusifs de la littérature, ce sont eux aussi qui ont donné leur forme aux traditions épiques ; il est naturel que, malgré des dissonances accidentelles, elles reflètent, avec autant d'insistance que la littérature sacerdotale elle-même, les prétentions des brâh-