RV. IV
premières castes de la théorie brahmanique. Comment expliquer la chose ?
Des noms que portent les trois castes, brâhmana se trouve seul dans les hymmes (en faisant, comme il convient, abstraction de l'hymne à Purusha dont J'ai parlé plus haut et qui suppose achevé ce système dont nous voulons sonder les origines). Encore y est-il rare. Le primitif brahman est fréquent ; au neutre, c'est le terme consacré pour embrasser l'ensemble des fonctions sacerdotales. Des deux titres qui dans la suite désignent les guerriers, kshatriya, qui, comme épithète exprimant la puissance, accompagne à plusieurs reprises le nom de certains dieux, n'est appliqué à des chefs qu'une ou deux fois, dans des passages suspects d'appartenir à une époque récente, râjanya est inconnu. En revanche, le simple râjan est le titre courant des nobles ; le thème kshatra résume l'idée de la puissance royale. Le nom des vaiçyas est étranger aux hymnes ; le primitif vif est, au pluriel, le nom invariable de ces « clans » qui constituent la masse de la nation. La trinité brahma, kshatra et viç, embrassant toute la population âryenne,ne se rencontre pas seulement dans le Véda. Dans la littérature postérieure des brâhmanas, elle reste consacrée ' .
i. Cf. Ind. Slud., X. p. 18-9, 27.
K) w 2 LES CASTKS DANS l'iNDE
Elle se répète, avec une insistance qui témoigne d'une origine ancienne et respectée, dans les livres mêmes qui connaissent et emploient à l'occasion les termes définitifs : Brâhmana, Kshatriya, Vaiçya.
Ces termes, il est visible, je pense, qu'ils sont une dérivation de la formule ancienne, une dérivation technique et savante. Le régime auquel ils sont associés n'est pas le simple prolongement spontané, organique, de la situation que reflète le Véda ; comme les mots dans lesquels il s'incarne, il représente un système réfléchi, adapté à des conditions ou entièrement nouvelles ou au moins très différentes de celles d'où découlait la triple division primitive.
C'est retourner la relation vraie que d'interpréter les témoignages védiques par la théorie brahmanique d'un âge plus récent.
Au-dessous des tribus aryennes et 'affrontés comme des adversaires constans, les hymnes ne connaissent que le dâsa varna, la population ennemie, qu'ils appellent aussi Dasyus. Les Çûdras leur sont inconnus. Le nom des Dasyus a au contraire été repris par la littérature et affecté aux couches les plus basses de la population, à celles qui, n'ayant aucune place régulière dans les cadres brahmaniques, sont quelquefois, et
jusqu à l'heure actuelle, désignés comme outcasts. Ou il n'existait à l'époque védique aucune couche de population correspondant aux Çûdras, à la fois exclue de la communauté aryenne et rattachée à elle par certains liens assez lâches pour assurer sa dépendance sans compromission fâcheuse ; ou, si elle existait, les poètes dont les chants nous sont parvenus n'ont pris aucun souci de lui assigner une place à part, en dehors de la masse des Dasyus. Preuve nouvelle que le système est tout autre chose que le développement normal de la situation védique.
Que les Viças du Véda n'aient point circonscrit une caste, qu'elles englobent tout ce qui, dans la population aryenne, n'était pas distingué par des fonctions sacerdotales ou par un rang aristocratique, que, par conséquent, la théorie brahmanique ait, en créant le dérivé vaiçya, fait du primitif une application en partie arbitraire, historiquement fausse, nous en avons un indice qu'il ne faut point oublier. Le nom d'an/a, quoiqu'il ne paraisse pas usité ainsi dans les hymnes, est incontestablement synonyme d'fln/a. Il est parfois employé ainsi par la littérature sacerdotale ; mais il y est surtout appliqué spécialement aux vaiçyas *. On se souvenait donc fort bien que