POINTS PARTICULIERS DE LA DOCTRINE CATHOLIQUE
SANCTORVM, QVICVNQVE LEGIS, VENERARB SEPVLCRDM.
(Cœmeterium ad Cafacumbns,)
Lorsqu'on se livre à Tétude des Catacombes^ on est amené nécessairement, par une liaison naturelle des idées, à se souvenir des fouilles de Pompéi. Ces deux antiquités captivent Tattention du monde savant, mais à des points de vue complètement différents» Ce n'est qu avec mille peines qu'autrefois l'amateur d'antiquités profanes se faisait une idée de la vie des anciens, à l'aide de quelques notices incomplètes, dues aux auteurs classiques, et de quelques monuments détériorés. Mais soudain Pompéi, appartenant tout entière à Tan-
lia LES CATACOMBES DE TiOXIE
tiquité, s'éveille d'un sommeil dix-huit fois séculaire, et secoue les cendres qui Tont en môme temps ensevelie et conservée. C'est comme si Thorloge du temps se fût arrêtée pour elle pendant des siècles, et eût seulement repris sa marche après cette longue période. On voit les rues sillonnées par les roues des chariots, les boutiques et les magasins bien approvisionnés, les caves avec leurs amphores pour le vin, les casernes avec leurs armes, les demeures avec leur mobilier de toute espèce. Presque chaque maison porte le nom et l'enseigne du propriétaire qui l'habitait; sur chaque édifice public est gravée l'inscription du nom de son fondateur. Mobilier des temples, ustensiles de bains, bat-terie de cuisine, objets de toilette, tout se trouve à sa place, rien n'a été détérioré. Un autel d'Isis est même encore couvert des restes à demi-calcinés d'une victime qu'on vient d'offrir à la déesse. Les six cents squelettes qu'on a trouvés jusqu'ici paraissent être des spectres vivants. Ici se tient une sentinelle armée du casque et de la cuirasse, la
£T h\ DOCTRINE OATtlOLlQUE 116
lance dans la main droite. Là, dans le temple d'Isis, le squelette d'un prêtre des faux dieux tient dans sa main des objets précieux offerts à la divinité; un autre squelette aune hache de sacrificateur; un troisième, assis devant une table oii Ton voit encore des os de volaille, restes de son dernier festin, a encore le couteau en main. La plupart en un mot sont ornés de trousseaux de clefs et de bijoux. C est, pour ainsi dire, par Teffet d'un coup de baguette magique que l'on voit se reproduire au naturel la vie des anciens : reproduction visible, palpable, surprenante. Néanmoins tout cela a un aspect étrange : c'est un squelette gigantesque; c'est le palais de la Mort. Ah ! si du moins ce n'était que la mort temporelle ! Mais c'est une tout autre mort, qui remplit d'horreur le visiteur chrétien. La chaîne scellée au mur près de la porte d'entrée et à laquelle on attachait comme un chien de garde l'esclave de la porte, janitor; les squelettes des gladiateurs dans l'amphithéâtre, d'où les craquements sinistres et la pluie de leu du Vésuve expulsa subitement les specta-
teurs, les abominables idoles qui sont érigées tout autour, mais surtout les peintures et les symboles révoltants, signes d'une profonde immoralité, que Ton rencontre à chaque pas dans les rues, les temples, les appartements privés et jusque dans les tombeaux, tout cela nous fait frissonner jusqu'au fond de Tâme. Entre Pompéi et les Catacombes de Rome, quelle différence ! Là régnent les ténèbres et le désespoir; ici c'est la lumière de la foi et l'espérance du ciel ; là c'est la cruauté et le vice; ici ce sont les fleurs de l'amour le plus pur et la vertu; là, dans la ville des vivants, on ne rencontre que la mort spirituelle; ici, dans la ville des morts, on n'aperçoit que les incontestables preuves de la vie surnaturelle. Il y a quelques années, lorsque nous parcourions les rues de Pompéi, il nous semblait que nous aurions respiré plus à l'aise si le moindre rayon de lumière chrétienne fût venu illuminer cette nuit épaisse. Mais le volcan avait enseveli cette ville aussi abominable que l'antique Sodome dès l'année 79 de notre ère, de sorle qu'on ne peut espérer d'y
rencontrer beaucoup de traces de la prédication apostolique.
Et cependant on en a trouvé ! On a déterré, lors des dernières fouilles, une construction qui déjà, à l'extérieur, porte une inscription énigmatique. Sur les murailles de la salle centrale on a découvert, entre autres graphites ou petites inscriptions faites avec un poinçon, un certain nombre de caricatures dont voici un échantillon : Ici un mulet instruit des mouches. — Le menteur te salue^ ami de la vérité. — Le menteur te présente ses hommages. — Puis deux mots significatifs jettent une pleine lumière sur Tpbjet de ces sarcasmes et sur la destination de l'édifice : « AVDI CHRISTIANOS, écoutez ce que les chrétiens enseignent! » M. de Rossi conjecture que nous sommes ici dans un lieu oti se réunissaient les chrétiens. A leur arrivée dans une ville, les apôtres avaient l'habitude de visiter aussitôt la synagogue ; puis ils louaient une maison, oîi ils assemblaient et instruisaient tous ceux qui aspiraient au salut éternel.
L'existence d'une synagogue à Pompéi est
118 LES GATAœMBES D£ ROME
GODstatée par une iascription : de même aussi il résulte d'un passage des Àcle$ deê Apôtres {xjYiiij 13-14)gue Paul aborda comme prisonnier au port voisin de Puteoli (Pouzzoles) en 61 ; qu*il y trouva une communauté chrétienne, au milieu de laquelle il demeura sept jours. La communauté de Pompéi existait--elle déjà à cette époque? fut-il donné à r Apôtre de la voir et de la consoler ? Nous rignorons. Mais nous pouvons admettre comme vraisemblable que la persécution de Néron latteignit aussi (an 67), et que ce lieu de réunion si remarquable, oii la bonne nouvelle s'était fait entendre, gagna au Christ des âmes immortelles; que peut-être TA^eau immaculé y a été immolé sur Tautel, et que cet édifice devint plus tard Tobjet des railleries des païens. Ceux-ci inscrivaient aux parois intérieures leurs mordantes satires et écrivaient à l'extérieur en grandes lettres cette recommandation ironique : « Ici il n'y a pas de place pour les paresseux ; loin d*ici les trembleurs et ceux qui hésitent ! »
Quelle signification n'ont pas pour l'archéo-
logie religieuse ces quelques mots écrits par une main ennemie ! €t que ne donnerionsnous pas pour le moindre mot tracé par une main chrétienne? Eh bien! entrons dans le sanctuaire des Catacombes et admirons combien il est riche en documents, monuments et souvenirs de l'antiquité chrétienne la plus vénérable. Dans une quantité de témoignag;es irréfutables, les cimetières de Rome souterraine ont étalé devant nos yeux le vaste domaine de la foi catholique, et nous ont permis de jeter un regard tant sur la vie publique de rÉglise que sur les rapports les plus intimes qui puissent s'établir entre les différents membres de la communauté chrétienne.
Les pages suivantes nous conduiront dans un domaine nouveau et même plus mystérieux de la foi, et là, autant que le permettront les résultats des découvertes faites jusqu'à ce jour, nous amèneront, en réunissant tous les témoignages, à en tirer une conclusion certaine. Dans ce vénérable musée, nous allons chercher le candélabre mystique à
sept branches, dont la lumière éclaire le Saint des saints de la nouvelle alliance. Sans doute, si Ton considère la nature éminemment sépulcrale des monuments des Catacombes, notre entreprise paraîtra téméraire:
car on pouvait s'attendre à n'y voir apparaître que les seules relations établies par la foi catholique entre les vivants et les morts. Mais à présent il s'agit de forcer la nécropole muette à nous exposer les mystères de la foi qui ne regardent que les vivants, et qui en outre, dans ces premiers tenips, étaient enveloppés du silence le plus profond et le plus inviolable, afin d'échapper à la profanation. On appelait cette règle la discipline du secret. En de pareilles circonstances, il serait téméraire et très-peu modeste de vouloir trouver dans les Catacombes des preuves dogmatiques formelles et complètes, ainsi qu'une exposition entière de l'ensemble des vérités de foi professées parles premiers chrétiens. Par contre, . il faut saluer avec joie et reconnaissance la moindre allusion ayant quelque rapport avec
un dogme. Si le lecteur s'en tient à ce point de vue, nous pouvons lui promettre que son attente sera largement récompensée.
Les SaercBieiite.
L'Église catholique a trois sortes de membres : les membres triomphants, les membres souffrants, les membres militants.
Comme son Époux dans le Cantique des cantiques (v, 15), « elle égale le mont Liban en hauteur. » La cime argentée de la montagne brille danslazur du firmament; sa base rocheuse repose sur les profondeurs des terrains plutoniques, et ses flancs, arrosés par les sources qui viennent du sommet, sont ornés de cèdres, de prairies et d*agréables vergers. Ainsi, au sommet de l'Église, Jésus- Christ, à la tête des bienheureux triomphants, est enveloppé dans la lumière du ciel ; à ses pieds s'ouvrent pour les âmes non encore
LES CATACOMBES Dfi ROME» ETa 128
entièrement justifiées les profondeurs enflammées du purgatoire, et de son sein coulent sur les jardins fertiles de relise militante toutes les grâces et toutes les bénédictions, qui viennent rafraîchir les retraites du lieu de l'expiation. Telle est à peu près l'Église dans son existence et dans la communion entre ses membres par la grâce ; voilà ce que nous avons reconnu à la lumière des monuments chrétiens. Commençons maintenant des études analogues sur les sources de la grâce dans t Église^ c'est-à-dire sur les sacre-tnents. Que le nombre en ait aussi bien été connu que caché, nul n'en a jamais douté sérieusement. Les savantes recherches de Schelstrate ont enlevé tout doute à ce sujet. Aussi les sept ruisseaiix qui découlent du rocher symbolisent tantôt le Christ, tantôt Pierre; les sept branches du candélabre sacré, les sept étoiles qui sur une lampe en terre cuite apparaissent au-dessus de la tête du Bon Pasteur, et d'autres symboles reproduisant le nombre sept pouvaient aux yeux des initiés signifier aussi bien le nombre sacré
in LES CATACOMBES DE ROME, ETC.
des sacrements que les dons du Saint-Esprit.
Commençons cette notice par le premier et le plus nécessaire- des sacrements.
l.e BajpU^nie.
L*entrée dans TÉglise militante est la figure de l'entrée dans TÉglise triomphante.
L'une comme Tautre, le baptême aussi bien que la mort sont, dans le langage de la primitive Eglise, des jours de fête et des dates de naissance. Cette analogie peut déjà faire présumer que les Catacombes, en leur qualité de lieux de repos des fidèles trépassés, auront aussi des preuves et des témoignages en faveur du baptême. Ajoutez à cela une autre circonstance. La nécropole romaine n'a pas le but exclusif et unique de donner l'hospitalité aux morts; elle servit aux premiers chrétiens de lieu de réunion destiné au culte : c'est-à-dire qu'elle ne fut pas
seulement le champ du repos en DieUy au sein duquel dormait la semence de la résurrection future; elle fut aussi le jardin de Dieu^ dans le sol duquel l'Église activait la floraison de ' ses rejetons printaniers. Ne devait-on pas y trouver des traces de la sainte sollicitude et des efforts que Ton consacrait à la postérité spirituelle, aux nouvelles pousses de Tarbre de vie ?
Nous savons qu'à côté des cryptes ou chapelles il y avait des chambres séparées d'elles par une ouverture acoustique, et que ces espaces étaient destinés non-seulement aux pénitents, mais aussi aux catéchtmèneM, appelés apprentis de Dieu et nomes^ qui sous la surveillance de leur tnaitre assistaient à une partie de l'office. On a encore trouvé dans les Catacombes des emplacements destinés, à n'en pas douter, à Vi nstructi on des catéchumènes : c'étaient des écoles catéchétiques^ Ce sont des cryptes ou cavernes rocheuses, simples, sans ciment ni crépissage, sans autel, sans peintures, sans inscription ni symbole.
Quelques niches seulement, noircies par la |
ET LA DOGTRINK a%THOLlQUl!; 1S7
suie, témoignent qu'il y eut là des lampes
r dont la lumière servait à éclairer une réunion.
Uq indice plus significatif encore, c'est un
r banc de pierre qui occupe les trois faces de
l'excavation et qui était destiné aux auditeurs*
A côté de rentrée il y avait un siège en forme
de fauteuil taillé dans le tuf. Quand deux de
ces sièges se trouvent dans une même eham-
bre^ il est probable que l'espace était destiné
à des femmes admises au catéchuménat, pour
lesquelles l'ancienne discipline de l'Église exi-
g^eait, à côté du maUrCy la présence d'un autre
clerc ou d'une vénérable matrone chrétienne.
De la préparation passons à l'acte même
du baptême.
Que le baptême ait été conféré à certaines époques dans les Catacombes, la chose est indubitable. Le cimetière ostrianique, qui n'est qu'un embranchement du vénérable cimetière d« Sainte- Agnès, porte dans les anciens guides des pèlerins le nom de Catacombe prè$ des sources de saint Pierre ou de ^ Catacombe où saint Pierre baptisait. C'est le cimetière où furent ensevelis les saints
martyrs Papias, Maur et Ëmérentienne. On a encore trouvé des traces de fontaines baptismales souterraines. Ce qu'il y a de mieux conservé en ce genre et qui a visiblement servi dans les siècles de paix donnés à l'Eglise, c'est le remarquable b assin qui se trouve dans la Gatacombe de Pontien, dont l'ornement pictural, le tableau principal représente le baptême du Sauveur dans le Jourdain et ne laisse aucun doute au sujet de sa destination. Le bassin est encore actuellement alimenté par un ruisseau souterrain, dont le niveau s'élève et s'abaisse avec celui du Tibre. On y administrait le baptême par m-
/ mersion. Jusqu'à présent on croyait assez généralement que ce mode de baptême était seul en usage dans la primitive Église. Mais des peintures murales nouvellement découvertes et même des burettes baptismales démontrent amplement que le baptême par
j infusion était peut-être aussi généralement employé, et qu'il n'avait pas lieu seulement pour les malades ou pour les cas exceptionnels. On tire cette conclusion de plusieurs
fresques du troisième siècle, qui représentent, à ne pas s*y méprendre, l'acte baptismal sous cette dernière forme. On conserve même un vase à infusion en bronze avec des dessins représentant la pêche miraculeuse, symbole bien connu du baptême, de même que, sur une peinture très-ancienne, au cimetière de Sainte-Cyriaque, on voit saint Laurent verser sur la tête de Romanus Teau baptismale au moyen d'une burette.
Cfléla d« Bapléaie.
Qu'au point de vue de la primitive ÉgHsc le baptême n'ait pas été « une pure cérémonie, » ni « un symbole extérieur ou signe de la grâce » , mais un signe sensible produisant réellement la grdce^ c'est ce dont on peut se convaincre par les formules du secret disciplinaire que l'on trouve sur les mausolées. On y lit par exemple : «Le défunt a conquis^ a obtenu, a reçu Idi grkce^ GRATIAM* » V Arche, symbole habituel du baptême, montrait ce point encore plus clairement. D'après l'a* pôtre saint Pierre (I. Petr., tn, 20)^ elle symbolise la délivrance opérée par le baptême^ comme la colombe avec le rameau d'olivier symbolise l'admission du chrétien dans la
LES CATACOMBES DE ROMB, RTC. iSi
paix de Dieu et de l'Église par le Saint-Egprit. La même chose ressort de la scène où Pierre^ sous la figure de Moïse, fait jaillir Teau de la grâce du rocher, qui est le Christ, et la fait couler dans le désert, qui représente les païens; souvent même il ne se cache pas de la faire couler sur la tête d'un homme. Cette eau signifie la purification et le rafraichis^S" ment que le baptême procure à l'âme pécheresse par la grâce sanctifiante. Le côté du rocher qui s'ouvre représente le côté ouvert de Notre-Seîgneur Jésus-Christ, d'oii sortent d'une manière mystique le nang eucharistique et Feau sanctifiante du baptême.
De plus, selon l'expression de la sainte Écriture, le baptême lue le vieil homme et produit la régénération spirituelle pour une nouvelle vie en Dieu et lui donne des droits au ciel. Cette manière de voir est exprimée dans une foule d'images et de symboles, qui représentent la résurrection glorieuse du Sei-gneur. Plus d'un tombeau en donne une indication plus ou moins claire. Ainsi cette belle inscription : « Ici repose Fortunatien,
qui, régénéré dam teau céleste, vit éternellement dans la paix. CŒLESTI RENATVS AQVÂ
VI VIT IN (œvum). » Cette métamorphose spirituelle par le baptême est désignée dans la primitive Église sous le nom d'illumination^ ou d'infusion de la lumière céleste. Entre un grand nombre d'exemples, nous n'en citerons qu'un seul : « Ici dort Achillia, illuminée depuis peu de jours : elle vécut un an et trois mois, neo*ûtictoc(1). »
Il faut, au risque d'anticiper, rappeler ici un symbole significatif, sous lequel le chrétien baptisé est souvent représenté : c'est le symbole du poisson. Tantôt nous ne voyons
(l) C'était la doctrine déjà répandue et admise parmi les premiers chrétiens que les trois vertus théologales sont infuses ou implantées dans l'àme par le baptême. Nous en avons la preuve dans la pieuse coutume que l'on avait de donner aux nouveaux baptisés les noms de ces trois vertus. Ainsi dans deux Catacombes différentes, sur la voie Aurélienne et sur la voie Appienne, il y eut deux célèbres familles de martyrs, toutes deux composées de la mère et de trois filles : dans l'une, la mère s'appelait Sophia, et ses filles, Pistis, Elpis^ Agape; dans l'autre, la mère se nommait Sapientia, et ses filles, Fides, Spes et Charitas, Au sein de ces familles la mère représentait et symbolisait la Sagesse, et ses enfants portaient les noms des trois vertus théologales : Foi, Espérance et Charité,
que le poisson ; tantôt nous voyons comment
un apôtre le tire de Teau et le retient captif, soit à rhameçon, soiL dans le filet. Le sens de cette figure est évident. « Comme le poisson vit par Teau, ainsi le chrétien vit par le baptême. » Selon les vues de plus d'un Père, c'est précisément la raison pour laquelle le Christ a choisi des pêcheurs pour apôtres, c'est-à-dire pour pécheurs d'hommes. A cette image il y a néanmoins un sens plus profond encore. Le Christ lui-même est, comme nous le verrons, le poisson divin auquel les chrétiens viennent comme de petits poissons s'unir dans le baptême. « Nous nous unissons à Jésus ; nousdevenons tous un en Jésus (Galat. , III, 28): » telle est l'idée que, sous l'empire de la discipline du secret, nos Pères traduisaient ainsi : « Nous sommes de petits poissons formés d'après notre poisson » Jésus-Christ, IXOYC — « Nous sommes de petits poissons nés dans F eau et sauvés par sa vertu salutaire. » (Tertullien.) — « Quand le Christ-pomon (piscis) descend dans Teau de la source, celleci devient une source poissonneuse, piscina
i94 LES (SATAGOMBES OK ROME
salutaire. (Saint Optât.) (1). — « Le poisson cùmaere les poissons, pixiM eon^ecrc^ pîieei(Sévérien de Qabala) : » c'est-à-dire le Christ sanctifie les baptisés, les change et les réforme selon lui-même, en fait ses membres et ses enfants. C'est Tidée qui a fait donner aux nouveaux baptisés le nom de néq^hytei^ ou nouvellement plantii ou implmntés dans le Christ. C'est ainsi qu'un sarcophage célèbre porte cette inscription : « Junius Bassus e$t allé à Dieu comme néophyte. NEOPITVS HT AD DEUM. » Une autre expression pour le baptême, benediclm, bénit, renferme et comprend tous les effets de ce sacrement* « Léon* tins, homme bénil^ puisses-tu vivre toujours (en Dieu)! » — - « Elle fut une sainte âme, Wnite selon son nom. ANIMA SANCTA CATA NOMEN BENEDICTA. « — « Toi, qui as été bénit (i^ le prêtre ou Tévêque) «(ecu/arii, vis à jamais 1 » (Ces mots sont écrits sur un verre
(1) On sait que dans les premiers temps la fontaine baptismale portait le nom de vivier (piscina), outre les autres dénominations do Baplistcrium , Jordanes , llluminato- ''ium, etc.
émaille d'or au-dessus de l'image d'un néophyte en habits blancs.) — « Pancrace, toi qui es bénit. PANCRATI BENEDICTE. » A la suite de cette inscription on a gravé une ancre et un petit oiseau. Celui-ci tient un raisin dans son bec: symbole qui, joint à Tinscription, signifie : Ton âme, Pancrace^ a conquis Vespéranci du salut par le baptême et Feucharistie.
Néce*«llé da hapiléino.
Si le baptême délivre de la damnation, de la mort et des ténèbres, il est indispensable et nécessaire au salut. Cet article de foi, outre ce qui a déjà été dit, est prouvé par le soin des premiers chrétiens de ne pas priver du baptême les enfants et les malades. Nous lisons par exemple : « Florentin fait graver cette inscription à son fils Apronien, qui vécut un an, neuf mois et cinq jours, et quitta cette vie comme fidèle, VT FIDELIS. » — « A son très-doux fils Severus, son père Laurent; il avait rage de quatre ans, huit mois et cinq jours, et fut enlevé par les anges le 7 janvier, ACCERSITVS AB ANGELIS: » ce qui permet de conclure avec certitude qu'il avait reçu le
baptême. Une autre plaque tumulaire rappelle le souvenir d*un enfant : « Il obtint le baptême dans sa seconde ou troisième année. BIMVS TRIMVS CONSECVTVS EST. » — Une pierre tombale que Murcius Verinus fit ériger à ses deux petites filles, qui moururent, Tune à douze ans et l'autre à huit ans, se termine par ces mots : « Verina reçut (le baptême) à Tâge de dix mois, et Floriana à Tâge de douze mois- PERCEPIT M. X. et M. XII. »
Comme le baptême des enfants, celui des adultes au lit de mort est surabondamment prouvé. Une plaque tumulaire de Tan 268 honore la mémoire de « notre fils Marcien, bien méritant en Notre-Seigneur Jésus- Christ, qui reçut la grâce de Notre-Seigneur, le 21 septembre, à Tâge de douze ans, et qui mourut le 22 septembre; puisses-tu vivre parmi les saints! GRATIAM ACCEPIT D. N. — VISAS INTER SANCTIS IHA (?) » Une autre dit : « Posthumius Eutherion, un fidèle; il reçut la grâce sainte la veille du jour de sa 'nativité (de sa mort)... il vécut six ans;
son âme est avec les saints en paix, GRATIA
SANCTA CONSECVTVS. » Entête des six lignes de cette inscription se trouvent les lettres ixercN (ixdO, c'est-à-dire, le poiuon e^ mingwur; on bien ^ l'enfant baptisé est devenn le prix de h victoire da Christ.
Voilà ce que nous avions à dire sur le sa« crement du baptême. Dans le cours de ces pages plus d'un rayon lumineux pourra encore éclairer cette question. Mais ce que nous avons dit doit suffire pour rendre impossible toute identité entre la doctrine du seizième siècle, qui enseigne que le chrétien baptisé « reste dans le péché jusqu'à la tombe, » et la doctrine de l'Église primitive.
La C«iillfHMUlmi
A coté du baptême, plaçons la confirmation. Au. premier âge de TÉglise, on l'appelle le seeau^ le cachet du Christ, Vonction Toyale au simplement le signe du Christ^ parce que, au moyen de l'onction, TÉvêque imprimait sur le front du combattant chrétien le mgne de la eroix^ comme marque militaire, comme caractère distinctif et »igne protecteur. Cette impression du sceau avec le saint-chrême, appelée déjà dès le quatrième siècle confirmatioHy consolidation et préparation, était à cette époque administrée aux petits enfants, immédiatement après le baptàne^ et en était en quelque sorte le complément. L'Esprit -Saint ne descendit-il pas
i&O LES CATACOMBES DE ROME
sur Jésus sous la forme d'uae colombe immédiatement après son baptême? La colombe devint aussi le symbole habituel des confirmé$i c'est-à-dire des cbrétiens transformés en colombes célestes^ ou animés et remplis de T Esprit-Saint, et elle nous salue ainsi du haut
de mille sépulcres de chrétiens.
Ne perdons pas de vue la conséquence de la symbolique des premfers siècles. En sa qualité de membre du Christ^ qui est le poisson divin^ le baptisé devient un petit poisson. En sa qualité de temple du Saint-Esprit, colombe divine^ le confirmé se transforme en petite colombe; p'est un joyeux petit oiseau au vol facile et rapide. Dans les inscriptions cette enveloppe symbolique disparaît quelquefois, et Vdme chrétienne, devenue sacramentellement la demeure du Saint-Esprit, s'appelle à son tour esprit, esprit saint, esprit saint de Dieu ou du Seigneur. Un seul exemple à ce sujet (de Tannée 269) : « (Moi) Lenkes (je) pose cette pierre à (toi) Severa, ma fille bienaimée, et à ton esprit saint, ISPIRITO SANCTO TVO. » Du reste, dans les inscrip-
ET LA DOCTRINE CATHOLIQUE il^i
tiens funèbres découvertes jusqu'à présent, on ne fait pas une mention expresse de la confirmation. Nous n'en avons rencontré que deux qui y font peut-être allusion. La première, probablement du premier siècle, est en grec : « Ici repose le corps de Julia Evarista, la très-chérie de Dieu ; mais son âme^ renouvelée par ï Esprit du Christ, fut reçue sous sa forme angéUque par les saints dans le royaume céleste du Christ. » L'autre est consacrée à la mémoire d'un jeune couple chrétien et se termine ainsi : « Probien, prêtre de Dieu, les a baptisés et oints^ LAVIT ET VNXIT. » Maïs nous devons donner une indication plus précise et plus détaillée concernant le burin de l'antique sculpteur chrétien qui a exécuté le magnifique sarcophage de Junius Bassus dont nous avons déjà parlé.
On y voit VAgneau représenté à plusieurs reprises : de son pied droit il tient une verge dont il frappe en premier lieu le rocher, comme Moïse; puis il en touche la tête d'un plus petit agneau , sur lequel tombent des rayons de lumière envoyés par une colombe; enfin, il
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touche aussi des pains et des poissons. Il est certain qu'ort a voulu représenter symba^ liquemcnt ici les sacrements du baptême, de la confirmation et de Teucharistie. Cette cir^ constance, que les catéchumènes adultes f%^ ccvaient en même temps les trois sacrements^ permet de conclure que ce» formule»
que Ton rencontre si souvent sur les tombeaux : il obtint j il reçut, il conquit^ ont trait précisément à la réception de ces trois sacrements. Enfin ajoutons-y un inappréciable document, que nous avions déjà publié ailleurs (1). C*est une table monumentale da quatrième siècle, dont la découverte est due à M. de Rossi. L'auteur en est probablement le pape Damase, et elle ornait auparavant la vieille basilique vaticane. On lavait mise non loin des fonts baptismaux, oii le Pape avait coutume de confirmer les néophytes.
Elle porte une inscription ainsi conçue (2) :
(1) Brochure ayant pour titre Slimmen aus Rom^ Voix de Rome.
(2) .... Hic insontes cœlesti flumine lotas Pastoris summi dextera signât oves.
ET LA. DOCTRINE CATHOLIQUE l/i3
c C'est ici que la main du pasteur suprômo marque les joyeuses brebis qui sortent toutes pures du fleuve céleste. Toi qui naquis dans les eaux, viens, voilà que le Saint-Esprit f t'appelle pour que tu reçoives ses dons. Apprends en portant ta croix, et plus encore en étant averti par la sainteté de ce lieu, à éviter les tempêtes du monde. »
Ces quelques indications, jointes à ce fait que les hérésiarques des premiers siècles faisaient déjà la guerre à l'Église à cause de la confirmalion, mettent aussi à leur vraie place eeux qui n'ont pas honte d'appeler cet admirable instrument de la vertu du Saint-Esprit, qui oignait les premiers chrétiens et en faisait des héros de la foi, vaillants jusqu'à mourir, de l'appeler, dis-je, une « momerie, »
une « fioltise accolée .à un mensonge, » une « invention du Concile de Lyon (en 1245)! »
IIûc undis generatc veni, quo Sanctus ad uniim
Spiricus ut capias te sua doua vocat.
Tu cruce suscepta mundi vitare procellas Disco magis monitos (lege mouitus) hac ratioue loci.
Voix fie Rome, p. 308.
L'ExIrémc-OMUoa.
Comme « l'onction royale » de la confirmation donne une trempe d'acier aux guer- \ riers chrétiens pour le combat de la vie, ainsi r onction des malades ou extrême-onction nous donne la trempe nécessaire pour les luttes de l'agonie. L'Église primitive la rattachait à la pénitence, c'est-à-dire à la confession des mourants, comme elle rattachait la confirmation au baptême. D'après ce que nous savons, les Catacombes sont muettes jusqu'à présent au sujet de l'extrême-onction. En attendant des révélations plus précises, nous nous bornerons à rappeler un monument de l'antiquité chrétienne qu'un certain nombre d'archéologues rattachent à notre sujet, mais qui
LES CàTAœMBES DE ROME, ETC. 145
est en tout cas d'une importance majeure.
On a trouvé un coffret revêtu d'une plaque d'or, probablement du deuxième siècle, qui porte l'inscription grecque suivante, partagée entre les deux faces : « Croix , purifiezmoi. — Je t'adjure, Satan (esopkïzq ce), au nom du Seigneur, Dieu vivant, de ne plus jamais quitter le lieu de ton châtiment. — - Voilà ce qui a été lu dans la demeure de celle que fai ointe^ edikexpika. » Que ce dernier mot se rapporte, comme on l'admet, à l'extrême-onction, en sorte que le prêtre chargé des onctions ait laissé à une malade cette formule d'exorcisme pour sa protection et sa consolation, nous l'admettrons voîonlontiers. Dans cette supposition, cette personne l'aurait fait graver sur son coffret précieux pour en conserver le souvenir. Au surplus, cette remarquable inscription témoigne d'une manière frappante en faveur de l'antique coutume de l'Église, de faire des exorcismes, et cela dans la forme encore usitée aujourd'hui. Elle prouve aussi la foi que l'on avait déjà alors en la puissance du
I signe de la croix contre Satan. De sorte qu'il faut la compter parmi les restes les plus précieux de l'antiquité chrétienne.
L'OaetioM MieerilotMie on l'Ordre.
Occupons-nous du sacrement qui donne à la maison de Dieu sur la terre ses piliers et ses colonnes, au peuple de Dieu ses pasteurs et ses médiateurs : je veux dire le sacrement de tordre. Afin d'éviter les redites, nous prions le lecteur de se rappeler ce que nous avons dit au sujet de la manière dont l'Église a été divinement constituée par Dieu même. Ses niembres sont ou supérieurs ou simples fidèles. Pour mettre cette idée dans tout son jour, nous rapportons une inscription trèssignificative du troisième siècle. Elle a été faite par le diacre Aurelîus Saturninus pour son propre sépulcre et se termine par cette instante prière : o Je prie et je conjure tout
l^S LEâ CATACOMBES DE ROMS
le clergé et tous tes frères de n'ensevelir absolument aucun autre dans cette tombe, »
OMNEM CLERVM ET CVNCTAM FRATERNI- TATEM. Si le clergé, Tensemble des ministres de TÊglise et des supérieurs ecclésiastiques, rhéritage et la portion particulière de Dieu, est indiqué ici d'une manière distincte, nette et précise, comme un état différent du commun des fidèles, un autre monument épigraphique exprime la haute dignité des fonctions ecclésiastiques : c'est la célèbre tablette commémorative ou diptyque, faite par saint Damase, découverte par le chevalier de Rossi dans la crypte papale, au centre de la Catacombe de Saint-Calliste, et qui se composait de cent douze fragments de marbre, que le chevalier a eu rinsigne bonheur de réunir. Elle commence par ces vers (1) :
Ici repose dans la paix, si vous désirez le savoir, la
(l) Hic congesta jacet, quœris si, turba piorum; Gorpora sanctorum retinent veneranda sepulcra. Sublimes animas rapuit sibi regia cœli.
Hîc comités Xysti portant qui ex hoste tropîea. Hîc numerus procerum servat qui altaria Christi. (Pat. lat, Migne, t. XIII, p. 407-408.)
troupe des pieux fidèles. Ce sépulcre vénéré contient les . corps des saints : car, pour leurs âmes héroïques, c'est la cour céleste qui les a enlevées. Ici reposent les compagnons de Xyste, chargés de trophées victorieux. Ici est la troupe des nobles qui gardaient les autels du Christ.
HIC NVMERVS PROCERVM SERVAT QVr ALTARIA CHRISTI
Les monuments des Catacombes ne s'en tiennent pas à ces indications générales ; leurs inscriptions nous font parcourir tous les degrés de la hiérarchie catholique.
Et d'abord, dès le premier siècle, on voit rangés strictement, d'après leur ordre, Vévêque, \eprêlre et le diacre: EPISCOPVS, PRES- RYTER, DIACONVS. Si quelques monuments ne donnent que le titre deprêlre, SACERDOS, à un évêque, cela signifie premier^ grande pnncipa/ prêtre. Cette circonstance s'explique par la coutume qui existait dans la primitive Église de faire offrir le saint sacrifice par révoque, et seulement à son défaut, par le prêtre. Le titre grec de diacre (diacôn) est souvent remplacé par sa traduction latine MINISTRATOR, qui veut dire serviteur, ser-
vant; néanmoÎDS avec Taddition de CHRIS- TIAN VS, serviteur chrétien, pour le distinguer de ses homonymes, les serviteurs inférieurs des autels païens. Après ces trois degrés primitifs de la hiérarchie, les inscriptions des cimetières, à partir de la fin du deuxième siècle, nomment les lecteurs^ les exorcistes et les fossoyeurs: LECTOR, EXOR- CISTA, FOSSOR, s'il faut compter ces derniers parmi les clercs. Très- rarement et seulement à dater du quatrième siècle, on rencontre les sous-diacres, les acolytes et les ostiaires ou portiers : ACOLVTVS, OSTIARIVS.
Nous citerons les inscriptions suivantes, sauf à en citer de plus anciennes plus tard : « Ici repose en paix Ulpius, mort à vingt ans, lecteur. — Cinnamius Opas, lecteur du titre de Fascîola, un ami des pauvres. — (Ici repose) Macedonîus , exorciste de (l'Église) catholique. — Tombeau de Vacolyte Romanus.
— A cette sainte place repose le vénérable Janvier, diacre^ qui r^/n/?/// quarante-sept ans Voffice de diacre. MINISTRAVIT IN DIAC.
OFF. — Lieu de repos de Denis, prêtre et
médecin. » Pour réclaircissement de cette dernière inscription, nous ferons observer qu'aux temps de la persécution les évêques, les prêtres et les diacres exerçaient Vart de la médecine de bien des manières.
Aînsi se développe à nos yeux toute lahié'rarchie catholique de Vordre^ cette admirable organisation ecclésiastique qui entoure le trône de l'Agneau eucharistique, comme la hiérarchie angélique entoure celui de l'Agneau transfiguré et glorieux (1). Sa dignité, sa grandeur et sa mission lui ont été données par le
(1) La hiérarchie de la juridiction ecclésiastique se prouve très-clairement aussi par les monuments de Tantiquité chrétienne ; nous Pavons vu dans nos études sur la primauté pontificale. Ajoutons-y encore quelques renseignements que les découvertes faites journellement promettent d*élever à la hauteur d'un système. Les principaux traits du gouvernement administratif de l'ancienne Église de Rome s'y montrent déjà à nos yeux. Nous savons par les monuments et les inscriptions qu'au troisième siècle Rome avait 25 titres ou districts paroissiaux ou divisions de Catacombes, et que chacun de ces titres avait généralement deux prêtres, l'un prêtre titulaire ou curé, et l'autre coopérateur (socius) subordonné, ou chapelain : le premier faisait l'office dans le Dominicum (basilique ou église) en ville; l'autre, dans les Catacombes. Aussi lisons-nous sur ^ne inscription : « Alexius et Gapriola ont érigé (ce monument) avec la permission des prêtres Archelaiis et Dulci-
Christ, comme nous Tavons déjà remarqué.
Son pouvoir et sa juridiction s'étendent sur le corps réel et sur le corps mystique du Seigneur, c'est-à-dire, se concentrent sur la surveillance sacerdotale de Tantel et du peuple fidèle. Les preuves en sont fournies surtout par les représentations symboliques de l'eucharistie et de la pénitence. Même cette virginité qui correspond si bien à un ministère angélique, ce célibat qui fait la gloire du sacerdoce catholique et que certaines gens se plaisaient à appeler « une nou-
tus. » Ce sont les deux prêtres du titre dans le cimetière duquel ils avaient seuls la juridiction. Nous voyons en outre qu'à côté des 25 titres ou paroisses romaines, le Pape s'en était réservé un avec le cimetière correspondant. La Catacombe papale, naturellement la plus belle par ce seul fait, fut à partir de la fin du deuxième siècle celle de Saint-Calliste. Le Pape la faisait administrer par son (archi)diacre. Il y a pour établir ce fait une preuve épigraphique. Dans une crypte de cette Catacombe, au milieu des déblais, on a trouvé des fragments d'une balustrade en nftirbre et l'inscription dédicatoire de la crypte, qui commence par ces mots: « Cette double chapelle, avec ses arcosolia et son luminare, a été faite avec la permission du pape Marcellin par son diacre Severus, pour servir de sépulture à lui et aux siens et à sa sœur, vierge consacrée à Dieu. JVSSV PP SVI MARCELLINI DIAGONVS ISTE FEGIT. »
veauté et un attentat contre Dieu et son Évangile, » est dûment constaté par les monuments funèbres de l'antiquité chrétienne, du moins pour ce qui regarde les degrés supérieurs des ministres sacrés. Jusqu'à présent, il n'y a pas que nous sachions une seule inscription sépulcrale d'un prêtre — pour les Évêques de Rome, c'est-à-dire, les Papes, cela va sans dire — qui contienne la moindre allusion au mariage, tandis qu'ailleurs les époux ont la coutume de se dédier expressément l'inscription sépulcrale commémorative.
Dans les monuments anciens nous avons trouvé en abrégé les degrés hiérarchiques et la grâce produite par T ordinal ion. Que si Y acte même de l'ordination, c'est-à-dire la collation actuelle de ce sacrement était prouvée par un témoignage monumental, nos recherches seraient terminées, pensons-nous, d'une manière satisfaisante. Or ce témoignage est effectivement à notre portée et se trouve fortifié par l'autorité de M. de Rossi, qui nous en a fait faire une étude plus atten-
tîve. Dans une crypte de la Catacombe délabrée de Saint-Hermès, se rencontre parmi d'autres scènes bibliques une image qui représente évidemment une scène tirée de la vie ecclésiastique. Un jeune homme, en grande tunique (semblable à notre aube) el dans l'attitude de la prière, a la face tournée vers le peuple. Devant lui il y a un siège élevé {cathedra)^ du haut duquel un personnage plus âgé étend les mains sur le jeune homme.
Le vêtement, l'attitude, le groupe tout entier montrent, avec quelque chose de plus que de la vraisemblance, que nous avons ici devant nous Vimposition sacramentelle des mains de rÉvéque^ c'est-à-dire l'ordination d'un clerc. Montrer le rapport qui existe entre cette peinture et la crypte qu'elle orne et qui sans doute renfermait le clerc ordonné, comme aussi le rapport qu'il peut y avoir entre cette même image et les scènes bibliques et types sacramentels qui s*y trouvent, ce sera la tâche dont s'acquittera la plume si compétente de M. de Rossi dans sa Roma sotterranea.
Le Hariaye^
Le christianisme a pour but de transfigurer l'homme de la natare en un homme surnaturel, de l'élever dans son être entier jusqu'à» une sphère plus haute, plus excellente. C'est pourquoi FÉglise a voulu placer la famille^ cette réduction de l'état et de la société, dans le rayon de lumière et de chaleur de la grâce sanctifiante. Que si elle doit être renouvelée, il faut avant tout que sa racine, sa source, le mariage soit ennobli, sanctifié, c'est-à-dire qu'elle doit le tirer de la région purement naturelle pour l'élever jusqu'au surnaturel.
Et c'est Teffet du sacrement de mariage. Le Christ, pour me servir d'un symbole antique, touche le mariage avec sa baguette et le
transforme par le charme de sa grâce et de sa puissance. Désormais il est entouré de la gloire du sanctuaire, couvert de l'ombre des ailes du Saint-Esprit. Il devient une copie, une image de l'union mystique de Jésus- Christ avec l'Église, son épouse immaculée.
Telle est la manière de voir vraiment chrétienne et catholique, qui contraste étrangement avec la prétention de ceux qui disent que « le mariage est aussi peu un sacrement que les travaux de l'agriculture ou l'exercice de l'art du barbier (Calvin). » Cette dernière idée, qui a été adoptée par l'État moderne, qui s'est débarrassé de tout christianisme, idée si contraire et si étrangère à l'Église primitive, paraîtra tout à fait fausse à l'observateur le plus superficiel des monuments des Catacombes. « Le défunt ou la défunte vécut avec moi dans un saint mariage^ dans une admirable chasteté, innocence, sagesse etfidélitéy — modèle de pureté, — remplie d'une sainte retenue et d'un saint amour. » Tels sont les témoignages que Ton rencontre à chaque instant. Ils expriment la sainteté surnatu-
relie qui, comme effet du sacrement, ennoblit lunion la plus intime de la vie, et, selon le mot de TertuUien, lui donne seule le vrai bonheur. Nous trouvons ses rapports avec le Christ et son Église plus clairement indiqués encore. Ainsi un époux fait poser une inscription funèbre « à sa sainte et très-douce épouse en Jésus- Christ^ Félicité, femme d'une inimitable activité et économe fidèle. » Un autre, qui s'appelle Alexandre, rend témoignage « à sa très-douce épouse Pudicissima, femme digne de tous les respects et d'une rare chasteté, pour n'avoir jamais eu, comme fidèle, c'est-à-dire comme chrétienne, QVA FIDELIS, aucune querelle avec lui. » La sanctification et la transfiguration du mariage par Jésus-Christ est surtout mise en lumière, et avec elle la grâce produite par ce sacrement, sur les coupes émaillées dont on se servait aux agapes religieuses le jour des noces. La plupart portent cette devise :
Vivez en Dieu! et représentent les nouveaux époux la main droite dans la main droite ;
entre eux on voit ou un tymbole du Christ ou VRomme-Dieu lui-même qui les couronne. Sur un verre de ce genre on voit le jeune couple se donnant la main au-dessus d'une colonne garnie de pierres précieuses ek en forme d'autel, qui est le symbole de VÉglise^ pendant que le Sauveur planant au-dessus couronne de fleurs Tépoux et l'épouse. Le sens ne saurait en être douteux. Pour les chrétiens primitifs, le mariage est un sacrement en Jésus-Christ et en l'Église (Eph., v, 25, 32), c'est-à-dire une figure de la mysté- i
rieuse union du Christ avec son Église, de façon que l'époux reflète la grandeur et le dévouement du premier, et l'épouse l'amour i
et la fidélité de la seconde. Vauréob de cette dignité et de cette bénédiction sacramentelle leur est donnée par le Seigneur sous la figure d'une couronne de fleurs. D'autres représentations ont au fond le même sens, comme lorsque, par exemple, le jeune couple est symbolisé par deux colombes buvant dans la même coquille : car ici se fait voir la pro-
duction de la grâce sacramentelle par le Saint-Esprit, auteur de la paix et de la pureté de Tâme.
La Péaltence,
Avec le sacrement de la pénitence^ qui va nous occuper, l'obscurité des Catacombes commence à s'éclaircir sensiblement, jusqu'à ce qu'elle fasse complètement place à la lumière quand il s'agira de la sainte eucharistie. La confession est en rapport direct avec le cœur perverti qui doit être converti^ c'està-dire détourné de toute affection au péché et tourné vers les joies surnaturelles que l'on trouve en Dieu. L'homme naturel n'y a pas de goût. De là les attaques incessantes de Terreur contre ce sacrement. Ce qui pour les enfants de la lumière est une source des consolations et des bénédictions les plus abondantes, est pour les autres « une loi cruelle,
une invention humaine. » Voyons l'idée qu'en avaient les premiers chrétiens.
Au premier plan apparaît l'image ravissante du Bon Pasteur. Elle est Tornement de toutes les cryptes et de toutes les galeries; elle salue le visiteur dans les lampes, les coupes émaillées et les sculptures innombrables; elle anime un grand nombre de tombeaux, sur lesquels la main du fossoyeur Ta grossièrement burinée. Ordinairement le Pasteur a Textérieur de la jeunesse, la tunique courte, le manteau et les brodequins. Il est entouré de brebis qui paissent ou qui le suivent :
dans ce cas il ne s'agit que des rapports entre le Christ et les âmes rachetées, entre le pasteur spirituel et les laïques. Plus souvent et même de telle sorte que c'est presque une règle générale, le Pasteur porte sur ses épaules un agneau ou un bélier comme emblème du pécheur, et il le ramène au bercail. Dans cette représentation si fort en vogue, outre la délivrance de l'infidélité païenne, on a voulu symboliser la justificaHon du pécheur par la pénitence. Chaque trait de cette image
devait remplir le cœur du chrétien d'admiration, de reconnaissance et d'émotion. Tanlôt le pasteur caresse avec tendresse la brebis retrouvée, amoureusement penchée sur son cou ; tantôt i! lui parle avec douceur, pendant
qu'elle semble lui répondre paruo bêlement d'intelligence ; tantôt il la réjouit par lea airs qu'il tire de son chalumeau, et tout cela exprime parfaitement l'amoun paternel et miséricordieux du divin Pasteur et de son repré-
sentant sacerdotal, qui accueille la brebis égarée, l'instruit, la console et Tencourage. Comme protestation solennelle contre Thérésie des montanistes^ qui voulaient mettre des bornes au pouvoir qu'a t Église de remettre les péchés, et qui voulaient faire refuser l'absolution à certains grands pécheurs ; comme témoignage der la plus grande joie quil y a au ciel de la conversion d'un seul pécheur qui fait pénitence que de la persévérance de quatrevingt-dix-neuf justes qui n'en ont pas besoin, le Bon Pasteur apparaît parfois, non pas seulement avec un seul bélier sur ses épaules, mais avec un autre à sa droite^ pendant que la brebis (innocente) est à sa gauche : le premier est gratifié delà place d'honneur^ comme y Enfant prodigue de retour chez son père est honoré d'un festin de réjouissance, et non pas Taîné, qui n'avait pas quitté le toit paternel. Une autre peinture dans la Catacombe de Saint-Callîste provoque plus vivement encore notre attention. Nous y voyons comment un apôtre amène la brebis au Bon Pasteur (au Christ), qui la reçoit sur ses épaules et se met
en devoir de lui en attirer d'autres qui se trouvent au dernier plan : celles qui sont le% mieux disposées à écouter C apôtre sont arrosées d'une pluie de grâces. Ce sont donc les apôtres et leurs successeurs dans l'Église qui regagnent au divin Pasteur des âmes les brebis
perdues, et qui ,dans le sacrement de pénitence leur procurent la rosée de lagrâce^ de la réconciliation et de la sanctification, conformément aux promesses du Seigneur : Recevez le Saint-Esprit; les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, etc, etc, (Jean, xx, 22-23.)
Si rimage du Bon Pasteur représente surtout la clémence et la miséricorde divines, comme cela est manifeste dans toutes les parties du sacrement de la pénitence, une autre image développe surtout les effets produits dans Tâme par ce sacrement: nous voulons parler de Tirnage souvent répétée du paralytique emportant son lit ou guéri par le Christ, représenté par saint Pierre, au moyen de la verge miraculeuse. Ces paroles de salut adressées au malade : Homme, tes péchés
te sont remis (Luc, v, 20), mettent hors de doute la signification mystique de Timage de ce miracle. La guérison corporelle est le symbole de la guérison ^spirituelle. Le paralytique sortant de son lit est la figure de la résurrec-tîon de l' âme ; IdL nudité du malade guéri est un signe que la pénitence nous fait naitre de nouveau. Une circonstance est encore digne d'attention : c*est que dans les images antiques la guérison du paralytique est ordinairement accompagnée d'une scène qui a rapport à Teucharistie, comme, par exemple, de la multiplication miraculeuse des pains ou des noces de Cana. Actuellement encore, au point de vue dogmatique et selon la pratique de l'Église catholique, le sacrement de la pénitence et celui de Vautel, la confession et la communion j se complètent et se rattachent l'un à l'autre.
Enfin les Catacombes ne refusent pas de donner leur témoignage à l'acte le plus humble de la pénitence : nous voulons dire la confession auriculaire. On sait qu'avant l'introduction de nos confessionnaux, c'est-à-dire
avant le douzième siècle, la confession se faisait près de Tautel, où le prêtre se mettait sur un siège, pendant que le pénitent se tenait debout ou s'asseyait aussi. De plus, en 1842, on a découvert au cimetière de Sainte- Agnès une chapelle munie de douze sièges en pierre, dont la position particulière ne permet pas d'y voir des sièges d'honneur pour le clergé. Les archéologues, marchant sur les traces du célèbre P. Marchi, y voient plutôt . des monuments qui déposent avec certitude en faveur de la pratique de la confemon privée ou secrète dans l'Église primitive de Rome.
C'est ainsi que toute la discipline pénitentiaire dans l'Église des premiers siècles — qui ne consistait pas seulement dans la séparation des fidèles pendant le saint sacrifice, mais aussi dans les inscriptions gravées sur leurs tombeaux, selon lesquelles ils ont enfin obtenu la paix, c'est-à-dire l'absolution à l'heure de la mort — prouve aussi en faveur de la doctrine catholique de la satisfaction Ne nous étonnons donc pas si Mélanchton, ne pouvant nier les humiliations imposées par
la discipline apostolique de la pénitence, se trouble et l'appelle « une pure représentation théâtrale, née d'un mélange de croyances judaïques et païennes. »
I e Sjmliole da poisson.
Nous voici arrivés à Vemharistie^ le plus auguste des sacrements. Sa majesté brille el éclate au firmament des grâces dans le christianisme, et donne aux autres sacrements, comme le soleil aux planètes, la lumière et le mouvement. Pour arriver à cet astre qui nous charme, une étude préliminaire nous préparera le chemin : il s'agit d'éclaircir la question du poisson symbolique dont il a été parlé déjà plus d'une fois. Nous ne rappellerons ni rhistoire de la création ni le fait que les poissons n'ont pas été frappés par la malédiction diluvienne. Nous ne donnerons aucune importance à cet autre fait, que les Israélites regardaient le signe du poisson comme
leur constellation particulière et qu'ils en ornaient le cachet de leurs bagues. Mais par contre, ce qui est significatif et important pour nous, c'est que le poisson dans la vie de Tobie joue un si grand rôle, et, d'après les anciens Pères, désigne typiquement le Christ.
Sur Tordre de Tange voyageur, ce patriarche attira sur le rivage un poisson énorme, qui d'un côté possédait le pouvoir miraculeux de chasser le démon et de guérir les aveugles, de l'autre côté fournissait par sa chair assez de nourriture pour le reste du voyage. On voit clairement les rapports de ce type avec les deux mystères fondamentaux du christianisme, le baptême et V eucharistie : le baptême nous délivre de la puissance du diable et nous illumina; l'eucharistie nourrit le pèlerin de la terre pendant sa vie mortelle (1). Une autre origine du symbole du poisson se montre dans la prophétie de la Sibylle au
(1) On ne saurait douter que le fameux peintre Raphaël n'ait eu en vue cet ancien symbole lorsque, dans sa magnifique peinture de la Madone qui se trouve à l'Escurial, il représente Tobie offrant un poisson à l'Enfant divin
170 LES GATAG0HB8S Dfi ROME
sujet da Messie, dont les vers (en forme d'acrostiche) commençaient par les lettres du mot ixerc, qui veut dire poisson. Les premiers chrétiens, auxquels on donna le titre ironique de nbylUsletj regardaient les %ihylle$ comme des messagères, comme des astres divinement illuminés, envoyés pour éclairer la nuit du paganisme et pour annoncer le Messie; et leurs livres furent interprétés d'une manière si intelligente et si convaincante par les pre-* miers apologistes du christianisme, que les Romains en défendirent la lecture sous peine de mort. Mais ce qui rendait cet acrostiche surtout significatif pour les premiers chré« tiens, c'est que les lettres initiales i. x.e.r. c. ou 2., complétées par les cinq mots grecs qu elles représentent, ' i/Î-tou; Xpearoç ewu 'r6ç C(or/îp, JémS'Chrisl, de Dieu Fih^ Sauveur^ contiennent le résumé de la foi chrétienne. C'est de là que le pomon lira sa signification conventionnelln et devint V hiéroglyphe du Christ, Fils de Dieu et Sauveur. Comme les plus récentes découvertes le prouvent, ce symbole, né aux temps apostoliques, resta un signe secret du-
rant trois siècles et disparut vers le milieu du quatrième siècle. Quand le poisson apparaît plus tard dans les monuments, il n'est considéré que comme ornement traditionnel ou comme allégorie de la pêche miraculeuse, et non plus comme un symbole concernant la foi. On ne le trouve plus sur aucun tombeau du cinquième ni du sixième siècle, tandis que plus de cent inscriptions romaines du temps des persécutions le portent. La fixation de l'âge des inscriptions tumulaires sera le mérite immortel de M. de Rossi, qui a réuissi à formuler des critérium certains et des règles sûres pour la chronologie des épigraphes. C'est ainsi que les inscriptions sans date tombent toutes dans les trois premiers siècles, tandis que celles qui sont munies de la date consulaire appartiennent aux temps de la paix de l'Église. Or de tous les tombeaux qui sont ornés du symbole du poisson^ il n'y en a qu'un qui porte une date, et il appartient à l'année 234. Leur haute antiquité se prouve aussi par les sigles D.M. (aux Dieux Mânes) que l'on y voit quelquefois. C'est une formule
173 LES GATAœMBES DE ROME
païenne que Ton ne trouve que dans les plus anciennes inacriptions des Catacombes, et qu'il faut attribuer à Tatelier païen où la plaque de marbre a été achetée, et quelquefois à l'ignorance d'un fossoyeur. Cette dernière supposition peut s'appuyer sur l'exemple suivant. Il y a une remarquable épilaphe d'un certain Licinius sur laquelle on voit en haut le mot ixerc suivi de D.M., pardessous une ancre et de chaque côté un poisson avec l'inscription importante, poisson de%
Poiison de brome dctlinè k èlra porté an cou, et sur lequel ett écrit
le mol Cu>C.4lO , Sa/va t ce qui, hiéroglyphe et intcripiion réunie, eooipese
cette inToeatlon : • Jàscs-GimiST, riLS dk Disc, bxuvr-nous. *
(Martigny, p. &45.)
vivants j ixerc zonton (1). L'âge du pois-
(l) Nous préférerions nous arrêter à cette supposition que, trouvant ou achetant des plaques de marbre portant déjà le D. M. , les fossores d'ailleurs surveillés par le clergé y laissèrent ces lettres en y attachant un autre sens. Qui empêche d'admettre que Pinscription citée présente le sens suivant: IX6ÏC DominusMeus anchora (id est spes quia)IXerC ZÛNTÛN? Nous donnons cette hypothèse pour ce qu'elle vaut; mais elle nous sourit mieux que l'autre. (Note du traducteur.)
son hiéroglyphique se constate encore par le lieu où Ion découvre les inscriptions dans les Catacombes les plus anciennes, par la beauté et la forme des caractères, par l'antiquité des noms, par la simplicité classique et la brièveté de l'expression (1), aussi bien que par la rareté du monogramme, qui commença en 250, mais qui devint d'un usage général seulement sous Constantin en 312. Ce que nous avons dit des inscriptions tumulaîres s'applique aussi à environ cinquante cachets et pierres précieuses sur lesquels ce symbole est gravé : tantôt on n'y voit que le poisson j expliqué par le mot poisson^ ou Jésus^ ou Christ; tantôt à côté du poisson il y a encore un autre symbole du Christ ou de l'Église, Une pierre précieuse porte l'image significative d'un trône, sur lequel se trouve le mot ixorc, poisson. Parmi les lampes trouvées dans les Catacombes, il n'y a que celles qui
(1) Par exemple : A notre très-doux fils Glodins, qui mourut après 32 mois. Que ton esprit vire dans le bon (souvenir), (sous-entendu qui est remplacé par l'image du poisson.) (Note do l'auteur.)
sont en terre cuîte (terra cotta), comme il n'y a que les plus anciens sarcophages qui aient le poisson mystique. Enfin les coupes du troisième et du quatrième siècle montrent le poisson généralement accompagné de scènes bibliques. C'est ainsi que sous Vombrage du lierre ^ au lieu de Jonas, c'est le poisson (c'est-à-dire le Sauveur ressuscité) qui se repose ; et une autre fois, à la place de Tobie, c'est le Christ qui porte un poisson dans un filet, ce qui est manifestement la même idée que celle du Bon Pasteur qui porte la brebis sur ses épaules.
Entrons plus avant dans le symbole du secret. Près de trente plaques épigraphiques n'ont pas d'autre signe que l'image du poisson ou le mot IX0YC sans autre inscription.
Elles annoncent la divinité du Christ, souhai- 4ent au cher défunt le repos en Jés^us- Christ et invoquent pour lui la faveur du Christ à l'occasion du jugement. Sur la plupart des autres tablettes le poisson est accompagné d'autres symboles, dont quatre surtout, la colombe, 'ancre, le navire et particulièrement le pain
montrent une liaison très-étroite avec le poisson. La colombe, tenant ordinairement une branchette d'olivier, accompagne le poisson dans environ vingt épitaphes. Nous savons que la colombe est l'image de l'âme vivifiée par le Saint-Esprit, SPIRITVS, et que le rameau d'olivier est le symbole de la paix. Leur réunion au poisson signifie : « Ton âme vit^ ou qu'elle vive en paix dans le Christ; » ou, quand la branche d'olivier n'y est pas :
« Ton âme vit dans le Christ. » Vancre^ symbole pareillement biblique (cf. Hébr., VI, 19) est le signe de l'espérance, et par conséquent de l'espérance fondée sur le Christ lorsqu'elle est unie au poisson ; ce qui revient à cette devise, qui se reproduit cent fois sur les tombeaux et les cachets : Spes mea in Christo; mon espérance est dans le Christ, en Dieu, dans le Dieu Christ, SPES ou eadic (i).
Si l'ancre a la forme de la croix, cela veut dire : Mon espérance repose dans le Christ ^ dans le Sauveur crucifié; ou, comme dans
(1) Quelques plaques tumulaires ne portent même que rinitiale E, c'est-à-dire Espérance. (Note de Fauteur.)
cette inscription : « Doux Longin, vis ! » suivie d'une ancre cruciale et d'un poisson ; — c'est-à-dire, vis et espère dans le Christ crucifié. Le vaisseau symbolise TÉglise, l'arche de la nouvelle alliance. Si, comme c'est le cas sur deux camées et une vieille inscription sépulcrale qui ne porte que ces deux noms :
CASSYS ÛOMNINVS, le poisson porte un vaisseau sur son dos^ on veut dire par là que le Christ porte son Église à travers les tempêtes des siècles et des persécutions.
Le Poisson eaeharlstlqme dans la erypte
de ffjnetae.
Le symbole qui vient en quatrième lieu et qui est le plus signicatif, puisqu'il est ordinairement réuni au poisson, est le pain. 11 nous mène directemeot au but de notre étude et tout d'abord dans la Catacombe de Lucîne, M. de Rossi prouve que l'établissement de ce cimetière remonte au premier siècle. D'une infinité de fragments de marbre il a été tiré la preuve qu'originairement ce souterrain fut le lieu de sépulture de plusieurs familles patriciennes et chrétiennes, telles que celles des Cecilius^ des Emilius^ des Cornélius et des
Pomponianus. D'oti il conclut que Lucina^ cette célèbre et noble contemporaine des
apôtres, n'était autre, très-probablement, que Pompouia Graecina, noble veuve de Plantius, vainqueur des Bretons, que Tacite raille à cause de ses quarante années de vie obscure^ et qui, en qualité de chrétienne, avait reçu peut-être le surnom de Lucina (illuminée). Descendons dans le cimetière qui a reçu son nom. Cette fois-ci nous suivrons la galerie d'entrée, dont Tétat de délabrement témoigne que les barbares ont passé par là.
Nous n'irons pas dans la direction de la crypte du saint pape Cornélius, mais à gauche, vers une chambre à double compartiment dont la construction et rornementation rappelle Pompéi d'une manière frappante et nous ramène au premier siècle, époque classique de Tart : car c'est vers ce temps-là qu'il faut indubitablement en placer la construction. Dans le premier cubiculum, exactement en face de l'entrée, se montre, à la paroi entre deux niches tumulaîres dégradées, la double représentation d'un poisson vivant nageant sur l'eau, ayant sur le dos une corbeille avec cinq pains et un calice en verre colate-
nant du vin rouge. Nul ne niera que nous avons ici un symbole eucharistique y le dogme $ecret de la présence vivante du Christ dans le pain et le vin consacrés. Ce que celte peinture démontre surtout est que, sans parler de son âge apostolique, elle présente cette circonstance importante, que le poisson n'est pas préparé pour servir de nourriture par sa mort même, comme cela arrive dans la série des images du poisson tirées des faits évangéliques ; mais il est vivant^ dans sa simplicité sibyllique et dans sa signification originelle, de sorte que saint Paulin l'appelle « le vrai pain et le poisson de Feau vive. »
Bref c'est le Christ qui ^ dans le saint sacrifice de la messe, se présente sous les espèces du pain et dumn, et portant en même temps ces mêmes apparences ou espèces. Comme sur l'autel catholique, ici l'apparence du pain et du vin est visible; mais THomme-Dieu est invisible et caché sous le symbole. Ce monument de la primitive croyance à la Victime eucharistique est d'autant plus précieux qu'il convainc de mensonge la prétention de nos adver»
saires, et surtout celle de M. Renan, qui a tout dernièrement affirmé que le symbole du poisson ne représente qu'un poisson mangé et signifie tout simplement un poisson cuit.
Les pdins ne sont pas des pains ordinaires marqués d'une croix, mais des gâteaux d'offrande syriens, gris de cendre, appelés manphulcB par les Romains, que les Orientaux et particulièrement les Juifs préparaient avec les prémices du froment. L'usage même des corbeilles d'osier dont se servaient pour les sacrifices les Hébreux, les Grecs et les Romains, passa aux chrétiens. La peinture entière rappelle un remarquable passage de saint Jérôme, qui, dans une lettre à Rustiticus, oîi il énumère les trésors de Tévêque, dit entre autres choses : « Personne n'est plus riche que celui qui porte dam une corbeille le corps de Jésm-Chrisl et dans un verre son sang. )>
Au Cimellère de ftalnC-CallUte,
Quittons le cimetière de Lucine au moyen de Tescalier des pèlerins qui nous y a introduits, afin de descendre par un autre côté, « dans le territoire colossal de la Rome souterraine, » comme s'exprime Marchi au sujet de la Catacombe de Saint-Calliste. Nous suivons quelque temps la Voie Appienne. Le soleil couchant enveloppe, comme il y a dixhuit siècles, la belle campagne dans le voile brillant de sa beauté du soir, et répand Tor et la pourpre sur les monts albains qui bornent Thorizon et sur leurs villas étincelantes des perles semées dans la verdure. Mais qu'est devenue Torgueilleuse magnificence des
monuments des païens, qui bordaient autre-
fois « la Reine des Voies? » Les derniers feux du soleil n'éclairent plus que des ruines tristes et des masses de fragments et de pierres, qui, semblables à des fantômes, se dressent mélancoliquement entre les cyprès, et sont les meilleurs prédicateurs de la vanité des choses brillantes de ce monde. Mais il en est tout autrement si nous descendons au fond des cimetières souterrains qui s'étendent sous ce monde de ruîn^. Sans éclat et cachés dans le sein obscur de la terre, ils rayonnent d'une lumière incomparable, parce qu'un autre soleil, un soleil surnaturel, entoure leurs monuments de l'éclat de la gloire véritable et immortelle.
iNous quittons la voie Appienne pour nous diriger à gauche dans une vigne, et nous voici à l'entrée du cimetière découvert par M. de Rossi en 1852. Un escalier de service de trentensix marches nous amène dans les profondeurs oti une galerie s'ouvre à gauche sur un cubiculum. Entrons-y avec ret^ect:
c'est la sépulture des saints papes du troisième siècle. D'innombrables souvenim gra-
Et X.A DOCTRINE CATHOLIQUE 183
vés par les pèlerins sur les parois témoignent de la haute vénération que l'on avait pour ce sanctuaire. Sur les tombeaux on lit encore en caractères grecs les noms des saints papes Anthère, Fabien, Lucius, Eutychien, et Ton vénère les restes des colonnes de Yautel qui auparavant s'élevait sur le sarcophage du grand pape martyr saint Sixte II.
Une allée courte et étroite, dans l'angle gauche de la crypte, nous conduit dans un autre espace orné de fresques : c'est la célèbre chapelle de Sainte-Cécile. Au-dessus de la tombe (maintenant ouverte) se trouve « la rose virginale » que le pape saint Urbain y a déposée (230) de ses propres mains; on y savoure encore le parfum de sa sainteté, et nousmême nous n'y passons pas sans émotion et sans piété. Encore une étroite allée tumulaire et nous sommes à notre but, qui est une galerie sur un des côtés de laquelle il y a six chambres qui se touchent et se suivent : ce sont vraisemblablement les chapelles sacramentelles fondées en 200 par saint Cal* liste* L'humidité a considérablement dété-
lU LES CATACOMBES DE ROME
rioré les peintures &es voûtes, au point que cà et là on voit encore Timage à demi effacée du Bon Pasleur au milieu d'oiseaux, de fleurs, de paons et d'autres symboles du paradis. Heureusement, les peintures murales sont mieux conservées. Dans la première chapelle on voit d abord trois figures du baptême : Moïse, c'est-à-dire Pierre, qui fait jaillir Teau du rocher; un prêtre vêtu du palllum des ascètes qui baptise un enfant, et enfin un homme assis qui lire de l'eau un petit poisson pris à l'hameçon. Cette dernière figure a déjà été expliquée. Vient ensuite celle d'un docteur, également vêtu du manteau sacerdotal, et enfin, sur la paroi du milieu, deux symboles eucharistiques. Moyens le premier : Sur une table de sacrifice à trois pieds, il y a trois pains et un poisson, et sur le sol il y a encore sept corbeilles pleines de pains. La signification de ce symbole n'est pas difficile à trouver. La table représente Vautel chrétien, mensa. Quand cette table reposait sur un arcosolium, c'était ordinairement une plaque de marbre transportable et garnie de
ET LA DOCTRINE CATHOLIQUE i85
deux boucles d'airain (comme le prouvent deux de ces boucles qu'on a pu conserver) ; si au contraire il s'agissait du sarcophage tout à fait dégagé d'un martyr, c'était alors une table régulière placée sur de petites colonnettes , columellœ. Quand doiic l'artiste chrétien représentait le poisson à côté du pain sur la table du sacrifice, que pouvait-il vouloir symboliser sinon le Christ, poisson divin offert sur l'autel sous l'apparence du pain? Ici donc pareillement, comnie dans la crypte de Sainte-Lucine, il y a la présence invisible (cachée sous la forme du poisson) de THomme-Dîeu et Tespèce visible^ et de plus le lieu où se fait cette oblation mystérieuse. Mais le lieu du sacrifice est en môme temps la table du Seigneur ou la table du festin eucharistique. C'est pour rappeler cette idée, que sept corbeilles pleines de pains entourent la table du sacrifice. Elles représentent les sept corbeilles qui dans le désert ont été remplies des restes delà miraculeuse multiplicaliondes pains^ et qui, comme ce fait évangélique luimême, ont toujours été regardées comme une
figure mystérieuse de la sainte communion»
Cette partie du dogme eucharistique est encore plus clairement exprimée dans la seconde peinture, qui se trouve immédiatement au-dessus de l'autre. 11 y a ici sept hommes rangés selon l'usage de la Rome païenne autour de la table, où ne figure qu'un seul poisson dans un plat; il y a encore sept corbeilles de pains k terre : allusion d'une part à la multiplication des pains, d'autre part au repas pris sur les bords du lac de fibériade, où le Sauveur ressuscité dît à ses sept disciples qui venaient de faire une pêche miraculeuse : « Venez et mangez » ; où il prit du pain et le leur donna ainsi que le pomow. (Joan. , xxi, 13.) Les témoignages unanimes et décisifs des Pères ne laissent aucune place au doute quand il s'agit du caractère symbolique de cette scène (1). Aussi souvent que le festin
(1) G* est ainsi que saint Augustin dit : « Le Seigneur pré- « para aux sept disciples un festin avec le poisson couché « sur la braise devant eux et avec le pain. Le poisson rôti « est le Christ (piscis assus Christus passits : c'est presque « proverbial chez les saints Pères); il est aussi le pain qui « est descendu du ciel; c'est en lui que l'Église s'incorpore
sur le rivage de la mer est réuni aux corbeilles de pains (et cela se répète dans toutes les cryptes de la galerie visitée par nous), nous avons devant nous le symbole le plus frappant de la sainte communion^ c'est-à-dire de la taèle qui a reçu la divine bénédiction, sur laquelle Jésus-Christ^ le poisson mystique, se donna en nourriture à tous ses disciples sous V apparence du pain.
« pour prendre part à la béatitude éternelle,... afin que « noms tous qui avons cette espérance, nous puissions par- « ticiper à ce grand sacrement et goûter la môme félicité. » A un autre endroit (Confess,) le saint parle du baptême symbolisé par la pêche, baptême au moyen duquel « le « Dieu de miséricorde fait sortir les hommes, des profon- « deurs des eaux et les fait assister à cette solennité sacrait mentelle où Von sert le poisson, qui^ tiré des profondeurs « (de la Passion), devient la nourriture de la nation pieuse « (des fidèles). » De même encore dans un autre passage : « Le peuple mange à la table que vous avez préparée, « Seigneur, le poisson tiré des profondeurs. » L'auteur du livre faussement attribué à saint Prosper sur les Promesses divines dit en parlant du poisson de Tobie : « 21 est « la figure de ce poisson qui a rendu la vue à saint Paul « aveuglé, qui au bord de la mer a rassasié ses disciples de « lui-même et qui maintenant s'offre à Vunivers entier comme « IXBYG (poisson). » ... « Nous aussi, dit encore le même « auteur, nous sommes cixaque jour illuminés et nourris de « la cliair de ce poisson. »
l*m Consécration <
Mettons le pied dans la seconde chapelle.
Ici se répète le symbolisme du baptême et le festin des sept personnages. Vient ensuite la figure du paralytique comme symbole de la pénitence^ et puis peut-être le groupe le plus remarquable des peintures souterraines connues jusqu'à présent. Tout près de Taûcien sépulcre d'un martyr, c'est-à-dire de Tautol de la crypte, une fresque représente la table du mcrifice^ avec un pain et un poisson dans une sorte de terrine, sur laquelle un homme couvert du pallium rougeâtre des ascètes étend sa main bénissante^ tandis qu'en face de lui une figure féminine, une oranteH)
(1) C'est ainsi que dans une mosaïque très-ancienne de
tient ses maînsélevées. 11 est impossible de ne pas y voir une représentation vivante de la sainte consécration ou de la transsubstantiation. La table d'autel s'explique d'elle-même. Le prêtre consacre ou Wm7, selon l'expression de la primitive Église, le pain déposé sur le vase sanctifié ou patène, et le consacre, c'est-àdire le change au corps du Christ^ qui est le poisson. Enfin la femme représente V Église {la communauté) chrétienne en adoration, et peutêtre aussi, ce qui revient au même, Marie^ qui est la figure de l'Église, comme nous l'avons démontré déjà, et qui est en même temps la protectrice et Y ambassadrice de l'Église, notre Mère virginale.
Examinons encore une autre peinture de cette remarquable chapelle. Le sujet en est puisé dans l'Ancien Testament; et, quoiqu'il soit étranger à la série symbolique des peintures du poisson, il est sans contredit eucha-
Sainte-Sabine à Rome, mosaïque datant de Tépoque de Céleslin /•'(423), deux figures féminines désignent expressément, par rinscription latine qui les accompagne, V Église des Gentils et V Église de la Circoncision,
190 LES GâTAGO\fBES DE ROME
rittique^ et conséquemment une Inminense explication de la peinture précédente : c'est le wm/fc^ typique d'Abraham. Dans les monaments chrétiens les plus anciens, dans les peintures comme dans les sculptures, cette scène tient un rang très-élevé et tr^s-digne d'attention. Le plus souvent Abraham tient son glaive levé sur son fils IsaaCj qui, les yeux quelquefois bandés, est à genoux devant lui ou sur un bûcher, pendant que d'un côt4 Ton voit un agneau ou un bélier, ou même un autel : c'est une allusion au sacrifice non sanglant de la messe et au sacrifice sanglant de la croix j le premier symbolisé par Isaac, le second par l'agneau ou le bélier. Mais notre peinture a une particularité qui la distingue de toutes celles que nous connaissons jusqu'à présent et la met en rapport direct avec la table du sacrifice et le prêtre consécrateur . Comme toujours, nous voyonsle bûcher, qui est l'autel, et à côté le bélier. Cependant, afin de placer le sacrifice sanglant à l'arrière-plan et le vicrifice eucharistique non sanglant au premier n, Abraham et Isaac sont debout^ les bra^
étendus et priant, d'après la manière du prêtre et des fidèles pendant les saints mystères.
Nous pouvons clore ici nos recherches dans les galeries du cimetière de Saint-Calliste, puisque les symboles eucharistiques des deux premières chapelles se répètent, à l'exception de la table du sacrifice, presque régulièrement dans les autres; et nous faisons denouveau^observer que leur fondation remonte au commencement du troisième siècle, peut-être à la fin du second. La preuve en est dans la réunion et la dépendance topographique avec les cryptes des Papes et de Sainte-Cécile, dans la composition et l'art des peintures, surtout dans le costume antique, enfin dans la forme et le contenu des épitaphes, grecques pour la plupart, avec leurs invocations, dont le style est noble, concis et pathétique.
|je P«i«fl«a r«eltarl«ttqfie daas les Inserfptlons.
Quand on jette un regard sur les symboles et les peintures eucharistiques dont nous venons de parler, quelle profondeur dans la symbolique ! quelle richesse et quelle variété de représentations! quel énergique témoignage se révèle en faveur du culte et du dogme catholiques ! Si le visiteur catholique des Catacombes reçoit des impressions qui ne s'effacent plus et si sa joie est ineffable de voir ainsi sa foi corroborée, y a-t-îl là de quoi étonner?
Détournons un instant nos regards de Vico-
nographic pour les tourner vers Vépigraphie
des tombeaux, afin d*y trouver aussi des ves-
iges du poisson eucharistique. A ne considérer
M II ■^■■■■» ■ ■ ■ »■■■■■■■ ■ I , ^ ■■ I . m
que sa signification, il serait téméraire d'avancer que les premiers chrétiens voulaient avant tout désigner le Christ eucharistique au moyen du poisson. Mais nous possédons deux précieuses inscriptions tiimulaires du premier siècle^ qui désignent le poisson eucharistique de manière à rendre impossible toute espèce de doute. La première, originaire des Catacombes et ornée du poisson et de Tancre, est celle-ci :
MapiT([JLa <j£[JLVT), Y^uxspbv cpâoç ou xateXeiça;*
*'E(r/£$ yàp [AEtà aou [IXBTîVl TiavaOàvaTOV xaTi Tcavta*
EùaéSsia yocp arj KavTOTS iï npoi^zi.
Migne, XIII, 407-408.
Vénérable Maridma, jamais tu ne perdis la très-douce lumière : car tu portais avec toi (le « Poisson ») le Seigneur immprtel des créatures: Ton céleste amour t'a ravi dans le sein de l'infini.
C'est un vœu très-tendre adressé à une sainte défunte, probablement à une vierge.
On la félicite d'avoir quitté, non pas la lumière surnaturelle et vraiment doMC^, mais la lumière terrestre, puisqu'en mourant elle a porté dans son cœur la source de la lumière éternelle^ le Christ^ l'immortel ixerc, poisson, qui, en
in LES CATACOMBES DE ROME
récompense de sa piété, est supplié de la couronaep dana la vie éternelle. Tout ce que disent les Pères au sujet du poisson mystique comme divin dispensateur de la lumière, de la vie et de la nourriture, est résumé ici en peu de mots : vraisemblablement c'est une allusion au saint Viatique. La seconde inscription ne vient pas des Catacombes romaines, il est vrai; mais elle mérite toute notre attention, àjcausede l'argument qu'elle fournit de loin à notre sujet. C'est ïinscription trèssignificative et très-importante d'Autun, qui y fut déterrée dans le cimetière antique de Saint-Pierre, en 1839. Elle se compose des vers suivants (1):
Enfant sanctifié du Poisson céleste, conserve un cœur pur, toi qui as reçu une vie immortelle au milieu des mortels, dans les eaux sacrées. Rechauffe, ô mon ami, ton âme dans les sources intarissables de la libérale sagesse et du Sauveur des saints; prends la nourriture délicieuse; mange, bois à satiété, ayant le Poisson dans
(1) 'IXBÏOC oppav(ou 6e]rov ylvoç, ^xopt aejivC> Xpîjas Xa6à)[v xpT5v7i]v (îf[i6poTov Iv ppoteoff;]
TSaaiv ievàoiç 7cXouto86tou <joç{?}ç
Cciyt^poç [8']ày{wv (isXiTj^ia Xdi{JL6av[e ppSMyiv]'
tes mains. Que ma prière s'adresse au Poisson : « Je t'en conjure, Seigneur Sauveur^ sois mon guide ûdèle, je t'en prie, ô lumière des morts ! Aschandée, mon père, toi qui fus si cher à mon cœur, avec ma mère bien-aimée, et mes amis défunts qui reposent dans la paix du Poision, souvenez -vous toujours de Pectorius. »
Cette inscription, qui, pour la forme et le fond, est un des monuments les plus importants de l'antiquité chrétienne, rappelle tout à fait répoque des disciples des Apôtres, Pothin et Irénée^ et forme en quelque sorte un abrégé de la foi chrétienne. Elle est avant tout une glorification deTHomme-Dieu, dont l'hiéroglyphe ixerc (poisson) commence en acrostiche les cinq premiers vers dans le texte grec. Elle se partage en deux parties principales. La première contient un appel fait parTévêqueou par un prêtre aux néophytes. (( Vous, dit le poëte inspiré, vous qui, malgré votre condition mortelle, avez dans le baptême
'Eoete, 7ï{v' (ÏBr)V 'IXOrN ï^ois 7taX4[iatç. '1X6 YI y^e^oit' àpdi* AiXaCcu, ^icmoia SwTSp, Su9{ [jLoi ^Y^iT^jp, (sk Xii4^o[jL£, «pGiç xh 0av6vTwv ! 'Ac5(^avBet*e jciiep, T(i>(jL(J) xe/^ap(a{x£vs Oujxw, Suv {iï|Tp\ yXuxepT), o-iv x'oîxefomv ifiotaiv 'IXBYOC s^pTl'vri, {ivijaso lîexTopfou.
Spiciîeg. Solesm.y auct. dom Pitra, I, 554.
puisé à la source immortelle des grâces, soyez maintenant la sainte postérité du poisson^ c'est-à-dire du Sauveur Dieu et Homme.
Soyez donc zélés à purifier et à sanctifier vos cœurs. Évitez dorénavant le breuvage mortel du péché; désaltérez plutôt vos âmes aux eaux intarissables qui répandent les trésors de la sagesse et qui jaillissent jusqu'à la vie éternelle. Enfin, étendez les mains vers la nourriture miraculeuse du Sauveur des saints; mangez^ buvez avec joie , en tenant dans vos mains le poisson eucharistique 1 » Pour l'intelligence de ce passage, il faut se rappeler l'ancien rit de la communion. Quand l'évêque officiant était arrivé au moment de la communion, l'assemblée des fidèles entonnait le psaume xxxni, dont le verset: a Goûtez et voyez combien le Seigneur est doux » , était appliqué à l'Eucharistie, qui est appelée dans notre inscription la douce nourriture. Ensuite les fidèles s'approchaient, après une courte adoration faite en commun (1), de l'autel ou
(1) Saint Jean Chrysostome a dit : *( Adorez la chair divine et mangez-la. »
. ET Là DOCTRINE CATHOLIQUE 197
de la balustrade du chœur, le plus souvent debout, à l'exemple des Israélites célébrant la Pâque, quelquefois aussi à genoux, et ils recevaient les saintes Espèces. Pendant que les femmes se servaient du dominicale , linge étendu sur leurs mains pour recevoir le corps du Sauveur, les hommes le recevaient les mains nues (1), qu'ils avaient préalablement lavées à leur entrée dans l'église, en les croisant de façon que la droite formant un petit creux reposât sur la gauche. Dans leur main ainsi placée ils recevaient de l'évêque le pain des anges, et, après avoir répondu « Amen » , ou « Corpus Chri$H » , ou encore « Corpus Domini » , ils le portaient à leur bouche (2). La
(1) Le Concile in Trillo faisait encore en 692 Tordonnance suivante : « Nous ne permettons pas la communion à ceux qui pour cet usage se servent d'objets d'or ou d'étoffes précieuses au lieu de se servir. de leurs mains nues pour recevoir le présent divin, parce qu'ils donnent à la matière inanimée la supériorité sur l'image de Dieu. »
(2) Voici le témoignage de saint Cyrille de Jérusalem : « Quand tu t'approches, ne t'avise pas d'étendre tout simplement la main ni d'écarter les doigts ; mais place ta droite, qui doit recevoir le Roi, sur ta gaucho, et creuse ta main pour recevoir le corps de Jésus-Christ, on disant :
198 LES GATAGOMBES TfE ROME
seconde partie de rinscription a un caractère privé et se contpose aussi de deux parties. Elle contient d'abord une fervente prière de son auteur Pectorius au Chrht Poisson: « Lui, le Dominateur royal et le Sauveur, la lumière des mourants, qu'il me soit une étoile et un guide dans la vie et la mort. » Son regard pénètre alors jusqu'au ciel ; il voit son père, sa mère et d'autres chers défunts rapatriés dans la paix du Poisson^ c'est-à-dire dans la gloire et la joie du Fils de Dieu; du fond du cœur alors et plein de confiance, il les prie de se souvenir de lui devant le trône de l'Agneau.
Amen. Après en avoir touché tes yeux comme pour le s sanctiûer, prends-le et veille à ce que rien ne s'en perde : car, dis-moi, si quelqu'un te donnait de la poussière d'or, n'en aurais-tu pas le plus grand soin et ne prendrais-tu pas garde de] n'en rien perdre, afin de n'avoir aucun dommage à déplorer? A combien plus forte raison ne dois-tu pas faire attention de ne perdre aucune miette de ce qui surpasse infiniment en valeur l'or et les pierres précieuses ! Après avoir goûté le corps du Christ, approche-toi aussi du calice qui contient son sang, non pas les mains étendues, mais en t'inclinant comme pour Vadoration et la vénération, en disant : Amen.... Puis attends la prière et remercie le Dieu qui t'a jugé digne d'un si grand mystère. Gardez invariablement cette doctrine et conservez-vous exempts de reproche. »
Combien de points fondamentaux de la foi catholique n'y a-t-il pas sur ces quelques fragments de pierre! La divinité du Christ, la puissance et la gloire du Sauveur, le baptême et son efficacité produisant la grâce, la nécessité de la sanctification ou la doctrine catholique de Idijustificalion, la sainte Ev4)harislie^ l'intercession des saints et leur culte, toutes ces vérités dénotent un poëte honoré du sacerdoce et appartenant au deuxième ou même au premier siècle.
Jkmir^M Figures caehaHall^Hes.
Si nous nous sommes peut-être un peu trop arrêté au poisson symbolique , qu'on nous le pardonne, à cause du charme et du sens profond attachés au sujet. Nous allons continuer nos études eucharistiques dans les Catacombes et. avant tout rappeler quelques figures typiques tirées de T Ancien Testament. Outre le sacrifice d'Isaac déjà mentionné, nous rencontrons très-souvent la manne tombant du ciel; nous voyons les enfants d'Israël occupés à recueillir à terre la nourrilure céleste ou la recevant dans leur sein. Dans ce dernier cas, la manne tombe d'un nuage^ qui se rattache typiquement à un symbole quelconque du Christ; Moïse (c'est-à-dire Pierre)
montre du doigt la manne ou le nuage de bénédiction. Cette scène eucharistique n a pas besoin d'explication. Une autre peinture, qui se répète sur plusieurs fresques et sarcophages, fait ressortir le caractère consolateur de la nourriture céleste : c'est le jeune prophète Daniel^ la figure des confesseurs intrépides de la foi jetés aux bêtes. Il est représenté debout et nu au milieu des lions et fortifié par le pain que lui présente Habacuc, qui a été transporté là par un ange. Les applications typiques en sont frappantes. Habacuc représente le serviteur de TÉglise. Des environs de Bethléem, il est transporté par un ange dans la fosse aux lions, comme aussi les anges accompagnent le prêtre ou le diacre, quand il part de la maison du pain (Bethléem), c'est-à-dire du tabernacle ou pastophorium des Catacombes, pour se rendre dans la prison, afin de donner aux chrétiens désignés pour le martyre la sainte nourriture qui est le Viatique consolateur. Nous nous rappelons avoir vu une peinture dans laquelle Daniel reçoit à genoux^ le pain angélique ,
comme nous nous mettons aussi en adoration pour recevoir la sainte communion. Aux faits de l'Ancien Teâtament se joignent bon nombre de faits tirés du Nouveau Testament, et avant tout Vlnflilution de la Gène^
Une fois entre autres, nous voyons le San* veur assis à table avec les Douze ; mais sur la table il n'y a ni pain ni calice. Pour les initiés, la table nue était suffisamment significative. Sur une autre image, le mystère est enveloppé dans un symbole : le Sauveur tient dans sa main gauche un manuscrit enroulé^ pendant que sa droite repaie dans celle de Pierre. Le manuscrit signifie la nouvelle Alliance et le nouveau Sacrifice^ et l'union des mains signifie l'union eucharistique communia (i). Une scène qui se reproduit incomparablement plus souvent, c'est le premier miracle de Jésus-Christ aux noces de Cana. Pour les Pères, ce miracle est le symbole de la consécration, ou changement^ tram* substantiation des espèces eucharistiques (2).
(1) Matth., XXVI, 28; Marc, xiv, 24.
(2) « Cette nouvelle façon de changer l'eau en vin, dit
ET LA DOCTRINE CATHOLIQUE îi03
En conformité avec cette idée, nous trouvons sur un grand nombre de peintures, verres et sarcophages, le Christ touchant de Textrémité d*un6 longue verge les cruches de grè$ placées devant lui. Ordinairement on y ajoute la multiplication des pains ou la réfection miraculeme de la foule; le Christ alors touche un certain nombre de corbeilles de pains: ce qui en fait le pendant de Tautre peinture. Quelquefois les deux scènes sont si bien confondues que le Christ a d*un côté les crwheSf de l'autre, les corbeilles j — la plus significative représentation des substances eucharistiques, le pain et le vin, comme leur changement et leur distrilmtion. Le nombre des cruches, comme celui des corbeilles, n'est pas toujours constant; cependant c'est
saint Maxime, nous a préfiguré le sacrement du nouveau calice, » Et saint Cyrille (356) écrit : « A Gana en Galilée, le Christ a changé l'eau en vin^ qui ressemble à du sang: comment donc ne mériterait - il pas d'être cru lorsqu'il change le vin en sang ? Et si, invité à des noces terrestres , il a fait ce miracle étonnant , ne reconnaîtrons-nous pas quMl avait d'autant plus de raison de donner son corps et son sang aux enfants de l'Époux céleste? »
*JOk LES CATACOMBES DE UOME
le nombre sept qui prédomine : .ce qui fait connaître leur sens mystique, puisque l'Évangile ne parle que de six cruches. Citons en exemple une coupe émaillée d'or de la Catacombe de Calliste, avec plusieurs scènes savamment accouplées. D'abord on y voit Tobie avec le poisson^ puis le Christ avec le sceptre reproduit par trois fois, touchant soit les sept cruches^ soit le paralytique^ soit les trois jeuthes gens dans la fournaise . Le poisson symbolise la chair eucharistique du Sauveur; les cruches, son précieux sang; la guérison du malade, l'admission du pécheur à la vie de la grâce ; la délivrance des jeunes gens signifie la résurrection. Le tout représente donc les promesses du Christ : « Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour, » (Joan., VI, 55) : idée qui est symbolisée d'une manière plus concise encore sur des coupes au fond desquelles on voit daiis la partie inférieure Jésus-Christ touchant les sept cruches ou les sept corbeilles^ tandis qu*il ressuscite Lazare dans la partie supérieure.
Rappelons encore un symbole biblique du banquet céleste. La foi dans la résurrection et dans la vie bienheureuse forme l.e fond du synibolisme chrétien des tombeaux. De là les emblèmes mille fois reproduits du Paradis ; la représentation de Noé, Jonas, Daniel, Élie, Lazare; l'image des jeunes Hébreux à Babylone et du divin' Pasteur, qui dit en parlant de lui-même : « Je suis la résurrection et la vie; » ce qui explique pourquoi la consolante allégorie du banquet céleste, qui sert de trait d'union à ces pensées fondamentales, était si volontiers placée au milieu des tombeaux. Or, si les agapes ou festins de la charité^ qui, d'après leur signification la plus profonde, n'étaient que des ombres de ce grand banquet, se trouvaient en rapport avec Y Eucharistie^ à laquelle elles étaient réunies, c'était bien mieux le cas pour le banquet céleste, dont le banquet eucharistique est le gage, le moyen et la condition. De là dans les peintures une relation intime, une succession constante entre les deux C'est ainsi que dans plus d'un endroit
ÎM LES CATACOMBES 0£ BOME, ETC.
la table céleste^ autour de laquelle sont couché s ., non pas seulement des hommes^ mais des femmes, porte le pain et le poissouy comme la table eucharistique. Il y a même une peinture classiquement belle et découverte depuis peu, exactement vis-à-vis la porte d'entrée de la Gatacombc apostolique de Domitilla, qui nous montre deux personnes assises: 4>e sont évidemment des fidèles décédés dans la paix avec Dieu et entrés au ciel. Or devant eux se trouve effectivement la table à trois pieds du sacrifice avec trois pains et un poisson. Poisson et pain symbolisent ici la nourriture divine; la table signifie Y autel sur lequel cette nourriture se prépare, et la peinture tout entière annonce que V Eucharistie sert de préparation au banquet céleste de la vie éternelle* « Celui qui mange ce pain, vivra éternellement. (Joan., vi, 59.) »
Symboles et Emblèmee enclMirteilqaes.
A ces types bibliques viennent se joindre d'autres symboles eucharistiques en partie encore en usage parmi les artistes chrétiens d'aujourd'hui. Nous, citerons particulièrement les rai$in$ et les épi$, ou bien ces scènes qui font clairement allusion à TEucharistie, où Ton voit des génies vendanger ou des moissonneurs couper les moissons (1).
Nous allons parler plus au long d'un symbole appartenant à la discipline du secret et prier le lecteur de descendre encore une fois
(1) Sur une pierre précieuse, entre deux épis, une vigne s'attache à un arbre, pour signifier que V Eucharistie est un fruit de la Croix. Quand à l'oiseau qui se nourrit du raisin, nous avons déjà dit qu'il représente l'âme restaurée par la sainte nourriture.
avec nous dans le cimetière de Sainte-Lucîne, afin de nous accompagner dans le remarquable cubiculum qui contient la représentation du poisson nageant. Les peintures en sont exécutées dans le beau style gréco-romain du premier siècle. La voûte est particulièrement ornée de guirlandes, d'arabesques ravissantes, et montre à la clef de voûte le Bon Pasteur avec une brebis sur ses épaules et deux autres à ses pieds. Aux quatre coins se succèdent tour à tour le Bon Pa$leur et une figure de femme en orante : la première, vêtue d'une tunique relevée, portant à la ceinture sa syrinx ou flûte pastorale, a la main droite levée comme pour enseigner, pendant que sa gauche tient les pieds d'un agneau qui s'enlace autour de son cou; — la figure féminine est voilée, et ses bras nus sortant de son vêtement supérieur s'élèvent vers le ciel. Ces figures représentent, comme le lecteur ne l'ignore pas, le Sauveur et Marie (et par suite l'Église). Aux deux côtés de l'entrée, vis-à-vis du poisson vivant, il y a deux peintures. L'une au milieu sur une sorte d'autel montre un vase, que la
houlette pastorale qui s'y appuie fait reconnaître pour une jatte de lait. Tout près de là il y a une brebis et un bélier. Que signifie ce singulier groupe? Les saints Pères nous donnent la réponse (1). Le vase contient « le lait divin » , c'est-à-dire la substance^ la chair et le sang de TAgneau ou du divin Pasteur.
Autour du vase contenant le lait se rassemble, comme d'ailleurs autour du pasteur, le troupeau représenté par la brebis et le bélier^ qui sont Tâme innocente et Tâme pénitente.
Enfin Yautel^ qui prend la place du pasteur,
(1) Déjà Clément d'Alexandrie appelle le corps de Jésus-Christ ou le bel Enfant donné aux fidèles « du lait ». Ailleurs, saint Sophronius nous apprend que dans une vision le pain vivifiant et le calice de la table mystique plein d*un lait divin ont été présentés à Théodore. — Dans une extase, sainte Perj.étue reçut le corps du Christ des mains du divin Pasteur sous le symbole du lait caillé, parce que, d'après l'expression de Clément d'Alexandrie, la fromage et le lait, présentés en nourriture et en boisson, représentent néanmoins la même substance. — Enfin saint Zenon, s'adressant aux né*o/?%/e5, leur parle en ces termes : «f L'Agneau qui de sa toison blanche comme la neige avait déjà couvert votre nudité, ajoute encore à sa miséricorde en versant sur vos lèvres desséchées son bienheureux lait. »
3t0 LES CATACOMBES DE ROME
symbolise la place mystique où la chair et le sang du Christ sont offerts et donnés aux fidèles comme nourriture et comme breuvage.
D'autres peintures ne permettent pas de douter que ce ne soit la vraie interprétation . Ainsi, dans la Catacombe de Saînte-Domitilla, l'Agneau divin se rencontre très-souvent avec la houlette pastorale^ après laquelle est trèssignificativeraent suspendu le vase de lait. Une constatation plus évidente encore nous est donnée par le cimetière des Saints-Pierre et Marcellin. Aux quatre coins d'une voûte nous voyons ici le vase de lait sur le dos de VAgmeaui pour indiquer son divin conieuu, ce vase est entouré du nimbe ou auréote de gloire, d une façon très-remarquable. C'est une représentation évidemment analogue à celle du poisson portant sur son dos la corbeille mystique. Dans l'agaeau, comme dans le poissoa, il y a la substance invisible et cachée de la sainte Eucharistie; dans le vase de lait, comme dans la corbeille, il y a l'enveloppe et Tapparence visible : les deux
ET LA DOGTRIÎVE GiTHOLIQUB 211
réunis symbolisent Tineffable mystère de Tautel.
Considérons encore la seconde peinture à rentrée du cubiculum cité plus haut. Elle forme évidemment un pendant de la première, dont elle partage remplacement. Au milieu on aperçoit encore un piédestal en forme d'autel, mais... vide, sans vme ni houlette ;\e^ brebis se sont transformées en jolis petits oiseaux^ et le sol nu en une prairie émaillée de fleurs. Ce contraste a-t-il besoin d'explication? Ces deux fresques représentent les deux viei des fidèles : la vie terrestre^ dans laquelle, comme fortifiant et comme viatique, Tautel leur présente le « lait béatifiant » de la divine Eucharistie; la vie éternelle et bienheureuse dans le paradis céleste, qui n'a plus besoin du sacrement. Par leur correspondance avec ces symboles, les fresques de la voûte prennent une signification mystique particulière et profonde. Elles nous rappellent cette expression des Pères que l'amour du divin Pasteur est plus grand que l'affection du berger pour son troupeau ou de la mère
pour son enfant, puisqu'on n*a jamais ouï dire que les bergers nourrissent leurs troupeaux, les mères leurs enfants, avec leur propre sang.
Conp d*œll général sur les symboles eueharlstfqaes.
Résumons-nous en quelques mots. Toute la suite des symboles eucharistiques dans les Catacombes établit clairement ]ti présence sacramentelle du Christ en vertu de la transncbslantiaiion; elle nous indique aussi la matière du sacrement, qui est le pain et le vin; elle détermine le rit de la consécration et le caractère sacerdotal de celui qui Taccomplit, et permet d'apercevoir radoration des saintes Espèces et la présence permanente de Jésus- Christ dans ce sacrement. De nombreux autels annoncent qu'il y a plus de quinze siècles, la sainte messe a été célébrée dans ces souterrains en l'honneur du Très-Haut et pour la glorication de ses saints. De mysté-
rieux symboles et des voix non équivoques sorties des tombeaux prouvent qu'il est descendu là un Dieu qui présente sa propre substance, sa chair et son sang bénis, comme nourriture de ïâme^ viatique et gage du ciel (I). Enfin la majesté du dogme catholique suffit pour expliquer la craintive sollicitude avec laquelle TÉglise primitive, voulant éviter toute fausse explication et toute profanation, dérobait le doux mystère aux yeux des infidèles et Tenveloppait sous le voile des formules et des symboles en usage pendant le régime du secret : car quelle est l'explication erronée qu'aurait eu à craindre cette doctrine moderne formulée ainsi : « La Cène est un peu de pain et de vin que Ton
(1) Le lecteur a probablement vu que plus d'un monument décrit par nous prouve en même temps en faveur de la pratique catholique de donner la sainte Eucharistie sous une seule espèce. La coutume connue de donner aux fidèles, aux époques de persécution, le pain eucharistique, et non le précieux sang, pour l'emporter dans leurs maisons, paraît être constatée par la découverte de plusieurs custodes ou pyxides en forme de tourelles, dont quelques-unes sont munies d'une lampe qui correspond à notre lampe perpétuelle.
goûte en souvenir de Jésus-Christ? » Cette doctrine anodine aurait-elle pu attirer aux chrétiens laccusation d'infanticide, de barbares imitant le festin de Thyeste, et engager les fidèles à garder le silence sur le très-saint Mystère, même au prix des tourments les plus affreux?
ËM HaiMa de IHch.
Le mystère eucharistique est le cœur et le centre du culte chrétien, et par conséquent le lieu destiné au culte est son centre d'action et, pour ainsi dire, son trône. La considération de ce dernier, c'est-à-dire de la maison de Dieu^ sera donc la meilleure conclusion de notre élude (1). Le temple catholique pos-
(1) Nous sommes forcé de laisser en dehors de notre travail les cimetières chrétiens. 11 n'y a que deux inscriptions qui aient quelque rapport avec la question actuellement agitée du caractère exclusif des cimetières catholiques, La première, empruntée à la Gatacombe de Sainte- Domitille, vient des temps apostoliques : « M. Antonius Restitutus a fait cette crypte pour lui-même et tous les membres de sa famille qui croient au Seigneur, SIBI ET SUIS FIDENTIBVS IN DOMINO. » — L'autre a été mise par un certain Yalerius Mercurius, pour lui-même «( et pour mes descendants appartenant à ma religion^ POS- ÏERISQVE (qui) AD RELIGIONEM (sint) PERTI- NENTES MEAM. »
sède dans les Catacombes son temple primitif, son invariable forme fondamentale.
Comme le bourgeon s'ouvre pour livrer passage à la fleur, ainsi la crypte souterraine est devenue en se développant la splendide basilique. L'une et Tautre couvrent de leurs voûtes les tombeaux des martyrs et les reliques des saints. La courbure si simple de l'arcosolium est devenue l'arc triomphal de l'abside; la modeste cathedra avec le banc des prêtres s'est transformée en un trône entouré du presbyterium ; les chambres sont maintenant de vastes nefs à colonnes; le /timinare s'est élancé en coupoles et en flèches. Encore aujourd'hui Vautel contient des reliques de saints (1); il est surmonté du baldaquin et du tabernacle scintillant d'or, comme il l'était alors du ciborium du -haut duquel la colombe d'or ou la tour d'argent était sus-*
(1) La langue liturgique donne à la petite excavatioit qui sert à introduire les reliques dans une pierre d'autel le nom de sépulcre, sepulchrum, comme le rit de la consécration d'un autel a beaucoup d'analogie avec la sépulture des martyrs.
peadue portant le Viatique. Les vêtements et les vases sacrés, les ornements de l'autel (1), ne sont pas moins aujourd'hui qu'aux premiers jours de l'Ëglise l'objet de la sollicitude et de l'amour des chrétiens. Enfin Tu- QSige des images était déjà adopté aux temps apostoliques. Ce £ait constaté par les Catacombes est très-frappant. L'Église primitive se sépare de la Synagogue qui est tout à £ait contraire aux images, et du paganisme qui en fait l'abus le plus abominable. Malgré cela, dès son principe, elle prend un développement artistique très-étendu. A la vue des Catacombes apostoliques des saintes PriscUle, Domitille et Lucine^ avec leur pieuse ornemen-
(1) Comme vêtements sacerdotaux, on reconnaît encore parmi les antiquités le paltium chamarré, la tunique ou aube, Tétole et le diadème épiscopal, dont les attaches sont encore restées à la mitre. Pour ce qui est du mobilier d'autel légué par l'antiquité, il y a des calices de verre, ornés du poisson mystique, des ampoules, des fragments de grandes patènes de verre avec des scènes bibliques émaillées d'or, un récipient pour le vin d'offrande^ également avec le poisson et l'inscription « Vis en Dieu ! » L'ancienne coutume chrétienne d'orner les autels érigés sur des tombes de fleurs, de lumières et d'ornements variés, n'a pas besoin d'un examen plu» approfondi.
tation picturale, on peut victorieusement réduire au mutisme ceux qui prétendent que l'usage des saintes images s'est graduellement introduit, en quelque sorte furtivement et contre la pratique de la primitive Église. Il est facile de comprendre que des puritains iconoclastes, qui ont dénudé et enduit d'une couche de blanc leurs maisons de prières comme leurs cœurs, ne se trouvent pas chez eux dans les cryptes des Catacombes, où régnent l'art et 1& vie.
Le GrvdfljL
Ce que nous venons dé dire provoque une question intéressante. L'image principale, liturgique, indispensable dans la maison de Dieu ; l'image qui pour le cœur du chrétien est le symbole de sa foi, de son espérance et de sa charité, le Crucifix en un mot, a-t-il été représenté dans la primitive Église? De la bouche des saints Pères nous apprenons que les premiers chrétiens, à chacune de leurs actions et de leurs démarches, munissaient leur front et leur cœur du signe de la croix (iy
(1) « Que nous nous éloignions, que nous entrions ou que nous sortions, que nous nous habillions ou que nons nous chaussions, que nous nous lavions ou que nous
L*art ne doit-il pas aussi s*ôtre occupé du Crucifié? En tout cas, c'est en vain que nous cherchons dans les Catacombes la représentation historique et non voilée de la Victime du Golgotha. Elle aurait été directement contraire à l'antique loi du secret, et elle aurait exposé le mystère à être profané par les païens (1). Mais celui qui sait pénétrer sous le voile des types et des symboles, s'étonne de la quantité et de la variété des images sous lesquelles les premiers chrétiens se représen-
nous mettions à table, que nous fassions de la lumière, que nous nous tenions couchés ou assis, en un mot, pour toutes nos actions, nous imprimons sur notre front le signe de la Croix. » (TertulUen).
(1) Du reste, les chrétiens portaient le surnom de Crucicolœ, adorateurs de la Croix , et des fouilles récentes au palais des Césars sur le Palatin ont fait découvrir la salle d'école (paîdagogium) des pages impériaux. Les murs sont couverts de griffonnages du deuxième et du troisième siècle, parmi lesquels il y a des preuves de Tanimosité des païens contre les chrétiens et de leur haine contre la Croix. C'est ainsi que non-seulement après le nom de Libanus nous lisons le surnom d'Episcopus écrit par une autre main, raillerie d'un page païen contre un camarade chrétien ; mais nous voyons encore un autre jeune homme, AJexamenus, représenté en adoration devant un crucifix où, par moquerie, l'on a dessiné une tête d'âne !
taient Tamour de Jésus crucifié. Tantôt il apparaît dans Abel^ dans haaCy dans le serpent dt airain; tantôt dans la mort à' haie ou dans la figure de la chute de F fwmme . Si Aaac porte sur ses épaules le bois du sacrifice, il représente Jésu$ qui, chargé de sa croix ^ monte au Calvaire; s'il est à genoux sur le boisy attendant le coup fatal, il symbolise le crucifiement par lequel le fils unique de Marie (figuré par le bélier ou V agneau) meurt; mais le Fils unique de Dieu (figuré par Isaac) ne meurt pas. Quand sur d'autres peintures nous voyons la patience du saint homme Job, ou le grand raisin des espions Israélites porté par deux hommes au moyen d une perche, c'est le Sauveur souffrant ou mourant sous le pressoir de la croix. Quand le Bon Pasteur rapportant la brebis sur ses épaules étend les bras de façon à les croiser, on entend symboliser la mort du divin Pasteur qui « donne sa vie pour ses brebis )> et qui abandonne la troupe de ses anges, pour aller dans le désert terrestre chercher ï humanité y brebis égarée, et la ramener par la mort de la croix au bercail ce-
leste (1). L'image du Crucifié s'ofTre à nous sous des symboles plus souvent encore que sous des figures. Nous sommes déjà habitués au poisson de Tobie, poisson dont la mort procure lumière et nourriture. De môme qu'au cinquième et au sixième siècle on porta sur la poitrine des croix qui servaient souvent de reliquaires, ainsi les chrétiens au temps des persécutions portaient comme signes de leur foi au Crucifié de petits poissons suspendus au cou : on en a trouvé un nombre considérable en cristal, en nacre, en émail, en ivoire et autres matières, dans les Catacombes. V ancre en forme de croix n'est plus chose inconnue.
Si le poisson s'y enlace, il signifie le corps du Christ qui, pour mourir, a été attaché à la croix. Que si le poisson y est retenu par un
(i) L'agneau ou la brebis signifie aussi dans ce symbolisme la nature humaine adoptée par le Verbe éternel et sacrifiée pour le salut de tous. « Car le Bon Pasteur, dit saint Pierre Ghrysologue, est venu dans ce monde pour rechercher la brebis ; il la trouva dans le sein de la Vierge, la rendit visible par la chair de sa naissance, la mit sur les épaules de ses souffrances et l'éleva sur la croix. Plein de joie au milieu des fêtes pascales, il ramena par son ascension au bercail de notre demeure céleste. »
taient l'amour de Jésus cruciné. Taolôt il apparaît dans Abel, dans Isaae, dans le «rpenl Sairaiu; tantôt dans la mort d'ftoïe on dans la flgare de la chute ie !lmmm. Si Aaac porte sur ses épaules le bois du sacrifice, il représente Jiîjiiiqui, chargé de lo croix, monte au Calvaire; s'il est à goaoai lur te bois, attendant le coup fatal, il symbolise le cnn^emsiKpap lequel le Bis unique de Marie (figu- '. „„- i„i.Ai:»„Aii VtinnpMù meurt; mais !e
Le KoBOframate.
Encore deux symboles secrets de la croix.
L'un, qui est à la fois une image et une ins<« cription, est le oélhhve monogramme . Dans sa forme la plus ancienne, il apparaît comme T ou comme trident; et pendant que souvent on voit la colombe^ symbole de TEsprit-Saint et de rame chrétienne, se reposer sur le premier, on rencontre nombre de fois le poisson attaché au trident, ou bien ornant, non pas la croix, mais le mât du vaisseau mystique. A ce signe très-anciennement adopté par la loi du secret se joint de bonne heure aussi le X, qui figure une croix obliquement dispos(!;e et en même temps la lettre grecque initiale du mot Chrht, jusqu a ce que vers Tan 250
on y introduit la lettre I (lesus), et plus tard, au lieu de l'I, le P (ou p grec). C'est ainsi que s'est formé le moDogramme ^ qui signifie Jéiui-Ckrist et ta croix, ou encore Jémt~Ckntt à la croix. Ce signe, après son apparition à CoDstantin dans le firmament, brille sur toutes les bannières de l'Empire et de l'Église, sur les temples, les autels, et sur mille mausolées, sur la monnaie des empereurs, comme sur les casques et les boucliers des guerriers (1),
L'autre manière de figurer la croix est sans contredit la plus remarquable par le nombre des monuments comme la plus belle et la plus riche en applications symboliques.
(1) Avec le triomphe du christianisme, l'enveloppe
symbolique perd sa signification. Déjà, vers l'an 350, une
ligne transversale s'introdnit dans le moDogramme et
forme avec la ligne veriicale de la lettre P une sorte de
croii, jusqn'i ce que vers l'an 410 la croix apparaît toutà
bit. Cependant l'image du Cmci/ié n'apparaît pas encore.
l'abord remplacée par les symboles des grices
emption, les fleurs, les courênnes et les pierrei
puis par \' Agneau couché ou debout au pied de
uaqu'à ce qu'enBn, au sixième siècle, k Crucifix
complètement et sans le voile du mystère.
ET Là doctrine CATHOLIQUE 227
Des centaines de peintures, de mausolées, d'émaux, de sculptures, nous montrent les bienheureux dans le ciel et les fidèles sur la terre priant les bras étendus en forme de croix. « Nous avons reçu le commandement, écrit saint Maxime, de prier les bras étendus, afin de confesser les souffrances du Seigneur par nôtre attitude corporelle elle-même. » Et saint Pierre Chrysologue remarque : « Celui qui tient ses bras étendus ne prie-t-îl pas déjà par sa seule attitude? » — c'est-à-dire par Jésus- Christ ou au nom de Jésus crucifié?
Donc on fît dès les premiers siècles ce que font encore aujourd'hui le prêtre à l'autel, le cénobite dans sa cellule et le peuple ca* tholique dans les lieux de pèlerinage: le clergé et les fidèles en général priaient, et même les martyrs souffraient et mouraient les bras en croixj confessant par là leur Sauveur attaché à la croix et présentant ses mérites au Père céleste.
Épltof«e,
Nous avons essayé, autant que l'ont permis les limites de notre travail et l'insuffisance des matériaux découverts jusqu'à présent, de donner au lecteur quelque idée de l'im* portance des Catacombes. Devant notre regard inquisiteur les sombres cryptes se sont illuminées, les roches inertes se sont animées et ont répondu sans difficulté à^nos questions. Avec le respect et la vénération que réclament les sanctuaires, nous nous sommes constitué en une espèce de tribunal pour juger les morts. Nous avons appelé en témoignage les tombeaux, les monuments et les peintures artistiques des origines du christianisme; nous avons réuni, examiné, pesé
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leurs réponses, et voici qu'il en jaillit cette profession de foi unanime : « Nous croyons à rÉglise catholique romaine! » Comme le Sauveur montant au ciel laissa sur le rocher l'empreinte de son pied divin, ainsi l'Église apostolique a laissé dans le tuf des Catacombes l'empreinte sacrée de sa foi et de ses pratiques, qui sera honorée et bénie par la postérité la plus reculée. Là brille la vérité avec un éclat^si resplendissant, que Terreur se voit nécessairement contrainte de compter avec cette ville souterraine. Désormais les enseignements catholiques, que Ton a méprisés depuis trois siècles, ne pourront plus être considérés comme des inventions postérieures ou des additions humaines, grâce à ces témoignages archéologiques; désormais ce sera peine perdue de chercher « le pur christianisme primitif)) en dehors de l'Église catholique. Un camée antique nous montre un navire porté par un poisson énorme; à côté, sur la mer agitée, Pierre est soutenu sur les flots par le Sauveur, pendant que sur le mât et au gouvernail une colombe est paisible-
ment posée. C'est nn rcmarqaable symbole de TÉglise aux jours de la tempête. Que le flot se soulève et se brise en écumant, que les vngues menacent d'engloutir la barque, le poisson mystique, Jésus-Christ, la porte avec sa force divine à travers les flots en courroux et protège le successeur de Pierre, de façon que les eaux s'aplanissent et forment comme un sentier devant lui. Au mât et au gouvernail de l'embarcation, c'est-àdire dans la grande citadelle vaticane de Rome, règne paisiblement, depuis ce jour de la Pentecôte où elle est sortie du sein de Dieu pour descendre sur la terre, la céleste colombe, fortifiant la vue et soutenant la main du grand pontife et prince de l'Église.
Puisse Dieu, et c'est un pieux souhait que nous avons souvent formé pendant ce travail, puisse Dieu permettre que ceux qui se tiennent éloignés de l'Église aillent aussi visiter les Catacombes et y éprouvent, pour la paix de leurs âmes, l'influence mystérieuse de la colombe divine! Si déjà une première fois, du milieu des ténèbres de la nécropole sou-
terraine et de 1 aurore empourprée du sang des martyrs, le soleil du christianisme s*est levé radieux sur le monde romain, les cryptes des martyrs de nouveau ouvertes ne peuvent-elles pas encore verser des flots de lumière et contribuer avec une puissance aussi victorieuse que pacifique au triomphe de la Vérité et de la Croix?