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supplice et placé par ses possesseurs comme une sainte relique destinée à protéger la dépouille de leurs parents ou amis décédés. Les tombeaux où sont attachés ces vases ne pouvaient, selon le savant épigraphiste, être ceux des martyrs, car quatre-vingt-douze d'entre eux portent l'empreinte du Monogramme dont on ne connaît pas d'exemple avant Tan 323; plusieurs sont ornés de Ta e^ de Tm, lettres qui n'apparaissent qu'en 355. Sur vingt inscriptions datées, trois seulement appartiennent au troisième siècle et les autres se classent entre Pan 35o et Tan 438, époque où il n'y avait plus de martyrs; enfin, la moitié de ces tombeaux sont ceux de femmes, et le cinquième sont ceux d'enfants âgés de moins de sept ans, proportion contraire au nombre moyen de martyrs hommes et de martyrs femmes dont les noms sont conservés, dès lors fortement suspecte.
En 1859, un membre de l'Institut, M. Ch. Lenormant (ii, se rallia, pour ainsi dire, à la doctrine de M. Le Blant, que l'abbé Cavedoni également trouvait plausible (24 décembre i858). Deiix ans après, une Revue belge, la Vérité historique (2) vint, après une longue discussion, formuler des conclusions analogues. On affirmait en même temps qu'à Rome la question du vase de
(i) Dans le Correspondant, février i85g. — (2) Tome VII, p. 263-292.
sang était abandonnée depuis longtemps. Rome devait s^expliquer. En présence d^une polémique engagée par des catholiques dont la foi n^était point douteuse, et dont la science était unanimement reconnue, PEglise ne pouvait demeurer indifférente. Une commission composée de cardinaux, de prélats, d'ecclésiastiques, distingués par leur savoir et leur expérience, fut nommée par S. S. le pape Pie IX, afin d'étudier, sous le nouvel aspect où elle se produisait, la question du vase de sang. Après avoir examiné les difficultés soulevées, après avoir entendu un rapport du secrétaire de la Commission, Mgr Bartolini, la Congrégation rendit, le 10 décembre i863, un décret confirmé par le Pape, portant que les vases de verre ou de terre contenant véritablement du sang, trouvés dans rintérieur ou à Pextérieur des /ocw//, devaient être réputés un signe que les corps placés dans les lociili auraierit subi le martyre (i). L'abbé Scognamiglio publia, en 1868, un ouvrage, écrit, en 1862, pour donner des preuves archéologiques à Tappui de Fopinion émise par le décret de 1668 (2); mais tout le monde n'a pas admis, il s'en faut, que les preuves données par l'abbé Scognamiglio fus-
(i) Ce décret a été reproduit dans les Annales de Phil. chrét., février 1864, p. 10 1. Inutile de dire que ce n'est pas là une décision ex cathedra, c'est-à-dire infaillible. — (2) De phiala criienta... disquisitio Archangeli Scognamiglio. Paris, Vives, 1868, in-40, de vi-288 pages.
sent concluantes ; sur plusieurs points, au contraire, on a signalé de notables erreurs d'archéologie. Il en est de même du livre où M. Kraus prétend que les arguments produits contre le système romain reposent sur des faits mal observés, alors, dit M. E. Le Blant, que c'est précisément le contraire qui est vrai (i). Néanmoins, dans Tétat actuel des choses, aucun fait certain ni aucune théorie positive ne peut être opposée à la décision que la Congrégation a rendue par un motif religieux, facile à comprendre (2).
(i) Revue archéolog., i86g. D'une publicat. nouvelle sur la question du vase de sang. Le livre du D"" Kraus contient dans un de ses appendices une lettre du R. P. de Buck touchant l'origine du livre De Phialis rubricatis. Le D"" Kraus a publié en 1872 un nouveau travail sur cette question. — {2)Roma sotter., t. III, p, 618.
Du CULTE DE LA SAINTE ViERGE. — Scs premières images. — Du cuite de saint Joseph.
Les premiers fidèles, nous Pavons dit, honoraien t les saints et les invoquaient dans leurs prières : les monuments le prouvent surabondamment. Mais au-dessus des saints, la Vierge Marie, mère de Dieu, était honorée d'un culte spécial. C'est une des croyances dont Tantiquité a été le plus attaquée par les protestants et les rationalistes. Le rationaliste M. Henri Martin, dans son style peu orthodoxe, signale un mouvement tendant, au onzième siècle, à tout absorber dans V Adoration [sic) de la Vierge (i). Le protestant Basnage soutenait qu'on n'avait pas retracé d'image de la Vierge avant le concile d'Ephèse, en 481, et les protestants de nos jours rejettent encore comme une nouveauté le culte de la sainte Vierge, la Marioldtrie, comme ils disent. Il est donc trèsimportant de connaître la réponse faite à ces assertions par les monuments de premiers siècles.
Et d'abord, y a-t-il eu des portraits authenti-
(i) Hist. de France, t. IV, p. 340.
ques de la sainte Vierge ? On ne saurait le dire, car il est à peine besoin d'observer que les prétendues madones de saint Luc n'ont point été peintes par cet apôtre, demeuré, malgré ce qu'en dit la tradition, étranger à Part de la peinture. Le style byzantin des nombreuses images répandues sous son nom ne permet pas de leur attribuer cette origine. Dès le sixième siècle, on les signale, et cette simple mention enlève toute valeur à la conjecture de Lanzi, expliquant peut-être la phrase de M. Henri Martin, d'après laquelle ces madones étaient dues à un peintre du onzième siècle, appelé Luca Santo. Peintes vraisemblablement en Orient au cinquième ou au sixième siècle, ces peintures durent être transportées en Occident au temps de la persécution des iconoclastes [i]. Quoi qu'il en soit, ces images, miraculeuses pour la plupart, objet d'une vénération justifiée par tant de faveurs accordées, sont d'une nouveauté relative : c'est dans les Catacombes qu'il faut chercher les premières représentations de la Mère de Dieu.
(i) Voir à ce sujet Notes concernant les premiers siècles chrétiens, par l'abbé Greppo, in-S», Lyon, 1841, p. ly-Sa. Il résume et discute les opinions de Manni : Del' errore che persiste di attribuirsi le pitture al santo Evangelista, in-4°, Firenze, 17G6; de Trombelli : De Virginis deiparx imaginibus ac speciatim de iis quce a D. Luca pictce esse dicuntur dans son De cultu sanctorum, t. II, part. II, p. 256-282 ; d'une dissertation anonyme dans le recueil de Calogera, t. II, p. 1 10.
La sainte Vierge est représentée de deux principales manières sur les anciens monuments chrétiens : debout et assise. UOraiîtc ou la femme qui prie debout désigna également soit une fidèle morte, soit l'Eglise, soit la Vierge; sur des verres, le mot Maria se lit, en effet, au-dessus de Timage d'une vierge Orante, placée entre Paul et Pierre indiqués par leurs noms (i). Mais la représentation de la Mère de Dieu, la plus incontestable, est assurément celle où elle est peinte assise tenant son Fils entre ses bras. Ordinairement, le sujet de la composition est déterminé par la présence des Mages venant adorer FEnfant-Dieu, comme dans des fresques au cimetière de Domitilla, au cimetière de Priscilla, au cimetière des SS. Pierre et Marcellin, etc.; mais quelquefois, aussi, il est indépendant, et alors, en Tabsence des Mages, d'autres signes nous apprennent qu'il ne faut pas voir dans le groupe une femme et un enfant quelconques, mais bien la Mère de Dieu et le Verbe fait chair. Sans s'arrêter à Timage célèbre de la Vierge Marie tenant l'enfant Jésus sur ses genoux, essai précieux de l'art chrétien où disparaît le cachet primitif gréco-romain, image trouvée au cimetière de Sainte-Agnès, et publiée par le P. Marchi, qui date seulement de la première moitié du quatrième siècle, on peut produire plus
(i) Garrucci, ]^eiri..., tav. IX.
de vingt images peintes au troisième siècle et même à la fin du second siècle; dans le cimetière de Priscilla, ce cimetière particulier des Pudens, les hôtes de saint Pierre, il faut noter la plus antique des images de la Vierge datant de la fin du premier siècle ou, au plus tard, de la première moitié du second siècle, exécutée par conséquent dans Page à peu près apostolique. La Vierge Marie y est représentée assise, la tête demi-couverte par un voile court, vêtue d'une tunique à manches courtes ayant par-dessus un pallium, portant dans ses bras Penfant Jésus qui se retourne vers le spectateur. En face de Marie, un homme jeune encore, ayant un peu de barbe au menton, se tient debout, vêtu d'un pallium à la manière des anciens philosophes; il porte à la main gauche un volume roulé, et de la main droite levée il indique une étoile placée au-dessus de la Vierge. Ce personnage, dit M. de Rossi, est le prophète Isaïe, dont la pensée, unie si souvent à celle de la Vierge dans les Livres saints, apparaît aussi sur les dessins des fonds de coupe. Cette composition, d'un style éminemment classique par ses draperies antiques, la dignité des figures, la vigueur du pinceau, a été jugée par tous les connaisseurs appartenir à Pépoque que nous avons dite, c'est-à-dire au temps des premiers Antonins, si ce n'est même avant eux. En tout cas, cette peinture « d'une telle souplesse et d'une telle suavité.
dit M. Vitet (i), que, sans offenser Corrège, on pourrait lui en faire honneur, » vient renverser Topinion de ceux qui pensent que la Vierge n'a été représentée avec Tenfant Jésus dans ses bras que depuis la condamnation de Thérésie de Nestorius, lorsque le concile d'Ephèse, en 481, eut déclaré le titre de Mère de Dieu. La Vierge se présente donc dès le premier jour, seule, indépendante de toute scène historique et comme figure principale. Une fois de plus, les monuments viennent attester l'antiquité et la perpétuité du culte chrétien ("ï).
La sainte Famille est représentée sur les murailles des Catacombes. Ainsi la Vierge, Penfant Jésus et Joseph se voient dans un arcosoliiim au cimetière de Callixte. La scène de PAnnonciation est représentée au milieu de la voûte d'un cubiculum du cimetière de Priscilla, cimetière où se trouvent en plus grand nombre les images de la Vierge. La Vierge a souvent la tête nue, et on
(i) J0urn.1l des Savants, 1866, p. 96. — (2) M. de Rossi, Imagini scelte délia Vergine Maria traite délie Romane catacombe,con atlante, in-folio, Roma, iS6-2. La sainte Vierge, par M. Ch. Rohault de Fleury, 2 g, in-40. Voir à la fin de notre volume la planche XXIII. L'aversion des Grecs pour les images sculptées n'a commencé qu'à une époque tardive et peutêtre au temps des Iconoclastes, témoin cet ambon à Thessalonique, orné au quatrième siècle de bas-reliefs, où l'on voit le bon Pasteur, la Vierge avec son divin fils et les Mages, etc. Bayet, Bibl. des Ecoles franc. d'Athènes et de Rome, 187G, p. 249; 1879, p. 1-140.
pense que c'est pour mieux exprimer sa virginité. Quant à saint Joseph, on le voit représenté dans des scènes où le récit évangélique n'exige pas sa présence : d'abord il est jeune et sans barbe, vêtu d'une tunique courte; plus tard, au contraire, au cinquième siècle, on le figura assez communément avec la barbe, d'un âge mûr et même vieux. Comme les Evangiles apocryphes ont coutume de le représenter ainsi, on peut à cette occasion observer que les monuments des premiers siècles rendent témoignage aux livres canoniques seuls et non aux apocryphes ; au cinquième siècle, cependant, lorsque, sans péril pour l'autorité des Evangiles, on put permettre aux artistes de suivre les traditions rapportées dans les livres apocryphes, l'art chrétien y puisa quelques inspirations.
RtPRÉsENTATioNS SYMBOLIQUES DE lEglise. — L'aiclic de XoJ. — Des ministres de l'Eglise : lecteur, acolyte, diacre, prêtre, évêque. — Images spéciales de saint Pierre et de saint f'aul. — Prééminence de saint Pierre.
Le chrétien baptisé, croyant en Dieu, participant au sacrement de PEucliaristie, priant les saints, honorant la Vierge Marie, était membre de TEglise. Cette Eglise est représentée dans les anciens monuments par plusieurs figures : i° par une colonne ou un cep de vigne; 2^ par Parche de Noé, seul port de salut au milieu du déluge, comme TEglise l'est au milieu du monde; — cette arche, ce navire, apparaît sur une mer tranquille, ou bien, comme dans une fresque trouvée récemment au cimetière de Saint-Callixte, à demi-submergé par la tempête. En avant, un personnage se tient debout dans l'attitude de la prière, soutenu par une main sortie du milieu des nuages, tandis qu'un second personnage se débat au milieu des flots : double image du chrétien soutenu, affermi par Dieu, et du chrétien jouet des passions; 3° par la vierge Suzanne, demeurée chaste entre deux vieillards impudiques : dans une fresque on voit une brebis, au-dessus de laquelle
est écrit le mot Susanna et deux bêtes féroces, vraisemblablement un loup et un renard, représentant la force et la ruse, au-dessus desquels est écrit le mot Seniores, image de TEglise en butte aux doubles attaques de la violence et de Phypocrisie; 4*^ par VOrante enfin, figure plus souvent féminine que virile, placée dans l'attitude de la prière : sans doute VOrante peut représenter aussi une personne spéciale, ou une âme unie à Dieu, et, comme nous Tavons dit, la Vierge Marie; mais la tradition a consacré aussi cette représentation de TEglise par VOrante, car nous voyons dans un dessin de manuscrit du onzième siècle, rouleau liturgique pour la bénédiction du cierge pascal, conservé à Rome dans la bibliothèque Barberini, le mot Ecclesia écrit au-dessus d^une figure d'Oranîe. Aussi bien ces deux interprétations s'accordent, puisque la Vierge, mère du Christ, fut souvent prise pour type de TEglise , épouse !du Christ (i).
L'Eglise eut toujours des ministres organisés hiérarchiquement : évéques, prêtres, diacres, lévites, ministres inférieurs jusqu'aux /b^^ore^; mais on sait que la terminologie, indiquant les divers degrés du clergé, ne fut pas dès le commencement invariablement fixée, et il ne serait pas étonnant que, dans les sépulcres souterrains, la mention
(i) Roma, t. I, p, J)4.S
des ministres sacrés tut rare; cependant on peut en citer des exemples.
La dixième et la onzième section des inscriptions, fixées aux murailles du portique supérieur du musée chrétien du Latran, contiennent les titres des divers grades de cette hiérarchie. Je mentionnerai quelques-uns de ceux qui ont été trouvés le plus récemment.
Dans une partie très-ancienne du cimetière de Sainte-Agnès, une inscription de Tàge apostolique mentionne un lector; une autre également, de la première moitié du second siècle, nomme CLAVDivs ATTiciANVs LECTOR. Or comme Tertullien est le premier auteur qui a parlé du Lecteur, le protestant Bingham en avait conclu que cette dignité n'existait pas dans la hiérarchie avant le troisième siècle. Les inscriptions antérieures à cette époque démontrent le contraire; et on sait que le cardinal Pitra a publié des textes inédits où l'institution des Lecteurs est attribuée aux Apôtres (i).
Les Exorcistes avaient le rang des Lecteurs et des Portiers, et ces clercs formaient ensemble le nombre cinquante-deux. Un exorciste est mentionné dans cette inscription du quatrième siècle :
CELERI EXORC. CVM COMPARE SVA IN PAGE (2). Un aUtrC
(i)Jiiris Eccl. Grœcorum, t. II, p. 58,84, 204. Bulleît., 1871, p. 33. — (2) Bullett., 1868, p. 12. Oderici (Z)mer^, p. 2 58) et Cardinali [Iscri:^. Veliterne, p. 2 1 3) avaient recueilli les inscriptions connues de leur temps où les clercs étaient nommés.
tigure dans une inscription du troisième siècle 1 1).
Un sous-diacre est indiqué dans un graffito du cimetière de Saint-Hermès : Agatio siibd. peccatori, miserere Deus (2).
Souvent le titre de prêtre apparaît : avr. helio- DORvs PRT. (presbyter) est une inscription trèsancienne, trouvée dans une partie du cimetière Sainte- Agnès, remontant au second siècle (3). A la crypte de Lucina, il y a une inscription du second siècle où se trouve également le titre de prêtre. Au cimetière de Callixte, des prêtres sont mentionnés dans des inscriptions du deuxième et du troisième siècle (41. aionycioy iatpoy nPECBïTEPOY « Denis, médecin, prêtre, » dit une inscription de la première moitié du troisième siècle |5). On voit, du reste, comme nous Tavons dit, les prêtres représentés dans les fresques, offrant le sacrifice eucharistique, tantôt parlant, tantôt recevant Tordination. Dans Tépitaphe d'un évêque de Brescia, qui est du troisième siècle, on énumère les titres qu'il eut avant d'être évêque; il fut exorciste douze ans, prêtre quinze ans, évêque trois ans et sept mois (6).
Quant au titre d'évêque, qui n'avait été vu ni par Bosio, ni par Boldetti, il s'est rencontré assez souvent en ces dernières années pour témoigner
(i) Roma, t. II, p. 275. — (2) Marchi, Moniunenti, p. 239. — (3) Bullettino, 1871, p. 3 i. — {^) Roma sotter., t. I, p. 326-342. — (5) Roma, t. I, p. 338, voir notre planche XXI. — (6) Martigny, Dict. des antiq. chrét., p. 480.
— 2b4 — de la tradition apostolique (il. Le titre d'évéquc ne remonte pas aux premières origines chrétiennes; il fut adopté pour désigner les chefs de chaque église sans que la eignification ecclésiastique en fût strictement déterminée. Aussi le mot episcopiis ne se rencontre-t-il guère qu'après Page apostolique ; sur rinscription de Linus, second pape, il n'y a pas le mot episcopus, mais il se rencontre après les noms des Papes du troisième siècle, Anterote, Fabien, Corneille, Luce, Eutichien, Caius.
UEpiscopus par excellence est le successeur de Pierre, le chef de l'Eglise, dont le souvenir se retrouve à chaque moment dans Fhistoire des antiquités chrétiennes.
La mémoire de saint Pierre et de saint Paul est intimement liée dans les monuments; ils sont ordinairement représentés ensemble. Saint Paul a le front chauve, le nez légèrement aquilin, la barbe longue et frisée (21 ; la figure a un type plus noble que celle de son compagnon saint Pierre , dont la tête couverte de cheveux, la barbe courte, les yeux enfoncés, a une physionomie plus grossière. Ainsi les voit-on figurés sur de nombreux fonds de coupes et dans le plus ancien portrait que nous
(i) Bullettino, 1864 et 1876, p. 86. — (2) Par une curieuse coïncidence, on lit dans les Apocryphes édités par M. Tischendorf, que Dioscore, qui avait suivi saint Paul à Rome et fut pris pour lui, était chauve. (Cité par MM. Spencer Northcote et Brownlow, p. 36 1.)
ayons des apôtres saint Pierre et saint Paul, une médaille de bronze d'un stvle plutôt grec que romain, trouvée au cimetière de Domitilla et conservée au musée du Vatican. Cette médaille, terminée avec soin, remonte probablement à Tépoque des Flaviens et ne peut être postérieure au temps d'Alexandre Sévère (ii. Dans le sarcophage trouvé au Vatican, qui est aujourd'hui au musée du Latran, le caractère du visage de saint Pierre est retracé avec un tel soin, qu'il faut y voir un des plus importants et antiques monuments iconographiques de FApôtre lil date du temps de Constantin).
La rencontre des deux hgures de saint Pierre et de saint Paul dans les anciens monuments, donnerait-elle une apparence de probabilité au système de l'école de Tubingue? On le sait, Baur et, après lui, plusieurs protestants, ont posé, comme idée fondamentale de l'histoire évangélique, Pexistence de deux partis au sein du christianisme primitif, l'antagonisme entre les partisans de Pierre et les partisans de Paul, les deux apôtres étant égaux en puissance; mais ce système arbitraire
(i) Fin du deuxième siècle ou commencement du troisième siècle, dit aussi dom Guéranger, Sainte Cécile, p. ri. M. de Rossi, Bidlet., 1864, p. 65; Roma sotter., t. III, p. 600. Northcote, p. 36o. Abbé Martigny, Dict. des antiq., p. 53g. Nous en donnons un dessin d'après M. de Rossi, dans la planche XVI.
— 2Ôb —
est si bien réfuté par Texamen des textes sacrés, qu'il n'a pas à s'appuyer ni sur la médaille, ni sur aucun monument du Vatican; à plus forte raison, on ne peut admettre l'argument qu'on a voulu tirer, et récemment encore en Angleterre (i), contre la prééminence de saint Pierre sur saint Paul, et par conséquent sur les autres Apôtres, de ce fait que, dans plusieurs fonds de verre conservés jusqu'à nous, saint Pierre occupe la gauche, et saint Paul la droite. Ce n'est nullement important, et les archéologues ont disputé de même sur la place de gauche donnée ordinairement à Junon dans les médailles antiques, tandis que Minerve occupe la droite à côté de Jupiter; cette disposition n'a pas de valeur : Notre-Seigneur est représenté dans un verre à la gauche de saint Paul, et la Vierge Marie occupe dans un autre la gauche de sainte Agnès. M. de Grimouard de Saint-Laurent pense que la scène ou le Sauveur est représenté, levant la main droite et donnant avec la main gauche le volume à saint Pierre, a contribué à le faire mettre de ce côté. Il faut en général chercher, dans la nature intrinsèque de la composition, la raison de la place, à droite ou à gauche, assignée aux Apôtres. Remarquons aussi que sur les sceaux des papes du moyen âge, où saint Pierre
(i) M. Marriott, Testimony ofthe Catacombs, p. 74. London, 1870.
et saint Paul sont représentés, saint Pierre se trouve à gauche. Si les papes avaient vu dans cette disposition un argument contre leur puissance, ils ne l'auraient point gardé dans leurs sceaux.
La primauté de Pierre est indiscutable, et la tradition établie par les monuments écrits nous est confirmée par les monuments figurés. Ceux-ci nous montrent Notre-Seigneur donnant à saint Pierre des témoignages particuliers d'attention. Une peinture représente Notre-Seigneur remettant à saint Pierre le volume déroulé, emblème de Tautorité qu'il lui confère, tandis que saint Paul s'incline avec respect. Dans la mosaïque de Sainte-Constance, le Sauveur donne le livre à saint Pierre, et ces mots sont inscrits : Dominus pacem dat. Sur un sarcophage trouvé du temps de Bosio au Vatican, conservé aujourd'hui au musée du Latran et qui date du temps de Constantin , on voit le Sauveur dans le firmament donnant le volume à Pierre. Sur un plat trouvé à Porto, en 1 867, le Sauveur remet à saint Pierre une tablette avec les mots lex Dominij et saint Pierre la reçoit avec respect dans un pan de son manteau |i). La figure de saint Pierre est ici tellement étudiée, qu'on peut même y voir un monument iconographique. Lorsque Notre-Seigneur est représenté entouré
(1) Bullett., 1868, p. 39.
des douze Apôtres, on voit douze brebis placées au-dessous d'eux, et Notre-Seigneur caresse une brebis plus grande que les autres, placée au-dessous de saint Pierre. Sur un fond de coupe, les douze Apôtres sont rangés autour du buste du Sauveur, et le nom seul de Pierre est inscrit en tête de la légende. Si Paul est substitué à Pierre dans quelques monuments et reçoit le volume comme docteur, le Christ présente alors à Pierre les clefs, symbole de sa prérogative (i). Sur une fresque très-récemment découverte dans le cimetière souterrain de Syracuse, Notre-Seigneur est représenté entre Pierre, ainsi nommé, à sa droite, et un autre saint; Pierre a le nimbe autour de la tête comme Notre-Seigneur, Tautre figure ne le porte pas (2); il en est également ainsi dans la fresque publiée par Marangoni (3), datant de la fin du quatrième siècle.
Pierre est le seul personnage qui, avec Dieu et Moïse, tienne la verge, signe du commandement. Pierre est représenté sous les traits de Moïse, traits souvent identiques; et pour compléter cette conception symbolique de Pierre en tant que nou-
(i) ActaS. Victorini, p. 40. — (2) BuUettino, 1870, p. i55. — (3) Dans deux monuments, Notre-Seigneur remet le livre à saint Paul, mais ce sont des exceptions; Tun de ces monuments est d'un artiste grec du cinquième siècle, l'autre est du neuvième siècle; maison ne voit pas dans cette fresque ce que Jésus-Christ remet à saint Pierre, c'est détruit. fBiillettino, 1868, p. 40.)
veau Moïse, on a écrit plusieurs fois le mot Peints au-dessus de la tête de Moïse faisant jaillir de Teau du rocher, ou bien, comme sur un verre conservé à Londres, on a mis une chaire adossée au rocher d'Où sort la source, sans doute la chaire de Pierre visible à Rome, lorsque ce verre a été fait (i).
Pierre, nouveau Moïse (2), frappant le rocher pour en tirer de Peau salutaire, est ainsi représenté dans un grand nombre d^œuvres diverses de Tart chrétien, car cette composition est la clef svmholique d'un des types les plus importants. Or une fresque souterraine nous montre dans le même tableau deux Moïse, celui de TAncien Testament, qui quitte sa chaussure pour monter au Sinaï, où rappelle une main divine sortant des nues, pour y recevoir la loi, et le Moïse du Nouveau Testament, qui frappe le rocher et en fait jaillir Peau de la grâce. Le premier est imberbe, et le second, à barbe courte, se rapproche du tvpe traditionnel de Pierre; le visage de Tun diffère ici de celui de Tautre, bien que, historiquement, ils dussent être identiques, puisque les deux scènes appartiennent à rhistoire des mêmes personnages. Mais ils sont ici très-difterents, afin de ne pas laisser Tombrc
(i) Bullettino, 1868, p. 6. — (2) « A Moïse succéda Pierre, à qui fut confié le soin d'instituer la nouvelle Eglise du Christ, » lit-on dans la vingt-sixième des homélies attribuées à saint Macaire. (Ed. Paris, iGii, p. 154.)
d'un doute sur la signification symbolique. Au cimetière de Domitilla, on trouve, dans une peinture du quatrième siècle, le nimbe seulement autour des têtes de Notre-Seigneur et de saint Pierre(i]. Les attributs de saint Pierre ont été fixés de bonne heure, comme Ta été son type, bien que quelquefois on Tait représenté avec la tête chauve. On a prétendu qu'au moyen âge seulement, saint Pierre fut représenté avec Tattribut des clefs, comme symbole d'autorité; mais plusieurs peintures, comme la fresque de la Platonia (2], plusieurs sculptures, en particulier un sarcophage du Vatican, nous montrent cet apôtre tenant les clefs (3K Dans la mosaïque de Foratoire de Saint- Vexance, exécutée en 640, saint Pierre a une clef d'or dans la main. La grande statue en bronze de la basilique du Vatican est assez connue ; soit qu'elle ait été coulée au temps de Constantin sur le modèle d'une statue antique dont on n'aurait fait que changer la tête, soit qu'elle ait été exécutée au commencement du troisième siècle, en même temps que la statue en pierre de saint Hippolyte, découverte en i55i près de Saint-
(i) Abbé Martigny, Dict., p. 436. M. de Rossi, Bullettino, 1864, p. 81 et suiv. Polidori^ Délie immagini de SS. Pictro e Paolo, Milano, 1834. Comte de Grimouard de Saint-Laurent, Aperçu iconographique sur saint Pierre et saint Paul, dans Annales archéol. de Didron, t. XXIII. — (2) Perret, les Catacombes de Rome, t. I, pi. VII. — (3) Bottari, tav. XXI. L'abbé Martigny, Dict. des antiq., p. i56.
Laurent-hors-les-murs, aujourd'hui restaurée ei placée au musée chrétien du Latran, soit enfin qu'il faille y voir un travail plus récent, cette statue de saint Pierre est d'une incontestable antiquité et elle porte les clefs. On connaît une autre statue de saint Pierre dont TabbéMartigny a donné le dessin (i) de petit module, mais d'un excellent travail ; saint Pierre y est représenté debout avec la barbe et les cheveux; la main droite fait un geste d'allocution, la main gauche porte une croix monogrammatique qui a la forme d'une clef.
Ainsi les monuments des âges primitifs annoncent une hiéraj'clîie dans l'Eglise et attestent la primauté accordée à saint Pierre, dans ces siècles où, selon l'école protestante et rationaliste, Paul eût été l'égal de Pierre, si ce n'est son supérieur, et où chaque fidèle aurait été à lui-même son prêtre et son chef.
(i) Dict., p. 539.
Conclusion. — Opportunité d'étudier larchéologie. — Nécessité, pour éclairer l'histoire, de consulter toujours les sources originales et les monuments authentiques.
Il est temps de s'arrêter : bien que les cimetières souterrains n'aient pas été un musée où dussent être représentés dans les fresques et rappelés dans les inscriptions les dogmes de TEglise, on peut cependant rencontrer assez d'indications pour que la fixité des croyances et leur antiquité soient établies. Rien ne fait découvrir ce lent travail de formation de dogmes dont parle le rationalisme; rien ne nous montre que peu à peu « la religion se soit surchargée de fables; » (i) tout nous révèle la perpétuité et Puniformité de la doctrine. Il peut y avoir eu, il y a eu, en effet, progression dans la manière de présenter un emblème, de rappeler une croyance, à mesure que la paix et la liberté affranchissaient FEglise des entraves de la discipline du secret; mais il n'y a pas eu changement dans cette croyance, ni contradiction dans ces emblèmes.
(i) M. Th. RoUcv, Saint Clément de Rome, p. 47.
Nous n'avions pas à présenter ici une démonstration complète, mais il convenait seulement de signaler, d'après de récents travaux, les enseignements qu'au point de vue de l'apologétique chrétienne et de la transformation sociale opérée parle christianisme, on pouvait tirer de Tétude des monuments trouvés dans les cimetières souterrains de Rome. Ces monuments, dont Pimportance n'échappera à personne, peuvent et doivent être complétés par d'autres monuments d'antiquité chrétienne répandus en d'autres villes d'Italie, de Gaule, d'Afrique, etc. Ils doivent surtout être éclairés par le témoignage des saints docteurs qui, depuis le premier siècle, ont exposé la doctrine de l'Eglise et expliqué le symbolisme chrétien. C'est ce que fait chaque jour M. de Rossi, dans le Bullettino di archeologia sacra. On aurait pu multiplier les citations, et il eût été facile de développer le sujet; mais ce qui a été dit suffit pour atteindre le but que nous nous sommes proposé, qui est de compléter les cours élémentaires d'archéologie chrétienne.
A chaque nouvelle attaque dirigée contre la vérité, Dieu permet que, pour la défendre, on trouve dans de nouvelles applications de la science une arme nouvelle. L'ignorance peut souvent engendrer l'erreur, mais Terreur ne peut avancer d'un pas et produire une négation, sans que la vérité ne la suive d'un pas égal et ne provoque
une affirmation. Il en a été toujours ainsi. Nous vivons à une époque où une critique raffinée et fière de sa science veut avoir raison de tout; elle prétendrait expliquer les actes surnaturels par des procédés physiques ou chimiques ; elle voudrait, en dévoilant le mystère de toutes les origines, réduire la religion à une série de légendes élaborées en dogmes par le travail de vingt générations. Pleine de confiance en ses explorations, cette prétendue critique ne craint pas de prédire, en un avenir peu éloigné, la chute de tous les vieux mythes et de toutes les vieilles croyances. Mais tandis que son œuvre se poursuit, Dieu prépare les moyens de renverser une fois de plus son fragile édifice. Une science nouvelle, on peut le dire, si Ton considère le développement inattendu qu'elle a pris de nos jours, Tarchéologie, se chargera de ce soin. La vérité rencontre là des témoins authentiques et irrécusables : témoins de marbre, de pierre, de bronze, de cristal, qui viennent déposer en un langage que la passion ne peut contredire. Les services que Farchéologie peut rendre ne sont pas encore assez connus et appréciés ; les catholiques ne doivent pas oublier les conseils et les exemples qui leur sont donnés par de vigilants et courageux esprits.
Tout indique la nécessité de cette union de Farchéologie, non-seulement avec la théologie, mais avec rhistoire. Chacun, selon ses forces, doit la
préparer et répandre les notions nouvelles qui en découlent. Il importe du moins à tout homme instruit de se tenir au courant des découvertes opérées chaque jour dans des champs jusqu'ici trop négligés. A Taide d'une critique qui se distingue par le bon sens, la sûreté du jugement et rétendue de la science, de nombreuses erreurs se sont trouvées réfutées, les connaissances acquises ont gagné en exactitude et en précision. Spectateurs tranquilles mais émus de ces travaux, nous devons applaudir à de laborieux efforts. Il faut qu'un juste hommage soit rendu au savant illustre, J.-B. de Rossi, qui ne rechercherait que le témoignage de sa conscience, s'il n'avait aussi et pardessus tout la noble ambition d'étendre les conquêtes de la vérité.
Il n^y a pas une question qui ne puisse, un jour ou l'autre, recevoir ainsi une lumière et même une solution inattendue ; et, à un point de vue supérieur, quelle satisfaction pour le prêtre, pour le fidèle, de découvrir ces horizons nouveaux, de revenir aux jours premiers de la religion, et, en face des fureurs de l'impiété, de raviver sa foi, à Rome, aux tombeaux des martyrs! Ah ! l'étude..., le champ en est vaste et illimitée en est la richesse ; c'est, pour les jeunes gens surtout, l'apprentissage du labeur qui initie au sérieux de la vie, le mâle exercice des facultés de l'esprit et des forces de l'àme ; pour le prêtre, ce doit être plus encore.. . Il
appartient aux catholiques de rechercher ces plaisirs délicats et ces nobles jouissances, car ce serait -un vain but et un résultat stérile, si la science ne démontrait la vérité et si une démonstration de la vérité n'amenait au cœur une prière.
Je rappellerai à ce propos une anecdote racontée par le pieux et savant Ozanam. « Il y a quelques jours, écrivait-il le 7 août 1846, étant au corps de garde pour mes péchés et pour le ser\dce de la patrie, j'entendais la conversation de deux fortes têtes de Pendroit, et le plus habile des deux s'indignait contre ces sociétés archéologiques^ nouvellement imaginées par les réactionnaires, pour ramener le siècle présent à Pancien régime... Cet homme, continuait Ozanam, avait, jusqu'à un certain point, raison dans la grossièreté de ses préventions. Toute rirréligion en France procède encore de Voltaire, et je ne sache pas que Voltaire ait de plus grand ennemi que PHistoire..., ses disciples en ontpeur... Leur peur fait notre force et notre lumière, elle nous montre où doivent porter nos coups. « Oui, voilà notre rôle : opposer à V ignorance de V erreur la vérité de l'histoire, et éclairer cette histoire ! Car la lumière portée dans le passé, c'est la religion démontrée, c°est la faiblesse de Phomme reconnue et Pactionde Dieu justifiée.
Puisse ce simple aperçu, d'un sujet encore nouveau, séduire quelques intelligences et les encoura!?er à Pétude ! mais Puissent aussi ces intelliaen-
ces se convaincre que, pour étudier avec fruit, il faut consulter toujours les sources originales et les monuments authentiques. A ce prix seulement, le travail peut être sérieux et devenir profitable.