FIDE ANNO XX PUDICA CESSAVIT IN PAGE PRAETEXTATA
VIRGO SACRA (iiiscript. de 464). Cinq de ces inscriptions ayant été trouvées à VAgro verano^ on peut penser qu^elles y avaient là un espèce de couvent (3).
On adresse également des louanges aux époux qui, pendant le mariage, gardent la chasteté conjugale : Probilianus a fait Téloge de sa femme en premières noces, dont tous les voisins peuvent attester la fidélité, la bonté, la chasteté, qu'elle garda pendant huit ans, en Fabsence de son mari en premières noces, hilaritati virginiae suae probi-
LIANVS QVEIVS (pOUr CUJlls] FIDELITATEM ET CASTITA- TEM ET BONITATEM OMNES VICINALES EXPERTI SU NT QVAE ANNIS VIII, ABSENTIA VIRGINII SVI SVAM CASTITATEM CUS- TODIVIT, VNDE IN HOC LOCO SANCTA DEPOSITA EST. PeUt-
étre même Tinscription vixit inlibata cvm virgi- Nio svo ANNIS V offre-t-elle une allusion à la continence gardée dans le mariage. On sent à ces paroles qu'un monde nouveau se découvre.
On n'a pas honte d'indiquer l'état de veuve, si discrédité chez les païens, mais tenu en si haute estime par les chrétiens, car les veuves étaient surtout adonnées à la pratique des bonnes œuvres, et plusieurs épitaphes emploient à leur égard la for-
(0 Romasotter., t. II, p. 288. — (2) Ibid., t. II, p. 3o6. (3) Bullettino, i863, p. 72 et 73.
mule usitée pour désigner le ministère des évéques et des prêtres : vidva sedit, allusion sans doute au siège d'où elles enseignaient, aux catéchumènes, les premiers éléments de la religion (i).
On s'est efforcé parfois de diminuer les services rendus par la religion chrétienne, en montrant dans certaines inscriptions païennes Pexpression de sentiments analogues à ceux des chrétiens ; sans doute, nous trouvons dans les inscriptions païennes réloge de Tamitié, de Tamour conjugal et filial, etc., car il y a des vertus naturelles ; mais combien d'autres le paganisme a ignorées ! Et, s'il les a connues, on peut croire que ces inscriptions, souvent d'une époque postérieure, sont justement des monuments précieux de la transformation opérée chaque jour dans la société par l'envahissement des sentiments chrétiens dans les âmes païennes (2). Partout on reconnaît une transaction cherchée ou rencontrée à leur insu parles païens entre leur idolâtrie et la foi nouvelle i3i.
Les inscriptions nous offrent donc l'expression de sentiments que l'antiquité n'entendit point ou entendit rarement. En face du relâchement ou était tombé le lien conjugal du divorce s'étalant sans pudeur, de la dureté de cœur et de l'insensibilité envers les faibles, de la paresse et de la volupté,
(i) Martigny, p. bb-] . — (2; M. E. Le Blant, Inscrip. chrét. de Lt Gc.ulc, t. I, p. 17 5. Egger, Journal de l'Insti-. piibl., 26 févr'cr i853. — (3) Biillcttino, i863, p. 60.
entin de ces effroyables débordements des mœurs païennes, apparaissent les vertus contraires : la fidélité, le travail, la charité et la chasteté. Le marbre parle et révèle l'état moral de la société chrétienne.
Rappelons maintenant nos souvenirs, ce que nous savons des abîmes où les âmes étaient descendues sous Pempire du paganisme, et nous comprendrons mieux à quel point le monde, victime d'une chute fatale, avait besoin d'être racheté, et comment Notre-Seigneur Jésus-Christ a été vraiment, pour chaque homme en particulier et pour la société en général, le Dieu rédempteur et sauveur (r).
(i)Nul ouvrage n'apporte plus de lumière sur cette vérité que celui du savant M. Bonnetty : Documents historiques sutla religion des Romains. 3 vol. in-8". Paris, 1867 et 1875.
De la nouvelle société chrétienne (suite).— L'orgueil païen confondu par l'humilité chrétienne; on tait les titres, les honneurs; la désignation de l'héritier, la qualification d'esclave, d affranchi, ne se rencontrent pas, car elles répugnent à l'esprit de l'Evangile. — Barrières de caste et de patrie renversées par la foi. — Les noms d opprobre transformés en noms glorieux pour les chrétiens.
L^influeiice du christianisme se fit sentir partout pour tout renouveler, et il est impossible de parcourir un recueil d'épitaphes, sans y découvrir Texpression non moins fidèle d'un autre ordre d'idées (i).
Les plus anciennes inscriptions chrétiennes, dit M. de Rossi, diffèrent, en effet, des inscriptions païennes, plus par ce qu'elles ne disent pas que par ce qu'elles disent, réserve très-naturelle, comme Ta remarqué l'éminent archéologue, conforme aux conditions intérieures et extérieures de la primitive chrétienté, au secret de sa doctrine et de ses mystères (2). Mais ici, véritablement, le silence est éloquent et révèle une des plus radicales transformations de la vieille société païenne, si orgueil-
(i) Au musée du Latran, les classes d'inscriptions viii- XVII présentent comme un tableau synoptique de la première société chrétienne. — (2) Rom a, t. I, p. l^ii.
leuse de ses titres et si pleine de mépris pour les disgraciés de la nature. Le plus grand contraste qui existe, en effet, entre les primitives inscriptions chrétiennes et les inscriptions païennes, consiste en ce que les inscriptions chrétiennes tiennent bien peu de compte de Tétat de la personne défunte, de ses titres, de ses honneurs, tandis que toujours les inscriptions païennes les transcrivent avec soin. C'est là, peut-être, ce que Tacite entendait, lorsqu'il reprochait aux chrétiens de haïr le genre humain; car, « pour Tacite, dit M. de Rossi (i), et pour les Romains de son temps, le genre humain était l'organisation sociale de la civilisation romaine, » avec son esclavage, son privilège de l'héritier, en dehors duquel elle ne concevait pas la famille, son dédain pour les classes inférieures, etc.. Or la doctrine évangélique, en préchant l'humilité à ces orgueilleux et les devoirs de la paternité à ceux qui en outrepassaient les droits (2), donnait à l'égalité un fondement
(i) Roma sotter., t. I, p. 342. — (2) Saint Amhroisea tracé sur ce point le devoir du père, lorsqu'il a dit» qu'une égale faveur unisse les enfants que la nature a réunis dans d'égales conditions » : Jungat liberos œqualis gratia,qiios cequalis junxit natura, principe chrétien que le jurisconsulte a ainsi formulé (lYove//. 119) : « De même que les parents donnent également la vie à tous leurs enfants, ils doivent aussi pourvoir également à leur avenir, sans attribuer, commie avec une balance fausse et dans un esprit d'inégalité, aux uns une plus grosse part, et aux autres une moindre » : Ut quemadmoditm partîtes omnibus liberis ex ccquo vitam impertiti
solide et préparait réellement une grande révolution sociale.
L^épigraphie chrétienne , réfléchissant rctfct spontané des doctrines religieuses de la nouvelle société, supprime Tindication du père de celui qui n'est plus si fréquente chez les païens (il, et presque toujours désigne le mort par le seul cognomen^ qui suffit à faire connaître son individualité sans flatter son orgueil ; quelquefois sans doute. mais rarement et principalement dans une haute antiquité, il porte ces tria nomina : frœnomen, nomen , cognomen ^ dont les Romains étaient si fiers ; prcvnomen qui désigne Tindividu, nomen ou gentilitium qui désigne la gens à laquelle il appartient, cognomen qui désigne la famille de la gens. Lors même que Ton rencontre les tria nomina qui désignent en définitive une personnalité, il y a toujours, sous ce rapport, entre les inscriptions chrétiennes et les inscriptions païennes, une grande différence, et il est excessivement rare de rencontrer dans les cimetières ces longues énumérations du corpus honorum, que Ton rencontre d'ordinaire au quatrième et au
stint , ita etiam œquabiliter vitœ ipsorum prospiciayit , non autem velut ancipiti libra, his levius quiddam, illis vero gravius pro inœquabilitate animi siii attribuant. — ( i ) Dans les inscriptions de pays grecs, cette mention subsiste. Il y avait sur ce point une diversité de coutumes entre les chrétiens d'Orient et ceux d'Occident.
cinquième siècle sur les tombes païennes. Une femme, nommée Cassia Férétria, est bien indiquée clai'issima femina , indice certain de la dignité sénatoriale; mais si Elius Saturninus, le mari de cette femme, n'a pu taire ce titre de dignité, le corps de Tépouse du sénateur a reposé par humilité à côté des corps de personnes de toute condition, dans un pauvre et simple loculiis^ comme au cimetière de Callixte on en a découvert un en 1857, datant de la fin du troisième siècle (i). On n^eût jamais imaginé rencontrer, chez les descendants des Pères conscrits de Fancienne Rome, cet acte volontaire d'égalité devant la mort, et c'est là un de ces faits qui éclairent une situation (2).
Rarement on indique les fonctions que le défunt a remplies : toutes les attaches humaines disparaissaient à l'heure de la mort pour le pauvre
(i) Bullettino, 1866, p. 25; M. Le Blant. Inscrip. chrét. de la Gaule, t. I, p. no; M. de Rossi, Roma soiter., t. III, p. 3 18. Au quatrième siècle dans la première area du cimetière de Sainte-Sotère^ on rencontre l'inscription d'une petro- NiA AvxENTiA CLARissiMA FEMiNA, mais elle 3 été posée par ses affranchis reconnaissants. {Roma, t. III, p. iSq.) — (2) C'est la traduction de ces paroles de Lactance (Z)zV. Inst.v, i5). « Chez nous, il n'y a aucune différence entre les pauvres et les riches , entre les esclaves et les maîtres : la croyance que nous sommes égaux est la seule raison de ce nom de frères que nous nous donnons. » Apiid nos inter paupereset divites, servos et dominos interest ni/iil : nec alla causa est cur nobis invicem fratrum nomen impertiamur, nisi quia pares esse nos crcdlmus.
tidèle mis en présence de Dieu (i). On a signalé, avant Constantin, Tépitaphe d'un soldat chrétien des cohortes prétoriennes (2) et quelques autres; mais quelle différence avec les épitaphes païennes! Il faut qu'on y parle des titres, des honneurs et de la condition sociale du défunt : pour Texalter, si c^est un patron opulent, un riche héritier, j?atroniis^ hœres; pour Tavilir, si c'est un affranchi, un esclave, libertiis^ servus, appellations créées par la vanité ou par la violation du droit naturel et chrétien, qui continuent après la mort des distinctions établies dans une famille et dans une société où devrait régner Tégalité, où il devrait seulement y avoir des fidèles, des frères, dans la large acception de ce mot (3). Ces appellations : patromis, libertus^ servus^ sont presque inconnues dans les inscriptions chrétiennes, car elles répugnent ouvertement à Pesprit de PEvangile. Des personnes vivantes ont pu prendre et, en effet, ont pris le titre d'affranchi en s'adressant sur la tombe à un mort, leur patron, dont ils ont éprouvé les bontés (4) ; mais rarement un mort a reçu pour lui directement une de ces qualifications. Le chrétien était réputé seulement esclave et ser-
(i) M. E. LeBlant, Insc. chrét. de la Gaule, t. I, n» bj. — — (2) Bullettino, i865, p. 24. — (3) M. E. Le Blant, Inscript, chrét. de la Gaule, X.\, p. i3i. — (4) Comme celle-ci, par exemple, marie rvfine digne patrone secvndvs libertvs FEciT. {Roma sotter., I, 334, tav. XX, n'^ 3.)
viteur de Dieu, servus Dei, homo Dei^ famulus Dei, et ne portait aucune autre désignation avilissante (i).
Les inscriptions chrétiennes oublient aussi le plus souvent de noter le lieu de naissance, sans doute afin de ne pas distinguer l'étranger, hostis, rhomme du dehors, comme parle le Romain dans sa langue hautaine, et sans doute aussi, afin de réagir, en quelque sorte, contre Tidée exclusive, égoïste de la patrie telle que Pavait faite le paganisme. Ces diverses omissions n'étaient point commandées par une loi écrite ou traditionnelle; elles se produisaient comme un effet spontané des doctrines religieuses de la société nouvelle. De rares exceptions ne détruisent pas la force de ces observations , dont les conséquences , signalées par des savants, comme M. de Rossi, M. E. Le Blant, etc., n'échapperont à personne (2). Plus
(i) Après le quatrième siècle, remarque M. E. Le Blant, Manuel, p. 186, ces mots peuvent ne pas désigner exclusivement un catholique, car les hérétiques se servaient des termes catholiques. Le symbole arien, publié par le cardinal Mai, dans sa Collectio, t. III, pars II, p. 233, n'est-il pas intitulé : (( Capitulus fidei catholicae. » — (2) Voir Inscriptions chrét. de la Gaule, passim. Dans son excellent Manuel d' Epigraphie chrétienne, p. 9, M. E. Le Blant écrit : « C'est la nudité redoutable du dernier jour que me semble exprimer la inasse des inscriptions chrétiennes latines. Ces épitaphes, abandonnant les données de l'antique formulaire, ne contiennent plus rien de ce qui était comme sa base essentielle, rindication du nom paternel, de la patrie, de la profession, (le la condition sociale. »
tard seulement, lorsque TEglise, victorieuse, fut, à son tour, après avoir conquis le monde, en partie conquise par lui, les idées mondaines furent exprimées sur les tombes chrétiennes, tant la nature était prompte à relever les barrières renversées par la foi.
Une autre observation, destinée à jeter de nouvelles lueurs sur Fétat de la société chrétienne, est suggérée par le recueil des noms portés par les premiers chrétiens. Beaucoup sans doute n^eurent aucune répugnance à conserver ceux de leurs parents païens , même les noms dérivés des divinités du paganisme, dont plusieurs furent transformés en noms vénérés de saints et de martyrs. On ne sait pas au juste quand et comment commença Tusage d'imposer au baptême un nom nouveau et chrétien. Mais quoique cet usage soit très-ancien, on trouve rarement dans les Catacombes, avant le quatrième siècle, le nom de Pierre, jamais celui de Jean, etc. Depuis Constantin, on rencontre comme noms ces mots : Adéodatus, Rédemptus, Réparatus, Renatus, Restitutus, par allusion à la Rédemption et au Baptême; Epiphanius , Pascasius , pour rappeler les fêtes de PEglise; Pistis , Elpis , Irène, noms grecs des vertus chrétiennes ; Gaudentius, Hilarus, Célestinus, pour exprimer la joie spirituelle du vrai chrétien. Le pape Clétus , successeur de Pierre, dont le père était de la gens vî^milia, avait pris
son cognomen d'un mot grec qui signifie appelé (à la foi).
Chose remarquable et trait d'histoire à recueillir, les chrétiens accablés d'injures par les païens, devenus, selon le mot de saint Paul, les ordures du monde et les balayures rejetées de tous, s'emparaient de ces injures comme d'un titre d'honneur, et souvent les noms portés par eux ne furent autres que les épithètes prodiguées par le sarcasme : on disait que les chrétiens se recrutaient parmi le sexe crédule des femmes [miilieribus credulis sexus)^ et nous trouverons une martyre qui a nom Credula ; on leur reprochait d'injurier l'Empereur, les dieux de l'Olympe, et cette accusation semble avoir fait naître la série des vocables : injuriosiis, calumniosus^ contiimeliosus. N'est-ce pas parce qu'on accusait les chrétiens d'être la cause fatale des malheurs publics exitialis superstition disait Tacite), que l'on a les noms Importunus et Exitiosus ? Et que dire de ceux-ci : Fœdulus, Stercorius, Pecoriiis, noms ridicules ou abjets repoussés toujours par les païens, mais, dit M. E. Le Blant auquel nous empruntons ces remarques, acceptés par les chrétiens avec un sentiment d'humilité et de résignation, nouveau comme la foi qui l'avait fait naître (ij?
(l) M. E. Le Blant^ Annales de philosophie chrétienne, juillet 1864, p. 14. — Abbé Martigny, Diction, des antiq^ chrét.. p. 45o.
De la croyance a la résurrection. — Influence de cette croyance sur 1 epigraphie. — La mort, la résignation chrétienne, le Paradis, le Purgaoire. — Piières pour les âmes qui sont dans le Purgatoire.
La nouvelle foi honore la chasteté, le travail ; elle enseigne le sérieux de la vie; le néant du monde fait rejeter des épitaphes les titres, les distinctions, et enseigne Thumilité; pourquoi? si ce n^est parce que la vie est seulement une épreuve imposée, un prêt fait par Dieu à la créature pour se reposer dans l'éternité. Reddidit est une formule elliptique souvent employée en ce sens pour reddidit debitum vitœ suœ ; les expressions ; ex/VzY de sœciilo, translatus de sœculo, arcessitus à Domino ou ab angelis^ expriment en un langage nouveau la mort qui fait sortir du lieu de passage du siècle. Et pour où aller? Est-ce dans les ténèbres, comme l'indiquent les païens avec leurs expressions mortuaires si navrantes : Hic jacet in tenebris ? Non, mais on va à la lumière, in luce. La mort, c'est le sommeil qui précède le réveil, le repos qui suit le travail : In luce quiescit^ dormit inpace (i). Une formule employée dès le troi-
(i) Dans les épitaphes païennes, le mot dormit peut se rencontrer; mais dans le courant de la phrase, il n'a pas cette solennité.
sième siècle, usitée surtout au quatrième, représente le défunt comme placé en dépôt dans un lieu transitoire, depositiis, tandis que les païens, regardant leur sépulture comme définitive , disaient : Hic sum situs, compositus hic ero sentper (i). Si parfois la tombe est pour les chrétiens la domus œterna, ils n^adoptent cette formule païenne que dans le sens domus œterna in finem sœculi {iisque ad resurrectionem). « Rien n^est plus tranché, dirons-nous dès à présent avec le savant abbé Martigny, que ces formules où se dessine la physionomie des deux cultes par la différence si accentuée de leurs idées au sujet de la destinée finale du corps humain. »
Les chrétiens, en effet, au-delà de la mort, attendaient la résurrection. La foi en la résurrection des corps et à la vie bienheureuse des âmes unies aux corps est la pensée suprême et le fond pour ainsi dire de tout le symbolisme biblique dans les cimetières. Daniel, représenté dans la fosse aux lions les bras étendus en forme de croix, figure du Christ dans sa passion douloureuse, est souvent peint comme le symbole de la résurrection du Sauveur et de la résurrection générale.
Il en est de même de Phistoire de Jonas, dont les représentations ornent très-fréquemment les
(i) Je parle en règle générale, car on peut trouver par exception dans les inscriptions chrétiennes le mot situs.
chambres des cimetières : tantôt on le voit englouti par la baleine, tantôt rejeté sur la plage, ou reposant sous le feuillage. La représentation de la résurrection de Lazare, celle de la guérison du paralytique emportant son grabat, rappellent également la résurrection aussi bien que les symboles d'espérance, tels que Tancre ou Toeuf (d'où est venu, croit-on, le pieux et ancien usage de manger un œuf bénit avant toute nourriture, le jour de la résurrection du Sauveur), tels encore que les Saisons, le Paon ou le Phénix. Le phénix était chez les païens un emblème de la rénovation. Cependant il est rarement représenté sur les inscriptions chrétiennes ; on Vy trouve à peine deux fois, à moins que beaucoup d'oiseaux, pris pour des Colombes, ne soient des Phénix. Ainsi une inscription met le mot fenix au-dessus d'un oiseau sans nimbe portant dans son bec une palme. Lorsque ces oiseaux ont la palme, ils seraient peutêtre des Phénix; lorsqu'ils ont l'olivier, ils seraient le symbole des âmes délivrées de leur corps s'envolant vers la récompense éternelle et la paix du Paradis.
Cette croyance à la résurrection des corps et à la vie heureuse des âmes, fondement de tout le symbolisme sépulcral, est aussi proclamé par les inscriptions tumulaires. Les épitaphes païennes, nous l'avons dit, parlent des ténèbres où gisent ceux disparus du milieu des vivants; mais les
- ^37 épitaphes chrétiennes célèbrent la lumière et la paix où Fàme était plongée pour Téternité : aeterna
TIBI LVX TIMOTHEA IN CHRISTO. SPIRITVS IN LVCE
SVSCEPTVS EST. — RECEPTVS SPLENDORI CVM LVMINE
CLARO, etc.; lumière accordée comme récompense à Tâme qui avait cru au Christ : in christvm cre- DENS PREMiA Lvcis ABET, comme parle une inscription de 393 (ij; paix donnée à celle qui crut en la résurrection : hic in page reqviescit lavrentia QVAE CREDIDIT REsvRRECTiONEM, commc s'énoucc une inscription de 493.
De là les souhaits adressés aux morts : vivas in DEO, la plus ancienne de ces pieuses acclamations (2) ; PAX TECVM, antique formule qui donna naissance à une autre plus fréquemment employée, celle de : in page, allusion à la paix céleste désirée pour le défunt ou acquise par lui, regret pour ceux qui, au milieu des labeurs d'ici-bas, attendent le moment de la réunion : praegessit ad pagem — PRAEGESSIT NOS IN PAGE. La paix, c'cst désormais Tétat de Pâme délivrée des liens du corps : absolv- TvsDE gorpore; langage nouveau qui montre, selon la remarque de M. E. Le Blant, combien les textes évangéliques ont exercé une action directe et profonde sur la rédaction des épitaphes chrétiennes (3).
(i) M. de Rossi, Inscript, christ., t. I, p. 180. L'abbé Martigny a reproduit ces inscriptions et d'autres encore. {Loc. cit., p. 38o et passim.) — (2) M. de Rossi, Roma sotttr., t. I, p. 341. — (3) Inscript, chrét. de la Gaule, t. I, p. 91.
Si la paix est la joie du ciel, elle est aussi la résignation sur terre. Jamais les peintures et les sculptures chrétiennes ne montrent ces conclamationes^ ces scènes de désolation où se complaisaient les païens : la tombe n'apporte au chrétien ni trouble ni désespoir. L'acclamation in page se trouve souvent accompagnée et souvent aussi remplacée d'abord par le dessin d'un vase, présage de sanctification (selon le mot : « vous êtes des vases d'élection » ), puis et surtout par le dessin de la Colombe portant dans son bec un rameau d'olivier. La Colombe, c'est Pâme innocente du fidèle; le rameau d'olivier, c'est le signe de la paix. Le dessin offre donc la traduction de l'inscription; si Ton y joint le Poisson, comme dans un exemple rapporté par Boldetti, il faudra compléter l'interprétation et dire : l'âme du fidèle mort arrivée à la paix de Dieu. C'est là le terme : on atteint l'éternité natus in œternum^ éternité heureuse, paradis dont l'image est présentée aux yeux des fidèles par la femme en prières, Orante^ entre deux oliviers, ou par ces roses prises par les païens pour signifier, avec la caducité de la vie, Tintention d'en jouir avec volupté, mais qui, placées sur le sol, à côté d'oiseaux , comme dans une peinture des cryptes de Lucina, sont le symbole de la félicité éternelle des âmes.
Plusieurs fois on a représenté la sainte Vierge et des saints ou saintes accueillant les fidèles
dans le Paradis : sainte Pétronille reçoit ainsi Vénéranda dans une fresque peinte, à la fin du quatrième siècle, au cimetière de Domitilla; une Orante devant le Christ assis semble, au cimetière de Cyriaque, présenter un défunt au Tribunal divin (i), et la même scène se retrouve, dans une fresque du quatrième siècle, au cimetière Ostrien, où une Orante (peut-être sainte Emerenzia) debout, ayant à sa droite un homme presqu'à genoux, et à sa gauche un autre homme debout (peut-être saint Pierre, dont le souvenir remplit ce cimetière), fait au suppliant signe d'entrer. Les fouilles exécutées dans les cimetières souterrains de Naples, de Syracuse, etc., font découvir les mêmes scènes (2).
Mais, au sortir de la vie, toutes les âmes ne parviennent pas immédiatement au terme heureux. Elles peuvent avoir des fautes à expier, et les chrétiens restés sur terre ont le devoir de prier pour obtenir la fin de cette expiation. Un savant protestant du dix-septième siècle, que j'ai déjà nommé, Spon, dans une lettre au P. de La Chaize, repoussait cet article de foi parce que, dans les épitaphes anciennes, il n'avait trouvé, disait-il, aucune mention du mot purgatoire ou de tout autre mot équivalent. Cette affirmation, à laquelle les protestants ont donné une grande publicité, fut attaquée par les
(i) Bullettmo, 187(3, p. i^q. — {2) Bullettino, iSjj, p. 162.
catholiques; de nos jours, un de nos plus savants épigraphistes, M. E. Le Blant, Ta encore réfutée avec une érudition, on peut le dire, accablante. Spon se trompait ici, — comme il se trompait au sujet de la Messe et de FEucharistie, — par ignorance, et dans son ignorance, il prétendait s'en rapporter aux seules lumières de son esprit. Ces mots, que l'antiquaire lyonnais du dix-septième siècle cherchait en vain, disait-il, se lisent au contraire très-fréquemment sur les anciennes épitaphes dans le sens propre qui leur convient. Au canon de la messe, PEglise demande pour ceux qui ne sont plus un lieu de rafraîchissement, de lumière et de paix : locum refrigerii, lucis et pacis ut indiilgeas deprecamur. La liturgie n^a pas d^autre expression pour désigner le Purgatoire. Or ces vœux et ces prières de l'Eglise se retrouvent énoncés dans les mêmes termes sur les tombes chrétiennes. On demande le rafraîchissement : ob refrigerivm ; on prie Dieu de rafraîchir Tâme : antonia anima dvl-
CIS TIBI DEVS REFRIGERET. — DEVS CHRISTVS OMNIPO-
TENS REFRIGERET SPIRITVM TVVM. REFRIGERA DEVS
ANIMAM (l). VICTORIA SPIRITA VESTRA DEVS REFRI- GERET ZOTICEDVLCI, etc..
Voilà comment on prie pour les morts ! C'est la même expression employée par Tertullien lorsqu'il disait : Pro anima ejiis orat et refrigerium
(() Réponse à une lettre du i3 janvier 1680, in-S», i858.
intérim expostulat ei ji). Cette idée de rafraîchissement, il ne faut pas s^y tromper comme M. Raoul-Rochette, n^a aucun rapport avec celle de Peau froide donnée par Osiris. Le chrétien prie pour Pâme souffrant dans un lieu d^expiation, le Purgatoire, où il y a besoin de rafraîchissement, et pour cette âme il réclame le repos dans le bonheur, Spiritus inbono quiescat ; — Spiritus tuus in bono sit ; acclamations, saints plein de foi, substitués par le chrétien au froid Vale des païens (2). Ajoutons de suite que ce lieu de rafraîchissement et de repos est souvent demandé par Pintercession des saints et des martyrs : Refrigeri tihi domnus Ipolitus; — Refrigeri Januarius^ Agatopus^ FelicissimuSy martyres^ disent des inscriptions trouvées par M. de Rossi, toutes deux antérieures à la paix dePEglise. Mais n'anticipons pas sur le paragraphe suivant.
[i] De Monogamia, c. 10. — (2) M. de Rossi, Roma sotter., t. H, p. 3o5.
Des Saints. — Antiquité de la croyance à 1 intercession des saints; prières qui leur sont adressées; des noms et des signes qui les distinguent — Des reliques des saints ; du vase de sang.
Une des questions qui divisent ou qui divisaient, — car aujourd'hui, après la négation radicale du surnaturel par une certaine école, il s'agit bien de cela entre les divers membres de la société chrétienne ! — une des questions qui divisent les protestants et les catholiques est la légitimité de l'intercession des saints. Les catholiques invoquent les saints comme des intercesseurs auprès de Dieu ; les protestants rejettent cet acte à la fois comme une idolâtrie et comme une nouveauté. Nous n'avons à nous occuper que de ce dernier côté de la question. Nous verrons s'il est vrai que les germes de la croyance à l'invocation des saints s'aperçoivent seulement au cinquième siècle (i).
Si, comme nous l'avons dit plus haut, un temps vint où l'on s'estima heureux de reposer près des corps des saints, où, pour satisfaire ce désir, et sans crainte de mutiler les fresques, on ouvrit des
(i) Les inscriptions concernant le culte des saints sont rangées au musée du Latran dans la neuvième classe.
loculi dans les parois réservées aux peintures, bien avant ce temps on exprima le souhait d'être un jour réuni dans la paix avec les saints, et on les invoqua pour obtenir cette grâce : vt vivant cvm Boxo ; PETE PRO NOBis FELIX '. « Dcmaude pour nous Félix » (ou « toi qui es heureux » ^ . domina bassilia
COMMANDAMVS TIBI CRESCENTINVS ET MICINA FILIA NOS-
TRA : « Dame Basilie, nous te recommandons Crescentinus et Micina notre fille. » in orationis tvis
ROGES PRO NOBIS QVIA SCIMVS TE IN ^ [Christo) /
« Intercède pour nous en tes prières, car nous te savons avec Jésus-Christ, » etc.
On pourrait citer de nombreuses inscriptions analogues, pour attester Fusage de Finvocation des saints par les fidèles. On les priait même pour les besoins de la vie temporelle : otia petite et pro PARENTE ET PRO FRATRiBvs Eivs : « Demandez le repos et pour notre père et pour ses frères. » petite
SPIRITA SANCTA VT VERECVNDVS CVM SVIS BENE NAVIGET :
« Demandez, sainte âme, que Verecundus et sa famille fassent une heureuse traversée , » disent deux inscriptions qui ont une saveur particulière d'antiquité classique.
Les saints étaient des avocats dont on réclamait avec confiance la protection pour plaider auprès de Dieu : cviqve pro vitae svae testimonivm [sia SANCTi martyres apvd devm ET ^^ [Clwistum] ervnt ADvocATi, dit une inscription du quatrième siècle, trouvée en 1864 dans Féglise Saint-Laurent in
agro vcrano (ij. Une peinture de ce même cimetière nous montre deux personnages, deux saints probablement, dit M. de Rossi , soulevant un rideau (le rideau qui fermait le cabinet, sécrétarium^ cil le juge était assis) et introduisant Tâme de la défunte représentée par une Orante (2) ; c'est la représentation matérielle de la puissance de la prière des saints.
On le voit, les mérites que par leur vie et leur mort les saints et les martyrs s'étaient acquis auprès de Dieu, étaient reconnus des fidèles, et M. de Rossi a vu dans le mot ajouté postérieurement sur Tépitaphe du pape Fabien un exemple d'une canonisation de martyr. Lors de la mort, on écrivit FABIANOC Eni lo-y.oTroTr, puis, plus tard, ou ajouta en abrégé les lettres ap fuâpTup), sans doute après l'enquête et le jugement de l'Eglise.
Dans les peintures on ne mit d'abord sur la tête des saints aucun signe particulier. Mais on emprunta ensuite aux païens le nimbe dont ils entouraient la tête de leurs faux dieux et de leurs divins empereurs. Dans les coupes du troisième siècle, aucun signe ne distingue la tête de Notre-Seigneur. Dans la mosaïque de Sainte-Constance, datant du quatrième siècle, dans une peinture au cimetière de Saint-Cyriaque et dans l'oratoire privé décou-
(i) Buîlettino, 1864, p. 84, et i865, p. 53. Martigny, Dict. des antiq., p. 586. — (2) BuUettino, i863, p. 76.
vert en 1876, près les Thermes de Dioclétien, datant du quatrième siècle, Notre-Seigneur a seul un nimbe sur la tête ; les Apôtres n'en ont pas encore. Au cinquième siècle, le nimbe fut plus généralement employé, mais il ne paraît pas toujours ; depuis la fin du septième siècle, au contraire, le nimbe fut attribué indifféremment à tous les saints, aux anges, etc. ji).
Quel que fût le signe extérieur qui désignât les corps des personnes éminentes en sainteté ou qui avaient versé leur sang pour attester leur foi, on les avait déposés avec honneur dans leur tombe, on les avait enveloppés parfois de vêtements précieux, de tissus d'or, comme le fut le martyr Hyacinthe dont le P. Marchi découvrit les restes. Avec quel soin également on conservait, quand on pouvait se les procurer, les instruments sanglants du martyre, ces crocs, ces ongles de fer, ces fouets composés de chaînettes de bronze avec des boucles de plomb, tous ces objets de torture, aujourd'hui l'ornement du musée chrétien du Vatican; une médaille en plomb du quatrième siècle, où le martyre de saint Laurent est représenté, a frappé l'attention de M. de Rossi, qui y voit le plus ancien exemple parvenu jusqu'à nous du supplice d'un martyr historiquement représenté ; surtout avec
(i) Revue de l'art chrétien, mars et avril 1868, du Nimbe, par M. le comte de Grimouard de Saint-Laurent. Bulleitino, i863, p. 77.
quel empressement, quel respect et quel amour on recueillait leur sang jusque sur le lieu où if avait coulé ! Des éponges en étaient imbibées, et le sang, exprimé ensuite dans des fioles de verre ou parfois dans des vases de terre, était ensuite placé à rentrée ou à côté de la tombe. Mais je touche ici à Tune des plus graves et délicates questions qui aient occupé les savants.
Dès 1609 on commença à discuter sur les indices au moyen desquels on pouvait distinguer les tombeaux des martyrs de ceux des autres fidèles ; le cardinal Ginetti demanda alors au P. Bruni, prêtre de rOratoire, de lui donner son avis sur les signes propres à le guider dans cette étude. Deux sacristes pontificaux traitèrent le même sujet ; mais au lieu de suivre la voie tracée par Bosio, indiquée par la science, de mentionner les découvertes avant dUnterpréter les monuments, des archéologues catholiques, vivement attaqués sur ce sujet par les protestants, émirent immédiatement des conclusions qui purent paraître contestables, et donnèrent lieu à des discussions aujourd'hui encore non apaisées. Le protestant Basnage, désireux de surprendre l'Eglise en flagrant délit d'erreur, soutint qu'en l'absence d'une inscription positive toujours rare, et qui ne pouvait se rencontrer que dans les cryptes historiques, rien n'attestait l'emplacement d'une tombe de martyr. Le sédiment couleur rouge foncé, resté au fond des vases, n'était plus, selon
lui, du sang, mais du vin provenant des agapes. Leibnitz, dont Tesprit voulait aller au fond des choses, soumit le résidu d'un de ces vases à une analyse chimique , y reconnut plutôt du sang qu^une autre matière, et écrivit avec une admirable bonne foi à Fabretti, pour lui faire connaître le résultat de son expérience. L'opération ayant été renouvelée à Milan, en 1845, par le chimiste Broglia, en présence de nombreux témoins, amena le même résultat. Le sédiment qui était au fond de la fiole fut constaté être du sang. Récemment, M. Michel de Rossi a publié le procès-verbal d'une analyse chimique et microscopique faite avec beaucoup de soin d'un résidu trouvé dans une fiole posée sur un loculus du cimetière Saint-Saturnin, sur la voie Salaria. Ce résidu était du sang (i) .
(i) Roma sotter., t. III, p. 707-716. Des expériences faites en Angleterre rendraient assez douteuse, dit la Revue critique (1872, 2^ sem., p. 191), la présence du sang dans les vases de verre. Des morceaux de verre provenant de soixante vases ayant été soumis à des expériences par le chimiste attaché à l'observatoire de Greenwich, il paraîtrait que le dépôt rougeâtre ne serait pas sur le verre, mais dans le verre, souvent sur le dehors aussi bien qu'en dedans; que ce dépôt serait de l'oxyde de fer avec traces de potasse et de soude, mais vingt, trente, cinquante fois en plus grande quantité que n'en produirait le fer contenu dans le sang ou le vin qui aurait rempli le verre, etc.. Il en résulterait donc que le sédiment rougeâtre ne serait dû qu'à l'action du temps. Mais d'où proviennent ces vases? Leur authenticité est-elle hors de contestation ? Ces points étaient d'abord à établir, et c'est ce qui n'a pas eu lieu. Les expériences faites par M. Paul Desaint, membre de l'Institut, professeur à la Sorbonne»
La doctrine soutenue par Basnage ayant été examinée à Rome par la Congrégation proposée aux saintes Reliques, cette Congrégation rendit, le 10 avril 1668, un décret, ratifié par le pape Clément IX, déclarant que la palme et le vase teint du sang des martyrs devaient être des signes trèscertains pour distinguer les vraies reliques des fausses (i). Après ce décret, un savant religieux, Mabillon, discuta cette question et insinua, dans une lettre anonyme sur le culte des saints inconnus (2), qu'à Rome on procédait sans discernement dans la reconnaissance des reliques des martyrs. Bientôt averti de sa témérité, Mabillon se soumit, par respect pour le Saint-Siège, tout en réservant son opinion (3), et publia, avec l'approbation de la Congrégation, de nouvelles éditions de sa lettre (en 1705 et 1707). Ciampini devait répondre à Mabillon; mais la mort Payant surpris, Boldetti reçut Tordre de préparer un traité canoni-
démontrent au contraire que dans de semblables vases le résidu est du sang. — (i) Gum de notis disceptaretur ex quibus verae sanctorum martyrum reliquiae a falsis et dubiis dignosci possint, sancta Congregatio censuit palmam et vas illorum sanguine tinctum pro signis certissimis habenda esse, dans Décréta aiithentica sacrœ Congre gatioyiis Indulgentiis sacrisque reliquiis prcepositœ, ab anno i 668 ad annum i86j, accurate collecta ab Aloysio Prinzivalli, Bruxelles, 1862. — (2) Epistola Eusebii Romani ad Theophilum gallum de ciiltu sanctorum ignotorum, reproduit dans Analecta, édit. in-fo, 1723. — (3) L. du 12 fév. lyoS, citée par E. Le Blant, D'une publ. nouv. sur la question du vase de sang, p. 4.
que sur les reliques des saints : ce fut Torigine de son grand ouvrage, paru en 1 720, Osserva^ioni sopra i cimeteri.
Toutefois la controverse ne s'apaisa pas. Le pape Benoît XIV publia, le 20 avril 1746, une lettre apostolique, véritable dissertation sur la matière, où il confirma le décret de 1668 (i). La discussion s'assoupit, bien que Muratori, l'abbé di Costanzo, Gaetano Marini, etc., ne parussent pas convaincus, lorsque de nos jours, en i838, un archéologue éminent, M. Raoul-Rochette (2), supposant que tous les vases des Catacombes avaient dû contenir des parfums, renouvela Topinion que le vase trouvé près d'un tombeau ne pouvait fournir une preuve du mantyre. Réfuté par le P. Secchi (3), par Mgr Bartolini (4), M. Raoul-Rochette, en véritable savant, ne fit aucune difficulté de se rétracter. Le 6 août 1841, il avoua, dans une lettre au P. Secchi, qu'il avait contesté ce point sans ravoir suffisamment examiné, et il déclara donner aux doctrines soutenues par le docte jésuite « un assentiment complet et sans ré-
{\] Bullarium romanum,]id. Luxemb. 1758,1. XIX, append., p. V[II. « Nulli unquam venit in mentem dubilatio, » dit le Pape, « quod corpus in Catacumbis romanis inventum cum vasculo sanguinis, aut pleno, aut tincto, non sit corpus alicujus qui mortem pro Christo sustinuerit. » — (2) Mémoires de l'Acad. des Inscript., t. XIII, p. 66. — (3) San Sabiniano, martire, 1841. — (4) Traduct. de son écrit dans les Annales de Phil. chrét., déc. 1841, mars 1842.
serve (i). » Jamais, du reste, la Congrégation n'a prétendu que le vase seul fût une preuve du martyre ; elle a parlé du vase contenant du sang.
Le débat, cette fois, allait-il être clos? Non, car en i855 un Mémoire anonyme, dont le savant Père V. de Buck s'est ensuite déclaré l'auteur, parut à Bruxelles sous ce titre : De Phialis rubricatis quitus martyrum Romanorum sepulcra dignosci discuntur observationes [2].
Suivant le P. de Buck, les fioles ordinaires auraient contenu, mais rarement, du sang naturel, le plus souvent des restes de Poblation de la messe. En i858, M. E. Le Blant publia, dans un autre sens, une brochure intitulée : La question du vase de sang (in-S*' de 38 pages). En reconnaissant que la matière contenue dans les vases n'était pas du vin eucharistique, comme, après Basnage, M. Ch. de Rémusat Fa répété encore depuis (3), M. E. Le Blant voyait dans les vases, ou le sang était constaté, du sang de martyr recueilli sur le lieu du
(i) Sa lettre dans les Trois Rome, par M. l'abbé Gaume, t. IV, p. 563. — (2) Cet ouvrage de 263 pages, tiré à 20 exemplaires, demandé au savant Bollandiste par ses supérieurs, ayant été ensuite supprimé par leur ordre, quelques exemplaires ont seuls échappé. Nous en parlons d'après M. Caillette de l'Hervilliers {Atinales de Philos, chrét., février 1864, p. 100), l'anonyme de la Revue critique (1871, 2^ semestre, p. 1 58) et M. E. Le Blant (ouv. cités). — (3) Revue des Deux- Mondes, i5 juin i863. M. de Rossi a dit de cet article : « Ivi sono inesatezze ed errori scusabili in chi non professa la scienza antiquaria. » (Bullettino, i863, p. 56.)