I. \'iiir plus loin, au chap. x, pi. XIX
vers ou contradictoires se retrouvent à la fois, ampliiics et déformés, dans les deux textes grec et latin de sa vie légendaire, rédigés vers la rin du v"^ siècle et reproduits par le recueil des Acta sanctoriim à la date du 21 janvier, jour de sa fête annuelle. Tout d'abord Agnès écarte le fils du préfet de Rome, qui voulait l'épouser; dénoncée comme chrétienne, elle ne consent pas à se faire vestale et subit l'exposition dans un lupanar; mais la protection de Dieu la préserve miraculeusement de toute souillure : ses cheveux s'allongent pour couvrir sa nudité, un ange l'enveloppe de lumière et lui apporte une tunique; le fils du préfet, qui porte la main sur elle, tombe mort; elle le ressuscite; comme le préfet n'ose pas continuer son procès, le vicaire Aspasius Paternus ordonne de la conduire au bûcher; les flammes l'épargnent; elle est enfin égorgée; ses parents l'ensevelissent dans une propriété de leur famille, praedioliun, sur la voie Nomentane ; plus tard elle guérit Constantina, Hlle de l'empereur Constantin, qui lui élève une basilique et fait construire tout à coté son propre tombeau.
En réalité, nous ne connaissons ni le nom véritable de la martyre, ni l'époque de sa vie. Le nom d'Agnès n'est qu'un surnom rnvstique, comme celui de Lucine; c'est la transcription de l'adjectif grec â-;//,, pure, qu'on rapprochait symboliquement du mot latin Agiiits, agneau. Les inscriptions découvertes dans la catacombe ne permettent pas de dire à quelle famille appartenait la sainte; les unes, les plus nombreuses, mentionnent des Flavii.des Aelii, des Ulpii, des Aurelii, pour la plupart affranchis de la maison impériale; les autres, les plus an-
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ciennes, des Clodii de naissance libre; ces faibles indices ne suHîsent pas pour rattacher Agnès, comme nn a voulu le faire, à la ^eiis Cludia. 11 n'est pas prouvé non plus qu'il faille la compter parmi les victimes de la persécution de Valérien ; sans doute le proconsul d'Afrique qui condamna saint Cvpricn à l'exil en 257 s'appelait Aspasius Paternus, comme le vicaire du préfet de Rome que citent les Actes de sainte Ai^nès; mais les règles précises et invariables de la carrière des honneurs et de l'avancement des fonctionnaires n'auraient pas permis de passer directement, vers les années 2bj-2b(), d'une fonction subalterne de la préfecture urbaine au proconsular d'Afrique et encore moins de celui-ci à celle-là; d'ailleurs, le vicariat de la préfecture urbaine n'existait pas au temps de N'alérien et ne fut créé qu'un demi -siècle plus tard, sous Dioclétien. C'est plus probablement au règne même de Dioclétien qu'il convient de rapporter de préférence le martyre de sainte .Agnès; la rigueur de la dernière persécution expliquerait l'odieuse cruauté des supplices infliges à cette enfant de douze ans.
Le cimetière de Sainte-Agnès fut très tôt reconnu et exploré, grâce aux indications précises des textes et à l'existence de la basilique constaniinienne élevée sur le tombeau de la sainte. Le Père Marchi v fit des fouilles, ainsi que dans une catacombe voisine, le coemeterium Majiis du Martyrologe hiéronvmien. Comme Bosio, Marchi croyait qu'ils ne formaient tous deux qu'un seul ensemble, auquel il donnait le nom unique de Sainte-Agnès Des recherches plus complètes, dues à J.-B. de Rossi et à l'un de ses
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disciples préfères, Mariano Armellini ', ont montré qu'il y avait là deux nécropoles distinctes, quoique contiguës et reliées peut-être, à un certain moment, par des galeries de communication. La catacombe de Sainte-Agnès est peu étendue' et ne compte que deux étages ; sa décoration était très pauvre ; on n'y a pas rencontré de peintures murales. Peu de cimetières, cependant, sont aussi intéressants à visiter, parce qu'il en est peu d'aussi bien conservés ; sauf aux abords immédiats de la basilique, les galeries funéraires ont gardé leur aspect primitif; la plupart des loculi sont restés inviolés jusqu'à nos jours et Ton y a retrouvé les restes intacts des chrétiens de l'époque impériale. Une première légion, où Ton a déchiffré des épitaphes grecques et latines remarquables par leur brièveté et par le ferme dessin de leurs caractères, remonte jusqu'au ir" siècle. La seconde région est celle du tombeau de sainte Agnès et de la basilique constantinienne ; elle date du m" siècle. La troisième, du iv^ siècle, comprend un grand nombre de galeries, avec des inscriptions l'ort intéressantes et souvent très développées; dans la principale crvpte, assez grande pour servir jadis de lieu de réunion à l'occasion des cérémonies liturgiques, on remarque sur les cotés six colonnes taillées dans le tuf et au fond un arcosoliiim anonyme; on l'appelle la crvpte de Sabina, du nom d'une chrc-
1. M. .Vrmiu.lini, // cimitero di Sauf Agncse. Rome, 1880; Do.M H. Leci.ercq, au mot /Ig'/jè^, dans le Dictiotni. d'archénl. chrét. et de liturgie, l, p. ()i8-9G6.
2. De là le nom de coemcteriiim Majus donné à la catacombe voisine, beaucoup plus grande; par rapport à celle-ci, la catacombe de Sainte-Agnès est \c coemcterium Minus.
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tienne qui était enterrée au-dessus de ïarcosoliuiu où reposait, comme nous le dit l'épitaphe, son père adoptif. A l'extrémité de celte troisième région, dans la direction du cocmeteriu?n Majus, se trouve un ancien arénaire, utilisé pour recevoir des sépultures ; l'une des tombes est fermée par une plaque de marbre avec un médaillon hexagonal contenant, en pâte d'émaux et en lamelles d'os coloriées, le portrait de la défunte, Ulpia Sirica : cette œuvre, unique en son genre, est Tune des plus curieuses de la Rome souterraine. Enfin la quatrième région, du iv^ et du v= siècles, s'étend jusqu'au mausolée de Sainte- Constance ; elle est constituée par la réunion de six hypogées païens, tardivement annexés à la catacombe et convertis en ciibiciila chrétiens; l'un d'eux était le columbarium d'un collège de Pitanistes, c'est-à-dire d'adorateurs d'Apollon Pajan.
A l'intérieur de Rome, place Navone. l'église de SanfAgnese in agone passe pour être construite à l'endroit même où s'élevait le mauvais lieu dans lequel Agnès fut enfermée; de fait, la place Navone occupe l'emplacement du stade de Domitien, et les arcades des stades, des cirques, des théâtres étaient fort mal famées. La basilique de Sainte-Agnès-horsles-murs fut bâtie, d'après le Liber pontijicalis, pendant le règne de Constantin, sur l'ordre de l'empereur et à la prière de sa fille Constantina, dans la deuxième région de la catacombe, à la hauteur du second étage, dont elle bouleversa la topographie. Plusieurs fois remaniée et restaurée, elle est ornée à l'abside d'une très belle mosaïque du vu* siècle, où l'on voit Agnès debout entre les deux papes Synimaque et Honorius I" . L'autel est élevé au-dessus de
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son ancien tombeau. Une plaque de marbre de'couverte en i883 et qui formait sans doute la partie antérieure de l'autel du iv'= siècle porte une imat^c d'Orante en bas-relief, accompagnée des mots SCA AGN ES écrits en petites lettres ; c'est la plus ancienne représentation liguréc de la sainte; très jeune, les cheveux noués sur le haut de la tête, elle est vêtue d'une tunique à larges manches et d'une longue dalmaiique. Le 7 octobre i6o5, le cardinal Sfondrati retrouva sous la confession une tablette de marbre supportant deux squelettes; ce seraient ceux d'Agnès et de sa sœur de lait Emérentienne ; le pape Paul V les Ht enfermer, dix ans plus tard, dans une châsse d'argent que des fouilles récentes, entreprises en 1901 par les chanoines de Latran, gardiens de la basilique et de la catacombe, ont ramenée à la lumière; il serait à souhaiter que cette châsse fût ouverte, pour que l'on procédât à la reconnaissance et à l'identirication des reliques. D'autre part, un coffret d'argent du xin*^ siècle, précieusement conservé au ^ancta Sanctoriim du Latran et ouvert pour la première fois en iqo5, renferme une tète d'enfant qui serait, selon la tradition, la tète même de sainte Agnès. Le corps de la basilique est-il décapité? Bosio le dit, mais le procès-verbal officiel de i6o5, publié par Boldetti, donnei-ait à entendre le contraire. Seule une confrontation des deux reliquaires permettra de résoudre ce problème '.
Tout auprès de la catacombe et de la basilique se dresse un petit édifice circulaire du iv^ siècle, qui fut
I . Cf., outre l'ouvrage déjà cité du Père Jubaru, Bacci et .VNiiii.iNi, dans io .Vi/oi'o Biillett., ujoG, p. 77-88.
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longtemps designé à tort sous le nom de temple de lîaccinis : les scènes de vendanges figurées sur la voûte avaient tait croiie que le dieu de la vigne v était jadis adoré. C'est, en réalité, un monument lunérairede la famille de Constantin, à laquelle appaitLMiait le tei'rain enviionnant. On l'appelle maintenant, et plus justement, le mausolée de sainte Constance '; le nom de Consiantia n'est qu'une abréviation populaire de celui de Constantina ; l'édifice fut construit entre les années 337 ^^ 35 o, par une fille de l'empereur Constantin, celle même que mentionnent les .Ic'fc'.v de sainte Agnès; elle épousa tour à tour Annibalien etGallus; son portrait et celui de son premier mari apparaissent, en buste, au centre de la volite. Le dôme du mausolée est soutenu par vingt-quatre colonnes accouplées de granit; toute sa décoration, malheureusement gâtée au xvue siècle par des restaurateurs maladroits, consiste en mosaïques d'une heureuse composition et d'un goût charmant, chef-d'œuvre de l'art chrétien au iv« siècle; la coupole est divisée en onze compartiments que remplissent, harmonieusement distribués, des dessins géoméiriques, des fleurs et des pal mettes, de gracieuses figurines, des scènes de la vie rurale, récolte de la vigne et fabrication du vin, et des pampres de vigne largement étalés où bondissent des Amours. D'autres mosaïques, dans les absides latérales, représentent Dieu le Père révélant la Loi ancienne à Moïse et Jésus-Christ révélant la Loi ncjuvdle à
I. KûNSTLE. dans la Ram. Qitaitalsclir., 1890, p. 12-24; I". Savio, dans les Atti delV Acad. dellc Science di Torino, 1906-1907. p. (359-0G9 et p. 7l->2-74i.
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saint Pierre. Les restes de Constance reposaient dans un grand sarcophage de porphyre, transféré à la tin du xvin'' siècle au musée du Vatican; sur les quatre faces sont sculptés des pampres et des Amours, d'une facture très lourde, qui n'ont certes pas l'élégance de ceux des mosaïques.
Les Actes de sainte Agnès racontent que sa sœur de lait Emérentienne, qui était peut-être une affranchie au service de sa famille, l'accompagna fidèlement jusqu'au lieu de son supplice et vint ensuite prier sur sa tombe ; les païens la tuèrent à coup de pierres et elle fut enterrée " sur les confins du petit domaine de la très sainte Agnès », in confinis agelli bcatissimae Agnetis. La crypte de sainte Emérentienne a été découverte, en iSjSjdansIa caiacombe de la voie Nomentanc qui fait suite à celle, beaucoup plus petite, de sainte Agnès et que le Martvrologe hiéronymien appelle coemeteriinn Majus\ le cimetière Majeur '; cette crypte comprend deux parties se faisant suite, à droite et à gauche de la galerie qui v conduit : on remarque d'un côté une grande arcade voûtée, deux colonnes, des niches dans les murs pour déposer les objets liturgiques, une chaire taillée dans le tuf et au fond, derrière l'emplacement de l'autel, un arcosolium vide avec les vestiges d'une inscription, presque toute effacée, en l'honneur d'Emérentienne ; de l'autre côté, deux colonnes également ; la première partie était réservée sans doute au cierge et aux hommes, la seconde aux femmes;
I. J.-B. DE Rossi, dans le Biillett. di aiclieol. crist., 1867, p. 37-41-!; 1S73, p. 1C1-1G2; iNyb, p. i5o-i.'i3 et pi. XI; 1880, p. (JG-()8 ; M. Armf.llim, Scoperta dclla ciipta di sant' Emcrcuyiana, Rome, 1877.