‹ Les catacombes de RomeChapitre 63 sur 100 · Graffiii de la crypte papale à Saint-Calliste · texte numérisé non relu

Graffiii de la crypte papale à Saint-Calliste

illul.. M, pi. X\x).

E. LEROUX, Edit.

H. DemoJlin, se.

LES CAÎACOMBKS DE ROME I JQ

ici luxe. S'ils n'étaient que mauvais! Mais ils sont vides d'histoire, obscurs, et ne contiennent guère que des banalités '. »

De toutes les inscriptions damasicnncs, la plus célèbre est peut-être la grande dédicace de la crypte papale au cimetière de Cal liste, que de Rossi a retrouvée brisée en plus de cent morceaux et qu'il a pu reconstituer presque toute entière à sa place primitive ' :

Hic coiif^csta jcicct^ qudC)-is si lurba piorum : Corpora sanctoriim rctincnt vcncranda sepiilcra ; Sublimes animas rapiiit sibi ref!;ia caeli. Hic comités Xysti portant qui ex hostc tropaea. Hic numerus procerum scfvat qui altaria Christi, Hic positus longa vixit qui in pacc sacei\ios, Hic confessores sancti quos (}raecia misit. Hic iuvenes pucrique, senes castiquc nepotes, Quis mage virgineum plaeuit retinci-c puJorem. Hic fateor Damasus volui mea eondere membra. Scd cineres timui sanctos vexarc piorum.

« Ici git rasseniblée, si tu veux le savoir, une foule de lidèles ; les corps des saints sont conserves dans ces vénérables sépulcres ; le royaume du ciel a tiré à lui leurs âmes sublimes. Voici les compagnons de Sixte, qui portent les trophées enlevés à l'ennemi; voici de nombreux chefs, qui gardent les autels du Christ; ici repose un pontife qui a vécu dans une longue paix, ici les saints confesseurs que la Grèce

1. L. DuciiiiSNK, Histoire ancicnitc de l'I'^lisc, 11, p. 483.

2. J.-B. DE Rossi. Roma sultcnaiiea. II. pi. II, i. \'oir cicnntrc, pi. X, i.

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nous envoya, ici des jeunes gens et des entants, des vieillards et leurs chastes descendants, qui ont tenu à conserver une virginale pudeur. Ici, Je l'avoue, moi aussi, Damase, j'aurais voulu que mes restes fussent déposés, mais j'ai craint de troubler les cendres saintes des fidèles. >-

Quelques-uns des successeurs de saint Damase, les papes Sirice à la fin du iv^ siècle (384-399 , Boniface I^"" 1418-422 et Sixte III '432-440) au début du v% Vigile au vi'' (5 38-55 5;, ont fait mettre, comme lui, des inscriptions en vers dans les chapelles funéraires les plus fréquentées de la Rome souterraine. Mais à partir de cette époque, en même temps que l'on cesse d'utiliser les catacombes comme lieux de sépulture et qu'elles deviennent avant tout des centres de culte et de pèlerinage, apparaissent des documents épigraphiques d'un genre nouveau et très différent. Les visiteurs des galeries cimétériales ne résistent pas à la tentation de graver sur la pierre ou le stuc des murailles, à la pointe du stylet, leurs noms et quelques pieuses exclamations. Ces graffiti ou proscynèmcs, qui ressemblent par leur tracé rapide et l'incorrection de leur libellé aux^rt?/- /ffi païens de Pompéi, sont l'expression spontanée d'une ardente piété populaire : on invoque les saints ensevelis dans les catacombes, on leur recommande des parents défunts, on implore leur protection pour les vivants. Aux noms propres à forme latine se mêlent des noms barbares du moyen âge ; pendant de longs siècles les Romains de naissance et les pèlerins étrangers se sont plu à inscrire dans les cimetières de la Campagne ces témoignages de leur dé-

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Votion ; ils n'ciaicnt nulle p^ari aussi nombreux qu'auprès des tombes hisioriques, qu'ils aidcni maintenant à ideniitier. L'une des parois de la crypte papale à Saint-Callistc est entièrement recouverte de graffiti de toutes les époques, écrits parfois les uns par dessus les autres et très difficiles à déchiffrer '; nous y lisons des exclamations admiratives [Jeriisale civitas et ornamcntiim martyriim, « c'est ici la cité de Jérusalem et la glorihcaiion des martyrs »;. des appels au pape saint Sixte II, enseveli dans cette chapelle et particulièrement cher aux Romains Saute Sixte in lucnte habeas in Iwrationes Aurelin Repentinit, « Saint Sixte, n'oublie pas dans tes prières Aurclius llepcntinus »), des souhaits mystiques {Ut Vericiindus ciim suis bene naviget, « que Verecundus et les siens fassent une heureuse navigation », c'est-à-dire : « qu'ils arrivent heureusement à la vie éternelle »), des supplications {Pete pro me Eustacliium, « Prie pour moi Eustachius »), etc. Ces textes naïfs n'ont pas le bel aspect des épitaphes métriques du pape Damase ; ils représentent simplement l'apport modeste et tardif des chrétiens les plus humbles à l'ornementation des catacombes.

L'art de la mosaïque, opiis musivum, si répandu dans tout le monde païen, en Egypte et en Italie, en Gaule et en Afrique, était appelé à prendre par la suite, au sein de l'art chrétien lui-même, lors de la construction des grandes basiliques de Rome, de Ravenne et de Byzance, une importance considérable et un magnifique essor. Il tient cependant très

I. J.-B. Di: Russi, Tvooia sotto ra):ca, II, pi. XX.X. \'oir cidessus, p. 178, pi. X, 2.

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peu de place dans les cimetières souterrains ' ; les surfaces maçonne'es où viennent s'encastrer les cubes de marbre et d'émail y étaient rares ; en outre, l'éclairage insuffisant et l'absence de recul atténuaient la vivacité des couleurs et les empêchaient de se fondre harmonieusement. A peine peut-on signaler çà et là, au iv^ siècle, quelques niches d'arcosolia rehaussées d'opiis musivum ; à Saint-Hermès quatre petites scènes bibliques, dans le cimetière des Saints-Pierre-et-Marcellin une colombe et des entrelacs, au musée du Latran un coq combattant. Les mosaïques les plus remarquables des catacombes romaines sont deux portraits de la première moitié du iV siècle, découverts en i656 au cimetière de Cyriaquc et conservés à la Bibliothèque Chigi; ils représentent, comme nous l'apprennent les inscriptions, Flavius Julius Julianus et sa femme Maria Simplicia Rustica, en buste, les mains levées dans l'altitude de la prière ; il faut en rapprocher le portrait d'Ulpia Sirica à Sainte-Agnès, en pâtes d'émaux et en lamelles d'os coloriées. Dans les cimetières de Prétextât et des Saints-Pierre-et-Marcellin, M. Kanzler a pu étudier, sur des tombes jadis ornées de revêtements d'opiis musivum dont les petits cubes sont tombés, les procédés techniques des premiers mosaïstes chrétiens', précurseurs des grands artistes qui devaient accomplir d'admirables prodiges à Sainte-Maric-Majcure etàSaint-Apol!inaire-//z-C/^.v5(?.

1. E. MûNTZ, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de France, LU, 1891, p. 297-322; J.-B. di: Rossi, Miisaici cristiani dcllc cliicsc di Ronta, Rome, 1872-1900, préface; pi. I et IX d.

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