‹ Les catacombes de RomeChapitre 64 sur 100 · CARACTERES GENERAUX DES PEINTURES CIMETERIALES · texte numérisé non relu

CARACTERES GENERAUX DES PEINTURES CIMETERIALES

C'est surtout aux peintures que les chrétiens des premiers siècles ont eu recours pour décorer les catacombes. On a retrouvé un grand nombre de fresques sur les murs et les voûtes des cimetières souterrains, et chaque année les fouilles qui se poursuivent en font connaître de nouvelles. Beaucoup ont péri depuis leur découverte, soit par la faute des hommes, qui ont négligé de les mettre à l'abri des dégradations ou qui môme les ont détruites, soit par reflet du temps, de l'air et de la lumière, qui effacent les vieilles couleurs. Pour garder tout au moins le souvenir de ces œuvres délicates, fatalement condamnées à disparaître, il importait d'en publier des images fidèles. Les gravures de la Roma sotterranea de Rosio i632 et des Osserva-{ioni de Boldetti (1720) sont encore utilement consultées ^; grâce à

1. L'ouvrage essentiel sur les peintures des catacombes est celui de MgrJ. Wii.pert, paru simultanément en allemand et en italien :Die Malereien der Katakomben Roms, Fribourg-cn- Brisgau ; Roma sotterranea. Le pitture délie catacombe romane, Rome, iQoSjUn volume de texte avec 54 gravures et un volume de 267 planches, dont i33 en couleurs. L'auteur s'était préparé à sa tâche par quinze années de travail et par la publication d'une longue série d'articles ou de mémoires sur des points particuliers de ce vaste sujet.

2. J. WiLi'ERT, Die Katakombengemàlde iind ilire altcn Cofien, Fribourg-en-Brisgau, 1891.

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elles, des peintures qui n'existent plus aujourd'hui ont été sauvées de l'oubli ; mais elles ne méritent pas une entière confiance et, dans le détail, leur exactitude laisse fort à désirer. Les prétendues copies en plusieurs teintes du recueil de Perret (i85 i-i855) ne sont pas moins éloignées des modèles dont elles s'inspirent ; si elles respectent le contour général et la disposition d'ensemble, elles ne rendent ni l'expression des visages, ni les plis des draperies, sans parler même des nuances de la coloration. L'entreprise de Perret eut, malgré tout, un bon résultat: elle piqua d'émulation les Romains et permit à de Rossi de trouver plus facilement les appuis et les subventions nécessaires pour l'exécution coûteuse des planches en couleur de sa Roma sotterranea (i 866-1 878). Celles-ci marquent sur les précédentes un progrès immense, bien qu'elles ne conservent pas complètement aux fresques leur apparence véritable, avec les cassures de la superficie. Les héliogravures en noir qui illustrent l'ouvrage de RoUer sur Les catacombes de Rome (1881) sont faites d'après d'excellentes photographies; elles ont la sincérité absolue qui est en cette matière la première et principale qualité; la photographie saisit l'image brute, telle qu'elle est, sans y rien changer, tandis qu'un dessinateur ou un copiste, quoi qu'il fasse, interprète forcément ce qu'il a sous les yeux. Mgr Wilpert, qui s'est voué à l'étude des peintures cimétériales, a pu profiter enfin de tous les perfectionnements techniques réalisés depuis cinquante ans ; il a fait le relevé complet des fresques encore apparentes et nettoyé prudemment, sans se servir d'acides corrosifs, toutes celles que la poussière ou l'humidité

avaient endommagées; ses photographies, prises à la lumière artificielle, ont été coloriées d'après les originaux par raquarclliste Tabanelli et reproduites à l'aide de procédés mécaniques; il était impossible de pousser plus loin le scrupule et de mieux réussir à fixer en traiis inaltérables la vraie phvsionomic des antiques peintures chrétiennes.

Les décorations murales des catacombes ont été exécutées à la fresque ' : le peintre appliquait ses couleurs au pinceau et à l'eau sur le revêtement encore trais des parois. Les recherches de M. Donner von Richter ont prouvé qu'il en était de même à Pompéi, où l'on ne s'est servi que rarement de la détrempe \ Les artistes anciens, pa'iens ou chrétiens, apportaient un soin tout particulier à la confection de l'enduit sur lequel ils peignaient leurs fresques : de sa solidité dépendait la durée des œuvres. Il fallait, d'après Vitruve, jusqu'à cinq couches successives de chaux et de pouzzolane ou de ciment marmorin, six d'après Pline. On ne put se conformera la lettre, dans les catacombes, aux prescriptions minutieuses des théoriciens. La faible consistance du tuf granulaire obligeait à simplifier le revêtement qu'on imposait aux murailles et à ne pas lui donner plus d'un centimètre d'épaisseur totale. Jusqu'au milieu du iii= siècle il y a toujours deux couches superposées, l'une de chaux et de pouzzo-

1. .1. W'iLi'KRT, Sitlla tcciiica dcllc pittiirr ciiuitoiali c siillo stato di luru coM4cri't7^/o»u», dans les Dissert, délia pontif. Accad. rum. di aichcol., série II, tome V, 1894, p. ir)f)-2ig.

2. Donner von Riciitkr. en tctc du livre de W. Hklbig, Die Wandgemàlde dey von Vesuv verchiittcten Stddte Cainpatiicns, Leipzig, 1868.

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lane, l'autre de chaux et de poussière de marbre, — trois, par exception, dans la crypte de saint Janvier au cimetière de Prétextât; ensuite, on ne trouve plus jamais qu'une seule couche. Quelquefois il était nécessaire de maintenir ce ciment en place, le long des plafonds, à l'aide de clous de fer ou de chevilles de plâtre. L'examen des particularités techniques que présente l'enduit aide puissamment à fixer la chronologie des peintures ciméiériales : en règle générale, il est d'autant plus fin et mieux fait qu'il remonte à une époque plus reculée.

Sur cette préparation, les contours du dessin étaient tracés d'abord légèrement, soit avec une pointe métallique, soit, depuis le iii<^ siècle, avec un pinceau; on étalait ensuite les couleurs. Le rouge, le brun, le jaune, le vert et le blanc dominent ; les fonds restaient presquetoujours uniformes et clairs; les chairs variaient du brun au jaune rosé; les ombres apparaissaient en brun ou en rouge. On évitait les tons violents et crus; toute la coloration était douce et atténuée, sans grand éclat.

Les peintres des catacombes romaines ne nous sont connus que par leurs œuvres, dont aucune n'est signée, et par deux ou trois inscriptions funéraires. Ils étaient organises sans doute en ateliers, où des apprentis et des manœuvres travaillaient sous la direction d'un chef; plus d'une foison est tenté d'attribuer, avec beaucoup de vraisemblance, toute une série de fresques d'un cimetière au même artiste ou du moins au même atelier; les peintres ont dû se transporter aussi d'un cimetière à l'autre : certaines fresques des catacombes de Priscillc et de Prétextât semblent bien émaner des mêmes auteurs, Parmi

ces artistes et ces artisans, il n'y avait point de grands maîtres, de puissants génies créateurs, capables d'imaginer des genres ou des sujets entièrement nouveaux. Mais ils étaient tous, ou presque tous, des techniciens habiles, rompus à la pratique de leur métier, sachant mettre en valeur, le plus heureusement possible, les éléments artistiques qu'il leur était permis d'utiliser. Leur invention est pauvre; ils ne puisent qu'à deux sources : les modèles classiques de l'art paien et les enseignements dogmatiques de l'Eglise chrétienne. Ils représentent toujours les mêmes scènes, et presque toujours de la même façon ; les détails peuvent varier, la disposition générale reste, en somme, identique. L'histoire de Jonas, les banquets célestes, les images d'Orantes sont répétés à profusion. Il n'est pas inutile de noter que l'on constate aussi à Pompéi cette réapparition quelque peu monotone des motifs et des types une fois adoptés. En revanche, et comme à Pompéi encore, ces peintres se recommandent par de précieuses qualités d'exécution. Nous ne devons pas leur demander assurément d'atteindre à l'absolue perfection des formes ni d'achever leurs tableaux ; trop souvent les incorrections de leur dessin et les maladresses de leur coloris nous choquent ; ils ne sont presque jamais en état de produire sur nous une impression de profonde et sereine beauté; ils travaillent vite et ne s'attachent qu'auxeifets d'ensemble; leur art est avant tout décoratif. Du moins, dans ces limites, font-ils preuve d'une rare souplesse et d'une remarquable ingéniosité.

Peignant dans le sous-sol, et avec un éclairage très défectueux, des murs inégaux sans cesse interrompus

par les ouvertures des niches mortuaires, ils ont su tirer parti de ces irrégularités mêmes : des ornements divers encadrent les tombes, les voûtes se transforment en berceaux de feuillage, s'égaient d'architectures légères ou de paysages, qu'entourent des guirlandes. Les fresques du ciibiciilum d'Ampliatus au cimetière de Domitille et de la Chapelle grecque au cimetière de Priscille rappellent, par leur composition et leur tonalité, celles de la maison dite de Livie au Palatin et de maintes habitations pompéiennes. Des lignes droites ou courbes qui se coupent divisent les parois en compartiments; les sujets particuliers prennent place dans des panneaux carrés ou rectangulaires, au milieu d'accessoires variés. Les peintres chrétiens se sont efforcés surtout de décorer très richement les niches des arcosolia et les plafonds des cryptes historiques. Les plafonds, qui sont le chefd'œuvre de cet art, s'ordonnent symétriquement, à l'imitation des voûtes peintes et peut-être aussi des pavages en mosaïque dans les éditices païens: au centre un médaillon, circulaire, carré, hexagonal ou octogonal, contient une figure d'assez grandes dimensions, qui domine tout le reste et attire de prime abord les regards; autour de ce motif principal sont disposés d'autres médaillons plus petits, en nombre variable, avec des personnages secondaires ; dans les intervalles, aux angles et sur les bords, des figurines, des animaux, des dessins géométriques remplissent les espaces vides. Dans une des cryptes de Lucine au cimetière de Calliste (première moitié du n* siècle ; "Wilpert, planche 2 5 ') on voit au centre de la voûte

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