Voir ci-contrc, pi. XIX
PI. XiA.
E. LEROI.X, EJit.
H. Dcmoulin, se.
i.r.s Catacombes nr. rome
muni L-n avant d'un ou de plusieurs becs, en arrière d'une anse ronde et forée; des sujets en relief décoraient la partie supérieure du récipient, percée d'un trou pour verser l'huile : ces ustensiles communs et vulgaires comportaient ainsi un élément d'ornementation artistique; l'étude des motifs qu'on v voit figurés et qui varient selon les époques et les pays otire un très réel intérêt'. Les chrétiens se servaient souvent, sans scrupules, de lampes fabriquées dans des ateliers païens et représentant des scènes mvthologiques ou des nudités; les Pères de l'EgUse protestent avec indignation contre cet abus dangereux'. Mais certains artisans travaillaient aussi pour la clientèle chrétienne et livraient aux acheteurs des lampes à emblèmes mystiques ou à sujets bibliques; on connaît à Rome Tune de ces officines, celle du potier Annius Serapiodorus, qui imprimait son nom en abrégé, ANXISER, sur ses produits. Par leur aspect et leur technique les lampes chrétiennes ne se distinguent en rien des autres ; toute la ditlérence, ici aussi, est dans la nature du décor. Celles de bronze, par exemple, portent en relief la croix ou la colombe; elles ont souvent plusieurs becs et affectent des formes assez compliquées. Sur celles de terre cuite reparaissent, une fois de plus, le Bon Pasteur, l'ancre, le poisson, etc ; jusqu'au iv* siècle elles sont faites avec une argile fine et légère, et modelées avec élégance; plus tard elles s'alourdissent et s'épaississent; les arts industriels subissent le contre-coup de la décadence iiénérale.
I. M. Raikr, Der Bildcrschmuck friihchrisilicher Toiilamfoh (jrcifswali-i. ny-.
Lies CATACOMBES DE ROMK
Parmi les vases recueillis dans les catacombes romaines, il faut signaler surtout deux séries d'objets dont rinterprétation a donne matière à de vives controverses.
Les premiers sont de petits vases à long col, en terre cuite, en albâtre ou en verre, qui se trouvent souvent à l'intérieur des sépultures; les chrétiens nV'taient pas seuls à s'en servir; on les rencontre dans les nécropoles antiques de tous les temps et de tous les pays. Les modernes ont cru d'abord qu'ils étaient destinés à recevoir les larmes que versaient, pendant la cérémonie des funérailles, les parents et les amis du défunt et que l'on tenait à déposer auprès de sa dépouille mortelle ; de là le nom de « lacrymatoires » qu'on leur a attribué. En réalité, ces prétendus lacrymatoires n'étaient que des vases à parfums; comme les païens, les chrétiens des premiers siècles plaçaient à côté de leurs morts des flacons d'onguents précieux et d'aromates.
On désigne sous le nom d' « ampoules de sang « des fonds de coupes en terre cuite ou en verre, attachés ou scellés extérieurement sur les tablettes qui fermaient l'ouverture des lociili ; quelques-uns portent inscrites des formules d'acclamation joyeuse; presque toujours ils contiennent un résidu de substance rougeàtre et desséchée '. D'après Bosio, ce seraient tout simplement les débris d'anciennes ampoules d'eau bénite. D'après l'opinion la plus répandue, reprise encore par F.-X. Kraus en 1868, la substance rougeàtre qu'ils renferment serait du
I. DoM H. Leclkrcq, article Ampoules de sang, dans le Dictiunu. d'archcol. cliràt. et de Htiirgie, I, p. 1747-1 77^-
LKS CATACOMBi:S DK ROMK 245
sang Cl ils indiqucraicni à chaque fois l'emplacement authentique et certain d'une tombe de martyr; nous savons par les vies des saints que les fidèles conservaient soigneusement le sang des victimes des persécutions; quelques gouttes de ce précieux liquide auront été placées partout sur leurs sépultures comme un signe apparent de reconnaissance. Dès le XVII'" siècle Mabillon,dans sa Lettre sur le culte des saints inconnus, formulait les plus expresses réserves au sujet de cette théorie aventureuse. En i85 5, le Père V. de Buck, BoUandiste, dans un mémoire très important, tiré seulement à vingt exemplaires', fit valoir contre elle quelques-unes des objections insurmontables qu'elle soulève ; à son avis, le résidu qu'on remarque sur les ampoules n'est pas du sang, mais du vin, provenant de l'oblation eucharistique : de nombreux documents nous attestent que les espèces consacrées étaient regardées comme des sauvegardes toutes puissantes; elles écartaient de la tombe les influences mauvaises ; selon le mot de saint Jean Chrysostome, « là où est le Christ, le démon n'ose entrer. *- Edm. Le Blant, qui a consacré à cette question plusieurs articles pénétrants % tient lui aussi les ampoules pour des phvlactères, mais il estime qu'elles étaient remplies du sang des martyrs, et non de vin eucharistique; seulement, à la différence de la plupart de ses prédécesseurs, il ne
1. V. Di: Buck, De pliialis nibiicatis quitus martyrum romanorum sepulcra dignosci dicimtw obscrvationes, Bruxelles,
2. Kdm. Le Blant, La question du vase de sang, Paris, iS38 : Bulletin de la Société des antiquaires de France, i8r)4. p. icx) et suiv. ; Revue archéologique, iSho. XIX, p. 429-446.
246 Lies CATACOMBES DE ROME
croit pas que le sang d'un fond de coupe scellé soit celui du chrétien enterré à cet endroit et qu'il témoigne de son martyre : c'était une relique, un souvenir du supplice de quelque illustre victime, que l'on mettait par dévotion sur les tombeaux des simples fidèles.
Ce problème délicat est loin d'être résolu. Il faudrait savoir d'abord, par l'analyse chimique, si les particules rougeàtres visibles au fond des coupes sont réellement des restes de sang ou de vin, — ou si elles ne résultent pas, comme on l'a prétendu, d'un travail externe de décomposition moléculaire du verre ou de la terre cuite sous la seule action du temps ; les observations, d'ailleurs contradictoires, que l'on a faites jusqu'ici n'ont pas porté sur une assez grande quantité d'objets et ne présentent pas les garanties nécessaires de publicité et de précision. S'il était prouvé que les ampoules contenaient à l'origine une substance organique, vin ou sang, on aurait le choix entre les deux hypothèses du Père de Buck et d'Edm. Le Riant; l'une et l'autre s'appuient sur des témoignages liiii'raires et épigraphiques d'un grand poids; celle d'Edm. Le Blant est, croyons-nous, plus simple et plus vraisemblable.
En tout cas, il paraît impossible désormais de considérer scientifiquement la présence d'une « ampoule de sang >■ comme le signe caractéristique d'une tombe de martyr. Les seuls textes qui parlent d'un pareil vase à propos des cérémonies de lacicpositio des marivrs nous disent toujours qu'on le mettait à l'intérieur de la sépuhure, auprès du corps, comme les ■■ lacrvmaioires. » Le I^ère Marchi et
LKS CATACOMBES U12 ROMK 247
.l.-B. de Rossi ont reirouvé de nos j(uirs les lombeaux i;iiacts de deux personnages qui ont péri de mort violente au temps des persécutions, saint Hyacinthe et saint Corneille : ils n'étaient pas ornés de r '< ampoule de sang ». 11 semble bien que l'unique marque extérieure dont les papes du moyen âge tenaient compte en procédant à la reconnaissance des reliques qu'ils enlevaient des catacombes ait été la mention du titre de martyr sur les épitaphes ; or dans les temps modernes on n"a jamais découvert de pareilles inscriptions à coté des ampoules. Il est vrai que, selon Kraus, celles-ci auraient servi précisément, pendant le règne de Dioclétien, à distinguer les tombes des victimes trop nombreuses à qui l'on n'avait pas eu le temps de décerner, par la procédure de la vindicatio, le titre officiel qu'ils méritaient si bien. Mais les premiers chrétiens attachaient trop d'importance à cette désignation honorifique pour prodiguer ainsi, sans enquête préalable et sans jugement rendu, des marques de respect qui en auraient tenu lieu. D'ailleurs, les loculi munis de vases de sang ne datent pas tous du règne de Dioclétien : les inscriptions qui les décorent nous montrent que certains d'entre eux sont plus anciens et beaucoup d'autres plus récents, postérieurs même à la fin des persécutions. Ajoutons que la rédaction de ces textes s'accorde mal avec la qualité que l'on prête aux fidèles qu'ils concernent; s'il s'agissait de véritables martyrs, on aurait évité les formules vagues et banales, presque païennes d'accent ; on aurait évité aussi les invocations suppliantes, les appels à la protection des saints en faveur du mort : ceux qui donnaient leur
248 LES CATACOMBF.S DE ROMK
vie pDLir le Christ entraieni aussitôt cians l'ctcrnité bienheureuse. Ces arguments et quelques autres encore, que le Père de Buck et Le Riant ont développés, rendent bien difficile la défense de l'ancienne théorie.
Ce qu'il y a de plus original dans le mobilier funéraire des catacombes, ce sont les verres dorés. L'industrie de la verrerie était déjà très importante dans Tantiquiié païenne; elle ne pouvait manquer de prendre un grand développement chez les chrétiens; ceux-ci, en dehors même des usages courants de la vie domestique, avaient besoin d'ampoules, de holes, de plats pour leurs cérémonies religieuses; il était naturel qu'ils lissent appel constamment aux services des verriers. On a trouvé dans les cimetières souterrains : I" des pâtes colorées imitant les pierres fines, les médaillons ou les monnaies, notamment des « têtes de clous » avec des figures mythologiques, et de petits disques avec l'efïigie des empereurs; on les encastrait souvent dans la chaux encore humide qui bouchait les lociili\ 2° deux fragments de verres peints sur un de leurs côtés; tous deux proviennent d'hvpogées de la voie Salaria nouvelle; ils représentent le premier des oiseaux et des fruits, le second de petits personnages; 3° des verres formés de couches superposées, aux teintes variées : sur la couche inférieure, qui constitue le fond, sont soudées des pièces travaillées à part; un vase à boire du cimetière de Calliste, en verre blanc, porte sur ses parois des coquillages et des poissons; 4" des verres taillés ou gravés à coups de roulette, avec des inscriptions ou des scènes svmboliqucs : par exemple, au musée Kircher, des pécheurs
LES CaTACOMBF.S DI: ROME 24<)
avec leurs filets; 3' enfin et surtout des verres dorés '.
Pour fabriquer ceux-ci, on insérait entre deux lamelles de verre, que Ton soudait ensuite au four, une mince feuille d'or, découpée de manière à reproduire une inscription, un portrait ou même un sujet à plusieurs personnages; l'image d'or était vue par transparence; elle ornait le fond de vases ou de coupes que les chrétiens employaient comme calices et qu'ils utilisaient dans leurs agapes ou repas religieux. Ces vases et ces coupes étaient extrêmement fragiles; leurs débris seuls sont parvenus Jusquà nous; les fonds eux-mêmes ont été presque toujours endommagés. Nous en connaissons un grand nombre; Garrucci énumère trois cent quarante exemplaires; le catalogue dressé par M. V'opel en 1899 compte cinq cent trente-huit numéros. Tous proviennent de Rome et datent, comme en témoignent la forme des lettres et les costumes, du m" et du iv siècles, de l'année 25o environ à Tannée ?5o; ils sont très rares dans les cimetières les plus anciens .Priscille, Domilille. Prétextât, Saint-Calliste; cet art est donc nettement localisé dans l'espace et le temps: il n'appartient qu'à une seule ville et qu'à une seule époque. La conservation des fragments, après que les pièces entières eurent été brisées, s'explique par l'usage qu'on en a fait : on les déposait à l'intérieur des sépul-
I. F. BuoNARROTTi, Osseivj^ioiii sofia jlciDii fiammeiiti di vasi antichi di vetro, ornati di figure, tiovati >iei cimiteri di Roma, Florence, 171G: R. Garrlixi, Vetri ornati di figure in oro, trovati nei cimiteri dei cristiani primitivi di Ronia, Rome, iS3>S; 2* édition, 1864; H. Vopel, Die altcliristlichcn Goldglàser, dans \cs Arclidologisclie Studicn de J. Ficker. V, iSm).
turcs ; on les insérait, comme les pâtes colorées, dans la maçonnerie des lociili ; on les enchâssait, en guise de médaillons décoratifs, dans de grandes coupes nouvelles. Quelques verres dorés des catacombes, où Ton distingue des Hgures mythologiques, telles que les trois Grâces ou les travaux d'Hercule, et des svmbolcs juifs, comme le chandelier à sept branches ou l'arche d'alliance, paraissent sortis d'ateliers païens et judaïques. D'autres contiennent des scènes de genre chasses, artisans avec les insignes de leur profession) et des scènes de famille (les deux époux, seuls ou avec leurs enfants). La plupart répètent les épisodes de l'Ancien et du Nouveau Testament que traitaient aussi de préférence les peintres des fresques cimétériales et les sculpteurs des sarcophages; on v i-emarque cependant plusieurs autres sujets : Josué arrêtant le soleil, Joseph dans la citerne. Ailleurs, les artistes s'essayent à imiter les vastes compositions des mosaïques absidiales dans les basiliques : par exemple, le Christ donnant la loi. Il faut mettre à part la série des portraits, tantôt isolés, tantôt groupés deux à deux ou disposés en cercle autour d'un médaillon central : le Christ, la Vierge, les apôtres Pi erre et Paul; les papes, Calliste, saint Sixte, Marcellin; les martvrs romains, saint Hippolytc, saint Laurent, sainte Agnès surtout '. Comme l'a remarqué M. Vopel,les saints que le calendrier rapprcjche sont associés aussi sur les mêmes verres. Par leur Hnesse d'exécution et par leur intérêt iconographique, ces petits objets sont tout à fait dignes de l'attention que les archéologues, depuis Bolletti, n'ont cessé de leur accorder.