Les catacombes de Rome [microforme]
I1 me semble que l’on pourrait, sans témérité, appliquer à Rome, les paroles que saint Bernard écrivait de la Vierge-
ére : nunquam salis ; Car, quiconque étudie son histoire et les monuments qu’elle renferme, y trouve un sujet inépuisabie de louange et d’admiration.
Tous les titres de gloire lui appartiennent. C’est une ville unique dans l’univers ; elle est pour ainsi dire de création divine, et nous l’ä&ppelons éterneile.
C’est la patrie de tout le monde, et le :
sanctuaire de la grande famille chrétienne. On y voit dominer la tête de l’Eglise, on y sent battre son cœur.
Prononcer son nom, c’est rappeler la défaite honteuse du paganisme, les travaux des Apôtres, les souffrances des martyrs, les triomphes de la croix. Il y a
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en elle une vie qui se renouvelle sans cesse, la tendresse d’une mère, et le zèle d’un Dieu.
C’est une mère, et ses fils l’aiment d’un amour tendre et fort ; c’est une reine puissante, et ses oracles font incliner les fronts.
D'où lui vient donc ce prestige ? Quelle a été depuis tant de siècles la cause de cette incomparable gloire ? C’est que Rome a été constituée ici-bas la gardienne de la vérité. Le Christ mourant tourna vers elle ses regards et son cœur ; il y mit en dépôt les révélations divines qu’il avait faites aux hommes, et, par ce choix, il l’éleva à la dignité d’un tabernacle contenant le Verbe de vie.
Il y a près de dix-neuf cents ans que Rome enseigne le monde, employant des formules diverses, s’accommodant aux besoins des temps, et au caractère des peuples, mais sur ses lèvres immaculées, on n’a toujours recueilli que l’immuable vérité.
La vérité! nous la trouverons, sans
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Jean dE COSRERNRT
doute, écrite sur toutes ces vieilles bulles pnatificales entassées, depuis des siècles, dans les augustes archives du palais des papes. Mais la Providence nous ménageait encore un autre bienfait. Elle voulait, qu’à Rome, les pierres elles-mêmes et les tombeaux eussent leur voix, que le peuple croyant eût aux jours de lutte, outre l’enseignement vivant et infaillible de V'Église, un autre témoignage irrécusable de ja divinité de sa foi, et que le Credo chanté sous le dôrae des grandes basiliques, fût écrit par des milliers de martyrs. en lettres de sang, jusque dans les fondements de la ville sainte.
Pendant que les tout-puissants empereurs embellissaient leur cité, se faisaient ériger des arcs de triomphe, élevaient aux fausses divinités des temples somptueux, le peuple chrétien creusait ses cimetières, travaux gigantesques auxquels la postérité étonnée devait donner le nom de Rome
souterraine : car, c’est véritable ment une autre Rome, avec son histoire, ses souvenirs, ses monuments, sa population de
naemeranee man 3-8
vierges et de martyrs. L'Église sait, que : là, reposent les r remiers-nés de sa glorieuse
: famille, et elle veille sur leurs tombes avec É la tendresse d’une mère penchée sur le ' ; berceau de ses enfants. |
Madame de Staël, dans un livre célèbre où elle a consigné ses impressions et ses l{ sentiments, a écrit ces lignes que nous cro- | yons devoir relever ici: ‘ Je ne vous mè- | nerai point aux catacombes, dit Corinne à lord Nelvil, quoique par un hasard singu- | lier, elles soient au-dessous de cette voie Appienne, et qu’ainsi, les tombeaux repo- | sent sur les tombeaux. Maïs cet asile de |
ARRETE NÉS Es
| chrétiens persécutés a quelque chose de si | sombre et de si terrible, que je ne puis me
résoudre à y retourner. Ce n’est pas cette |
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mélancolie touchante que l’on respire dans
les lieux ouverts : c’est le cachot près du 4 sépulcre, c’est le supplice de la vie à côté J des horreurs de la mort. Sans doute, on | se sent pénétré d’admiration pour les hom- |
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{ siasme, ont pu supporter cette vie souter-
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il raine, et se sont ainsi séparés entièrement
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du soleil et de la nature ; mais l’âme est si mal à l'aise, dans ce lieu, qu'il n’en peut résulter aucun bien pour elle....
Allons plutôt voir la pyramide de Cestius.” (1)
Evidemment, ce n’est pas le sentiment catholique qui a dicté ses lignes. Plusieurs de nos lecteurs ont vu la pyramide de Cestius, et ce monument, nous en sommes sûr, ne les a pas fortement impressionnés. Dans les catacombes, au contraire, ils ont senti leur Âme s’émouvoir; ces sépulcres, ces chapelles, ces galeries silencieuses ne les ont pas remplis de stupeur: ils ont aimé à se dire les frères de ceux dont ils touchaïient les tombes, 1ls ont compris que la religion et l'amour, et non ‘“ la seule passion de l'enthousiasme, ” rassemblaient les chrétiens dans ces cryptes ténébreuses.
Sur ces marbres funéraires, rien poux attrister les regards ; pas une malédiction contre les persécuteurs, pas une plainte au milieu de Ja souffrance ; au contraire, la résignation, le courage, une
(1) Corinne ou l'Italie, p. 96.
à -10 LES CATACOMBES DE ROME % espérance surnaturelle ressortent de tou- ‘| tes les inscriptions, respirent sur toutes les | peintures.
ï Non, ce n’est pas le chant lugubre qui 4 retentit sur un cercueil, c’est l'hymne joyeux qui se module, auprès du berceau R d’un enfant qu’on endort. Loin de se sen- D tir mal à l’aise dans ces lieux, l’âme y | déploie facilement ses ailes, et prend son essor vers une région supérieure. Elle ÿ \ ill puise pour les luttes de la vie de nouvel- | les forces, elle y voit les dogmes qu’elle professe briller d’un nouvel éclat, et elle s'écrie avee non moins de bonheur que
|| sous l£& coupole de Saint-Pierre : le catho- [l licisme est divin. Ici, c’est la gloire du il triomphe, là, c’eëc l’héroïsme du martyre ; mais toujours c’est le même témoignage
14 rendu à la même foi.
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Depuis quelques années, les catacombes ont été l’objet d’études toutes spéciales.
L’archéologie, après avoir iongtemps vécu d’hypothèses, est devenue une science véritable, comptant parmi ses maîtres les hommes les plus illustres, ayant sa méthode, ses principes et ses lois.
Elle n’est encore, on peut le dire, qu'à sca Aurore, mais un magnifique horizon s'étend devant elle, et déjà, elle a fait les découvertes los plus étonnantes et les plus inattendues. Bientôt, elle deviendra poui le théologien et le philosophe chrétien, une science presque indispensable, elle aura sa place marquée dans tout ouvrage sérieux de controverse, d’apologétique et d'histoire religieuse.
On en comprend facilement la raison.
La question des origines du christianisme est d’une importance capitale : c'est sur
ce terrain, que nous rencontrons aujJourd’hui les adversaires de nos croyances religieuses. Le surnaturel est nié ; l'Eglise est regardée comme une institution humaine, admirabie sans doute, mais soumise à la loi du progrès, sans symbole fixe et déterminé, sans unité, changeant avec les siècles, et, de temps en temps, pour terminer une querelle qui s'élève dans son sein, définissant un dogme ignoré de l’antiquité. Avant tout, il nous faut donc établir l’apostolicité de nos croyances, l’identité de notre Credo avec celui des prédicateurs de l'Evangile et de leurs fidèles disciples.
Or, par une Providence toute spéciale, les premiers chrétiens qui vivaient au centre de l'Eglise, nous ont eux-mêmes transmis les enseignements qu’ils tenaient des Apôtres ; car dans leurs cimetières, ils ont exprimé de la manière la plus saisissante, la foi vive qu'ils avaient au cœur. Cette foi divine qu'ils confessaient devant lee magistrats, et au milieu des supplices, ils la proclamaient jusque dans la mort. Sur
leurs tombeaux, une main amie venait graver quelques paroles, ou tracer une image souvent sans art, mystère incompréhensible pour les païens, mais qui rappelait clairement aux disciples de la religion nouvelle, un de leurs dogmes consolateurs.
Ces ouvriers obscurs travaillaient-ils pour la gloire ? Assurément non. Jamais ils n’ont songé à se faire eonnaître, ils n’ont signé aucun de leurs ouvrages. Et pourtant, n’a-ton pas trouvé, dans la catacombe de Sainte-Agnès, telle tête du Christ devant laquelle Ingres versa des larmes d’admiration ? Aülleurs, il y a certains visages de madone et d'enfant, dont la suave beauté fait penser aux œuvres du pieux Fra Angelico. Qui eût dit à ces modestes artistes, la scrupuleuse étude ont chacun de leurs coups de pinceau serait un jour l’objet ? Eux-mêmes ne le soupçonnaient certainement pas. Ils ne songeaient qu’à glorifier le Maître souverain de leur intelligence et de leur cœur, à rendre hommage à la foi de leurs frères martyrs, à ré-
pandre sur leurs tombeaux l'expression d’un amour plus fort que la mort. C'était là leur unique ambition ; et cependant, sans le savoir, ils travaillaient pour l’Eglise militante des siècles à venir. De leurs inseriptions et de leurs peintures, ils ont composé un livre précieux et sublime, dont l’authenticité ne saurait être au- Jourd’hui révoquée en doute, et à chaque page duquel la théologie est heureuse de puiser de nouveaux arguments contre le sophisme et l’erreur.
Les Pères de l'Église écrivaient, dans une langue que Cicéron n'aurait pas comprise, ces catéchismes immortels, et ces
ouvrages que l’on dirait dictés par l'Es-
prit divin lui-même ; ils enseignaient le peuple, mais le peuple enseignait, lui aussi, au milieu des tombeaux. Les premiers laissaient au monde des chefs-d’œuvre d’éloquence ; le peuple gravait sur la pierre quelques brèves formules, dessinait au plafond de ses chapelles de mystérieux emblèmes, des images, expressions de ses croyances, et ainsi, il répandait un éclat
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merveilleux sur les textes dogmatiques de l'Evangile, et sur tous les monuments de la tradition apostolique.
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C’est à ce point de vue surtout, c’est-àdire dans leurs rapports avec la théologie, que les catacombes présentent le plus haut intérêt; mais il est un fait qu’il importe souverainement d'établir d’abord :
c’est celui de leur origine exclusivement chrétienne.
De vives discussions s’élevèrent au siècle dernier, à ce sujet, et nous n'avons pas lieu de nous en étonner. Les catacombes, en effet,— on en jugera pas la description que nous en ferons dans un instant—supposent des travaux dont l’immensité confond l'imagination. Comment ne voir en elles que l’œuvre des chrétiens ? Comment ces hommes, contre qui l'empire romain était conjuré, et dont les rangs étaient si souvent décimés par la persécution, ontils pu exécuter ces excavations gigantes ques ? Echappèrent-ils pendant des siècles
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à la vigilance de leurs tyrans? Mais cela
est inadmissible. Avait-on connaissance de leurs travaux? Maïs alors, étaient-ils protégés par les lois, et, poursuivis dans Rome, comme des contempteurs de la Divinité et des ennemis de l'Etat, avaient-ils sous terre droit de refuge et de cité ?
À ce difficile problème on répondait par une hypothèse qui semblait toute naturelle. Les catacombes ne sont pas, disaiton, l'ouvrage exclusif des chrétiens, elles n’ont pas été creusées dans le seul dessein de servir de cimetières. Bosio (1) garda le
(1) Bosio est le père de l’archéologie chrétienne, Il naquit à Malte, et exerça à Rome la profession d'avocat, vers le milieu du seizième siècle. L'étude des catacombes fut pour lui une passion, il y consacra sa vie Il a laissé d'immenses manuscrits. ‘* Deux de ses volumes renfermant deux mille pages in-folio, et cinquante pages de table, écrites de sa main, montrent qu’il avait lu et annoté tous les Pères grecs, latins, orientaux, toutes les collections des canons et des conciles, les lettres des papes, les histoires ecclésiastiques, les vies des saints, un nombre immense de traités de théologie, en un mot, tout écrit
silence sur leur origine, mais ses successeurs Severano, Boldetti, Bottari, d’Agincourt, et plusieurs autres, émirent une explication que divers textes anciens confirment, et qui se concilie à merveille avec la situation faite dans l'empire, au christianisme naissant.
Les Romains savaient que le sol de leur campagne contenait d'excellents matériaux pour les constructions, tels que le tuf, et le sable appelé pouzzolane. Ils en orérèrent l'extraction, mais, de telle manière, qu’en pratiquant à la surface du sol de petites ouvertures, et en pénétrant à vingt ou trente pieds sous terre, ils purent extraire les matériaux dont ils avaient besoin, et cependant laisser à peu près intacte la superficie de la rampagne. Ces excavations, connues sous le nom d’arénaires, où carrières de sables, sont mentionnées plus d’une fois, dans les ouvrages
dars lequel il croyait pouvoir trouver quelque chose se rapportant à l’étude qui remplissait sa vie, *’ (Rome souterraine, par Northcote et Browlow, p. 8.)
de Cicéron, de Suétone et de Vitruve.
Elles furent l’origine des catacombes : les chrétiens persécutés y trouvèrent un asile, ils les agrandirent, lorsqu'ils en sentirent le besoin, et ils y enterrèrent leurs morts.
C’est ce que suppose Delille dans son poème de l’Imagination :
Sous les remparts de Rome, et sous ses vastes
[plaines,
Sont des antres profonds, des voûtes souterrai- [nes,
Qui, pendant deux mille ans, creusés par les [humains,
Donnèrent leurs rochers aux palais des Romains. Avec ses monuments et sa magnificence,
Rome entière sortit de cet abîme immense, Depuis, loin des regards et du fer des tyrans, L'Eglise, encor naissante, y cacha ses enfants, Jusqu'au jour où, du sein de cette nuit profonde, Triomphante, elle vint donner des lois au monde, Et marqua de sa croix les drapeaux des Césars.(1)
L'abbé Rohrbacher, dans son Histoire de l’ Eglise, enseigne la même chose sans émettre le moindre doute : ‘ Ces dortoirs souterrains, dit-il, en parlant des catacom-
(1) Chant VI.
bes, divisés, chacun en plusieurs branches, entourent la ville de Rome, et forment dans leur ensemble une Rome souterraine.
C’étaient, dans l’origine, des carrières de sable pour bâtir les murs de la ville. Les chrétiens s’en servirent pour y enterrer leurs morts. De là, bientôt, la nécessité de les agrandir. ” (1)
Cette théorie que l’on s’efforçait d’ap- | puyer par plusieurs textes tirés du Liber :| Pontificalis, et des Actes des Martyrs, a
à été généralement admise, presque jusqu’à la moitié de ce siècle.
Mais les études approfondies du P. Mar-
Lx chi, illustre savant de la compagnie de
jh à Jésus, ont amené d’autres conclusions. La
(4) première hypothèse a été complètement {
abandonnée, et, il y a peu d’années, dans
un livre magnifique qui résume tous les | travaux antérieurs, deux archéologues an- | glais éminents, Northcote et Browlow, ont
LH écrit : ‘“ Il est aujourd'hui reconnu, par
L | S tous ceux qui ont examiné de près les ca- É
tacombes, qu'elles furent destinées à la
ÉS (2) T, V. livre XXX VIII, p. 877, 8e édit,
sépulture, et aux assemblées religieuses des seuls chrétiens. Les découvertes modernes ont également démontré qu’elles furent originairement creusées dans ce dessein, Personne ne voit plus en elles des sablonnières, ou des carrières abandonnées, que les chrétiens auraient adoptées à leurs usages. ? (1)
Ce point important établi, il fallait l’expliquer, et c’est ce qu'a fait, avec une érudition et une science prodigieuses, le premier des archéologues modernes, M. le commandeur de Rossi. (2) Nous ne pouvons écrire ce nom sans lui payer un Juste tribut d’admiration et de reconnaissance.
M. J.-B de Rossi jouit d'une réputation européenne, ou plutôt universelle, et les ouvrages qu'il a publiés, jusqu’à présent, suffisent pour l’immortaliser. Initié dès sa
nes)
(1) P.39.—Cet excellent ouvrage a été traduit en français par M. Paul Allard et nous ne saurions trop le recommander à ceux qui voudraient faire une étude spéciale des catacombes de Rome.
(2) Le commandeur de Rossi est décédé depuis.
jeunesse aux mystères de la Rome souterraine, par le célèbre Père Marchi, dont il fut l’heureux disciple, il marcha sur ses traces avec une infatigable ardeur. Mais bientôt il surpassa son maître, l’expérience vint justifier sa méthode et vérifier ses conjectures ; le monde savant accueillit ses paroles presque comme des oracles, et lui décerna avec raison le beau titre de Christophe Colomb des catacombes.
Il trouva dans son frère, M. Michel de Rossi, un auxiliaire précieux qui s’attacha surtout à étudier ia géographie et La topographie des cimetières chrétiens ; mais lui, voua sa carrière à la partie archéologique, c'est-à-dire à l'étude des monuments et des inscriptions. |
Depuis plus de trente ans, on peut dire qu’il a vécu sous terre, au milieu des tombeaux, et dans les bibliothèques, parmi les in-folios des Pères de l'Eglise, allant aux sources, procédant toujours avec prudence, interrogeant les itinéraires des siècles antérieurs, documents précieux trop peu consultés par ses devanciers, ne recu-
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lant devant aucune fatigue, et ne s’arrétant, qu'après avoir trouvé la solution du problème qu'il s'était posé. Ces vieilles pierres, ces fragments de marbre, ces cryptes silencieuses, 1i les aime avec passion, il en parle avec éloquence, je dirai même avec attendrissement. Comme il va prier avec un bonheur ému, auprès de la glorieuse dépouille de cette jeune noble romaine, à la fois vierge, épouse et martyre, dont il parvint, après de laborieuses explorations,à découvrir le tombeau ! Depuis le neuvième siècle, sainte Cécile reposait au Transtévère, et y recevait les hommages de la vénération des fidèles. (1) Mais on ignorait en quel endroit des catacombes avaient d’abord été déposées ses précieuses reliques. M. de Rossi nous le révéle.
Après des fouilles persévérantes, il aperçut un jour, dans une chambre du cimetière de Saint-Calliste, au sommet d’une des parois, ‘ l’image peinte d’une jeune sainte
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(1) Le pape Pascal l'avait fait transférer, l’an 821, dans le palais qu’elle avait habitée, et qui était devenu un temple.
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dans lattitude de la prière, au milieu des fleurs du paradis. ” Et bientôt, l’inscription suivante vint frapper ses regards :
“ Decori Cæciliæ martyris, à la gloire de Cécile martyre. ” Il avait donc bien devant lui la tomhe qui avait autrefois renfermé les restes bénis de l’illustre vierge.
Depuis ce moment, sainte Cécile fut pour l’heureux archéologue plus qu’une héroïne, elle devint une amie. Aussi, a-t-il consacré de longues pages à sa mémoire, et s'est-il fait un devoir de démontrer l’authenticité des actes de son martyre, au moyen d’une science qu’il a pour ainsi dire lui-même créée.
Les connaissances historiques de M. de Rossi, et sa vaste érudition, ne sont pas moins prodigieuses que sa scienee archéologique. Quand on l'entend discourir, sans notes, sur des questions hérissées de difficultés, citer les auteurs classiques, les Pères grecs et latins, exposer d’une manière magistrale les thèses du dogme, et réfuter, à l’aide des innombrabies inscriptions qu’il porte dans sa mémoire, les
objections soulevées par l’hérésie, on ne peut s'empêcher de vénérer et d’admirer ce laïque, savant et théologien à la fois.
Mais ce qui couronne son front d’une auréole impérissable, c’est qu’il ne travaille que pour l'Eglise, et qu’il est fier de déposer à ses pieds les fruits de ses recherches, de ses explorations, de ses études prolongées, comme un hommage sincère de son dévouement et de se, foi.
Nous avons eu le précieux avantage d'assister à quelques cours qu’il voulut bien donner à Rome, dans l'intérêt de la science, et le présent travail n’est qu’un
faible écho de ses doctes leçons.
3 Nous devons nous représenter les cata- BR combes comme de longs et étroits corri- | dors, creusés sous les collines qui entouà | rent la ville éternelle. Toutes sont situées IH 4 en dehors des murs de la Rome classique; : LS ce qui nous fait voir avec quelle fidélité
1! les chrétiens ont observé les lois touchant Ù | les sépultures ; car ces lois défendaient ; | sévèrement d’enterrer les morts dans l’enceinte de la ville : seuls, les empereurs et les vestales pouvaient y avoir leurs tomil beaux.
li Les catacombes ne forment pas, com- | me le prétendirent quelques auteurs, un seul et immense labyrinthe : les condi-
tions géologiques du sol rendaient impos-
sibles les communications non interrom-
L pues de tous les cimetières ensemble. Il y
{| a donc plusieurs catacombes distinctes,
|f isolées les unes des autres, et la zône [ 1 k
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qu’elles occupent est relativement peu étendue. Si elles forment de si vastes constructions, cela vient de leur profondeur, de la superposition de plusieurs étages, et.
de la sinuosité des galeries. Le Père Marchi affirme que toutes ces galeries ajoutées les unes aux autres, formeraient une rue longue de trois cents lieues et bordée de six millions de tombes ; (1) et ces chiffres ne sont peut-être pas encore assez élevés.
Une catacombe en effet a trois, quatre, et jusqu’à cinq étages superposés, et à chacun de cés étages, les corridors se coupent, s'entrecroisent, reviennent sur eux-mêmes, ainsi que les allées d'un labyrinthe dont où n’aperçoit pas la fin. Si, comme M. de Rossi l’a calculé, un cimetière creusé sur un terrain de cent vingt-cinq pieds carrés, peut mesurer à chaque étage, sept cent cinquante à neuf cents pieds de galeries, on conçoit que sous une superficie peu considérable peut se cacher une nécropole
(1) Monumenti primitivi delle arti cristiane, eto., p. 90—Rome, 1844,-—V, Gaume, ZLes Trois Romes, t. IV, p. 11.
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capable de contenir plusieurs eentaines de tombes. La largeur des corridors ne dépasse pas trois pieds et demi, et leur bauteur varie selon la nature du terrain. i De chaque côté, sur les parois, sont percées des niches horizontales que nous pourrions comparer aux rayons d’une bibliothèque. C’est 1à que les chrétiens déposaient les restes mortels de leurs frères. Ils ne les brûlaient pas suivant l’usage grec et romain. Croyant que la sépulture d’un enfant du Christ devait ressembler à celle de son maître, ils prenaient exemple sur ce qui s'était passé au Calvaire. Ils vénéraient comme une relique sacrée la dépouille du plus humble et du plus petit .
d’entre eux, l’enveloppaient de blanches É étoffes, et y répandaient souvent des par- ‘1
fums, afin de la préserver des ravages de la mort,
Des dalles de marbre, ou des briques fortement cimentées ferment ces niches ou loculi, et nous voyons sur elles de touchants emblèmes, des souhaits de bon-
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heur éternel, et des adieux comme la langue païenne n’en a Jamais connu.
De distance en distance, cette suite de loculi est coupée par une porte qui donne entrée sur une petite chambre dont les murs sont percés de tombes comme les galeries. C’était ordinairement un terrain de famille qui servait de sanctuaire aux fidèles, lorsqu'ils se réunissaient pour glorifier Dieu ou célébrer la fête d’un martyr. Cà et là, des ouvertures pratiquées à la surface du sol, font descendre quelques rayons de lumière sur l’obscurité de ces lieux.
Tels sont les caractères généraux des catacombes, et nous les retrouvons dans la description que saint Jérôme nous en a laissée : ‘ Lorsque bien jeune encore, ditil, j'étais à Rome pour y étudier les belleslettres, j'avais coutume, aux jours de dimanche, de visiter avec mes condisciples les tombeaux des apôtres et des martyrs.
Je parcourais ces cryptes creusées dans les profondeurs de la terre, et dont les parois montrent de chaque côté des corps ense-
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velis. Il y règne une obscurité si grande que l’on serait tenté de dire en sappliquant les paroles du prophète : Je suis descendu vivant aux enfers. ” (1)
Nous ne ferons pas une longue dissertation, pour montrer dans ces excavations, une œuvre exclusivement chrétienne ; comme nous l’avons dit plus haut, c’est un fait acquis aujourd’hui à la science archéologique. Il suffirait pour s’en convaincre d'examiner les différences essentielles qui existent entre une catacombe et un arénaire. Celuiæi est ordinairement ouvert à quelques pieds au-dessous du sol, et n'indique aucun plan déterminé, les allées en sont larges et très irrégulières.
Les catacombes, au contraire, sont creusées à vingt, trente, et même cinquante pieds de la surface de la campagne ; un plan invariable y est suivi, leurs étroits corridors se coupent constamment à angles
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