CHAPITRE IL
MYOSIN-FERMENT.
Le muscle, mou et élastique pendant la vie, change de consistance après la mort et devient rigide et dur. Cette transformation est due à la coagulation de certaines substances albuminoïdes, coagulation qui serait provoquée par un enzyme spécial, le myosin- fer ment. Kühne a été l’un des premiers qui étudièrent ce ferment. Il a établi que le muscle vivant, très refroidi et soumis à une forte pression, fournit un liquide épais, jaunâtre, le plasma musculaire , qui, si la température remonte, se prend en gelée, se contracte, forme un caillot d’où exsude un sérum , et se comporte ainsi comme le plasma sanguin. Toutefois, ce n’est là qu’une apparence : la coagulation qu’on observe avec le plasma musculaire diffère radicalement de celle du plasma sanguin. Il n’y a pas ici formation de fibrine ; la substance qui se coagule est soluble dans l’eau salée et est beaucoup moins résistante que la fibrine.
Pour obtenir le plasma musculaire, Kühne procède de la façon suivante : on injecte par l’aorte d’une grenouille une solution de NaCl à 7 °/00, afin d’enlever la totalité du sang de tous les vaisseaux. On refroidit alors l’animal à — 10°, on découpe les muscles avec un instrument glacé, on triture le produit dans un mortier, et la bouillie, encore gelée à 0°, est soumise à une très forte pression. Le liquide qui s’écoule, à consistance sirupeuse, a une réaction faiblement alcaline, mais qui devient rapidement acide. Il se prend en gelée aussitôt que la température s’élève. Halliburton a employé le procédé de Kühne pour étudier le plasma musculaire de lapin, ainsi que celui d’autres animaux. D’après ce savant, on peut séparer du plasma musculaire l’agent actif provoquant la coagulation et la substance albuminoïde qui subit l’action. La diastase sera donc le myosin fer ment, et la substance sur laquelle le ferment agit sera le myosinogène.
MYOSIN-FERMENT.
Pour obtenir l’enzyme, on traite d’abord par l’alcool absolu la bouillie musculaire coagulée, puis le produit pulvérisé est traité par l’eau. L’extrait aqueux obtenu coagule le plasma musculaire en un temps beaucoup plus court que si cette addition n’est pas faite. Le myosin-ferment qu’on obtient par précipitation de ce extrait aqueux présente les caractères d’une deutéro-protéose. Ce produit n’agit pas sur le plasma sanguin, mais bien sur le plasma musculaire, ainsi que sur le myosinogène. Le myosin-ferment se montre beaucoup plus résistant à la chaleur que le fibrin-ferment, et l’on peut maintenir la solution du premier à 90° pendant 1/4 b. sans le détruire. Cependant cette solution chauffée à 100° devient inactive.
Le plasma musculaire contient, d’après Halliburton, 4 matières albuminoïdes :
1) Le myosinogène, qui est une globuline coagulable à 56°. Il est précipité de ses solutions par du NaCl à 36 °/0, ainsi que par le sulfate d’ammoniaque à 100 %.
2) Le paramyosinogène, qui se précipite de ses solutions par l’addition de S04(NH4/ à 50 °/0 ou de NaCl à 28 °/0. La température de coagulation de ce corps diffère un peu suivant sa provenance : la substance retirée de la grenouille se coagule à 47°, tandis que le paramyosinogène des oiseaux le fait à 51°.
3) Une myoglobuline, coagulable à 63° et précipitable de ses solutions par le NaCloulesulfated’ammoniaque àsaturation.
4) Une myoalbumine, coagulable à 73° et non précipitable par NaCl à saturation.
Dans le coagulum qui se produit par suite de la transformation du plasma musculaire, on retrouve les deux premiers albuminoïdes : ce coagulum, dissous dans le sulfate de magnésium à 5 %, se coagule par la chaleur d’abord à 47°. puis à 56°. On peut en outre en séparer, par la méthode de précipitations fractionnées, le myosinogène du paramyosinogène. Seul le premier est coagulable par le myosin-ferment. Le paramyosinogène est au contraire entraîné mécaniquement dans cette précipitation. On peut donc conclure que dans l’action du myosinferment sur le myosinogène, il n’y a pas dédouble-
MYOSIN-FERMENT.
ment ni formation de nouveau corps, mais simplement passage d’un état à un autre. Du reste, le myosinogène coagulé par le ferment peut être redissous dans l’eau salée et précipité de nouveau par le ferment.
Cependant, d’après Furth, les deux premiers albuminoïdes qu’il appelle : myogène (ou myosinogène d’HALLiBURTON) et myosine (ou paramyosinogène du même auteur) subissent l’action de la diastase. La myosine engendre, au moment de la coagulation, un caillot de myosine' fibrine, et le myogène, un caillot de myogène- fibrine ; mais dans ce second cas, il y a en plus un dédoublement, puisqu’à côté de ce précipité apparaît dans la solution une globuline, la myogène-fibrine soluble, dont la température de coagulation est de 30 à 40°.
On aurait donc, d’après ce dernier auteur, le schéma suivant pour la coagulation du plasma :
Myogène (myosinogène) Myosine (paramyosinogène)
Myogène-fibrine Myogène-fibrine soluble Myosine-fibrine
Enfin, d'après Cavazzani, l’oxalate de potassium empêcherait l’action du myosin-ferment de s’exercer.
BIBLIOGRAPHIE
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