AUX PAYS DE LA LOIRE
La Loire, cette veine aorte de notre France !
Fleuve de lumière, de vie doucement heureuse !
Cette matinée est calme jusqu'aux derniers horizons. Tout repose. Partout de pleins effets de lenteur, d'ordre. Le bonheur est visible partout. Brume colorée et embaumée du beau temps.
Trouve-t-on, hors de ces contrées, cette égalité rassurante, réconfortante, de l'air et de la lumière?
Ce gris fin, ce gris doux de la Loire sous les nuages, ces toits gris de la ville, ce pont gris de vieille pierre...
Un soleil irrésolu éclaire capricieusement le paysage.
3o LES CATHEDRALES DE FRANCE.
Cette fois, je n'aurai pas vu de Cathédrales; mais j'ai vu le ciel même, qui verse un bonheur bleu. Comme des feuilles d'acanthe, des nuages occupaient toute la droite, s'élançant par bonds légers, comme des vols d'anges gothiques.
Journée glorieuse. Loire d'acier, moirée dans toute sa largeur.
O surtout la jeunesse de ce ciel! Sa fleur, son bleu, et la gaîté douce de ses blancs habitants, les nuages !
Tout le bonheur de mon jadis me revient.
Ce chemin bordé d'ombrages, qui venait à nous, s'en retourne avec ses arbres.
La Loire en écharpe, en ruban d'argent s'éteint dans le sous-bois des saules et des peupliers; verdures au premier plan. Dans la prairie, ces forteresses de peupliers! — La mousse jaune tache harmonieusement la pierre et l'arbre grisâtres.
Les maisons, dans la vaste plaine, ne rappellentelles pas les vaches paissant? Et celles-là, sur une longue ligne, comme des bœufs, à la queue leu leu...
Plaine si belle, d'ordre si simple, si grand! Les verdures y prennent un caractère, ça et là, grave. — Je retrouve ce mélange et cette harmonie chez les gens du pays, les femmes surtout, dans leurs traits, et dans l'accent de leur langage.
LA NATURE FRANÇAISE. 5i
Trois allées de vieux tilleuls. C'est absolument la triple nef de la Cathédrale.
J'étais assis, je me lève : je n'avais vu que la moitié du paysage : il y avait encore une immense prairie couleur d'émeraude, d'admirables arbres, et ce pont, sur le fleuve lent, le pont qui a je ne sais quoi d'un temple égyptien dédié à la lune...
La simplification du paysage par le brouillard, où se fondent les prairies, les verdures, produit des effets grandioses. Ces bas-reliefs de la nature ne plaisent pas à ceux que charment les matières précieuses, — or, argent, pierres, — c'est à l'esprit qu'ils s'adressent, au sens supérieur qui perçoit la géométrie des formes. - — La géométrie est divine. Elle nous parle au cœur, parce qu'elle est le principe général des choses.
Comme on regarde longuement sa maîtresse, avant de se séparer d'elle, comme on se retourne à plusieurs reprises pour la revoir encore, et encore, je quitte ces beaux paysages comme on se détache d'un cœur aimé, aimant. Je les laisse en pleine gloire!