MELUN
En entrant dans cette vieille église, il me semble que j'entre dans mon âme. Mes songeries les plus personnelles se sont levées pour venir à moi quand j'ai poussé la porte.
L'impression est pourtant celle d'une crypte, d'un tombeau.
Q^uel silence] Qu'on est loin de tout!
Mais les traces de lumière, au fond, permettent, conseillent l'espérance. Le silence lourd que semblent
supporter ces épaisses colonnes e^t Tatmosphère qu'il faut à la pensée.
Ce silence, du reste, vibre comme la lumière. Ce silence est l'expression, Tâme de cet art austère et profond.
Deux colonnes, près du chœur, accouplées, pour ainsi dire, sur la même base, m' apparais sent comme deux anges. Elles ont un caractère triomphal. Elles sont deux grands témoignages de la force et de la pureté qui ont ici leur sanctuaire. Et à la pesanteur de Tédifice elles empruntent une ineifable légèreté. ■ — Soudain, voici qu'à les contempler toujours plus amoureusement je grandis, je participe à leur nature, des effluves de pureté et de force me viennent d'elles. La jeunesse de mon âme se ranime. }e reçois une seconde fois le baptême et j'en sors plus heureux, plus épris de la gloire divine et du génie humain.
Pas un ornement dans cette église, hormis les chapiteaux. Tout y est masses, cubes, angles droits. Pour unique élément de variété, des colonnes, hautes, étroites, qui s'élèvent jusqu'en haut en bas-reliefs sur ces cubes, sur ces massifs piliers, puissants soutiens de cette église sur laquelle, tant elle est solide, on pourrait bâtir une autre église.
Et n'est-ce pas la réalité de l'histoire, cette possibilité? L'église gothique n'a-t-elle pas été construite sur l'église romane?
Il y a là une terrible intelligence. Dans ce style
d'austérité, rien n'est inventé, voulu par des hommes qui auraient pu vouloir autre chose. Tout s'enchaîne. Les créateurs sont des esprits plus obéissants que les autres, et les siècles sont gouvernés par de longues pensées.
Je me sens heureux et dompté comme une femme devant son maître. La surprise de la vérité me transporte de joie. Que je vis loin de mon temps 1 J'ai besoin de faire un effort pour me rappeler que tout à l'heure j'étais dans la rue, dans la rue contemporaine, actuelle. Ma vraie nourriture est ici, dans ce caveau. C'est ici que ma vie entière et mes constantes études aboutissent. Tous mes antérieurs efforts tendaient à m'ouvrir ce septième ciel! Je ne sais ce que j'éprouverais à Athènes, en Egypte... Serait-ce plus?
Je dois ajouter qu'autrefois déjà j'étais entré dans cette même église, et que je l'avais trouvée triste et froide. Mais, depuis, j'ai acquis plus d'intelligence et de tendresse, avec plus d'années.
Le portail, refait au xvi^ siècle, est d'une grâce infinie : l'équivalent, en ornementation architecturale, de la poésie de la Pléiade.
Au tympan, il n'y a plus que des ornements, du reste, exquis. Mais il y a eu sans doute, jadis, des figures d'un plus haut intérêt. A la profonde symphonie de la forêt a succédé un gazouillement d'oiseau.
Plus tard, cela se réduira au cartouche; où se développa toute une histoire on ne verra plus qu'un blason;
il y persistera quelques traces de cette histoire divine.
Plus tard encore, ces traces, ces souvenirs du grand style iront, dans la plupart des villes, embellir les demeures de certains particuliers : élégance sobre, noblesse paisible des façades, des portes.
Cette expression fleurie de Tesprit français, ce bien-être intellectuel qui distingua notre race, est la dernière forme de Tart gothique retouché par le génie de la Renaissance.
... Mais voici des enfants qui entrent à Téglise, puis, peu de minutes après, sortent en jouant. Ils sont pareils à ces exquis ornements Renaissance qu'on a ajoutés au portail. Q^ui sait? peut-être que ces enfants auront retenu quelque chose de ce catéchisme de pierre. Plus heureux, plus sages que leurs parents... Ceux-ci passent devant T église sans y entrer, sans la voir...
Une génération ne viendra-t-elle pas, capable de m'entendre, moi qui ne cesse de répéter : La vérité de Tart et le bonheur sont ici!
C'est pour elle que j'écris.
Logé pour quelques jours non loin delà Cathédrale, je m'endors et je m'éveille dans sa pensée. Avec la sonnerie de r Angélus commence ma vie de voyage. Tout à l'heure, jusqu'au soir, je serai repris par l'enchantement devant cet unique joyau d'une ville, pour tout le reste, déshonorée par la barbarie municipale.
Un homme qui vécut il y a dix siècles s'est ranimé en moi. — Y a-t-il donc des noblesses de l'esprit qui traversent les siècles comme la noblesse du sang?... Mais ne suis-je pas trop présomptueux? No^. Je dois à l'art tout mon développement.
La coquette église n'est pas grande. Mais quel clocher ] Quelle grâce il avait, hier, au clair de lune I
C'est le clocher en fer de lance. Les renflements sont donnés par de petites tourelles ajourées de colonnettes. Un grand mur, un grand repos très large : c'est la façade de côté. Ce mur est repris en richesse par le portail, noir, bas- relief -haut- relief. Ce portail, très dif-
férent des portails gothiques, rappelle un peu, par ses saillies, les sarcophages antiques.
Car j'ai oublié de vous dire que cette petite église est romane. Ses saints et ses docteurs, très allongés, se dressent à la porte et au tympan de la porte. Impossible de ne pas reconnaître en eux les vraies colonnes de l'Eglise. La netteté si ordonnée du plissé de leurs tuniques, leurs gestes mesurés disent leur certitude et la force de leur esprit, comme les petits ornements écrasés sous leurs pieds proclament' leur victoire sur les passions et les vices. L'arcade du tympan s'élève au-dessus d'eux, et les saints y apparaissent espacés comme des planètes dans la demi-circonférence de trois ciels.
Ils sont encore à nous! Puissent-ils ne jamais entrer dans les « collections »! Puissent-ils ne jamais être arrachés de cette porte et vendus pour laisser passer l'aveugle Progrès]
Mais il faut tout craindre, puisque ces merveilles, qui ont fait la gloire de tant de siècles, sont pour nos contemporains comme si elles n'étaient pas. Et comment, ici même, éviter la pensée de la violence? Elle a mis là beaucoup de son empreinte injurieuse. Quelques saillies sont striées, quelques chapiteaux sont cassés, les supports des statues de saints, leurs draperies, mutilés.
Les iconoclastes sont revenus, avec les princes des prêtres et les architectes, les restaurateurs, et les conseillers municipaux...
Je suis entré de nouveau dans l'église; j'ai recherché et retrouvé la joie que me prodigue toujours ce doux
ÈTAMPES. 8^
combat des ténèbres et des clartés mystiques. — Je veux revivre cet instant...
... Ma pensée, caressée par les chants, s'agite et se déroule comme le serpent charmé, et s'étonne, d'abord, de l'ombre. La porte franchie, une seule impression me domine : le sentiment du grandiose, dans la nuit savamment organisée et approfondie.
Mais voici qu'au fond les fenêtres trouent le mur de clartés. Je commence à voir.
Là-bas des flambeaux font comme une ardente couronne de fleurs intellectuelles, qui brûlent sans mouvement.
Les colonnes viennent de m'apparaître en leur calme ordonnance; elles se tranquillisent encore en s'approchant de moi. Elles s'éloignent, quand j'ai passé, s'irisent en traversant le fond, et reviennent de l'autre côté, pareilles et jamais identiques, puisque je les vois à des distances différentes. Je crois contempler les vierges blanches d'une procession, qui passent tout près, suivent leur chemin, s'effacent et réapparaissent, après avoir accompli le rite. — Tout a une vie à la fois humaine et sacrée dans cet art miraculeux. Et comme des effets composés y sont rendus par des procédés simples !
Mes yeux s'habituent. L'ordre réel des choses s'est révélé. Mais à la réalité la poésie n'a rien perdu.
Au fond de l'abside, les vitraux sont comme les astres calmes dans le firmament. — Les vitraux font aussi penser aux fleurs, aux vraies fleurs, quand ils sont de vrais vitraux.
Que r ombre est douce! Il semble qu'elle berce les chants du fond du chœur. Et la distance transforme les vitraux en fresques, un peu effacées.
Quelle harmonie! Comme on voudrait l'emporter avec soi pour se défendre contre l'hostile incohérence du monde!
Des lumières immobiles enflamment l'espace et je distingue la foule des fidèles.
Une femme arrive, frémissante de jeunesse sous ses longs voiles noirs; ses lignes ondulent variées par les draperies. Une autre, distraite et charmante, remue les lèvres; je ne suis pas sûr qu'elle prie. Par moments, les courants de la foule s'entre-croisent, traversés par des femmes au pas rapide, qui sont comme des flèches lancées par la grâce.
Depuis longtemps, on entendait cheminer des voix lointaines, alternant, enlaçant leurs rhythmes; elles se rapprochent. C'est la procession qui vient, et la voici.
D'abord, trois jeunes hommes gracieux comme des muses. L'un tient la croix, les deux autres des chandeliers; leurs gestes ont la douceur et la fermeté des gestes qu'ont voit sculptés aux tympans. Le costume est ancien aussi, heureusement, et les lents versets marcheurs se répondent dans ses plis.
Ensuite, des jeunes filles, que conduit une religieuse, magnifique exemplaire d'humanité : sévère, droite, belle comme la cariatide du devoir.
Rien à dire des hommes, des prêtres, aux traits sans distinction, à la physionomie fermée, dont la sym-
pathie se détourne. Je note seulement dans leur groupe deux grands enfants de chœur balançant Tencensoir : gestes heureux, si mesurés, si retenus I
C'est le grand instant : cette foule chante son cœur dans la prière — versets, antiennes, mélopées. Elle est muette, apparemment; mais elle a délégué sa voix. L'homme d'âge et l'enfant l'adressent au ciel pour tous, en des chants admirables, qui sont comme les véritables hauts-reliefs du sanctuaire, où les saints rangés aux voussures les accueillent.
Comme elles aiment la sculpture, ces Cathédrales! Elles inspirent aux femmes le goût de la belle draperie, leur conseillent de demander à des plis rigides un surcroît de beauté : car la modestie et la chasteté sont les sœurs aînées de la beauté, et les Cathédrales le savent.
Un magnifique éloge de la femme n'est-il pas formulé partout, ici, dans la langue plastique de la prière? Et si la Vierge y est honorée la première, n'est-ce pas elle qui nous ouvre les portes du printemps? Par elle ne découvrons-nous pas l'univers?
Ne vous êtes-vous jamais arrêté, l'esprit et le cœur en suspens, interdit d'avoir découvert ce chef-d'œuvre, une femme en prière? La femme ne perd jamais la ligne, mère de la grâce que Dieu lui a conférée, qui lui prête toujours un caractère surnaturel et qui nous suggère le désir de la couronner. Ahl ceux qui ont pénétré au fond le plus mystérieux des plus intimes voluptés savent bien qu'elles gardent un au-delà et qu'en cet au-delà la femme nous possède encore ! — Et après avoir aperçu.
dans l'église, cette femme qui priait, ne vous êtes-vous pas éloigné, puis rapproché discrètement, sans vous laisser voir, pour jouir de ce bonheur, pour admirer cette attitude en si parfaite harmonie avec la nef tout entière, ample cadre destiné à cet unique portrait? Kt pouvez-vous dire que cette femme et son naturel génie soient inférieurs à n'importe laquelle entre les plus incontestables merveilles de Tart? N'est-elle pas, ellemême, d'une architecture parfaite? Les colonnes du temple ne lui font-elles pas cortège, comme feraient les beaux arbres dans un jardin d'amour?
Dans les Cathédrales, toutes les femmes sont des Polymnies, tous leurs mouvements retournent à la beauté, Cette architecture projette sa gloire sur elles comme un tribut de reconnaissance. Voyez, au tympan, le couronnement de la Vierge : comme l'artiste, qui a mis tant de chaste émotion sur cette belle figure, savait bien que la draperie de l'ombre est nécessaire à l'expression de la divinité des âmes !
En sortant, j'ai voulu étudier une fois encore mon grand bas-relief du portail, semblable à un sarcophage sur un haut mur crénelé.
Voilà une hauteur de sept mètres, je pense, sur autant de large ; un mètre de saillie pour le contrefort sur le mur; un peu plus de profondeur à la porte, le double peut-être.
L'ombre se modèle nettement en noir autour des figures, taillées un peu à l'emporte-pièce ; c'est ce qui lui donne l'aspect bas-relief-haut-relief. Sans excès de
grâce, cela n'a pas la sécheresse du byzantin-arabe, parce que les voussures de Tarcliivolte superposent en biais les saillies et l'ordonnance de l'ombre.
Il n'y en a pas moins, dans ce style, une sévérité dont nous reposera la douceur gothique. La justice, l'austérité, la discipline s'affirment en ces saillies arrêtées, limitées dans leur élan. Elan retenu qui surgira plus tard. L'énergie de croire deviendra la volupté de croire, la discipline se fleurira de joie.
Le grand souci des Gothiques fut, à la différence des Romans, de demander au conflit calculé de l'ombre et de la lumière la souplesse du détail. — Ce bas-relief est plutôt roman; le noir y est ciselé. Mais que cela est majestueux de barbarie naïve et de force I
Gothiques ou romanes, d'ailleurs, nos Cathédrales sont toujours sublimes par cette sagesse de proportions, qui est, à la fois, la vertu avant toutes essentielle et la splendeur de la nature et de l'art.
Voyez, dans cette église d'Etampes, comme les grands murs, par le silence de leurs surfaces, préparent l'effet éloquent du portail et l'effet chanteur du clocher, si compact et pourtant si ajouré!
Adorable génie de l'homme, qui livre pour des siècles aux baisers des astres tout son amour, toute sa foi, tout son travail, en un seul motif de gloire!
Les Cathédrales sont mes fées merveilleuses; elles m'instruisent en me charmant.
La petite chambre d'hôtel où j'ai dormi est tout environnée d'amour. Son atmosphère me prépare à la communion avec la nature. Je suis sorti de ma nuit, et une promenade matinale fait que j'espère et que j'aime à nouveau.
Allons au chef-d'œuvre.
La ville n'existe pas. Cette petite ville toute matérielle va prendre ses idées à la capitale... Ah] qu'elle a tortl La capitale a depuis longtemps perdu sa force ancienne et les convulsions changeantes n'y contentent que les intérêts.
Il n'y a ici que les ruines de Saint- Jean, splendides, immenses.
Le soleil se joue, cette après-midi, dans cette église. Il s'échappe, il revient. La lumière écrit ici beaucoup de choses.
Très souvent, elle atténue les duretés du Gothique
par son alliance avec T ombre : elle accompagne ainsi la pensée de Tartiste.
Comme un éventail le soleil se déplace. Comme un artiste, il peint, par de rapides touches, courant à ce qui rappelle.
Toutefois, ce puissant dieu ne pourrait rien faire d'une œuvre mauvaise, Toeuvre moderne, rien de la pensée d'un architecte médiocre. De cette œuvre et de cette pensée, la lumière ne dégagerait que de Tennui.
Mais, pour recevoir le soleil, il faut avoir longtemps séjourné dans sa cour trois fois sainte, il faut être allé longtemps à sa rencontre, avoir été longtemps son élève. Comme aux monuments, le soleil n'a rien à dire aux artistes que le plein air des chantiers n'a pas préparés à l'entendre.
Est-il possible que tout le monde l'ignore et méconnaisse ses dons? Ne nous montre-t-il pas l'univers avec majesté? Ne le rend-il pas sensible et vivant? N'inspire-t-il pas le poète, célèbre ou obscur? C'est lui qui fait la richesse des cultivateurs, la joie des animaux, la fertilité de la campagne ; et les pensées de l'homme ont peut-être leur principe et leur foyer dans sa lumière et dans sa chaleur. Longtemps, l'homme a cru voir luire dans ses feux la vérité de Dieu — et Dieu aime qu'on adore le soleil. Lorsqu'il brille, la terre se modèle à sa flamme divine.
C'est ainsi qu'il est permis, c'est par cette patience et cette assiduité qu'il est possible de comprendre et de sentir la géométrie des clartés. Alors, l'esprit y goûte
le repos dans le silence, et y puise une énergie et une générosité nouvelles.
La lumière, ménagée à l'intérieur des églises par les vitraux, dépend d'eux et les juge. Voici, par exemple, un mauvais vitrail, travail moderne qui usurpe la place d'une merveille ancienne. La lumière qui le traverse bouscule la paix du lieu, trouble les proportions. Ce vitrail sent l'orage. Or, cette Cathédrale est un jour de beau temps.
Par contre, toute une autre partie de l'église est vraiment plongée dans le ciel : c'est qu'il n'y a pas, là, de vitraux restaurés. Les vitraux anciens vont de plainpied avec le ciel. Les nouveaux sont des vitraux de salles de bains et de palais d'exposition. Ils sont froids malgré leurs taches violentes.
Celui-ci : par l'esprit je l' étends à terre : c'est un tapis, un tapis d'Orient, dont les trous sont du ciel.
Ceux-là : une série de jeux de cartes. Rois, reines, valets. Q^uel dommage que les grands sujets soient désormais traités et rendus par les moyens de l'industrie inférieure ! L'Église en est venue à reproduire les idoles qu'adoraient les peuplades primitives.
Il semble que certains vitraux s'inspirent de l'art japonais : ils sont précieux ; d'autres, de l'art chinois : ils sont austères.
Il faut que je revienne encore sur les cassurej' et les restaurations.
L'artiste n'a pas à s'inquiéter des cassures ; généralement, loin de diminuer, elles ajoutent.
Du moins, elles ne dérangent jamais.
Ce sont les réparations qui produisent le désordre. Une cassure est toujours le fait du hasard ; or, le hasard est très artiste. Si Ton voulait casser proprement et nettoyer, ce serait abominable. Aussi n'est-ce pas des iconoclastes que je me plains, mais des réparateurs.
Voyez la fontaine Renaissance de Mantes. Les gamins, depuis trois siècles, l'avaient abîmée : elle restait encore belle. Elle est réparée « bourgeoisement » : ce n'est plus qu'un stuc d'exposition, de jardin, style simili-pierre. Plus de modelés; plus d'effets.
Les réparations des églises les dépouillent de leur style. Leurs chapiteaux deviennent mollasses et lourds. Klles prennent un caractère de mairies, de monuments municipaux. Toute leur forme, dans l'ensemble et dans le détail, est outragée, affligée.
Produits d'une France malade, d'une France ravagée par les soucis de l'intérêt, de cette France des écoles, où l'on parle et où l'on ne sait plus travailler*
La belle parure d'autrefois tombe, le masque est déchiré comme un beau voile. On ne sait plus...
Le mal vient des écoles, des musées. Il ne faut pas aller chercher la science dans les musées ; ils ne sont que pour notre plaisir. Si vous voulez vraiment apprendre, travaillez seul avec la nature, regardez-la directement, avec vos yeux seulement. Vous pourrez ensuite aller dans les musées, vous y serez chez vous. Ceux qui commencent par les musées resteront des
copistes éternels, des traducteurs qui détruisent tout esprit, parce qu'ils ne peuvent comprendre, étant sans initiative.
Savez-vous ce que c'est que Vorlgliial, tel que nos contemporains l'entendent ? C'est le dépareillé. Les Anciens n'ont pas laissé naître cette conception barbare. La masse sainte de leurs nations n'a pas laissé atténuer son caractère. Ils voyaient dans l'art un équilibre des forces emprunté à la nature, c'est-à-dire à une raison plus haute que la nôtre.
Obéir à cette raison, au lieu de la corriger par un calcul artificiel, c'est s'assimiler à ces forces infaillibles que l'artiste manie sans les comprendre, c'est entrer dans le secret de la nature. Soyons simples commue les Anciens. Plus nous serons simples, plus nous serons complets, car simplicité signifie unité dans la vérité.
L'étude, dans les écoles, est une étude de face, c'està-dire d'illusion. L'aspect même de l'homme, comme son esprit, réprouve cette erreur. La face est une résultante des divers profils. Le plan de chacun de ces profils est simple. Il faut, pour obtenir cette simplicité, une longue et patiente pratique des choses.
La vie se présente, du reste, à nous sous une apparence que nous avons calomniée. Nous ne savons plus comprendre ce tableau vivant des grandeurs heureuses. Nous passons sans le voir. Notre malheur vient de ce que nous voulons, comme des étourdis, retoucher la Nature. Notre opposition trahit notre impuissance.
Q^uelle jouissance, pourtant, et de quel secours est la nature prodigue à qui sait la voir et l'admirer!
Admirer, c'est vivre en Dieu, c'est connaître le ciel, — le ciel qu'on a toujours mal décrit parce qu'on l'a toujours cherché trop loin : il est là, comme le bonheur, tout près de nous ! N'importe quoi vous en suggérera la réelle présence, pourvu que vous soyez intelligent et sensible. Commencez par étudier une plante, la première venue, et vous mépriserez bientôt tout l'enfantillage des intérêts et tout le superficiel des ambitions.
Nous disons bien souvent que la température est mauvaise : qu'en savons-nous?
Encore une fois, c'est l'ensemble qu'il faudrait pouvoir juger. Prenez patience en attendant d'avoir compris, et admirez d'abord. Tout est admirable, même ce qui nous blesse. La révolte contre la nature est une vaine dépense de force ; elle procède de l'ignorance et aboutit à la douleur.
Ah ! les maiwals temps, n'est-ce pas, les temps sombres, où le ciel est comme une mer qui menace, qui surplombe et va tomber — que c'est beau 1
Ayons pour certitude première que la nature tout entière est belle, et, armés de ce principe, regardons : nous aurons grandi quand nous aurons découvert la grandeur des aspects qui choquaient nos regards. Mais, comme toutes les conquêtes, celle-ci coûte un effort dont nous ne sommes plus capables.
Pourquoi tant de mollesse, tant de faiblesse dans ce que nous appelons encore le goût ' — notre goût? C'est parce que nous vivons dans une époque plus occupée de matérialité que d'esprit, où le goût dans l'art est aboli. On dédaigne de lui consacrer les forces réelles.
Comment voulez-vous que nos soi-disant artistes, n'ayant pas pris la peine d'étudier en pleine lumière, puissent, quand ils se mêlent de restaurer les monuments gothiques, traiter avec respect ces magnifiques exemplaires de vie ? Ils bouchent ce qui devrait être ouvert à la lumière. Ils sont incapables de comprendre, de comparer; ils sont trop pressés.
Pour étudier, il faut aller lentement, il faut déserter ce siècle d'agités et se résigner d'avance à ne pas faire fortune.
Nous n'avons plus le temps d'étudier. Il n'y a plus d'apprentis. L'artisan, qui pourtant avait connu pour son propre compte le bénéfice de l'apprentissage, n'a pas formé de nouveaux apprentis. La chaîne des siècles est rompue. Travailler] Y a-t-il encore des hommes qui travaillent? Oui, il y en a... — Mais, à quoi bon, puisque, dit-on, le travail ne mène à rien ?
. — Vous vous trompez ! Le travail mène au bonheur, d'abord. Bien plus : il mène à contempler Dieu peut-être, à travers ses voiles. ■ — Et, chez le travailleur, le travail tue la jalousie. L'homme qui sait le prix du travail s'élève au-dessus des basses passions, il applaudit au succès de ses confrères, il est reconnaissant au génie qui se survit en des œuvres et en d'innombrables rejetons. ■ — Le travail est un perpétuel rajeunissement. Il nous apparente aux animaux, qui sont nos véritables frères, aux arbres, à toutes les plantes, aux plus humbles comme aux plus fastueuses. Quelles belles amies que les plantes légumineuses ! En quoi la salade ou le céleri sont-ils moins beaux que les
plantes « d'ornement » — ' ainsi nommées d'un mot menteur en ce qu'il a d'exclusif? La fleur de la pomme de terre est une fleur de princesse ; voyez-la sur les robes Louis XVI : quelle plus gracieuse parure?
Remettons donc tout en admiration, et n'allons plus chercher si loin la beauté. Il y en a assez dans le cadre de nos fenêtres pour nourrir l'enthousiasme... Regardez aussi par votre fenêtre. Regardez vos parents, vos amis. Admirez la beauté touchante de ces chères figures où transparaissent des âmes qui se sacrifient en silence. Voyez vos amis comme Rembrandt voyait les siens : il n'y avait que de vivants chefs-d'œuvre, n'est-ce pas, autour de ce grand homme. C'est qu'il possédait la vertu du travail. Quel miraculeux outil de compréhension 1 II ne tient qu'à vous d'apprendre à le manier.
L'homme est malheureux, parce qu'il prétend échapper à la loi du travail, parce qu'il veut jouer, comme les gamins et les ambitieux, à qui sera le chef, le premier. Il trahit ainsi sa propre intelligence, qui ne réclame pas des joies de vanité. Son objet naturel, c'est la vérité ; son activité naturelle, c'est l'effort qui lui permet d'atteindre cette vérité dans le monde caché, de se rendre compte des rouages. Et le rayonnant résultat de cet effort, c'est le bonheur. Le bonheur accompagne, comme le cheval qui court, l'intelligence qui cherche. Mais c'est tovijours au fond qu'il faut tendre : quand je dis que le corps humain a tant de beauté variée, tant de grandeur, je suppose comme une vérité évidente que l'âme en ce chef-d'œuvre enfermée est elle-même le
loo LES CATHEDRALES DE FRANCE.
couronnement du chef-d'œuvre, la maîtresse. Découvrons Tâme dans le corps.
Je ne connais ni l'Inde ni la Chine... Mais j'aime la campagne française. J'en puis parler, dût-on suspecter de parti pris ma tendresse...
Q^u'ils sont délicats, nos horizons de France ! Ils ont une grandeur doucement monotone, comme la bonté qui inspire l'intelligence et fait une joie de chacun des actes de la vie. La vie est mesurée dans les campagnes ; elle a son rythme. Là, est la race, là, est le génie, là, le bon dans le naïf, là, est la sage lenteur, et les choses mauvaises y deviennent bonnes, par ambiance. Les idées retournent, pour ainsi dire, à la terre et nous en reviennent mieux portantes. Le paysan ne se presse pas ; il va du pas des siècles.
Il faut savoir retourner sur ses pas. Les impatients n'y consentent jamais : tout, plutôt que de recommencer I Pauvres gens 1 Ils sont voués à l'irrémédiable ignorance, car la patience est la condition première de toute étude fructueuse.
L'adversité nous l'enseigne si bien, cette indispensable patience ! Et, par là, l'adversité est notre bienfaitrice. C'est la seule école sérieuse qui nous reste. Elle nous est grande ouverte en ce moment. Nous sommes pris au piège de notre vanité, de notre ambition ridicule. Mais, à cette bonne école, nous apprenons la valeur réelle des choses [et tout ce que les livres ne
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savent pas. Ainsi, le contrepoids s'est déclanché par suite de nos propres fautes et à notre insu.
Ce précieux enseignement de la patience, nous Tentendrions partout, si nous savions écouter.
Sous la forme de l'exemple, nous le recevrions de toutes les femmes. Mais, à la patience, elles ajoutent, sans effort, l'héroïsme... Hélas! est-ce au passé qu'il convient à présent de les louer ainsi? Entraînée aujourd'hui à sa propre déchéance par celle de l'homme, la femme est désorientée, elle perd avec une rapidité effrayante ses vertus ancestrales, elle se trompe...
Ce drame poignant et charmant du ménage, où la femme tenait le rôle de Tange gardien]... Ne désespérons pas, elle sait aimer encore. Quelle force d'expansion est en elle, quand elle aime 1 Comme elle invente de la vie ! Et qu'elle est indomptable quand elle défend son nid !
Cette Cathédrale, cette bête immense à mille pattes...
Sur le portail du milieu, le tympan.
Le Christ et la Vierge ont été meurtris. Cassé, ce bas-relief semble retouché par Michel- Ange. Il a gagné en beauté ; le hasard, qui sert si bien les pauvres gens, a servi aussi cette sculpture. Des noirs ont été retranchés, et ses effets, de loin, paraissent plus rassemblés.
Dans ce bas-relief du tympan, on retrouve le caractère du sarcophage antique. Il y a autant de simplifi-
cation dans les effets, si appropriés à l'immensité de r édifice.
Les élus sont à droite, les réprouvés à gauche. Les élus forment un seul bloc, sans trou ni division ; le basrelief est compact. Les réprouvés aussi font bloc, mais le mouvement des jambes laisse voir comme des jours sous les tuniques : c'est le seul effet de trouée que présente toute la composition, en outre du grand effet de base qui la sépare du bas-relief inférieur. — Au-dessous, des festons noirs jettent de l'ombre.
Je distingue mal le second bas-relief : quelques effets, encore des festons noirs, des ombres en dessous. Il est beau aussi, pourtant, je le sens.
Mais le troisième bas-relief est plus grand. Les saints, dans les voussures étoilées, évoquent l'immense voûte où sont les réelles étoiles. Ce que j'en vois est d'une grandeur attique, l'antique subsiste ici, il y a là sa sagesse immortelle, — cette sagesse qui ne contente plus nos pauvres esprits malades. Une fois de plus, m'est prouvée cette vérité : point d'autre originalité viable que celle du goût et de l'ordre.
Cette troisième porte est presque byzantine. Q^uelle science I c'est un souvenir asiatique : la momie d'une grande humanité ; ses draperies sont vraiment des linceuls. . — Les femmes y sont comme dans un chœur d'Eschyle : impassibles, immuables, la tête penchée à peine. Une, seulement, détache son avant-bras ; toutes les autres lignes sont rentrées. . — Les anges sont assyriens; sans douceur, sans bonté. La large manche de l'un d'eux suggère le geste d'un fauve puissant. Il y a
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aussi des mouvements assyriens dans Tange qui adore et dans celui qui encense. Le Christ, drapé, rayonne sur son trône. Le mouvement de ses bras ouverts, partagés, distribue la justice. Sa draperie, selon la tradition, rappelle la toge. Un rythme ascendant de danse enlève les anges, malgré les plis serrés de leurs tuniques et bien que leurs jambes restent unies.
On devine dans ces attitudes des lois, intransgressibles, implacables, abstraites, comme le Credo, qui est le monument, la pierre angulaire et la base de la religion. Ces lois sont une raison d'Etat; elles déclarent hérétique toute modification.
Les ornements sont presque tous selon le style byzantin. Les figures elles-mêmes sont soumises à ce style : Têtre humain décline en longueur de colonne. On peut voir, là, quelque apparence de barbarie : ce n'est qu'une apparence, car la synthèse est toujours bien. L'essentiel y est. Une haute géométrie préside à l'ordonnance et de ces figures et de ces ornements.
Dans les rinceaux, l'homme se mesure et se bat avec des oiseaux, des lions. Il n'y a pour eux et audessus d'eux que l'ombre et la lumière. Seul, le divin est au-dessus de l'homme, des animaux, des végétaux. On s'est contenté d'abord de festons ressautant contre le mur, de parements brodés aux portes et aux fenêtres. Le sujet n'est venu qu'ensuite. Avec le temps, il s'est élevé jusqu'à Dieu. Puis, l'homme a remplacé Dieu, et alors, tout est à recommencer.
Je viens de voir une église Renaissance où le contre
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fort carré, la tour ronde et le mur produisaient un effet de doucine : cela prouve que la forme la plus grande peut donner les mêmes effets que la plus petite.
Grandes lumières, grandes lignes d'horizon. Le train qui suit le chemin de fer semble jongler avec des nuages factices en s'enfuyant.
Mon regard revient à la route. Comme j'aime toutes les choses, toutes les manifestations de la vie que j'y rencontre I Une petite maison, sur le bord : la charmante ménagerie des petites gens... Mais voici une auto : elle a vu de loin un homme traverser la route, elle arrive sur lui comme la colère ! Tout ce qui passe devant elle l'irrite.
Je continue ma route. On peut la commencer par un bout ou par l'autre. C'est toujours pareil, c'est toujours le beau dans la concordance de la Nature. Il n'y a pas de commencement : la lumière se fait dès le chemin commencé.
Cette Cathédrale est Téchafaudage du ciel.
Elle prend un premier élan, elle monte, puis s'arrête une première fois, se repose sur l'appui de la première assise; puis la construction reprend le chemin du ciel : elle s'arrête aux limites humaines des forces.
Je ne cueille mes pensées utilement et joyeusement que dans le plein air des façades, dans l'ombre des nefs et dans la valeur des claires matinées.
Je suis propriétaire de ma vie, aujourd'hui.
Ces belles masses d'ombre, ces belles masses de lumière, ces belles masses de demi-teintes : quelle énergie! Le Gothique va modeler tout cela. Et je sens la sève gothique passer dans mes veines comme les sucs de la terre passent dans les plantes. C'est le sang de nos pères, qui furent de si grands artistes! Combien rares aujourd'hui les esprits initiés à leur géométrie, qui est toute la sagesse humaine, toute la conscience!
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Mais des générations nouvelles viendront, après la tourmente que nous traversons : elles payeront à ces pierres, sacrées parce qu'elles sont tout imprégnées d'une pensée qui ne meurt pas, le tribut de vénération qui leur est dû.
Dès le premier regard, quelle impression profonde m'impose cette majestueuse ordonnance! Cela confine au parfait.
Cette épaisseur, qui est la beauté morale de l'architecture, s'offre ici dans toute sa richesse.
Les rayons de clarté, qui traversent l'intérieur de l'édifice, animent sa solitude.
Quelle erreur de croire que le style gothique est constitué par l'ogive I L'église de Saint-Etienne de Nevers est absolument plein cintre : romane, donc? Mais non! Tous les caractères essentiels du Gothique sont là et il ne suffit pas d'un détail pour caractériser un ensemble.
Cette décoration romane composée de grandes niches profondes, superposées, c'est un souvenir du columbarium .
Un pont à arcatures, contrefort extérieur, vient consolider les murs. Au-dessus, ces colonnettes courtes, fortes, épaisses, à grosses têtes; leurs arcatures, animées de volonté, semblent des cariatides.
Cette nef est inondée de lumière dégradée, cette lumière qu'aimait Raphaël. Et il y a aussi des clartés à la Clouet.
Les Grecs ont compris avant tout et avant nous cette magie de la lumière. Les Gothiques Tont reprise d'eux-mêmes, parce qu'il est dans la nature de l'homme d'adorer les effets du soleil, de les exprimer en les conduisant selon leur sens naturel. - — Ici, l'effet est donné par les fermetés que les colonnettes accentuent.
L'esprit qui créa le Parthénon est le même esprit qui créa la Cathédrale. Divine beauté I II y a seulement, ici, plus de finesse : il y a, si j'ose dire, un brouillard lumineux, où la lumière non striée dort, comme dans les vallons. Ceux qui ont visité ces nefs aux heures du matin me comprennent.
Ces trois niches, triple conseil d'enthousiasme!
Partout, cependant, je respire cette atmosphère d'humidité, d'humilité, qui sent la prison. Elle ramène mon esprit à cette pensée initiale — - douleur, sacrifice, amour — - qui produisit la Cathédrale.
L'abside extérieure de cette église, avec ces petites chapelles agglomérées et celle plus haute qui les groupe, rappelle le tombeau d'Adrien.
L'adorable Vierge étonnée : l'enfant cherche le sein; mais elle, lointaine, joue avec lui, oubliant, n'étant pas tout à fait mère, qu'il faut qu'elle nourrisse.
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Au fond du chœur, le noir du Saint des Saints donne une intensité plus vive à Téclat doré des lampes suspendues. Nulle autre part ailleurs que dans les Cathédrales cette magie de la lumière des cryptes n'a été plus amoureusement traitée. Cette lumière rayonne sur la dalle; elle projette des reflets, des barres de clarté qui traversent horizontalement, en biais, les ombres massives. Et partout elle est chez elle, ici, cette reine du clairobscur.
Derrière Tautel, Tombre s'épaissit dans Tabside divisée en alvéoles. C'est la grange où dort le grain, c'est la cave d'où doit ruisseler un jour le vin du Seigneur. . . Seuls, de petits vitraux, où le martyre du Saint est retracé en un dessin violent qui se détache sur cette séraphique couleur bleue, éclairent ces chapelles sombres, ces tombeaux.
Louis XIV avait ajouté à cette église des grilles d'une magnifique élégance, qui s'harmonisaient avec l'ensemble de l'édifice. C'est que le style Louis XIV est une déclinaison du Gothique. C'était beau. On a substitué aux grilles Louis XIV une nouvelle grille gothique, caricature du Gothique. C'est laid. C'est la lettre, mais non l'esprit du Gothique, et ce n'est donc point gothique, en réalité, car ce qui est laid n'appartient à aucun style.
Tonnerre,
Pour notre bonheur, ce chef-d'œuvre a été négligé par les architectes. Il reste cassé, mais intact : on n'a
pas réparé ces cassures et elles ne nous empêchent nullement de jouir de la beauté des plans et des proportions.
Des rondes-bosses puissantes supportent des dentelles en forme d'espalier. Ce temps gris, ce léger deuil des jours de pluie, avec ses taches d'encre lavées dans tout le ciel, habille l'église d'une brume tendre. Et les oiseaux chantent, mais non pas les cloches. Bientôt, pour entendre la voix des cloches, ne faudra-t-il pas aller jusqu'à Rome?...
AMIENS
C'est une femme adorable, cette Cathédrale, c'est une Vierge.
Quelle joie, quel repos, pour l'artiste, de la retrouver si belle! Chaque fois, plus belle! Entre elle et lui, quel intime accord!
Point de confusion vaine, ici, point d'exagération ni d'enflure. C'est l'empire absolu de l'élégance suprême.
Dire qu'on attribue ce monument à des temps barbares !
Cette Vierge s'est levée ici, à une époque de sincérité, pour allumer et pour entretenir dans le cœur des hommes l'amour de la beauté. Sous son manteau, elle apportait aux sculpteurs d'innombrables modèles. Non, ce ne sont pas ou ce ne sont pas seulement des saints et des martyrs que je vois ici : ce sont bien des modèles pour nous. Les artistes d'alors ont dû penser que, dans la suite des temps, l'art aurait besoin d'être ramené à la vérité...
Ces modèles, je n'ai pas l'intention de les énumérer
AMIENS
tous. Quelques-uns m'ont très particulièrement retenu.
. — Cet ange, qui lève la tête pour nous montrer le ciel.
. — Ces deux personnages en prière.
. — Cet évêque colorié, sali, patiné; sa tète admirable!... Il y a un petit chien, sûrement le chien de l'artiste...
■ — Tout près, un homme prie, intérieurement, sans parler; le geste de la prière gouverne de beaux plis dans les draperies, noires seulement vers le bas. — L' évêque, couché sur son tombeau, parle encore, lui; un précepte très doux est sur ses lèvres. - — Deux chefsd'œuvre; ce bas-relief est parmi les plus belles choses qui soient; il a la sagesse d'un Parthénon.
— Une vierge pose le pied sur un caméléon à face humaine, glissant, visqueux : superbe.
■ — Un saint visite un anachorète : beau comme une stèle grecque de la grande époque.
- — L'ange apparaît aux Trois Rois. Sur le grand plan ces figures prennent naturellement une extrême majesté.
. — Une Vierge qui fait penser à une Cérès...
■ — • Jésus parle, et les hommes qui l'écoutent sont fins et réfléchis comme des Ulysses. Ils discutent. L'un tient le hibou (Sagesse), l'autre, un livre (le te:s.te, la Loi).
— Un ange oblige doucement un homme à lever la tète pour admirer le ciel.
. — ' Deux personnages en prière : ils ont l'air, bien qu'agenouillés, de voler.
— ' Saint Jean prêche dans un petit bois. Comme dans le Christ qui parle au peuple, quelle vérité dramatique du geste 1 Les acteurs devraient venir étudier ces modèles, ils en recevraient de précieuses leçons.
' — ^,Et cette belle Vierge, avec sa robe aux plis droits, n'est-ce pas la réduction symbolique de la Cathédrale tout entière? Ces plis répétés sont des colonnettes.
— Dans une Annonciation, la Vierge, de grande stature, a une ineffable expression de condescendance.
• — Jésus regarde la ville de Jérusalem, il la prend en pitié, puis il se détourne, menaçant. Superbe basrelief! On dirait Tavers agrandi d'une médaille romaine. Le geste de la pitié et celui de Tanathème se confondent, presque, dans une expression étrangement complexe et profondément une.
< — Les Pharisiens : ils ont sur la poitrine de larges bandes d'étoffe couvertes d'inscriptions; sur la poitrine, pas dans le cœur.
Quel dialogue, grave et tendre, pathétique, s'échange entre ces figures deux fois saintes de vérité et de beauté ! Ou plutôt quel concert! Pas une note dissonante et pas deux notes identiques. C'est la plus une et la plus variée des symphonies.
Et les détails dont ces bas-reliefs sont pleins, quelles délices! C'est tantôt l'imitation de la nature, comme dans ces feuilles de trèfle si franchement dessinées, et tantôt c'est l'imagination de l'artiste, procédant toujours
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de la nature, sans doute, mais n'imitant d'elle guère plus que ses méthodes de création.
L'originalité, tout le monde le sait, — et ne l'ai -je pas déjà dit? — n'est pas dans le sujet, quoi qu'il en semble. Ce qui est original partout, ici, c'est la mise en œuvre partout proportionnée d'un principe général de sagesse.
Les grilles d'Amiens font avec ce monument gothique une parfaite harmonie. Comme toutes les belles choses sont toujours d'accord entre elles ! Ces grilles Louis XIV sont superbes d'élégance simple et noble. Elles rampent somptueusement au pied des colonnes.
Si naïve que des pédants l'aient jugée, l'analogie entre l'église gothique et les forêts du Nord - — ces forêts qui n'étaient jamais très éloignées de cette église et qui lui ont fourni tant de matériaux — s'impose à mon esprit. Que la forêt ait inspiré l'architecte, j'en suis, comme Chateaubriand, absolument convaincu. Le constructeur a entendu la voix de la nature, il a compris son enseignement, son exemple, il a su en déduire des conséquences d'utilité profonde et générale. L'arbre et son ombrage sont la matière et le modèle de la maison. L'assemblée des arbres, avec l'ordre, les groupements variés, les divisions et les directions que la nature lui assigne, c'est l'église.
N'avons-nous pas trouvé la vie de la sculpture en rêvant dans les bois? Pourquoi l'architecte aurait-il été moins favorisé que le sculpteur?
Et la forêt continue à me produire une impression voisine de celle que je reçois de la Cathédrale. L'une me renvoie à l'autre.
Toutes deux réveillent ma jeunesse...
Devant cette église, voici qu'irrésistiblement je me souviens d'une forêt, et je la revois...
La forêt où rêva ma jeunesse est sévère. Elle n'a pas d'oiseaux. L'horizon est presque partout fermé, limité par la muraille des arbres. Mais l'atmosphère humide avive les couleurs. Des lumières vertes sur les côtés...
C'est l'empire du silence dans le jour, de la terreur dans la nuit.
Paysage puissant et mélancolique I Ces bigarrures de lumières... ces nervures, ces colonnettes... Ces carrefours de Cathédrales défoncés dans cette solitude... La boue nous cache les feuilles mortes, n'en laisse découvertes quelques-unes que pour faire avec elles un vif contraste. Petites plaques de soleil; fûts d'arbres tranchés, dans leur plan, par un rayon qui glisse.
Le soleil est malade; soleil d'automne aux feux intermittents. Ses rayons se déroulent en banderoles qui semblent chercher un appui sur les arbres, sur les terrains. Il précise et nuance le charme triste de cette fin d'après-midi; sans lui, cette tristesse serait monotone.
Ouand l'horizon s'ouvre, on distingue dans les arbres un crépuscule solennel, qui paraît n'avoir pas eu de commencement, ne devoir jamais finir...
Un petit chien hésite à nous suivre; nous lui faisons
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peur. Mais il a peur aussi de la boue du chemin. — Notre vanité est-elle flattée qu'un plus petit nous craigne? — Je ne le crois pas. C'est pourtant, vis-à-vis de nous-mêmes, ce sentiment-là que nous prêtons à Dieu.
Dans les profondeurs, il y a des vitraux verts...
Un arbre abattu, un autre... Ces bons géants étendus, couleur de peaux corroyées...
Le sentier s'éloigne. Q^uel est ce mur de briques? Ce n'est pas un mur, ce sont des feuilles sur une montée de terrain.
A droite, à gauche, s'ouvrent de hautes nefs bercelées, que décorent d'éclatantes verrières...
Mes souvenirs s'élèvent, comme ces arbres, et se confondent avec eux...
Cette forêt sévère, c'est l'antique forêt de Soignes, où j'ai connu quelques-unes des années rêveuses, laborieuses et parfois douloureuses, de ma jeunesse. Cette forêt me rappelle à mon passé. La forêt rappelle l'humanité à ses origines ; elle retrouve en elle les Principes.
La chaire est Louis XVI; blanc et or. Et voici, blanc et or aussi, une chapelle Louis XVI encore. Salon très noble, avec de la majesté, marqué d'un temps où les boudoirs avaient de la noblesse.
Chaque fois que je reviens ici, il me semble que le commerce entre ces figures sublimes et mon admiration n'a pas été interrompu. Voilà vingt ans et plus qu'elles sont pour moi des amies. Les grands artistes qui les ont sculptées sont mes vrais maîtres. L'intensité de l'attention avec laquelle je les étudie me suggère parfois l'illusion que je vis en ces jours lointains où la pensée était simple, où les chefs-d'œuvre étaient les fleurs naturelles du travail.
Malgré mes années et ce siècle désorganisé, je reviens à vous, artistes patients, maîtres difficiles à comprendre, et ma situation auprès de vous est celle des figures que vous nous montrez accotées à la porte du ciel : leur attitude nous dit qu'elles, croient et qu'elles espèrent; moi je désire, j'attends avec confiance l'heure de la compréhension, et tous mes regards sont depuis longtemps tournés vers vous.
La part de vérité que vous m'avez révélée, je l'ai employée comme j'ai pu. Peut-être ai -je trahi votre
pensée. On ne peut exprimer qu'à la condition de bien savoir, et il reste dans ces pierres tant de choses qui m'échappent encore] Tous les principes sont là, toutes les lois générales; mais c'est notre intelligence et notre cœur qui manquent, ou qui sont en défaut. Vous possédiez la vérité. Maîtres, et, pour la retrouver, il faudrait plus d'une vie. Or, qui continuera mon effort, quand nos contemporains auront achevé de briser ces pierres ou de les effacer?
Je suis l'un des derniers témoins d'un art qui meurt. L'amour qui l'inspira s'est épuisé. Les merveilles du passé glissent au néant, rien ne les remplace et tout à l'heure nous serons dans la nuit. Les Français sont hostiles aux trésors de beauté qui glorifient leur race, et sans que personne intervienne pour garder ces trésors, ils les frappent, ils les brisent, par haine, par ignorance, par sottise, ou, sous prétexte de les restaurer, il les déshonorent.
(Ne me reprochez pas d'avoir déjà dit tout cela : je voudrais le répéter sans cesse, aussi longtemps que persistera le mal!)
Hélas I elles ne renaîtront pas des cendres que nous en faisons, ces merveilles!
Q^ue j'ai honte pour mon temps! Q^ue l'avenir m'épouvante! Je me demande avec horreur quelle est, dans ce crime, la responsabilité de chacun. Ne suis-je pas maudit moi-même, avec tous?
Et aussi, devant ce qui subsiste encore de cette
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beauté condamnée, mo esprit s'effraye. Mais cet effroi participe de Textase.
Le soleil ne fait pas tout apparaître à la fois : quel spectacle admirable! Mais qu'il est mystérieux I
Sur ces faces, si simples dans leur grandeur, mon attention se concentre. Je voudrais comprendre tout de suite, et je sens qu'il faudrait, pour y parvenir, me modifier profondément moi-même, acquérir plus d'énergie, plus de fermeté, me soumettre à une rigoureuse discipline. C'est bien difficile!... Je m'élance vers la merveille, pour l'étreindre et la pénétrer. Mais ces violences la rebutent. Elle commande le calme, la retenue, en un mot la Force, étant forte elle-même. ■ — Et j'entends la leçon. Je pars; je reviendrai. Du moins, j'emporte une vision sublime, qui, peu à peu, cessera de m'étonner, me permettra de la comprendre.
Il faut que les grands sentiments prennent racine avec lenteur, se raisonnent et deviennent peu à peu parties intégrantes de la vie de notre sensibilité et de notre intelligence. Les grands arbres aussi veulent beaucoup de temps pour se développer. Et cette architecture, cette sculpture sont justement comparables aux arbres, dont elles partagent la vie en plein air.
Demain, plus tard peut-être, quelque jour, parmi mes préoccupations d'artiste, tout à coup, le souvenir de mon amie de pierre, de ma grande Dame du Mans, me reviendra, et mon cœur et mon esprit frémiront, et je serai brusquement éclairé par cette lumière qui, trop proche ici, m'éblouit et ne me laisse pas jouir d'elle.
Mais quelle profonde et délicieuse commotion, quand enfin, dans une illumination soudaine, je vois, je comprends et je sens le chef-d'œuvre? Un seul grand regard comblé de beauté, d'ordre, de joie! Innombrables sensations simultanées !
Et, cette impression une fois acquise, je la garde : enthousiasme pour demain, pour toujours ; miracle permanent.
Mais grande fatigue.
Qu'au moins mon effort ne soit pas perdu pour les autres! Qu'ils héritent de mon admiration!
Je m'approche lentement; je sens déjà le vent violent qui souffle toujours autour des Cathédrales : l'Esprit souffle... Et puis, je me déplace plusieurs fois, sans perdre des yeux le détail de l'église. Stations d'amour. Elle change de profil, et jamais sa beauté ne s'altère. La lumière et l'ombre jouent librement, fortement, dans ces arcs aux courbes si nobles, si légères!
Les Maîtres ont eu la modestie de ne donner aucun ornement, d'aucune sorte, à ces contreforts élevés de soixante mètres, droits en hauteur. Mais je me trompe, ce n'est pas de la modestie, c'est de la sagesse et du génie car II le fallait. Cette simplicité m'étonne autant, je la trouve aussi splendide que la plus riche complication d'ornements. Je ne connais qu'à Beauvais d'autres contreforts lancés dans les airs avec autant de génie et de mesure. Quelle simplicité! Je me trompais encore : c'est plus que du génie, c'est de la vertu. Dis-
cipline héroïque : ces Maîtres d' œuvre étaient des soldats romains.
Et qu'elles sont splendides, les ombres jetées par ces contreforts, dans cet encombrement harmonieux de forêt, ordonné par la géométrie humaine ! Au sommet, en couronne, triomphe le clocher, droit comme une futaie de hêtres rapprochés tout près les uns des autres.
Des soldats romains? Non! Ce sont des géants qui ont fait cela I
Le beau porche! C'est d'abord de Tombre douce qui s'est condensée, modelée. Rien de hâtif dans cette sculpture; il faut du temps pour y pénétrer. Cet art ne vous cherche pas, il vous attend. Si vous consentez à venir, il vous enseignera la vérité éternelle. Il n'est pas pressé...
Les saintes se tiennent droites comme la règle ; mais la règle est le principe de la grâce : ces saintes sont gracieuses. ■ — Et les feuillages chapitonnent, et le nimbe s'élance au ciel de la voûte. — Le Christ, terrible dans son geste, l'Ange, le taureau, le lion et l'aigle. — - Les têtes sont effacées, cassées; pourtant, je les vois; parce qu'elles étaient dans le plan.
Le plan est tout, dans l'architecture et dans la sculpture, ai -je dit : poètes, musiciens, peintres, n'est-il pas tout dans les arts?
Ces figures merveilleuses n'ont de rivales qu'à Chartres et à Athènes. Q^uelle parfaite entente du basrelief! C'est l'aspect archaïque grec dans toute sa force et sa simplicité. Les effets procèdent les uns des autres et se complètent par dérivés ; nulle part le secret de la
vie n'a été mieux rendu, c'est la vie même, pour plus exactement dire. KUe ne s'est pas manifestée seulement par la main des artistes; elle poursuit après eux, depuis eux, son action sur leurs chefs-d'œuvre, et ceux-ci se sont transformés à travers les siècles, et continuent à se transformer sous l'influence du soleil, sans jamais avoir été ni pouvoir devenir inférieurs à eux-mêmes. Au contraire! ils sont plus beaux aujourd'hui qu'ils n'ont jamais été, parce qu'en eux s'est ajoutée à la vertu du génie la vertu du Temps. L'artiste, prévoyant, a d'ailleurs protégé ses figures, comme d'un dais, par un avant-corps d'architecture qui leur ménage la lumière des rayons obliques. Quand ces rayons décroissent, peu à peu les figures entrent dans l'ombre du dais. Mais, quand les rayons renaissent, c'est tous les jours le miracle de la Transfiguration.
Etat glorieux] Tout revient doucement, sort des fonds. Apparitions! Et le céleste entretien des héros, des saints, recommence. Pas de noir pur. A eux quatre, ils ne font qu'un, tous enveloppés de fortes douceurs, lumières et ombres mêlées.
Faut-il que je me dérange, que je me rapproche, que je cesse de voir pour examiner « comment c'est fait? » — Eh bien! c'est fait de rien, pour ainsi dire. Ce n'est jamais par un métier apparent que se révèle le génie.
Ce n'est pas en cherchant à leur dérober le secret personnel de leur génie qu'on rejoint les Maîtres; c'est en étudiant à leur exemple la nature. Tous les grands
artistes de tous les temps sont des voix qui chantent à Tunisson la louange de la nature. Les siècles peuvent intervenir entre eux : les Maîtres restent contemporains. Tous les grands instants sont marqués d'un même et unique caractère : les balustres de Blois sont du grec primitif.
Ces robes, ces jupes, ces draperies sont pareilles à des feuilles retombées.
La voussure est faite de mille chefs-d'œuvre. Entre autres, cette sainte, qui aperçoit le ciel et qui, de ses bras, de toute sa draperie même, vivifiée par le désir, cherche à Tatteindre...
Quelles belles ombres portées! Elles n'empêchent pas de lire les corps, elles les font tourner, vibrer.
Ces chapiteaux en jet de force, brutalisés par la lumière et par l'ombre, c'est le génie du vieux sculpteur, du voyant de jadis, qui a obtenu ce résultat miraculeux. L'habitude de travailler en plein air, dans le soir et le matin, la longue patience, l'immense amour l'ont fait tout -puissant.
O noble peuple d' artUansf Si grands, que les artistes d'aujourd'hui n'existent pas auprès de vous! Ils ne vous comprennent même plus. Pourtant, je ne crois pas que, depuis vous, les lois de la lumière et de l'ombre aient varié, que les éléments fussent, à votre époque, plus obéissants qu'aujourd'hui. C'est nous qui nous sommes révoltés contre ces lois, contre la vérité, et notre cécité est notre châtiment.
Les chapiteaux du porche sont romans. Ce sont des chefs-d'œuvre français. Quelle vigueur dans ces feuilles! Elles n'entourent pas, elles jaillissent, comme la plante.
Et l'expression ardente, la puissance architecturale des grandes figures du porche, à gauche, vues de l'entrée de l'église ] Il n'y a rien de plus beau dans les chefs-d'œuvre de n'importe quelle époque. Le miracle de ces noirs modulés f
C3ue dit cette cloche à la voix solennelle? Ne sonnet-elle pas les funérailles d'un roi? ou la marche nuptiale de quelque majestueuse jeune reine? C'est une date dans ma vie, cette sensation si intense qui me possède, tandis que j'écoute cette cloche en contemplant ce porche et l'admirable disposition de sa foule de pierre ordonnée en architecture. Cloches et sculptures, c'est la même grande parole.
Comment pouvons-nous vivre sans admirer ces magnificences? Elles m'emplissent d'allégresse. Ma pensée se raffermit en s'appuyant sur un arc-boutant...
O ces Mille et Une Nuits de la volupté intellectuelle! Ces cariatides célestes, à la limite de la simplicité... Je ne puis m'en détacher...
L'admiration du génie humain conduit l'esprit toujours plus haut. Je vois les Cathédrales en artiste et je vois la Nature dans la Cathédrale.
Est-ce la mer qui déferle là-bas?
— Non, ce sont les vêpres; je suis dans Téglise. J'aperçois un groupe en prière, des gens qui pensent, appuyés aux colonnes...
Te Deum! vol d'archanges portant des glaives?,.. Orage, roulements de tonnerre ! . . .