DION
des mains de l'abbé de Saint-Bénigne, l’anneau ducal, insigne du pouvoir et de la bénédiction donnée par l’Église. Après cette cérémonie, imposante comme toutes les cérémonies auxquelles se mêle la religion, les grands seigneurs et les députés des villes prêtaient le serment de fidélité.
Nous ne dirons rien des mausolées et des autres monuments sculptés qui se voient dans la cathédrale de Dijon, enlevés des églises supprimées et transportés dans son enceinte au commencement de ce siècle. La plupart ne se font nullement remarquer par le sentiment religieux, et, quoique dus au ciseau d'artistes célèbres et recommandables sous le rapport de la forme, ils sont à nos yeux moins intéressants que la tombe curieuse, aujourd’hui presque effacée, d’Uladislas, roi de Pologne et bénédictin de Saint-Bénigne. Le roi devenu moine est représenté avec les habits de son ordre, au milieu d'ornements gothiques.
Le portail de la cathédrale de Dijon, dont l'aspect ne manque pas de noblesse, est accompagné, aux deux ailes, de tours parallèles, régulières dans leurs formes. IL n’a dans son état actuel, pour décoration, que deux galeries d’un travail élégant et plein de goût. Le trait caractéristique qui le distingue est le narthex, qui doit être rapporté à la construction de l'abbé Guillaume, au commencement du douzième siècle. La porte est à plein cintre et ornée des moulures propres à la période de transition. Le tympan avait été orné de bas-reliefs très-curieux, représentant, entre autres sujets, la naissance de Jésus-Christ et l'adoration des Mages. Ces sculptures, broyées sous le marteau révolution-
naire, ont été, depuis, remplacées par un bas-reliei re-
présentant le supplice du diacre premier martyr, exécuté par l’illustre Bouchardon pour le portail de l’église de Saint-Étienne. Ce travail, que l’on à jugé à propos d’ajuster ici tant bien que mal, dans un cadre incohérent, malgré tout son mérite, est moins un ornement agréable qu'un anachronisme réprouvé par le bon goût. Les pieds-droits de la porte d'entrée étaient jadis ornés de statues qui n'ont pu échapper à la main de la destruction : elles représentaient saint Pierre, saint Paul, Moïse, saint Grégoire le fondateur de l’abbaye, Gontran et Robert le Pieux, bienfaiteurs du monastère; enfin deux reines, dont l'une, en manteau royal, les cheveux nattés, était appuyée sur une patte d’oie, au lieu d’un pied humain *. £
Tout l'extérieur de l’église n’a de remarquable que l’uniformité qui semble en être le trait essentiel et le signe particulier. La flèche qui s'élève au-dessus des combles du transsept est une construction hardie. Sans conserver les éloges pompeux et exagérés dont elle a été l’objet de la part des historiens du pays, qui l'élevaient de beaucoup au-dessus de toutes les aiguilles pyranidales du même genre, nous pouvons la placer à peu près sur la mème ligne que les flèches
ogivales les plus renommées.
* Cette bizarrerie, qui existait aussi aux églises de Saint-Pourçaint, en Bourbonnaïs ; de l’abbaye de Nesles, en Champagne, de Saint-Pierre, à Nevers ; de Saïint-Germain-des-Prés, à Paris et peut-être ailleurs, a fait naître parmi les savants, Montfaucon, Dom Plancher, Misson, Bullet, Mabillon, l'abbé de Bœuf et plusieurs autres , une foule de dissertations, où l’on a dépensé une immense richesse d’érudition à peu près en pure perte. La Reine aux pieds d’Oison est toujours une énigme.