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et devenue proie de guerre, elle fut ravagée par les vainqueurs. Tous les édifices publics furent emportés par cette
effroyable tempête.
Charlemagne, dont la main vigoureuse sut fonder et affermir un des plus vastes empires du monde, s'appliqua par tous les moyens à réparer les maux qui avaient aflligé la France. Il releva l’église de Notre-Dame d'Avignon, ainsi que nous l’apprend une charte de Louis le Débonnaire, son fils et son successeur. Ce titre, traduit au quinzième siècle, nous fait connaître que le roi Louis lui accorda de nombreux priviléges, en considération de ce qu’elle était moult ancienne et
de fondation royalle.
Aux temps les plus reculés , l'église métropolitaine n’était connue que sous les noms d'église d'Avignon, de Notre- Dame, de Saint-Jean et de Saint-Étienne. Ce ne fut que dans le courant du quatorzième siècle qu’elle fut désignée sous la dénomination de Notre-Dame-des-Doms. Voici à quelle occa-
sion : dès le huitième siècle, l’évèque Agricol avait fait ve-
‘nir des moines de Lérins, qui avaient une manière particu-
lière de psalmodier à deux chœurs alternatifs. Ces religieux furent sécularisés au neuvième siècle, et devinrent plus tard un chapitre très-distingué ; l’église qu’ils desservaient était appelée Ecclesia beatæ Mariæ de Domnis ou Dominis. En cherchant à préciser d'une façon positive les dates des diyeaee, parties qui constituent aujourd'hui l'église métropolitaine d'Avignon, nous sommes arrêtés par plusieurs diflicultés dans notre appréciation archéologique. Ce monument a subi de si fréquentes modifications , que les caractères de
certaines portions assez importantes en ont été complétement altérés.
Quelques antiquaires ont prétendu que cet édifice était de la transition entre l'architecture romaine et l'architecture dégénérée de la première période du moyen àge. En étudiant le porche si curieux et d’un aspect vraiment antique, ils ont été jusqu’à penser que son édification pouvait bien être antérieure au règne de Charlemagne. Telle est l'opinion de M. Mas, auteur d’une notice savante, quoique trop courte dans les désignations techniques, opinion que nous sommes éloignés d'adopter. Cette question ayant occupé déjà les antiquaires, nous devons exposer le passage de l’opuscule de M. Mas, où il résume les raisons qu’il apporte en faveur de son sentiment. Nous motiverons ensuite notre Jugement particulier.
« D'abord on ne peut supposer que ce porche ait été construit postérieurement au onzième siècle; car, à cette époque, commença en Provence et dans toute l'Europe un style d'architecture tellement caractérisé, que toutes les constructions qui s'y rapportent sont facilement reconnaissables. On pourrait, il est vrai, supposer (l'intention d’imiter l’antique étant patente) que cette imitation à pu avoir lieu aussi bien au onzième siècle qu'aux siècles précédents : ç’aurait été une exception, un câprice d'artiste. À la rigueur, la chose serait possible; mais pour l’admettre comme vraisemblable, il faudrait pouvoir citer quelque exemple à l’appui. Nous voyons bien plusieurs imitations de l'antique dans le onzième et le douzième siècle, mais toujours incomplètes et très-reconnaissables : les pilastres d’Autun, par exemple, sont copiés
sur ceux des portes romaines de cette ville; mais leurs chapiteaux et tous les détails de l’église à laquelle ils appartiennent sont romans. À cette époque on a bien imité des détails ; mais je ne sache pas qu’on ait jamais copié le style général de l'architecture antique. D'ailleurs où étaient les modèles que les architectes de ce temps auraient eus sous les yeux pour les copier ? Avignon, successivement saccagé par les Francs et les Sarrasins, ne devait plus présenter que des ruines informes. Nous pensons donc qu'il faut se reporter à une date plus éloignée de nous; il semble d’abord naturel de chercher uñe époque de renaissance où le goût antique, auquel on revient toujours en sortant de la barbarie, a été remis en honneur. Le siècle de Charlemagne m'avait paru probable par ce motif. En effet, dans les dernières années de son empire, Charlemagne imprima à l’Europe un mouvement de civilisation prononcé, qui se manifesta par une imitation de l’organisation politique de l'empire romain, par l'étude de la langue et des arts de ces maîtres du monde. Mais rien ne prouve que l'architecture ait suivi ce mouvement : les constructions que l’on est fondé à croire carlovingiennes sont empreintes de barbarie, et rien n’y rappelle les proportions élégantes du portail de Notre-Dame-des-Doms.
« Reculant ainsi de siècle en siècle, on est bientôt forcé de s’arrèter à la limite tracée par les invasions des Barbares, pendant lesquelles on ne peut guère supposer que l’on ait élevé d’autres constructions que celles qui pouvaient défendre les villes contre les dévastateurs. Du sixième au septième siècle, la Provence a joui d’une tranquillité relative qui permet de penser qu'on a pu s'occuper alors de bâtir des édifices
religieux durables et de grandes proportions. Les souvenirs romains n’étaient pas encore effacés, et l’on ne connaissait alors d’autre architecture que celle du Bas-Empire, plus ou moins adroitement reproduite. C’est à cette époque qu'on pourrait supposer que le portail en question a été élevé. Dans cette hypothèse, les limites seront, d’un côté, le règne du roi bourguignon Gontran; de l’autre, l’invasion des Sarrasins. » En analysant attentivement ces arguments, on sera loin de les trouver démonstratifs. On connaît plusieurs termes de comparaison , tels que la cathédrale de Langres et plusieurs autres édifices de la Bourgogne qui présentent, dans leurs formes imitées de l'antique, de frappants rapports avec le monument d'Avignon. Nous serions assez portés à croire que le portail de Notre-Dame doit être attribué à cette remarquable école bourguignonne, qui se développa à la fin du onzième siècle et dans le cours du douzième. D'ailleurs nous retrouvons dans le système de la construction elle-même des caractères qui nous paraissent suffisants pour en accuser la date au commencement du douzième siècle. Outre quelques moulures d’une signification non équivoque , la disposition du porche et l’établissement de la tour à sa partie supérieure nous induiraient à prendre cette conclusion. L'ouverture de la porte, avec son arcade cintrée et les autres circonstances qui l’accompagnent , servent encore à corroborer notre opinion. Jamais, avant le onzième siècle, on n’a vu une construction produite par des principes semblables à ceux qui ont présidé à l'érection de cet intéressant narthex. Ce serait un fait unique, dans l’histoire de l'architecture, dont on ne
pourrait donner nulle explication. Les clochers sont , com-
parativement , d’une date trop récente pour qu'on puisse en trouver un si développé dans sa base dès le huitième siècle.
Le porche de Notre-Dame-des-Doms est surmonté d'un fronton dont l’inclinaison indique les traditions antiques. Les moulures des corniches rampantes ont disparu : au milieu est une ouverture circulaire que les auteurs chrétiens nomment oculus, œil. L'entablement, établi dans des proportions peu correctes et décoré de détails imités servilement de l’architecture romaine , soutient le fronton et est supporté lui-même par deux colonnes corinthiennes , engagées dans les angles du porche, et qui présentent une imitation si exacte des monuments romains de cette province, qu’on pourrait croire, sans un examen sérieux, qu'elles sont d’origine païenne. La porte en arcade offre une grande analogie avec celles des ares de triomphe d'Orange et de Saint-Remy. Le soubassement du clocher est orné d'un ordre de colonnes d’un caractère trèsremarquable.
Le tympan du fronton élevé au-dessus de la porte d’entrée, est couvert d'une fresque dans un triste état de dégradation : les fragments qu’on peut encore distinguer annoncent un dessin pur et correct et une composition simple et grandiose. Gette peinture est présumée appartenir au quatorzième siècle. D’autres fresques plus modernes peut-être, mais sûrement moins bien exécutées, apparaissent sur les murailles qui unissent le vestibule à la nef de la cathédrale. Le morceau le plus intact représente le baptème de Notre-Seigneur par saint Jean. Deux anges, dont la tête est admirable, planent audessus du groupe : on voit à côté un homme avec un enfant,
une femme et deux jeunes filles ; c'est probablement la famille
du donataire. Les curieux regardent surtout les costumes des personnages, frappants par leur richesse et par leur singularité.
L'ancien clocher, bâti sur le mur même du vestibulum , s'écroula de vétusté en 1405 , pendant qu’on chantait les vêpres : sa chute n’entraina pas toute la muraille; ce qui resta fut jugé assez solide pour y établir celui que l’on voit aujourd'hui.
L'intérieur de la cathédrale d'Avignon, considéré sous le rapport du plan général, offre l'apparence basilicale. D'innombrables réparations ont apporté des changements profonds dans chaque partie essentielle. Ce n’est que par la réflexion et par l'analyse que l’on peut facilement se rendre compte de la disposition primitive. La voûte la plus ancienne est ogivale , tandis que les arceaux intérieurs et extérieurs des murs latéraux et les fenêtres sont à plein cintre ; les caractères du douzième siècle sont ici évidents. [1 ne s’est probablement pas écoulé un long intervalle de temps entre la construction du porche et celle de ces diverses parties ; l’ornementation est largement imitée de l'antique. La nef de Notre-Dame est environnée d’une tribune formant une frise , surmontée d’une balustrade en pierre, soutenue par des pendentifs d’une riche sculpture. En 1670, sous l’archevêque Azon Arioste, on agrandit la nef en diminuant une immense tribune et l’on construisit le chœur. L’autel est éclairé par un dôme, sur quatre rangées d’arcs doubleaux , qui s'élèvent graduellement et portent une voûte en coupole.
Nous ne devons pas passer sous silence une œuvre de sculp-
ture gracieuse, le trône archiépiscopal actuel : c'était au-
trefois le siége des papes qui ont habité Avignon de 1308 à 1377, et des papes qui y ont demeuré pendant le grand schisme de 1378 à 1403. Après l'extinction du schisme , en 1411, le cardinal Pierre de Thurci , légat d'Avignon, le fit sceller , par respect, dans l'épaisseur d’un mur , à quatre mètres d’élévation , où il est resté jusqu’en 1837. Monseigneur du Pont, à cette époque archevèque d'Avignon , jugeant que : ce siége monumental , à peine aperçu de l’œil inattentif de la foule du peuple et dont la position était pour la plupart une véritable énigme, n’était pas suffisamment à la portée des observateurs, l'a fait descendre pour l'usage des pontifes de l'église métropolitaine.
Les chapelles sont généralement décorées avec luxe, mais pas toujours avec un goût assez sévère. Dans l’une d'elles, dite chapelle de Jean XXIT, on conserve un autel en marbre fort ancien, en forme de table. Il était autrefois dans le chœur, caché sous un autel plus moderne , ressemblant à un tombeau. C’est dans cette même chapelle qu'on à transféré le beau mausolée du pape Jean XXII. Ce monument, en style gothique du quatorzième siècle, étale toutes les magnificences de la sculpture la plus fine et la plus diversifiée. Ce sont les figures les plus gracieuses entrelacées avec goût et symétrie, les feuillages ciselés, les festons transparents ; en un mot, toute la somptueuse prodigalité de l’art fécond de cette époque. Plusieurs clochetons , ornés de riches végétations, s'élèvent graduellement pour former une pyramide tumulaire du plus imposant effet. Ce tombeau fut d’abord élevé au milieu de l’église; malgré cette position très-incom-
mode, il y demeura pendant quatre cent vingt-cinq ans. Il
fut plusieurs fois déplacé et cruellement mutilé en 1793, aux jours de hideuse mémoire; des hommes stupidement barbares arrachèrent le corps du pontife de son tombeau, où il avait espéré trouver un repos profond jusqu’à la résurrection bienheureuse , et ,en dispersèrent les lambeaux. Enfin ce sépulcre vide a été posé, dans la chapelle qu’il
occupe, dans l’état où nous le voyons maintenant. ?
FAIR ULIAXITERT
TM
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