‹ Les cathédrales de FranceChapitre 14 sur 109 · DU MANS · texte numérisé non relu

DU MANS

A Cathédrale du Mans, bâtie, dans ses parties

les plus importantes, à deux époques bien dis-

LE

=+ deux principales transformations de l’architec-

tinctes, présente dans toute leur grandeur les

ture chrétienne. La période romano-byzantine nous a laissé la grande nef et les bas-côtés collatéraux, la période ogivale a élevé le chœur et toute la partie supérieure de l'église. Nous y trouvons dans toute sa puissance ce double mouvement du génie religieux au moyen âge. Quoique le défaut d'ensemble détruise l'harmonie générale de l'édifice , on serait fàché cependant de ne point rencontrer d'une manière si complète l'expression de la pensée des architectes de la pé-

riode romano-byzantine mise en parallèle avec la pompe et

la noblesse qui caractérisent la période gothique. Les deux styles sont en présence, avec leurs caractères, leur ornementation propre, leurs procédés particuliers, et, s’il était permis de s'exprimer ainsi, avec leur physionomie spéciale. L’archéologue catholique, sans système exclusif, les admirera toujours, l’un dans sa forme sévère , l’autre dans son élégance et sa prodigieuse hardiesse..

Les principes de cette imposante cathédrale furent extrémement modestes. Le premier apôtre de la foi chrétienne au Mans, saint Julien, avait d'abord consacré au culte du vrai Dieu la maison d’un néophyte, en dédiant l'autel à la sainte Vierge et à saint Pierre. Suivant la coutume admirable des premiers siècles chrétiens, il avait sans doute déposé sous cet autel quelques reliques précieuses du glorieux martyr et grand apôtre, chef de l’Église. Cette basilique, trop étroite, fut agrandie au sixième siècle par l'évêque saint Innocent. Ruinée plusieurs fois par le temps et par la main des Barbares, elle fut toujours relevée sur un plan plus vaste et ornée avec plus de magnificence par les évêques du Mans, François [*, saint Aldric, Robert, Mainard, Vulgrin et Arnault. Hoël, qui occupa le siége épiscopal de 1085 à 1097, communiqua une grande impulsion aux travaux de la cathédrale. 11 en fit la dédicace et y transporta avec grande solennité les reliques de saint Julien. Hildébert, son successeur, acheva quelques parties restées imparfaites, et conduisit les tours à une si grande hauteur, qu’elles dominaient le chàteau, ce qui lui attira mille vexations de la part de Guillaume le Conquérant. Quelques années plus tard, l'incendie fit de

grands ravages dans l’église du Mans, mais ils furent promp-

tement réparés, et vers le milieu du douzième siècle, nous voyons Hugues, archevêque de Tours; Ulger, évêque d’Angers ; Hamelin, évêque de Rennes, et Donoaud , évêque d’Alet, réunis pour assister à la translation des reliques de saint Julien dans la nouvelle église, qui lui fut de nouveau consacrée.

Au commencement du treizième siècle, les chanoines obünrent du roi Philippe-Auguste la permission d'augmenter leur église en l'étendant au delà des murs de la ville. C'était dans ces moments de mouvement universel, où une grande rénovation s'opéra dans toutes les branches de la littérature et des sciences, qui font le domaine de l'esprit humain. Les travaux furent entrepris sous la direction des idées nouvelles et poussés avec une incroyable ardeur ; commencés en 1217, ils furent heureusement terminés en 1254. Geoffroy de Loudun transporta le corps de saint Julien de l'ancienne église dans la nouvelle, avec une pompe extraordinaire et au milieu d'un concours immense de peuple. Ce fut le même évéque qui décora les fenêtres du chœur des magnifiques vitraux qui existent encore et sur lesquels on reconnaît ses armoiries.

Vue dans son ensemble et d’une certaine distance, la cathédrale du Mans offre beaucoup de grandeur et de noblesse dans sa masse imposante. Le chœur et le transsept surtout, entourés des chapelles latérales, soutenus par de grands piliers butants, se montrent dans une perspective très-pittoresque. L'extérieur en général se fait distinguer plutôt par l'austérité des lignes architecturales que par la richesse de l'ornementation.

Rien n'est plus simple que le grand portail de la nef, Un

immense pignon en maçonnerie maillée, soutenue par des pierres de taille de moyen appareil; trois portes à plein cintre surmontées de chevrons brisés, de billettes et de ces ornements capricieux dans lesquels se complaît le style romano-byzantin; au-dessus, une grande fenêtre accompagnée de deux autres fenêtres latérales de moindre dimension, également à plein cintre; deux contre-forts, sur lesquels sont fixées deux énormes bêtes dont la race est incertaine, voilà toute la décoration du grand portail. Il y a une grande distance de cette architecture sobre et réservée à l’art prodigue qui a semé les sculptures avec tant de profusion au frontispice de nos grandes cathédrales gothiques. Dans sa simplicité, le style romano-byzantin est profondément religieux ; il inspire un certain charme qui lui est tout particulier.

Le portail latéral est plus somptueusement décoré, et montre tous les caractères de l'architecture de transition au douzième siècle. L'ogive, qui donne entrée dans une espèce de narthex ou vestibule, est encore indécise et ornée de’ moulures romano-byzantines. La porte est surmontée d’un tympan décoré de la figure du Sauveur entourée des quatre évangélistes, sous la forme de l'emblème qui, depuis la plus haute antiquité ecclésiastique, a toujours servi à les faire distinguer. La voussure est chargée de petites statuettes dont on a peine à découvrir la véritable signification. On y distingue quelques traits relatifs à l'histoire de Jésus-Christ. Les pieds-droits sont enrichis de grandes statues ; pendant longtemps on avait voulu trouver dans leur forme, dans leurs draperies, dans leur expression, une preuve de l’an-

cienneté la plus éloignée; on allait même jusqu'à les consi-

dérer comme des monuments du sixième siècle ; un examen attentif apportera promptement la conviction que c'est un travail contemporain du reste du portail. Toutes cés statues, ainsi que les sculptures qui les environnent, ont considérablement souffert des injures du temps et du vandalisme de cértains hommes aveugles. Malgré leur état de mutilation, elles forment encore une des parties les plus intéressantes de l'extérieur de l’église du Mans. .

Si nous pénétrons dans l'intérieur de la grande nef, nous serons frappés de la beauté de la construction. Nous regrettons vivement que la teinte des siècles ait disparu sous une couche épaisse de badigeon. Les colonnes engagées dans des pilastres, en forme de contre-forts, soutiennent les murs des bas-côtés. Le fût est taillé dans de belles proportions et se montre couronné de chapiteaux fantastiques fort curieux ; on y découvre toute espèce de figures monstrueuses et imaginaires, des harpies, des griffons, des chimères , des serpents enlacés, des masques humains. Quelques antiquaires ont vu dans ces représentations grossières tous les caractères symboliques de la puissance du démon luttant contre le christianisme et s’efforçant d'en arrêter les progrès. Rien n’est plus intéressant que les fragments de briques romaines que l’on aperçoit de part en part dans les fausses niches des murs latéraux, bâtis en petites pierres carrées, par assises égales. Les fenêtres, les galeries, les fausses niches, les arcades sont à plein cintre et portent l'empreinte évidente du sièele qui les a construites, dans les caractères architectoniques de leurs moindres détails. Quand on se place à la partie supérieure

de la nef, le dos tourné à l’autel, pour ne pas être ébloui

par des beautés moins austères, on est saisi d’une vive impression en considérant les mâles proportions du vaisseau, l'harmonie des grandes lignes, les rapports admirables que l'architecte a établis dans les coupes principales de l'édifice, Les travées sont d’une exécution surprenante et d’une grandeur d'effet extraordinaire. En un mot, la nef de Saint-Julien du Mans est un des plus beaux monuments, en France, de l'époque romano-byzantine.

Le chœur, le transsept, les nefs collatérales et les chapelles du rond-point, dont la construction doit être rapportée au commencement du treizième siècle, sont en rapport avec l'élévation à laquelle était parvenue l'architecture catholique à cette époque mémorable. Les colonnes, les arcades, les fenétres sont d’une élégance, d’une grâce parfaites. Les galeries du chœur, découpées entièrement à jour, forment une ceinture de l'effet le plus riche et le plus pittoresque. Les voûtes s’élancent à une hauteur prodigieuse avec beaucoup de hardiesse. Ajoutons à ces magnificences architecturales l'éclat éblouissant des vitraux peints, et nous complèterons l'idée qu'on peut se former de ce chœur imposant, qui n’a rien à envier aux plus célèbres monuments gothiques.

La grande rose du côté gauche du transsept est très-remarquable par la richesse des découpures et par la somptuosité de ses verrières peintes. Elle ne remonte qu’à la première moitié du quinzième siècle.

L'intérieur de la cathédrale du Mans renferme quelques monuments funéraires d’un haut mérite. Le tombeau de la reine Bérengère y fut transporté, en 1821, de l’abbaye de

l'Épau, où elle avait été inhumée. Dans la chapelle des fonts

baptismaux, on voit, d’un côté, le sarcophage et la statue en marbre blanc de Charles d'Anjou, comte du Maine, roi de Jérusalem et de Sicile, mort en 1472; de l’autre côté se trouve le mausolée de Langey du Bellay, placé autrefois dans la chapelle de Notre-Dame-du-Chevet ; sa statue en pierre surmonte un sarcophage en marbre blanc d'Italie, orné d'un bas-relief digne du ciseau des plus illustres sculpteurs.

La cathédrale de Saint-Julien du Mans, telle qu’elle existe de nos jours, occupe une superficie d'environ cinq mille mètres, en y comprenant les murs et les supports. La nef forme un parallélogramme rectangle d’une longueur de cinquante-huit mètres, sur vingt-quatre de largeur , y compris les bas-côtés, qui sont séparés du corps principal par un double rang de colonnes massives. La longueur transversale de la croisée est de cinquante-neuf mètres, et sa largeur d’environ dix mètres. Le chœur avec ses latéraux, divisés par un rang circulaire de colonnes, présente une largeur de trentedeux mètres, sur quarante-quatre de longueur ; la hauteur de la grande voûte sous clef est de trente-quatre mètres. Onze chapelles, ayant environ onze mètres de profondeur , et celle de l'abside dix-huit, sur cinq de largeur, occupent le pourtour du chœur. Enfin la totalité de l'édifice offre, dans œuvre, du grand portail d'entrée à l'extrémité de la dernière chapelle, une longueur d'environ cent cinquante mètres.

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E nom de la cathédrale de Meaux rappelle im- \W médiatement et comme involontairement à la

: mémoire le souvenir d’un des plus grands

i évêques qui aient illustré la France. Bossuet «#}., restera à Jamais la gloire de cette église; sa voix éloquente, dont les accents retentiront à l'oreille de la postérité la plus reculée, les inspirations de son mâle génie, qui exciteront sans cesse la plus vive admiration, environneront toujours d’un prestige de grandeur le siége qu’il à occupé pendant vingt-deux ans. L’aigle de Meaux planera toujours dans les plus sublimes hauteurs de la pensée, où les intelligences d'élite peuvent seules atteindre. Quand on cherche à remonter à l'origine de toutes nos

grandes églises épiscopales, on ne tarde pas à se convaincre

que leur histoire est intimement liée à celle de la fondation du christianisme dans chaque contrée et au développement de la cité dont elles sont devenues le plus puissant ornement. Humbles dans le principe, comme les premiers disciples convertis à la foi, ces églises ne tardèrent pas à se dilater, et plus tard elles annoncèrent, par leur grandeur et par leur décoration, le souverain empire de la religion sur les esprits et sur les cœurs, en même temps que l’état de la prospérité publique.

Selon la tradition de l’église de Meaux et le catalogue des évêques qui la gouvernèrent, saint Denis, apôtre de Paris, prècha l'Évangile aux Meldois, au milieu du troisième siècle. Saint Saintin, son disciple, fut choisi pour conduire et augmenter le troupeau des nouveaux chrétiens. Nous ne conpaissons aucun document qui puisse nous instruire sur les commencements de la cathédrale de Meaux. S'il était permis de nous livrer à des conjectures , nous dirions que la basilique primitive fut petite et bâtie en bois, suivant la coutume des Gaulois ; nous avancerions encore que l'édifice actuel s'élève sur l'emplacement du premier lieu consacré par les prières des chrétiens. Des faits nombreux rapportés dans l'histoire ecclésiastique nous apprennent le respect que les évèques et les fidèles portaient à l'endroit où l'autel fut érigé pour la première fois, et la noble persistance qu'ils mirent constamment à construire l’église-mère sur ses ruines mêmes. Toutes les convenances liturgiques , comme nous l'avons dit ailleurs, sufliraient pour en donner la démonstration.

La ville de Meaux devint la proie des hommes du Nord, qui exercèrent de si affreux ravages durant le neuvième

siècle : son église ne fut pas épargnée; elle partagea le sort

de la plupart des autres cathédrales, qui tombèrent sous les coups de ces terribles pirates.

Nous ne connaissons pas d'une manière positive le vocable sous lequel la cathédrale primitive fut dédiée. L'église porte aujourd'hui le nom de Saint-Étienne, et reconnait aussi la sainte Vierge pour patronne; des actes authentiques des onzième et douzième siècles prouvent qu'à cette époque la cathédrale était consacrée à la sainte Vierge et à saint Étienne, et il est vraisemblable que telle fut la dédicace première. Le fait d'un double patron pour une seule église trouve son explication dans les coutumes des anciens àges de la religion. L'autel des basiliques devait être consacré à un saint martyr dont il renfermait les précieuses reliques, ou du moins quelque témoignage de son généreux dévouement. Ce fut une règle générale qui ne souffrit aucune exception.

Le onzième siècle fut témoin d'une renaissance merveilleuse en architecture, au témoignage d’Orderic Vital, auteur de la fin de ce mème siècle, qui écrivait avec enthousiasme que la terre se dépouillait des haïllons de ses vieux édifices pour se revêtir du riche manteau des blanches basiliques. La cathédrale de Meaux fut rebâtie à cette époque par l'évêque Gautier Saveyr, c'est-à-dire le sage ou le savant. Si nous devons apprécier la valeur architectonique de ce monument par les expressions employées dans les actes capitulaires de 1268, nous en concevrons la plus haute idée. Il y est désigné comme un édifice d’une construction très-belle, noble et

merveilleuse *.

* Quoniam tam decora, tam nobilis structura nostræ meldensis ecclesiæ ,

Au milieu du treizième siècle, la cathédrale menaçaït de tomber en ruines, ainsi qu'on le voit dans le texte que nous avons cité. Jean de Poincy résolut de la rebâtir plus somptueuse encore. En conséquence, il fut arrêté dans un chapitre général, tenu en 1268, que, outre les aumônes des fidèles, on prendrait encore une année du revenu de tous les bénéfices qui viendraient à vaquer dans le diocèse pendant l’espace de dix ans. Adam de Vaudoy fit renouveler cette imposition dans un second chapitre général, tenu en 1282.

Ce vaste monument, entrepris avec enthousiasme, ne s’éleva cependant qu'avec la plus grande lenteur. Jeanne de Navarre, dernière héritière de Champagne, qui avait épousé Philippe le Bel, et qui mourut en 1304, institua Simon Festu, évêque de Meaux, son exécuteur testamentaire. On pense que Simon, mort en 1317, employa les largesses de la princesse à la construction des voûtes du rond-point et de la flèche, qui a disparu plus tard. Afin d'activer les travaux de l’œuvre qui languissaient toujours, en 1390, Charles VI ordonna au baïlli de Meaux de faire contribuer les habitants de la ville à la construction de la cathédrale.

Plusieurs évêques poursuivirent avec ardeur l'achèvement de-leur cathédrale; nous devons surtout mentionner Jean du Drac et Jean l’Huillier, dont le premier fit commencer la

tour du nord, qui ne fut achevée que vers 1530. Les cha-

tm propter sui necessitalem, tùm propter materiæ vitium in suis parietibus et columnis, innumeras demolitiones et fissuras patitur, per quas ipsius ecclesiæ ruina timetur horribilis…. Verüm quia ad reparationem , 1mû quasi ad omnimodam refectionem structuræ tam mirificæ de necessitate expediat expensas et sumptlus innumerabiles exhaiberi , etc.

MEAUX. sat

noines Jean de Marcilly et Pierre de Fabis, se montrèrent également animés d'un saint zèle. C'est à ce dernier que l’on doit la construction du bas-côté septentrional de la nef, en 1512.

Telles sont les dates principales des parties les plus importantes de la cathédrale de Meaux ; tels sont aussi les noms des personnages Les plus connus qui contribuèrent par leur influence et par leur généreux concours à mener à une heureuse fin le grand et glorieux monument.

Il est inutile, dit monseigneur Allou, dans une notice savante sur la cathédrale de Meaux, de chercher à combattre ici l’opinion erronée de ceux qui attribuèrent à Gautier Saveyr le magnifique chœur que nous admirons aujourd’hui. Les principes de la critique des monnments ne permettent pas à ce sujet la moindre incertitude. En examinant les diverses parties de la cathédrale sous le rapport archéologique, on y reconnaît, au premier coup d'œil, plusieurs styles bien différents, mais appartenant tous à la période ogivale. Les expressions employées dans l'acte de 1268 nous donnent, il est vrai, une haute opinion de la cathédrale qu'il s'agissait de réparer à cette époque; mais quelqu’ait été cette première église, on ne saurait en retrouver aucune trace dans les constructions qui existent de nos jours. Les parties les plus anciennes de cette église, c’est-à-dire les six arcades inférieures du chœur, ainsi que les bases et les chapiteaux de quelques colonnes de la nef, doivent remonter, au plus tôt, à la fin du douzième siècle. Les parties de la nef, voisines du transsept, offrent, dans les arcades de la galerie et les gran-

des verrières, les formes simples du gothique primordial

du treizième siècle. Le sanctuaire, les parties supérieures du chœur et les chapelles absidales ne peuvent pas être antérieurs à la fin du treizième siècle, ou au commencement du quatorzième. Ce dernier siècle et le quinzième ont dû voir s'élever le transsept avec ses deux portails et une partie de la façade occidentale. Enfin une partie de la nef, au moins en ce qui concerne l’ornementation, et les parties supérieures de la tour appartiennent évidemment au commencement du seizième siècle. Toutes ces déterminations architectoniques ont été faites avec la plus scrupuleuse exactitude par monseigneur Allou, évêque de Meaux, dans la notice que nous avons précédemment citée.

Le plan général à l’intérieur est parfaitement régulier. Voici les principales dimensions de l'édifice : longueur totale dans œuvre, quatre-vingt-quatre mètres trente-cinq centimètres; largeur du transsept, trente-cinq mètres ; hauteur de la voûte du chœur, vingt-neuf mètres; hauteur de la voûte au milieu du transsept, trente-un mètres.

La cathédrale de Meaux, considérée à l’intérieur, produit un bel effet. Elle peut incontestablement rivaliser, par son élégance et sa hardiesse, avec nos cathédrales de France les plus vantées. L'aspect général est plein de majesté, et quand on considère chaque partie isolément, on y admire une grande perfection de forme. Sans doute, il existe beaucoup de monuments élevés dans des proportions plus gigantesques, mais il ne s’en trouve qu'un nombre fort limité qui puisse l'emporter par la pureté du dessin et par l'harmonie des détails. Si la grande nef avait reçu un développement plus con-

sidérable, la cathédrale de Meaux pourrait être comptée

parmi nos monuments les plus merveilleux, au lieu d’être placée à un rang secondaire. Ce défaut est racheté, autant que cela est possible, par la hardiesse et l'élévation des voûtes, par les belles proportions du chœur, par l'élégance de la galerie et de la plupart des fenêtres. Si l’on n’éprouve pas ce religieux étonnement qui s'empare de l’âme lorsqu'on entre dans nos plus vastes basiliques, telles que Chartres, Bourges, Paris ou Amiens, on ne peut se défendre d’un sentiment d’admiration à la vue de cette composition pleine de grâce et de noblesse.

Le chœur et le sanctuaire sont surtout dignes de toute l'attention des archéologues chrétiens. Lorsque l’on considère à distance la disposition de l’abside, on est vivement frappé de la surprenante légèreté des arcades et du prodigieux élancement des colonnes qui les soutiennent. Ces magnifiques colonnes cylindriques, hautes de treize mètres trente centimètres , couronnées de gracieux chapiteaux ornés de feuilles roulées en volute, sont cantonnées d’une grèle colonnette qui monte d’un seul jet du sol du sanctuaire à la naïssance de la voûte. Il est impossible de rien rencontrer de plus saisissant que la conception de cette merveilleuse enceinte du chœur. Le sentiment des connaisseurs est unanime : l’abside de Beauvais, du Mans, de Reims est plus majestueuse, plus solennelle que celle de Meaux; mais elle ne l'emporte ni en noble simplicité, ni en hardiesse ! Te c'est presque de la témérité, et non la solide gravité de nombreux et forts points d'appui.

Les cinq chapelles absidales sont d’une architecture très-

remarquable ; leur rayonnement symétrique produit un effet

imposant. 11 n’en est pas de même des quatre chapelles établies dans le bas-côté de la nef. Bâties en sous-œuvre, entre les massifs des contre-forts, elles forment une disparate fàcheuse. La chapelle du chevet, dédiée à la sainte Vierge, d'une structure digne de sa noble destination, n’a pas été construite dans de plus grandes dimensions que celles qui l’avoisinent, contre la coutume généralement observée.

Autrefois, à l'entrée du chœur, se trouvait un jubé décoré avec toute la puissance d’ornementation d'une des plus belles périodes ogivales ; toutes les richesses du goût et de l'imagination y avaient été répandues à profusion. TI a succombé, comme bien d’autres, sous les coups de la prévention hostile du dix-huitième siècle contre les œuvres d’art du moyen âge. Il avait été remplacé par de massifs autels, en flagrant désaccord avec le reste de l'édifice; ils ont été supprimés avec raison par monseigneur Gallard, il v a peu d'années.

Le chœur est éclairé par treize grandes fenêtres ogivales, qui forment comme le troisième étage du monument. Quoique très-gracieuses dans les détails qui les composent, on pourrait leur reprocher d’être trop courtes, défaut qui serait moins apparent si la galerie était elle-même éclairée et se liait avec les verrières supérieures, comme à Chartres, à Troyes, au Mans, à Tours et dans d’autres églises où cet ensemble produit un effet ravissant. Toutes ces fenêtres , à l'exception d’une seule, sont dépouillées de leur plus bel ornement. Les vitraux peints ne tempèrent pas l'éclat trop vif de la lumière en montrant aux regards émerveillés ces

naïves légendes des saints, ou ces grandes figures des pro-

phètes, des apôtres et des évêques, qu'on aime tant à voir briller aux fenêtres gothiques.

La nef, malheureusement trop courte, ne forme que cinq travées, y compris celle que remplit la tribune des orgues. Elle est soutenue par dix piliers en faisceau, dont les chapiteaux sont formés d’une guirlande de feuilles de vigne et de houx, caractère des constructions de la dernière phase de l'architecture à ogive. La partie inférieure des murailles, est ornée d’une fausse galerie en relief, présentant une suite d'arcades de diverses formes.

A ne juger de la cathédrale de Meaux que par l'extérieur, elle semble, au premier coup d’æil, de beaucoup inférieure à un grand nombre d’autres églises d’une si richeornementation. Cet édifice présente dans son ensemble un style sévère, dont l’austérité n’est dissimulée par aucun artifice de décoration , et, si l’on en excepte les portails, on trouve à peine quelques traces de sculptures sur les murailles. L’œil est vraiment attristé en contemplant cette masse nue et pour ainsi dire dépourvue de vie; il ne retrouve Pig ici toutes ces formes diverses qui donnent à l'a architecture ch rétienne tant de mouvement et d'expression. A cette extrème simplicité, il faut ajouter la mauvaise natgre des matér aux emplovés dans sa construction, qui à occasionné de fumestes dégradations, surtout du côté du midi. Tout semble conspirer pour enlever à l'extérieur de la cathédrale de Meaux cette physionomie animée qui plait tant dans les abords des monuments consacrés au culte catholique.

Le pourtour du chœur et de l’abside offre un ensemble

moins triste que le reste de la construction. On y trouve de

la noblesse et de la gravité dans les lignes. Les contre-forts élancés sont terminés par de petites pyramides, ornées sur les angles de feuilles ou de fleurons , ayant de loin la forme de crochet. Deux rangs superposés d’arcs-boutants viennent s'appuyer sur les murs latéraux du chœur. Cette composition rompt un peu la monotonie générale et rappelle le souvenir d'un art mieux inspiré, auquel nous devons les pittoresques et inimitables absides extérieures d'Amiens ou d'Orléans. Autour des combles, on ne voit pas régner cette belle ligne de galeries découpées, délicate ceinture formée du tissu et de l’entrelacement des figures les plus élégantes et les plus capricieuses. Une simple rampe en fer a remplacé la riche balustrade gothique. 11 n’est pas jusqu’à la couverture, en tuiles grossières, qui ne contribue à donner de la lourdeur à la masse.

La grande façade, partie privilégiée des artistes, commencée à la cathédrale de Meaux sur un plan vaste et imposant, n’a jamais été achevée. Ajoutons à cette grave imperfection que les parties les mieux travaillées ont cruellement souffert des atteintes des huguenots, qui pillèrent l’église en 1561. Les voussures des trois portails avaient été décorées avec soin; le vandalisme a passé par là et n’a laissé que des ruines. La rose centrale, par ses compartiments rayonnants, étalés avec grâce , est le plus riche ornement du frontispice. La tour du nord, bâtie dans sa masse au quinzième siècle et finie seulement au commencement du seizième , se distingue par un certain air de grandeur, qui ressort mieux encore par le contraste de la tour opposée, dont la base seule a quelque

mérite, tandis que le sommet est entièrement recouvert

d'ardoises. Cette tour s'élève à soixante-huit mètres de hauteur.

Nous ne terminerons pas cette notice sans faire connaître qu'en 1822 on a érigé une statue à l’immortel évêque de Meaux , dans l’intérieur de la cathédrale qu’il remplit encore de sa majesté. Au milieu de la troisième travée, qui formait anciennement la chapelle de Saint-Georges, Bossuet est représenté assis, grave et recueilli, revêtu des habits pontificaux. Sur les deux côtés du pi‘destal sont sculptées les armes du prélat, au champ d’azur, à trois roues d’or posées

deux et une, et sur le devant on lit l'inscription suivante :

JacoBo. BENIGNO. Bossurr.

MELDENSIUM. PRÆSULI.

Hoc. MONUMENTUM.

Depnicavir. MELDENSIS. CrviTrAs.

ATQUE. PRoPrri0. REGE.

Er. FAmuLANTIBUS. ViciNARUM. URBIUM. MAGISTRATIBUS. ET. POPULIS.

Posurr,

GRATA. ET. MIRANS.

Anno. R. S. MDCCC XX.

Auprès de l'autel se trouve le tombeau de Bossuet, qui n’a point été violé pendant les troubles de la révolution. Voici l’épitaphé gravée sur la pierre tumulaire ; elle n’a pas été correctement rapportée dans son histoire par le cardinal de Bausset.

A Q Hic QUIESCIT RESURRECTIONEM EXPECTANS,

Jacogus BENIGNUS BossuET,

Ebrscopus MELDENSIS,

COMES CONSISTORIANUS, SERENISSIMI DELPHINI PRÆCEPTOR.

PRIMUS SERENISSIMÆ DELPHINÆ ELEEMOSINARIUS , UNIVERSITATIS PARISIENSIS PRIVILEGIORUM APOSTOLICORUM CONSERVATOR, Ac coreGis REG NAVARRÆ SUPERIOR,

OBnT ANNO Domini M. D. CC. IV.

Dre XIT APrius,

ANxos Narus LXXVI, MENSES VI, ET Dies XVI; VIRTUTIBUS, VERBO, AC DOCTRINA CLARUIT IN EPISCOPATU ANNOS XXXIV,

E QuiBus MELDIS sepiT XXII.

JacoBus BENIGNUS BossuETr ABBAS Sti. LUGIANI BELLOVACENSIS ET ARCHIDIACONUS MELDENSIS

PATRUO COLENDISS. LUGENS POSUIT.

SARNT-LARARR D’AUTUN.

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